Eugène Ionesco - Duetto

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« Ionesco, pour nous qui adorions la Huchette, où nous nous retrouvions chaque soir, c'était "Eugène", l'auteur de la pièce qui s'y donnait. Seulement cela. Notre grand homme c'était Nicolas Bataille, metteur en scène et "inventeur" de "La Cantatrice", "patron" de la Huchette. Eugène, nous n'y pensions pas. Quand il passait, il nous dérangeait... Un soir qu'il parlait dans le vide, je l'ai écouté, découvert. Sous son allure de M. Pickwick, il avouait que sa manière de voir le monde était moins absurde qu'étonnée. Cet étonnement, insistait-il, car personne ne le remarquait, était au cœur de son œuvre. Il disait qu'on n'écrit pas du théâtre avec des dialogues mais avec une vision. Bref, l'essentiel. »
Michel Nuridsany



L'auteur : Critique d'art, critique littéraire, Michel Nuridsany est auteur de deux romans (« Ce sera notre secret, monsieur Watteau » et « Andy Andy »), de biographies (Dali, Jean-Michel Basquiat) et de "beaux livres" tous publiés chez Flammarion.

La collection Duetto : un écrivain en raconte un autre.
Publié le : vendredi 18 mars 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782374240206
Nombre de pages : 20
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Extrait
J'avais 20 ans. En attendant mieux, je vendais des 33 tours classiques chez un disquaire, rue Monsieur-le-Prince. Mais, ce qui me passionnait, à l'époque, c'était la littérature fantastique, la science-fiction et les vampires. Tous les fans de films « Z » fantastiques mêlés d'un peu d'érotisme, tous les amateurs de surréalisme, de films de science-fiction bâclés se retrouvaient au Midi-Minuit, cinéma malfamé, où les clochards réchauffaient des boîtes de conserve sur des petits réchauds au Butagaz dans les allées du cinéma. Nous allions souvent aussi au Terrain Vague, librairie spécialisée dans tout ce qui nous intéressait. On y rencontrait Topor, reconnaissable de loin à son rire énorme, génial dessinateur, génial écrivain, génial en tout ce qu'il entreprenait, Jean-Claude Romer qui savait tout sur le cinéma, Francis Lacassin qui savait tout sur la littérature populaire, Jacques Sternberg, écrivain prolifique et agité, André Breton vieillissant, de passage après chacune de ses visites à un antiquaire proche qui ne relevait ni ne baissait jamais son rideau de fer, arrêté à un mètre du sol, obligeant les clients à courber l'échine pour entrer dans sa caverne d'Ali Baba.


Quand Jacques Legré, qui jouait le pompier dans La Cantatrice chauve à La Huchette, est venu, un jour, chez le disquaire, il m'a abordé directement: « On m'a dit que vous aimiez les vampires. Moi aussi. » Comment avait-il appris mon goût pour ces créatures charmantes que l'on trouve essentiellement en Transylvanie, contrée d'origine de mes ancêtres hongrois ? Je l'ignore. L'entrée en matière me suffisait. Nous avons donc fréquenté ensemble le Midi-Minuit, communiant dans le culte de Bela Lugosi, de Mario Bava, de Barbara Steele et nous sommes devenus amis. Tout de suite il m'a fait connaître La Huchette, m'a présenté aux comédiens de La Cantatrice chauve et j'ai découvert le monde du théâtre que j'ai tout de suite adoré.

Comme nous étions amis, un peu plus tard je lui ai confié mon désir de réaliser un moyen-métrage d'après Le Passage Pommeraye de Mandiargues et je lui ai demandé s'il pouvait me faire rencontrer une comédienne susceptible de jouer l'un des deux rôles principaux du film – gratuitement, s'entend. Brigitte Fontaine, m'a-t-il lancé, immédiatement. Elle jouait Madame Smith dans La Cantatrice chauve
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