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Les gares
Il y a ceux qui aiment les tempêtes et il y a les marins. Il y a ceux qui aiment les gares et il y a ceux qui les empruntent dans un quotidien banal. François qui n’était pas marin arrivait à comprendre l’attraction que pouvait exercer la mer déchaînée, mais il traversait les gares comme un somnambule. Toujours, il était extrêmement en avance sur l’horaire : « le train n’attend pas ». Il jetait des regards inquiets sur le tableau d’affichage qui devait lui indiquer le quai de départ. Compulsivement il consultait son billet pour vérifier et ten-ter d’apprendre par cœur les numéros de sa voiture et de sa place, mais rien ne se fixait dans sa mémoire. Il avait froid et sans oser quitter ses bagages qu’il serrait entre les jambes, il regardait la foule s’écouler. Certains venaient butter sur lui et s’écartaient au dernier moment, comme le torrent sur la pierre. Il ne voyait que des gens laids, insectes répugnants qui lui donnaient l’impérieuse envie de se laver les mains. Les amoureux des tempêtes voient dans les gares une plage de sable fin avec au loin des bateaux qui invitent au voyage, lui, ne voyait dans les quais que cette ligne de dé-chets qui marque la hauteur de la mer au jusant.
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Enfin installé à sa place dans le TGV il continuait d’avoir froid et sans quitter son manteau, il se mettait en boule et fermait les yeux. En attendant la prochaine angoisse, celle de dépasser la gare d’arrivée, son esprit le ramenait quarante ans en arrière. Dans le compartiment de troisième classe tout en bois où l’on accédait, au milieu du wagon, par un escalier qu’une rampe de cuivre coupait en deux, le voyage se déroulait dans l’ambiance humide et nauséabonde que dégageaient les voyageurs ; les vitres se couvraient de buée empêchant jus-qu’à la fuite imaginaire sur l’extérieur. Il n’y avait d’autre solution que de fermer les yeux, ce qui rendait le bruit en-core plus insupportable. Les permissionnaires ivres mas-quaient sans peine les claquements secs et monotones du train dont ne subsistaient que les chocs répétés au creux des reins. Sur le quai, de temps en temps, les postiers s’api-toyaient sur ce pauvre garçon maigre et blafard et lui of-fraient la possibilité de faire le voyage dans le wagon de tri. Il s’allongeait alors sur les sacs et c’est sur sa solitude qu’il fermait les yeux. Voilà pourquoi François ne voyait des tempêtes que la peur du petit mousse vomissant à fond de cale, et claquant des dents de froid et de peur. Gare du Nord, octobre 2002
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Bort‐les‐Orgues
Milieu septembre, Bort, cette petite localité écrasée sous son barrage aux confins de la Corrèze et du Cantal, retrouve sa vie normale. L’été qui lui avait donné un caractère méridional s’est re-tiré. Les bancs et les chaises installés devant les portes sont, abandonnés pour les uns, frileusement rentrées pour les autres. Des estivants qui remontaient à grand bruit la rue de « Paris », il ne reste plus que les papiers sales que les pluies d’automne n’ont pas fini de balayer. Les discussions, relayées de banc en banc le soir à la « fraîche » avec l’accent légèrement chantant, ne sont plus qu’un lointain souvenir. À neuf heures toute la ville sombre dans un profond sommeil. Vous sortez et vous êtes tout entier saisi par les ténèbres et le silence. Comme toujours, malgré un itinéraire aléatoire, vous finissez par vous retrouver sur le pont qui enjambe la Dordogne. Au-dessus de la cité, les orgues basaltiques qui lui ont donné son nom, sont noires. Le barrage invisible au-delà d’un méandre semble plus présent et menaçant. Sous vos pieds la Dordogne est épaisse et sombre, pas le moindre signe de vie ne vient troubler le silence. C’est à peine si l’on perçoit régulièrement le clapotis du courant le long des pierres du quai.
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Un pour Un
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