Expériences initiatiques en terre africaine

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A travers l'évocation d'expériences personnelles en terre africaine, l'auteur perce la connaissance des croyances animistes et des valeurs humanistes, et met en évidence les archétypes qui établissent un pont entre les cultures. La perception de l'univers cosmogonique négroafricain et l'effort d'interprétation des manifestations ontologiques, rituelles, artistiques, ont permis de mettre en évidence les représentations mentales. S'inspirant de l'esprit maçonnique, l'ouvrage laisse entrevoir une dimension universelle du langage et de l'engagement initiatique.
Publié le : mardi 1 septembre 2009
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EAN13 : 9782336267333
Nombre de pages : 165
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Expériences

initiatiques

en terre africaine

Récit ethno-anthropolo8ique

2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris

@ L'Harmattan,

http://www.librairiehannattan.com diffusion.hannattan@wanadoo.fr hannattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-09938-8 EAN: 9782296099388

Roland WILLA Y ADAMS

Expériences

initiatiques

en terre africaine

Récit ethno-anthropoloBique

Priface

de Georees Lerbet

L'Harmattan

Collection Etudes Eurafricaines

Dirigée par André Julien Mbem
Le Sahara et la Méditerranée, frontières entre l'Afrique et l'Europe, sont aussi des passerelles par lesquelles, depuis des siècles, au-delà des tragédies et des drames, se rapprochent et se remodèlent ces deux ensembles géographiques et leurs civilisations. La collection Etudes Eurafricaines encourage la diffusion d'études historiques et prospectives sur les symbioses dont cette partie du monde est l'antique théâtre.

Déjà paru

Jean-Alexis Mfoutou, La langue de la nourriture, des aliments et de l'art culinaire au Congo-Brazzaville, 2009. Philippe Milon, Rendons le pouvoir à l'Afrique! Cri de révolte d'un bénévole de terrain, 2009. André Julien Mbem, Nicolas Sarkozy à Dakar. Débats et eryeux autour d'un discours, 2007.

A mes deux fils Olivier et François A Martha, Elia et Carmen A mes parents, et à tous ceux et celles qui m'ont ouvert la voie et offert leur concours.

« ...L'être est un mystère, non du tout parce qu'il serait caché ou cacherait quelque chose, mais parce que l'évidence et le mystère sont une seule et même chose, parce que le mystère est l'être

, meme »
A

André Comte Sponville « L'esprit de l'athéisme... Introduction à une spiritualité sans Dieu» Editions Albin Michel, 2006

« .. .Regarder un œil dans un triangle, et même le contempler, incline à se laisser aller dans sa méditation avant de faire part, ensuite, de ses mondes imaginaires et de ses réflexions aux autres maçons réunis... » Georges Lerbet « L'expérience du symbole» Horizons initiatiques Editions Véga, 2006

Préface

Le lecteur qui pénètre dans le texte que Roland Willay Adams invite à explorer, ne peut qu'être sensible aux précautions déontologiques qui accompagnent l'accomplissement de son « récit anthropologique ». Bien évidemment, il s'agit du respect de l'anonymat des personnes concernées mais aussi de la dimension sacrée propre à toute expérience initiatique. o o 0 Avec cette double exigence d'occultation, s'impose alors le corrélat plus pratique de ne pas dévoiler les pratiques rituelles de tous ordres, dès lors qu'elles sont codifiées. Soit qu'elles se développent dans l'espace traditionnel audelà du village, soit qu'elles émergent derrière les portes du temple maçonnique, la même exigence de respect ésotérique et de discrétion s'impose. Tant et si bien que, dans ce domaine distancié aux doubles faces profanes et sacrées, une démarche anthropologique se déploie néanmoins. Nul, en effet, ne saurait en disconvenir puisque l'homme y est entendu comme une entité congruente et autonome. Ill' est également en raison de cet humanisme qui constitue la posture paradigmatique de l'auteur et qui habite son propos; un propos qui se décline au fil du regard et qui, argumenté, est cadré dans l'environnement géoculturel global et dans l'ambiance des relations interpersonnelles. Les rencontres et les échanges finissent par émerger de façon objective. Quant au récit revendiqué, il me semble qu'il faille également s'y arrêter au moins afin d'en saisir la profondeur méthodologique déterminante. Certes, il est indéniable que Roland Willay Adams raconte son histoire.

A cette fin, il s'appuie sur sa culture savante et sur son expérience rassemblée et condensée dans des événements significatifs comme autant de « faits» lisibles de manière phénoménologique quand ils sont mis en relation. Cependant, en approfondissant le sens de cette démarche, on y décèle aussi une autre dimension. Plus universelle et pas nécessairement prise toujours à compte d'auteur, elle me paraît traverser cet ouvrage en ce qu'il est porteur de mythique; de ce mythos qui fait écho au logos savant avec lequel il interagit pour donner corps, densité et tonalité au système anthropologique original qui est donné à lire. o o 0 Ce système est bien celui qui conjoint des formes d'initiation et il les contient dans les deux acceptions majeures de ce verbe. Tous les hommes situés dans le champ de l'histoire racontée par Roland Willay Adams disposent à leur actif d'un vécu de cet ordre. Ils ont côtoyé le sacré en ce qu'il peut avoir de transcendant ou d'immanent depuis l'intimité de soi, et ils ne le négligent pas dans la rencontre avec autrui dans de telles circonstances. Conjointement, dans cette expérience partagée, ils découvrent la vertu de contenir les risques de débordements de leurs échanges puisque, sans ce partage peu banal, ils auraient éprouvé le risque de sombrer dans l'incompréhension d'un monde devenu babélien. Homme en soi et homme hors de soi à la rencontre de l'Autre? Il y a de tout cela dans le parcours manifeste propre aux initiations où séparation et silence se croisent avec errances solitaires et/ou solidaires avant qu'advienne la reconnaissance - à la fois intime et sociale - du parcours que chacun accomplit; à l'ombre du monde profane et 8

sans être tenu d'en témoigner ouvertement de façon explicite. o o 0 Confrontations avec soi, confrontations avec l'Autre? Audelà des pratiques participatives classiques, cette anthropologie originale que suggère et met en œuvre Roland WiHay Adams me semble procéder, pour une grande part, de la reconnaissance majeure du « dedans» de chaque individu lors du parcours qu'il accomplit dans le monde, une reconnaissance qui ne cesse de s'accompagner d'intuition, de connivences et de compréhension implicite des écoutes réciproques. Dans ces conditions, l'auteur est l'acteur privilégié des récits qu'il décrit pour les donner à lire; si bien qu'en cette affaire, il ne cesse d'être à la fois le sujet et l'objet. Partie prenante, il devient le premier lecteur de son livre dont il ne s'extirpe pas pour mieux se distancier. Dès lors, les regards autonomes ainsi croisés qu'il porte avant les autres deviennent les fondateurs d'une masse critique d'humanité complexe. En les ayant apprivoisés de façon privilégiée, il nous a facilité la tâche. Au-delà du cursif depuis le discursif qui ressort d'impressions différenciées et «intuitées », il a su conférer un surcroît d'intelligibilité et d'universalité aux comportements qui ont pu être décrits. Avec une puissance et une authenticité qui n'échappera pas à celui qui les reçoit avec générosité et empathie. Georges Lerbet Professeur honoraire des Universités

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Prologue Comme toute forme inachevée se rattachant à l'évocation d'un passé de plus en plus éloigné, le récit qui va suivre compose une galerie de souvenirs dont beaucoup de fragments, à coup sûr, se sont éparpillés au vent de la mémoire. Fruit d'une expérience maçonnique qui s'est déroulée pendant plus de dix ans en terre africaine - l'on songe ici à l'expérience vécue chère à Husserl - la relation des événements qui s'y rattachent constitue la part intrinsèque et intime de mon être dont les potentialités vivantes, et réactivées à de multiples reprises, échappent assurément à l'oubli total comme à la routine des jours. L'aventure que j'ai vécue met en scène des personnages qui ont acquis, à force de les voir surgir devant le miroir de la mémoire, une présence existentielle les faisant échapper à toute caricature, à toute désincarnation, à toute marque de démonstration aussi. La quête spirituelle que nous avons poursuivie ensemble et qui demeure inséparable de notre part d'intimité la plus profonde, part semblable et pourtant distincte à nulle autre pareille, constitue le point nodal de l'existence individuelle à partir duquel s'établit, selon la figure emblématique de la sphère ou de la spirale, une dimension du sacré immanent à soimême. . . Ce récit, certainement incomplet dans sa formulation et modeste par son contenu, au-delà des rivages du monde négro-africain qui l'a vu naître, se veut une mise en perspective d'une démarche anthropologique propre à restituer les émotions et les pensées les plus gratifiantes pour le cœur et l'esprit. En effet, les épisodes relatés - à vouloir épreindre la mémoire, on finit par redécouvrir des traces que l'on croyait à jamais effacées - empruntent à des situations, tantôt graves, tantôt familières, voire cocasses, comme

peut l'être le sel de la vie, situations vécues en loge ou dans la cité, parmi les frères et les sœurs venus d'horizons socioculturels divers, ou au contact d'hommes et de femmes rencontrés au hasard de mes pérégrinations au cœur de la forêt et de la savane. Ces instants précieux et irremplaçables s'ouvrent toujours sur des horizons nouveaux qui ensemencent le champ des expériences personnelles. Il en fut ainsi lorsque je découvris les fascinantes sculptures négro-africaines constituées notamment de masques et de statuettes à vocation rituelle. La facture et le sens sacré de ces productions artistiques n'ont jamais cessé de m'interpeller.. .Masques et effigies troublants par le regard plissé ou dilaté porté sur le monde des vivants et des morts, par le mystère entourant le récit de leur création, par la spiritualité guidant la main de l'artiste. Le voyageur, inlassablement, s'interroge en présence de ce miroir des âmes et plonge son propre regard au cœur de l'aventure humaine née de la nuit des temps. La vie souffle alors intensément sur les émotions; elle exalte l'âme et renoue les fils rompus de l'Histoire. De la vie qui, en effet, bruit de toutes parts: dans la loge où le franc-maçon est à l'écoute de soi et du monde, dans la sylve équatoriale et la savane herbeuse où se font entendre les voix limpides des griots et des artistes sculpteurs. Un monde se meut dans l'atmosphère symbolique reliant intimement les humains aux éléments naturels. La loge ou la case de l'artisan nègre comme microcosme d'une humanité à découvrir et à redécouvrir de manière ininterrompue. .. Dans la loge d'Abidjan que j'ai fréquentée durant de nombreuses années et dont le déroulement des activités a connu quelques difficultés au temps de sa jeunesse, au point de lui imposer l'épreuve roborative de la clandestinité, s'est installée, très tôt, une ambiance 12

cosmopolite nourrissant une confraternité africaine, asiatique et européenne digne des intentions de nos lointains devanciers. Car ses membres, à l'égal de ceux qui, dans leur propre loge, perpétuent les liens de la fraternité universelle, se targuent encore et toujours de travailler à l'éclosion des libertés et des droits qu'ils chérissent par-dessus tout, à la mise en œuvre, au plus profond du silence de la méditation, de leur propre projet initiatique. Ils s'écartent ainsi, autant qu'il est possible quotidiennement de le faire, des sentiers battus, de la routine insidieuse, lesquels font s'amoindrir l'attraction exercée par la centralité de la sphère d'où part et se construit le centre de l'union. Les outils symboliques qu'ils manient depuis des temps anciens les y aident incontestablement, comme deviennent précieux, dans des mains initiées, le maillet, la gouge et le coutelas dont se servent et s'enorgueillissent les sculpteurs de masques négro-africains.. .Nuit du temps profane écoulé, clarté du jour où l'outil sert à la réalisation de l'œuvre, au perfectionnement de soi-même...Ouverture sur le monde, connaissance de soi, et altérité partagée indiquent les voies à suivre pour que naisse et se fortifie une fraternité incarnée dans la loge. Pour l'Européen que je suis et qui a vécu longuement en terre africaine, l'expérience accomplie, bien au-delà de la recherche de sensations nouvelles et d'acquis culturels à exposer au grand jour, se reflète dans le prisme que me renvoie le miroir de l'âme nègre, miroir de la négritude chère à des hommes comme Aimé Césaire, ou Léopold Sedar Senghor, le poète sénégalais qui fut le chantre de la sensibilité noire. Cette expérience personnelle, à mes yeux riche de promesses, sinon de certitudes acquises, m'a conduit à rapprocher dans une mystérieuse équation le discours cartésien occidental de l'émotion créatrice née de 13

l'âme nègre. Opposition dialectique irréductible? Ou tout simplement voies de la plénitude que nature et culture offrent à l'homme à la recherche de son entièreté? L'aventure m'a également entraîné sur les chemins d'un rapprochement esquissé entre la vision cosmogonique de l'artiste nègre et la culture de loge irradiée par des membres nourris d'enseignements et de symboliques, à bien des égards, prodigieux. Cette culture de loge n'estelle pas imprégnée dans les profondeurs à naître de l'immanence au sacré initiatique, comme se révèle au grand jour le sacré ontologique de l'artisan africain recomposant à sa façon l'ordre du monde et le devenir de l'homme? Le partage des travaux maçonniques par les sœurs et les frères africains les amène sui generis au croisement de deux cultures s'inspirant de la tradition et de la modernité. Leur recherche et les postures adoptées par les uns et les autres ont été une fois encore pour moi source d'enrichissement personnel et d'ouverture plus grande sur autrui. En témoigne l'éclectisme des préoccupations et des
sujets abordés en leur compagnie, tels les valeurs

défaut de parler de canons - de l'esthétique nègre, les rapports entre mentalités négro-africaines et occidentales, la pluralité des rites et les modalités de leur adaptation aux valeurs culturelles spécifiques, la lecture et l'interprétation du discours symbolique, la phénoménologie de la gestuelle.. .C'est dans cet esprit et par le truchement de rencontres les plus diverses que m'est apparue l'existence d'un fil conducteur, fil ténu ou solide selon les appréciations portées par les uns et les autres, la permanence d'une liaison transversale tissant une trame entre les fondamentaux culturels issus de civilisations diverses et se rattachant à un tronc commun. C'est-à-dire à des traditions séculaires et à des pratiques initiatiques 14

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