Fais-le pour moi

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« L’homme en cuir », « le roc », « l’increvable » a manqué y rester et quitter le monde des vivants suite à un accident cardiaque. Il est entré debout à l’hôpital, en est sorti allongé. Sans rien cacher, l’homme se met à nu. Il se livre avec ses peurs, ses craintes, ses qualités et ses défauts. Il ne cache ni sa jalousie, ni la peur de perdre sa bien-aimée en étant séparé d’elle aussi longtemps.
Aurait-il eu le courage de se battre sans... ?
Fais-le pour moi !, qu’il a crié à son père, répond à la prière formulée par ce dernier à son égard quand il était sur le point de quitter la terre en réanimation à l’hôpital !!
Un témoignage vrai, plein de sensibilité.


Publié le : jeudi 4 juillet 2013
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EAN13 : 9782332558442
Nombre de pages : 148
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ISBN numérique : 978-2-332-55842-8
© Edilivre, 2013
En hommage au dévouement de tout le personnel hospitalier
Quelques semaines auparavant
Je ressens encore aujourd’hui cette douleur qui m’accompagnait tout au long de mon quotidien. Elle était présente et grâce à un médecin généraliste ne m’inquiétait pas plus que cela. Au tout début, je pensais qu’elle était due au stress, » la boule de nerfs » comme on dit vulgairement. Elle apparaissait souvent en fin de journée quand je quittais mon véhicule sur le parking pour rejoindre mon domicile après une solide quinte de toux semblable à celles que connaissait ma maman qui souffrait du cœur avant de mourir. Parfois c’était au travail, au moindre effort, à la moindre contrariété. Enfin, en résumé elle ne m’oubliait jamais, en particulier quand je voulais prendre quelques loisirs et quand je me rendais à la mer. Cette douleur placée sous mon sein gauche bloquait ma nage et me renvoyait sur la plage pour une séance de bronzage forcé. Certains jours, elle se faisait discrète et je ne la ressentais plus ; je me croyais alors en pleine forme et retrouvait l’envie de vivre, de créer, de travailler. Je ne m’étendrais pas sur mes câlins avec l’amour de ma vie car cette la sournoise qui s’était faite oublier ressortait du néant pour mettre fin à nos ébats amoureux et nous laissait déçus, serrés l’un contre l’autre mais encore plus inquiets. C’est dans la routine de la vie, la beauté de l’amour que cette traitresse se plait, au moment qu’elle seule a choisi pour se manifester. Comme une épée de Damoclès elle se cache dans mon poitrail prête à en sortir en le déchirant. Pareil à tout être humain j’ai voulu donner un toit au nid que je partage avec celle que j’ai choisi afin de protéger notre union et y donner un sens. Depuis trop longtemps j’ai vécu dans l’attente d’un amour vrai et durable et je n’y croyais plus, lassé par des amourettes sans lendemain et complètement inutiles. Notre maison, notre toit c’est à Quinson, petit village des Alpes de Haute Provence qu’on a décidé ensemble de le construire. Habité depuis l’aube de l’humanité, baigné par les eaux du Verdon, abrité par des falaises majestueuses, ce village de 350 âmes a su nous séduire. Au cœur d’un décor merveilleux on y a trouvé le calme qu’on recherchait, loin du bruit de la ville et loin de l’invasion touristique de la côte d’azur. Très bien accueillis par les ânes et les moutons qui y règnent en maitres on s’est tout de suite sentis chez nous. Une fois le terrain acquis dans la joie ce fut au tour de la maison et de ses aménagements. Laissant de côté cette douleur « fantaisiste » et que je mésestimais j’entrepris les travaux nécessaires pour achever notre œuvre. Malgré mon inquiétude mon médecin généraliste croyant à des douleurs stomacales se mit à me traiter médicalement, ce qui me rassura quelque peu. Mon père, malgré son âge avancé 86 ans et je peux dire comme toujours depuis mon arrivée sur terre est présent à mes côtés. Plus qu’un père, c’est mon guide ici-bas et je ne remercierais jamais assez le Seigneur de me l’avoir donné. Comment aurais-je pu sans lui venir à bout de ce projet ? Sans ses conseils et son aide précieuse ? Mon amour quant à elle « me disputait » quand je lui parlais de mes souffrances pendant que je travaillais. Comme tous ceux qui m’entouraient elle ne pouvait penser à la gravité du mal qui me
rongeait. Moi-même je n’y pensais pas. Petit à petit, comme un castor j’ai bâti mon rêve, notre rêve devrais-je dire vu que j’ai enfin rencontré l’amour ! Et mon père était là à mes côtés, par quel miracle ? Dieu seul le sait !! Des phases de repos m’étaient nécessaires, parfois plié en deux, ou allongé à même le sol à cause de cette douleur ignoble. Je m’efforçais de repousser la crainte qui montait en moi et j’avais vraiment peur de ne pouvoir mener mon œuvre à son terme. Combien de fois me suis-je trouvé appuyé à un arbuste, recherchant mon souffle, attendant que la douleur se calme !! Quelquefois je posais ma main sur le mur que je venais de bâtir, lui venant de naitre et moi si près de mourir !! De petits oiseaux de toutes couleurs venaient m’observer, me sourire semblant se demander ce que je faisais ici. Je pense qu’ils devaient se poser la question : « pourquoi a-t-il acheté ce terrain qui nous appartient déjà ? » Je connais déjà certains d’entre eux, d’autres un peu moins car plus craintifs malgré leurs audaces vestimentaires. Puis survient le KO d’une durée de quelques minutes et puis un autre, encore un autre avec toujours cette douleur atroce et le roc que je croyais être se fend, s’effrite tout comme la confiance qui était la mienne concernant ma santé. De retour à la maison la douleur se fait plus forte et de plus en plus fréquente. Au bureau, à l’extérieur, blotti tout au fond de mon lit, la douleur est toujours là, elle ne me lâche plus. Avec ma douce et tendre on commence à penser à une douleur cardiaque. Personne n’y croit vu que j’assure mon travail et le train-train quotidien, papa hésite son infarctus s’étant présenté différemment. Enfin je prends le taureau par les cornes, je mets en doute le diagnostic de mon généraliste, je vais le forcer à agir, je veux consulter un cardiologue.
Les choses se précipitent
C’est devant une femme, Muriel Dedola cardiologue de son état que je me retrouve. L’examen ne montre rien d’anormal, l’électrocardiogramme est bon tout comme l’échographie, l’analyse de sang était également excellente. Inquiète par cette douleur placée juste sous le sein gauche, la cardiologue ne veut en aucun cas « me lâcher comme cela dans la nature » et me donne rendez-vous pour une épreuve d’effort le lendemain à la clinique des lauriers à Fréjus. Un problème cardiaque est décelé et une coronographie en urgence est décidée. Je craignais cet examen, j’en avais peur bien qu’il soit tout à fait indolore et banal. En fait c’est le résultat de l’examen qui m’inquiétait le plus, la peur d’apprendre une mauvaise nouvelle concernant un éventuel mauvais fonctionnement de mon cœur. Avec le recul je suis persuadé qu’il faudrait rendre obligatoire cet examen à toute personne âgée de plus de 50 ans. Son résultat ne me rassure pas bien au contraire. Il est même inquiétant. Les coronaires sont en lambeaux, aucune possibilité d’installer le moindre ressort, seule une opération chirurgicale est envisageable. Le médecin ayant effectué la coronographie est formel, 4 pontages doivent être réalisés, une opération parmi les plus lourdes. Néanmoins il doit demander l’avis du chirurgien et dans l’attente je retourne dans ma chambre d’hôpital. Ce dernier sans la moindre hésitation décide une intervention chirurgicale et me fixe un rendez-vous. Elle aura lieu à l’Institut Arnault TZANCK à St Laurent du Var. C’est assis sur le lit que j’apprends la mauvaise nouvelle ; le médecin est debout à mes côtés les clichés de la coro à la main. Il semble regretter son audace, la froideur avec laquelle il a donné son verdict, il me sourit gentiment en me posant la main sur mon épaule gauche. Ses yeux fixent un point du lit, il semble éviter mon regard tout comme mes yeux semblent fuir mon destin. Les enfants baissent la tête quand ils ont fait quelque chose de mal, je ne suis plus un enfant mais ici, qui est le fautif ? Lui ou moi ? ou personne ? Les larmes commencent à noyer mes yeux puis s’écoulent dans le plus grand silence sur mes joues. Ma chérie est à mes côtés et me prend les mains sans rien dire. On a rien à se dire, on a rien à dire à personne d’ailleurs. Le coup est dur. Je reprends peu à peu mes esprits pour faire face à la réalité, à l’évidence. S’il faut en passer par là, et bien j’en accepte le défi, j’affronterai cette opération même si elle est délicate et il faut que j’en sorte vainqueur ! L’avenir s’obscurcit, ma vie va changer mais entre une fin définitive et une pause même forcée il n’y a pas à hésiter. Quelques instants plus tard des questions se bousculent dans ma tête. Pourquoi moi ? Je n’ai jamais fumé, je n’ai pas bu tout au long de ma vie, aucun excès, une vie réglée comme une montre suisse, un exemple à suivre comme on dit ou plutôt à ne pas suivre vu le résultat actuel.
Un modèle de vie mais alors que s’est-il passé ? Patatras, c’est le chaos, la chute, je suis anéanti, sans voix. Il doit y avoir une erreur, comment est-ce possible ? Bientôt mon thorax sera ouvert alors que hier encore j’étais actif, plein d’espoirs, des projets en masse aussi bien dans ma vie professionnelle que dans ma vie privée sans oublier une retraite prochaine. Est-ce vraiment possible que quelqu’un, que je ne connais pas va me « massacrer », va se permettre d’arrêter mon cœur alors que je ne pourrais rien faire pour m’y opposer ? Moi qui n’ai jamais rien fait de mal à personne ! Les choses se précipitent, il va me falloir régler les derniers problèmes du quotidien et mettre de côté mes idées religieuses et notamment le fait que Dieu nous a programmé pour vivre un certain nombre d’années. Sans aucune attache sur cette terre il est certain que j’aurai refusé cette opération qui doit si tout se passe bien prolonger ma vie. Je me rends à Quinson avec ma chérie pour voir « notre œuvre » la maison que je n’habiterai peut être jamais, voir une dernière fois le calme du décor, la beauté du site. Chaque détail me rappelle quelque chose, une douleur, une crainte, une peur, une joie. Un sourire s’accroche à nos lèvres, nous sommes heureux d’avoir enfin réalisé notre nid d’amour dans ce décor de rêve. Malgré des goûts souvent différents nous sommes pour une fois tombés d’accord sur la décoration, meubles, papiers peints et couleurs. Par ci par là attendent tableaux et luminaires. Sagement ils attendent que je les mette en place. Mon amour me regarde interdite et ne cesse de répéter comme un refrain : « ce n’est pas juste ! Non ce n’est pas juste, pourquoi toi ? Tu n’as jamais été malade !! Avec la force que tu as !! Ta peau en cuir !! Comment est-ce possible ? » Unis dans une longue étreinte nous regardons autour de nous et je me dis que di l’intervention chirurgicale se passe bien on va être heureux ici si « Dieu nous prête vie » comme on le dit fréquemment. J’oublie un peu ma maladie et je me mets à faire des projets, à espérer dans la vie. C’est bon signe, puis un mot, un regard me ramènent à la réalité, à ma triste réalité. Alors que je peux mourir à tout instant, que l’infarctus est là qui attend le bon moment, pourquoi suis je venu à Quinson ? Pourquoi narguer ainsi la maladie ? Peut être mourir en rêve !! Mon amour est inquiète. Elle a peur qu’il m’arrive quelque chose de fâcheux sur le retour vers Fréjus ou pire maintenant devant la terrasse pendant que je regarde le travail restant à faire et en particulier la piscine. Pourquoi toujours être préoccupé et ne jamais pouvoir jouir d’un moment de bonheur sans la hantise de la mort. La vie est un long fleuve tranquille !!
Veillée d’armes
Tout s’organise comme pour une expédition, une bataille dont je suis le centre d’intérêt. Jocelyne, ma bien aimée prend ses quartiers à St Laurent du var dans un petit hôtel non loin de l’hôpital ; c’est elle qui informera le reste de la troupe, mon père et mon fils restés à Fréjus. Elle sera chargée du contact avec le chirurgien et autres médecins qui vont m’opérer et en informera mon père et mon fils. Tout au début elle voulait s’installer dans la même chambre que moi sur un lit supplémentaire. Je m’y suis opposé, conscient qu’elle ne pourrait supporter une telle situation malgré sa volonté de ne pas me quitter. La belle a besoin de liberté, de soleil et de vie, je ne pouvais lui imposer cela. Je ne soulignerai jamais assez son dévouement et toutes les preuves d’amour qu’elle m’a donné à cette occasion. Je m’en veux aujourd’hui d’avoir choisi cet hôtel qui par sa situation l’obligeait malgré son état de santé précaire deux fois par jour à grimper une colline. Le soleil nous éblouit. Nous marchons main dans la main, bientôt… Ma tête est prête à éclater.
Dois-je oublier le verdict médical ?
Dois-je faire comme si rien ne s’était passé ? Vivre comme avant !! En fait, si je n’avais pas consulté ce cardiologue je serais encore dans l’ignorance ; une douleur de temps en temps au plus profond de mon thorax, quelques instants de repos et hop au boulot !! Mais peut-on faire comme avant ? Un véhicule accidenté doit être réparé, on ne peut pas d’un coup de baguette magique effacer le sinistre. Il en est pareil du corps humain. Comment faire pour oublier que je suis malade ? Je n’ai jamais fait de mal à personne, qu’ai-je donc fait pour mériter pareille disgrâce ? Le chirurgien m.T m’a dit que c’était le plus beau jour de ma vie, curieuse remarque mais en y réfléchissant bien a-t-il réellement tort ? Cette opération peut me sauver la vie, l’infarctus me guettait à chaque instant. Je pouvais mourir à tout moment et je ne suis pas mort. Il est vrai que si l’opération réussit elle va me permettre de reprendre mes activités et de goûter aux plaisirs de la vie, oui mais si elle réussit !! L’Institut Arnault TZANCK est imposant. Il occupe toute une colline surmontant la mer, la voie ferrée et l’aéroport Nice côte d’azur. Mon estomac se serre, la nuit vient de tomber sur St Laurent du var, la colline s’est illuminée, derrière chaque lumière une fenêtre, puis une chambre, la douleur et la misère. Déjà dans le passé quand j’étais encore en pleine santé les lumières de l’hôpital que je longeais pour rejoindre mon domicile me rendaient tristes. Et maintenant c’est moi qui y suis enfermé !! Je pensais à tous ces êtres alités en pleine souffrance et souvent en pleine solitude. Combien de fois suis-je allé rendre visite à mon père dans un hôpital, lui si fréquemment hospitalisé et combien de pleurs ai-je versé le sachant prisonnier de ce bloc de béton ? Demain, ce sera le dernier jour dans mon entité originelle, je vais devenir différent et rien ne
sera plus comme avant.
On va arrêter mon cœur pas...
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