FAKOLI

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Ce livre est le recit de la vie du dernier des Fakoli. Construit sur des faits historiques, sur la légende et sur les mythes fondateurs, il est aussi une invitation à la découverte du Mande et de sa culture humaniste. Avec Sunjata Keïta, Fakoli Dunbia et Tiramaxan Traore sont les personnages clefs de l'histoire du Mande. La libération du Mande de la domination du Soso, l'éradication de l'esclavage, les conquètes territoriales, et la fondation de l'empire (du Sénégal au Burkina Faso en passant par le Mali, la Cote d'ivoire, la guinée Conakry et le Libéria) porte la marque indélébile des actions d'éclat des deux héros.
Publié le : mardi 1 juillet 2003
Lecture(s) : 132
EAN13 : 9782296327689
Nombre de pages : 150
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FAKOLI Prince du Mande

Du même auteur Morts pour la France (récit historique) - Editions Karthala, Paris, 1983. La retraite Anticipée du Guide Suprême (fiction romanesque)- Editions l'Harmattan, Paris, 1984. Certificat de Contrôle Anti-Sida (fiction romanesque) Editions Publisud, Paris, 1988 Aventure à Ottawa (littérature jeunesse)Etudions Hurtubise, Montréal, 1991 Bilai le Prophète (récit historique) - Editions Panafrica Plus, Ottawa, 1992 La Révolte des Galsénésiennes (fiction romanesque)Editions Publisud, Paris, 1994 Le Guide du Panafricaniste (essai)- Editions Nouvelles du Sud, Paris, 1997

Un Mariage forcé (littérature jeunesse) - Editions CEDA,
Abidjan, 1999 Afrique, la Renaissance (essai)- Editions Nouvelles du Sud, Paris, 2000 Le Mali sous Alpha Oumar Konaré (essai)- Editions Silex/Nouvelles du Sud, Paris/Y aoundé, 2002 On a volé la coupe d'Afrique (littérature jeunesse) Editions l'Harmattan

A la conquête de la fontaine magique (littératurejeunesse) Editions I'Harmattan

Doumbi-Fakoly

FAKOLI Prince du Mande
(Récit historique)

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polyteclmique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L' Ha rma ttan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Ce livre a pu voir le jour grâce à : - tous ceux et toutes celles qui m'ont poussé et encouragé à l'écrire, - plusieurs informateurs qui souhaitent garder l'anonymat, -y oussouf Tata Cissé -particulièrementpour ses informations et conseils précieux, - mon épouse et mes filles pour leur patience et leur compréhension. A tous, j'exprime ma sincère et profonde gratitude.

En hommage aux Fa-Ko1i d'hier. A toutes les familles du lignage de l'Aigle: Bakayoko, Bangura, Beavogui, Kamara, Danwô, Dereba, Dunbia, Gueye, Kamisoko, Ke1eya, Kiniyoko, Kuruma, Nkrumah, Nokoya, Sisoko, Sinaba, Sinayoko, Tosoya, etc... Aux Fakoli et aux Ko1i d'aujourd'hui.

(Ç)L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4741-8

Préambule
Chef de guerre dans l'année de son oncle maternel Sumaoro Kante, puis compagnon d'annes de Sunjata Keïta, Fakoli Dunbia est un personnage incontournable dans l'histoire du Mande. Voilà sans doute pourquoi il n'échappe pas au traitement réservé aux personnages célèbres. Tissée de légendes et de faits historiques, sa biographie souffre de nombreux anachronismes, d'arrangements de la réalité, de défonnations de la vérité, de non-dits et de zones d'ombre. Ainsi, Fakoli, qui a vécu au xure siècle, est encore confondu avec Nfajigi Dunbia, un de ses illustres aïeux, connu pour être allé à la Mecque chercher les connaissances ésotériques grâce auxquelles il instituera la société secrète du Komo. À l'époque du voyage, entrepris dans les premières décennies de l'ère chrétienne, cette cité était entre les mains de ses frères de race, dont une des divinités-principes, Manaat, était vénérée dans toute l'Arabie du Nord. L'islam naîtra plus de cinq siècles après. Il semble que le fait que l'initiateur du Komo porte également l'anthroponyme Fakoli soit à l'origine de la confusion. Du fait de cette confusion du descendant avec son aïeul, d'une part et, d'autre part, de l'ignorance de la famille dont ils sont issus, nombreux sont les Maîtres et Maîtresses de la Parole qui, de bonne foi, font du descendant l'ancêtre éponyme de la famille Dunbia des Bula. Ainsi, les non-dits et les zones d'ombre entretenus, sciemment ou non, sur la naissance du descendant Fakoli, autorisent les mêmes Maîtres et les mêmes Maîtresses de la Parole à ranger les Dunbia dans la caste des forgerons. En effet, son père étant un djinn, selon la légende, le descendant Fakoli ne peut se prévaloir que de la généalogie de sa mère. Or, celle-ci, Kankuba Kante, appelée Kassia Kante, d'après d'autres sources, appartient bel et bien à ce corps social.

Mais si les djinns, purs esprits, n'ont pas de nom de famille, d'où vient le nom Dunbia attribué à Fakoli aux lieu et place de Kante, qui est celui de sa mère? C'est ici le lieu d'éclairer certaines zones d'ombre et de lever un non-dit. Fakoli, aujourd'hui considéré comme un prénom, n'en est pas un en réalité. C'est un titre accordé aux auteurs d'actions héroïques par les Bibi Kunda, c'est-à-dire les cinq familles du lignage de l'aigle: les Kamara, Bagayoko, Dunbia, Kamisoko et Danwo. Leur résistance à la domination soninke leur a également valu d'être surnommées les «cinq maisons de fari Bula »; Bula pouvant signifier autonomistes dans l' expression des dominateurs soninke, empruntée aux Mandenka « Laissons-les se gouverner eux-mêmes ». Fakoli vient de la contraction de fa, qui veut dire père ou ancêtre, et de kali, nom de l'animal totémique des familles bula. Fa Kali signifie donc père Koli ou ancêtre Koli. Kali est un aigle mythique qui symbolise la puissance, la rapidité, l'intrépidité. L'ouverture large de son énorme bec crochu, lorsqu'il glatit de colère, lui vaut les deux attributs: kun ba et da ba ( grosse tête, grande bouche). Une allusion comparative au buffle, seul animal craint par le lion comme par l'éléphant, et dont le nombril volumineux est synonyme de fécondité et de puissance, lui vaut deux autres attributs: Kali Barama et Kali Barantan, ( Koli avec un nombril, Koli sans nombril), sous-entendu qu'en toute circonstance, il reste aussi fécond que puissant. Le dernier attribut, qui lui vient également du rapprochement avec l'aigle, impressionnant par son envergure quand ses ailes sont déployées, est Jamjan Kali ( Koli le Grand). Avant Fakoli, fils de Kankuba-Kassia Kante, neveu de Sumaoro Kante et compagnon d'armes de Sunjata Keïta, plusieurs Bula ont porté ce titre. Le plus connu d'entre eux est précisément Nfajigi Dunbia, celui-là même qui a fondé la société secrète du Komo. 8

Cependant, tandis que le titre fakoli s'ajoute au prénom d'origine ou le remplace, il a été donné d'office au fils de Kankuba-Kassia Kante dès sa naissance. La double raison de cette dérogation est à la fois l'influence de son père et le verdict de l'oracle. Le fils de Kankuba-Kassia Kante n'aurait jamais porté le nom Fakoli s'il n'avait été de descendance bula, donc noble. Il doit cet honneur à son père, Bula du clan Dunbia, qui était lefari de Karatabugu, un kafu situé sur la rive droite du Jooliba (actuel fleuve Niger), à soixante kilomètres de Bamako. Capitale de la province de Solon, cette riche chefferie était aussi le plus grand kafu du Mande avec sa soixantaine de quartiers fortifiés. Fils de Kankuba-Kassia Kante et du fari de Karatabugu, Fakoli Dunbia est donc forgeron par sa mère. Mais il est noble par son père. Pour cette dernière raison, ses éducateurs dans l'art de la guerre et dans l'acquisition des connaissances ésotériques ont toujours veillé à ce qu'il ne mît jamais les pieds dans une forge. L'objet de ce récit historique est de tenter de restituer la véritable vie du dernier Fakoli, en ne négligeant ni la légende ni l'histoire. L'objet de ce livre est aussi de le réhabiliter, lui autant que sa famille paternelle, en balayant les affirmations erronées véhiculées par certains Maîtres et Maîtresses de la Parole qui les rangent dans la caste des forgerons. Dans un pays, comme le Mali, où toute la vie sociale tourne encore autour de la réalité des castes, cette démarche nous semble indispensable. L'objet de ce livre est, enfin, de corriger l'image de Sumaoro Kante, déformée à dessein par une certaine littérature orale tendancieuse. Patriote sincère, antiesclavagiste convaincu, homme d'honneur, c'est la lutte acharnée et sans pitié que ce grand Africain a menée contre les esclavagistes musulmans, et aussi sa vengeance implacable contre les Mandenka qui lui 9

valent le portrait détestable et mensonger qu'on lui connaît aujourd'hui. Tous les personnages, tous les lieux et la quasi-totalité des événements décrits dans ce livre ont un caractère véridique. L'imagination de l'auteur, s'inspirant du contexte historique, géographique et humain de l'époque, a seulement essayé de combler les vides dus à la rétention d'informations dont la révélation n'a pas été souhaitable par leurs détenteurs.

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1 Un amour impossible
Le fari n'avait pas fenné l'œil de la nuit. Toute la nuit durant, ses pensées et ses souvenirs avaient convergé vers l'étrangère qu'il avait reçue en dernière audience. De quelle puissance d'envoûtement cette visiteuse pouvaitelle être année pour tromper ainsi sa vigilance et vaincre sa résistance de grand initié? Dans sa longue vie de fari, grand de sagesse et de générosité, il avait accordé l'audience à une centaine de femmes à la noble prestance, au caractère trempé, à la beauté aussi variée que celle de ses propres épouses qui n'avaient rien à envier aux plus belles plantes de la nature. Aucune de ces superbes créatures n'avait réussi à lui dérober pas même quelques instants de sommeil. La responsable de cet exploit inattendu qui lui avait ôté le sommeil, rougissant ses yeux et lui assénant de violents maux de tête était certes belle, d'allure aussi altière et d'une grande fierté. Peut-être toutes ces qualités étaient-elles un ton audessus de celles des autres femmes? Mais cela suffisait-il pour qu'elle occupât son esprit si intensément, comme un détournement mental que seul pourrait opérer un enchantement infaillible? Afin de préparer, dans les meilleurs délais, l'éventuelle parade nécessaire à la préservation de son intégrité mentale, le fari, aussitôt sa toilette matinale tenninée, s'apprêta pour consulter les figures géomantiques. L'heure était propice, car le premier chant du coq n'avait pas encore retenti dans le palais et les dernières forces nocturnes du mal, qui étaient encore en train de semer la désolation, seraient disposées à faire quelques révélations. Au sortir de leur interrogation, les puissances maléfiques de la nuit persuadèrent le fari que, si l'étrangère était bel et bien une grande thaumaturge, la moindre idée ne lui avait traversé

l'esprit, lui suggérant de se servir de sa science pour le subjuguer. L'ultime recours qu'il restait au fari pour s'expliquer son étouffante émotion était les oracles. Mais cela n'arrangeait pas le souverain. Il appréhendait la révélation fatale. Car la séduisante étrangère qui faisait naître en lui ces sentiments si puissants d'amour, cette grande thaumaturge qui semblait en mesure de défier ses pouvoirs magiques jamais pris en défaut, était une femme de caste. Comment lui, personne de noble extraction,fari de surcroît, pourrait-il briser un interdit plusieurs fois séculaire, édicté par les aïeux de ses ancêtres? Et pourtant, les oracles furent on ne peut plus précis: «D'une étrangère à ton pays et à ton peuple, tu auras un enfant dont les exploits seront plus grands que tes exploits et le nom plus connu que ton nom. Ce fils sera la gloire de deux pays. Le Mande et la terre de naissance de sa mère. » L'irrésistible femme à la triple identité, la belle Kanku, honorée aussi de l'homonyme Kankuba, dite Kanku la Grande et répondant enfin au prénom Kassiaii, appartenait à la famille des Kante de Dabi, capitale du pays soso. Déportée, dès sa tendre enfance, du Soso au Mande, elle avait vécu dans la captivité jusqu'à l'âge adulte. Ce sort peu enviable, qui avait fini par forger son caractère, la femme aux trois noms le devait à la détermination de son père à rester fidèle à ses ancêtres. Bâti d'une main de fer par les Soninke de la grande famille des Wague, l'empire du Ghana s'étendait sur tout le Mande et débordait jusqu'au Soso. Convertis à l'islam, les chefs de province soninke, qui faisaient d'abord preuve de tolérance envers la religion ancestrale, commencèrent, dès le xe siècle, à présenter à leurs administrés un choix douloureux: la conversion à la nouvelle voie ou l'esclavage. Chef des forgerons, grand maître du Komo et principale autorité politique de la province, Dabi Kemoko Kante préféra 12

l'asservissement au reniement des valeurs ancestrales. Mais le clan Sise, administrateur de la province, savait quel avantage l'empire pouvait tirer des compétences de maître du feu de cet Africain réfractaire à la culture arabe. Installé avec sa famille d'abord à Name, puis à Soso Daga, un campement aménagé dans les monts mande pour ceux de son peuple qui avaient été déportés, Dabi Kemoko Kante eut le commandement aussi bien des groupes d'esclaves affectés à l'extraction des minerais que des forgerons chargés de la fonte et de la séparation des divers métaux: or, cuivre, fer, argent d'avec les scories. À la mort de ses parents, la fille de Dabi Kemoko Kante et de Tenenba Fane avait décidé de faire se réaliser leur vieux rêve. Le retour dans le Soso pour y lever une armée de libération dirigée par son frère cadet était devenu son obsession. La jeune femme devait cependant résoudre deux grands problèmes. D'abord son frère Sumaoro Kante, né dans le Mande durant l'exil forcé de ses parents. Choisi par les ancêtres et désigné par le sort pour mettre fin à la domination soninke, ce dernier avait un comportement déviant. Bel homme au regard hypnotique, de grande taille, jovial et racé, ce futur résistant tenace semblait s'être découvert deux centres d'intérêt: les femmes, qui, par légions entières succombaient à son charme et la musique. Car l'artiste, qui sommeillait en lui, s'était brusquement réveillé. Sumaoro Kante était devenu un talentueux joueur de balafon; il en possédait même un de sa propre fabrication. Sa musique était si inspirée qu'elle flattait l'ouïe la plus exigeante et envoûtait même les génies qui accouraient pour l'écouter. Ensuite les moyens matériels nécessaires à l'accomplissement du destin de son frère. Pour lever une armée capable d'ébranler, seulement, la puissance de l'empire, il fallait bien plus que les économies réalisées par ses parents et leurs amis dans la perspective du déclenchement de la lutte de libération. Si important qu'il fût, 13

le stock d'or et d'argent discrètement soustrait des livraisons aux autorités et gardé en différents lieux sûrs ne pouvait suffire. Voilà pourquoi Kankuba s'était résolue à demander audience à cefari qui régnait sur le plus riche kafu du Mande. Constitué d'une soixantaine de quartiers fortifiés, ce kafu en était aussi le plus grand. La réputation de bienfaiteur du fari, à la générosité proverbiale, s'était répandue dans toute la contrée comme les eaux d'un fleuve en crue. La fille de Tenenba Fane et de Dabi Kemoko Kante avait une autre bonne raison de solliciter l'aide de ce souverain. Depuis l'adolescence, elle avait appris, grâce à des conversations surprises dans l'entourage familial, que les dernières générations de Bula qui suivirent un serment d'alliance conclu avec les dominateurs soninke, étaient en proie à une réelle amertume du fait même de cet accord jugé par eux inéquitable.

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2 Le serment d'alliance
Lorsque, il y a cinq mille ansiii,les conquérants soninke surgirent de l'Est avec leur puissante cavalerie pour envahir le Kakolotaniv, patrie d'origine des futurs fondateurs du Mande, ils ne se doutaient pas que les Kakolo avaient pour devise: « Plutôt la mort que la soumission ». Vaillants guerriers, chasseurs expérimentés et fins stratèges, les autochtones étaient secondés par de redoutables meutes de chiens de chasse qui semèrent rapidement la mort et la désolation dans la cavalerie soninke en coupant de leurs redoutables crocs les jarrets des chevaux. Les années succédèrent aux années, puis les décennies aux décennies. La volonté de domination des armées soninke ne faiblissait pas. Et la devise des Kakolo était plus que jamais d'actualité. Les veuves et les orphelins ne se comptaient plus dans les deux camps. Le tunkav Makan Diabe Sise comprit, finalement, qu'il valait mieux essayer de pacifier cet unique îlot de résistance autrement que par les armes. Il dépêcha des émissaires auprès des chefs kakolo afin d'explorer avec eux les voies et moyens pour arriver à un accord pouvant conduire à une paix durable. Sa démarche fut saluée par les autochtones, disponibles pour négocier la fin de cette guerre qui avait trop duré et avait causé beaucoup de malheurs. Date fut alors prise et l'endroit approprié identifié et retenu, d'un commun accord, par des hommes de confiance des deux parties. En cette mémorable journée du trentième anniversaire des hostilités, les protagonistes se retrouvèrent sur la colline de Jengue, à une journée de marche de Kunbi Jufi, autre ville importante du royaume naissant du Wagadu vi. La grande famille royale des Wague était composée des clans Sukuna et Sise, Ture et Jaane, Koma et Berete. Les Bibi Kunda étaient

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