Federico Gualdi à Venise : fragments retrouvés (1660-1678)

De
Publié par

Gualdi fait partie de la microhistoire de l'époque charnière où la science commence à se détacher de la philosophie. Exploitant minier, il expérimente de nouveaux procédés de fusion de minerais. Ingénieux, il propose des solutions pour protéger la lagune des terribles assauts de l'acqua alta à Venise. Alchimiste, il laisse une œuvre inédite, De lapide philosophorum, étonnante méditation... Il sera dénoncé devant le Tribunal de l'Inquisition sans toutefois être convoqué.
Publié le : vendredi 1 octobre 2010
Lecture(s) : 118
EAN13 : 9782296266933
Nombre de pages : 366
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat













Fragments retrouvés (1660-1678)
















































!"
#

!$%%&&&'(!'
))
'!*&')
!*&')

+,-.$/0/12/
3.$/0/12/


4
(











Fragments retrouvés (1660-1678)


5!!

6!






















Du même auteur
ESSAIS
Musique & Questions
Bascule. Stil, 2007.
Empreintes. L’Harmattan2, 008.
Perceptions en contrechamp
Le reflet d’une oreille. [article paru en 1986]
La transcription dans Boulez et Murail. L’Harmattan1, 999.
La liberté dans la musique. À paraître.
Ébranlements
Joue, je pense à toi. À paraître.
Vulnus. À paraître.
Rayonnements fossiles
Federico Gualdi à Venise : fragments retrouvés. L’Harmattan2, 010.
Récréations de Hultazob. L’Harmattan2, 010.
Être conduit dans la crypte : le Klerikat de J.-A. Starck. À paraître.
OUVRAGE COLLECTIF
Pierre Souvtchinski, cahiers d’étude. L’Harmattan2, 006.
RECUEIL CENSURÉ
(Re)lire Souvtchinski. Efflorescence 1, 989.
BAGATELLES
Un musicien a les pieds sur terre. En préparation.à Henri Chalier
à Reinhard MarknerINTRODUCTION
La recherche sur Federico Gualdi était tenue pour cabale depu17i9s 0 :
« On ne peut pas dire grand-chose des conditions de vie de cet homme
singulier. Le peu d’informations le concernant, trouvé dans les écrits
alchimiques, est déformé par des ajouts fabuleux. On ne peut même
pas dire avec certitude quand et où il est réellement né et mort – voilà
pourquoi il était facile de lui imputer un âge de quelques siècl–e, sd ’au-
tant que l’on était incapable d’indiquer d’où il est venu et vers où il est
 1allé» . Pour avoir retrouvé plusieurs manuscrits autographes, il m’est
possible de mettre en lumière quelques fragments de sa vie et de son
œuvre, dont voici l’essentiel.
Probablement natif d’Allemagne, l’homme se fait appeler Federico
Gualdi, bien que je ne puisse jurer que son patronyme fût véritable.
Entre 1660 et 1678, il vit à Venise et aux alentours ; il est socialement
intégré. En 1660, puis en 1663, il propose sa solution pour que la terrible
acqua alta qui venait d’avoir lieu fût l’ultime. Ent1r66e 3 et 1666, il exploite
ingénieusement le complexe minier d’Andreana Crotta, veuve et
propriétaire de gisements dans le val Imperina ; nous apprendrons
par les fils d’Andreana qu’il est négociant minier depuis au moi1n6s 25.
En 1676, sur incitation de Francesco Giusto – un négociant minier que
Gualdi avait houspillé –, l’Inquisition consigne des jalousies antidatées
de dix ans levant quelque voile sur le cercle vénitien de ses fréq -uen
1 [Anonyme] « Von dem Fürsten der hermetischen Welt », 237 (Von den Lebensumständen
des seltnen Mannes weiß man nicht viel zu sagen. Die wenigen Nachrichten, die man in
alchemistischen Schriften von ihm findet, sind durch fabelhafte Zusätze entstellt. Man kann
nicht einmal mit Gewissheit sagen, wann und wo er eigentlich geboren und gestorben ist; daher
konnte man ihm leicht ein Alter von Jahrhunderten andichten, je weniger man den terminum a quo
und ad quem anzugeben im Stande war).INTRODUCTION8
tations alchimiques ; bien qu’il lui soit prêté l’âge canonique d2e 00«
ou 300 ans », rien n’incite l’Inquisiteur à poursuivre l’instruction ; il ne
sera pas entendu. D’autres témoignages lui font la réputation d’être un
alchimiste prisé (la réalité est autrement banale : l’homme paradait
à Venise les poches emplies d’or, les crédules imaginèrent quelque
transmutation réussie, l’homme s’était seulement enrichi à l’insu de la
veuve Crotta). Quant au dernier témoignage donnant Gualdi en vie, il
émane d’une lettre datée du 2 novembre 1678 qu’il adresse à un certain
« D. C. de R. ». La vieillesse de Gualdi ? je me suis résigné à l’ignorer,
tout comme sa généalogie, son enfance, sa jeunesse et la première partie
de sa vie d’adulte. J’ai achoppé aussi à connaître ses dates et lieux de
naissance et de mort. Venu de nulle part et allant on ne sait où, Gualdi
se serait-il échappé de l’archive ?
Des œuvres attribuées à Gualdi nous étant parvenues, j’en ai ide-nti
fiée une, manuscrite et inédite, dont la date de création n’est pas connue.
Il s’agit du De lapide philosophorum (WL, MS 4856, ff. 138-177). L’œuvre est
copiée par Christophorus Trokhmayr en 1718 dans un recueil d’œuvres
médico-alchimiques, elle est rédigée en allemand et en latin, sa doctrine
est alchimique et son style apparenté à de la poésie rythmique. Certes,
l’absence d’autographe lui confère une corruption évidente, de surcroît
lorsque les conditions de transmission sont ignorées. En esquissant
son stemma, il m’est apparu qu’une traduction partielle en italien de
la partie allemande avait été faite à l’intention du cercle ésotérique
et irréligieux dont Gualdi avait la charge dans les années soixante à
Venise, une traduction pas nécessairement de Gualdi. Certes, t«o ut
texte qui nous a été transmis par un seul manuscrit ne peut être [...]
 1tenu pour autre chose qu’un fragmen»t . Qu’importe si l’édition est
provisoire : De lapide philosophorum offre, en son énigme, une habile
méditation sur la question de création.
Après la disparition de l’homme, et trois siècles durant, les h-isto
riens ésotéristes développent mille élucubrations pour faire accéder
le prétendu pluricentenaire au prestige du surhomme. Affublant leur
héros de l’image ordinaire d’un personnage aspirant à l’extraordinaire,
leur prose n’offre à la vue qu’un delta d’obscurantisme. Le bilan h-isto
riographique est franchement contre-productif.
Aujourd’hui, l’homme et son œuvre subsistent en tant qume embra
disjecta : ruines énigmatiques dont la signification se disperse au gré
des vents de la petite histoire.
1 Paul Zumthor, « Le texte-fragment », 79.INTRODUCTION 9
*
Je n’ai pas examiné si l’homme ou l’œuvre représentaient plus
qu’eux-mêmes, s’ils exprimaient quelque chose de collectif duquel
ils ne pouvaient s’abstraire. Ainsi n’ai-je pas cherché à interroger la
« micro-histoire des individus [qui] donne à palper la texture des effets
 1d’agrégat collect»if . Si j’ai dû laisser en friches des lieux de recherche à
peine entrevus, je me suis, par contre, efforcé de réduire le plus possible
la zone grise entre l’intérêt scientifique et ma passion de chercheur,
entre les faits vrais, les faits significatifs et les conjectures y afférentes.
J’ai cherché à obtenir un maximum d’objectivité dans la description des
phénomènes étudiés et à réduire, dans la même proportion, l’arbitraire.
Comment s’approcher d’un avoir-été-vivant ? Est-il concevable de
se faire contemporain d’une époque passée ? L’écriture biographique
pose-t-elle, ou déplace-t-elle, certaines catégories d’analyses sur un
événementiel qui nous est rendu opaque du fait des années écoulées ?
recherche-t-elle implicitement une conception de l’action individuelle
sur la société ? sur une vision, voire sur une philosophie de l’histoire ?
J’ai appris que mettre en lumière un destin particulier demeure chose
fragile, – la découverte d’une archive dormante pouvant mettre en
péril toute explication savamment échafaudée. Prévaut davantage la
possibilité de se rapprocher le plus près possible de la vérité sur un être
singulier au sein d’une fenêtre d’observation si restreinte fût-elle.
Gualdi évolua... évoluant dans un temps autre de la vie. Vivant, et
au présent, il se dédouble dans le passé et le futur, déroutant par-là
même le chœur du sens commun.
Sans tarder je me suis mis au rouet jusqu’en novembre 2009.
1 Paul Veyne, Foucault, 149.REMERCIEMENTS
Cette recherche doit beaucoup à la bienveillante solidarité intellectuelle
et financière d’une communauté dont il convient de n’occulter ni les
identités ni les tâches accomplies :
Collaborateurs
Domaine italien :
- Orietta Ceiner Viel, relectrice des manuscrits ;
- Henri Chalier, traducteur.
Domaine allemand :
- Reinhard Markner, relecteur des manuscrits ;
- Heinz Winkler, traducteur.
Domaine latin :
- Guy Montarien ( † r.i.p.), relecteur des manuscrits.
Mécènes
Marie-Claude Viviani
Daniel De Decker
Pierre Séchet
Laure Warnery12
La reproduction des manuscrits de Alr’chivio di Stato de Venise est auto-
risée par convention n 4°5/2010 prot. 8929 / 28.13.07.
La reproduction des manuscrits de Alr’chivio di Stato de Belluno est
autorisée par convention n 2/°2010 prot. 1587 / 28.13.07/1.
Les miniatures reproduites sur la couverture et pp9. 6-154 sont
extraites du fonds maçonnique concernant Johann August Starck.
Elles sont inédites. Références : GStA PK, Freimaurerlogen und
freimaurerähnliche Vereinigungen5., 2. R 31 Provinzial-Ordens-Kapitel
« Inseparabilis », Rostock, Nr. 174. Remerciements à Mme Kornelia
Lange (GStA PK) et à la Große Landesloge der Freimaurer von Deutschland
pour leur autorisation de publication.
Les orthographes originelles sont respectées.ABRÉVIATIONS ET SIGLES
ASBl Archivio di Stato di Belluno (Belluno)
ASV Archivio di Stato di Venezia (Venise)
BC Biblioteca Casanatense (Rome)
BCA Biblioteca del circolo culturale Agordino (Agordo)
CMC Cultureel Maçonniek Centrum Prins Frederik
(La Haye)
GStA PK Geheimes Staatsarchiv Preußischer Kulturbesitz
(Berlin)
WL Wellcome Library (Londres)
fol. / ff. folio / folii
i.e. id est
in marg. in margina
inc. / explic. incipit / explicit
MS manuscrit
m.v. more veneto
N.d.é. Note de l’éditeur
n.n. non numéroté(e)
p. / pp. page / pages
ps. pseudo
< > Les crochets obliques signifient les mots ou lettres
manquants, restitués par conjecture.
| Le trait vertical dans un texte transcrit indique un
changement de folio ou de page.Savez-vous une émotion plus belle qu’un homme
resté inconnu le long des siècles, dont on déchiffre
par hasard le secret ?... Avoir été un de ces
hommes... Voilà la seule forme valable de la gloire.
Claude DebussyPREMIÈRE PARTIE
Fragments biographiques retrouvés (1660-1678)CHAPITRE PREMIER
Les contemporains de Gualdi ?
Il n’aurait pas été inutile de recueillir les témoignages de ceux qui
connurent Gualdi, ou qui conservèrent sa mémoire, pour en apprécier
l’influence exacte exercée sur son époque. Mais l’homme fait partie du
commun ; il n’est évoqué que pour ses habiletés d’exploitation minière
et ses filouteries à l’endroit d’une aristocrate veuve, son savoir-faire
d’alchimiste, son talent de mentor d’un groupuscule œuvrant à la
frontière de l’ésotérisme et de l’irréligion : voilà énumérés les maigres
témoignages retrouvés, c’est trop peu pour reconstituer une unité
historique. Et le seul écrit qui lui fut jamais consacré a été rédigé par
un certain Sebastiano Casizzi (fut-ce réellement son nom ?) ; imprimé
en 1690, il s’avère peu exploitable du fait de son style ironique et ha-gio
 1graphique . Cet écrit va clore la période pendant laquelle le souvenir
de Gualdi reste vivant pour ses contemporains, mais il ne fait aucune
allusion au De lapide philosophorum, écrit alchimique qui aujourd’hui
pourrait le faire revivre.
1 Ainsi cet extrait, qui aurait pu être appliqué sans doute à la personne de Leibniz, alors qu’il
n’existe rien de tel concernant Gualdi : « Se di politica nessuno aveva migliori notizie degli arcani
di stato più reconditi, né si mostrava più pratico de’ gabinetti reali. [...] Astronomo perfettissimo,
pratico a maraviglia delle matematiche & in somma non vi è scienza nella quale egli non fosse
profondamente versato [...]. Qualità così rare dunque non poterono restare occulte e perciò
passarono alla cognizione di molti uomini dotti d’Italia (Qu’il s’agisse de politique, nul plus
que [Gualdi] n’avait de meilleures informations quant aux arcanes les plus cachées des États, ne
s’en montrant pas moins expert des cabinets royaux. [...] Astronome d’exceptionnelle qualité,
praticien des merveilles de la mathématique, en somme il n’était aucune science dans laquelle
il ne fut profondément versé [...]. Des qualités aussi rares ne purent rester cachées, elles furent
donc portées à la connaissance de nombreux savants d’Italie) ». Cf. Sebastiano Casizzi, La critica
della morte, 115-116.LES CONTEMPORAINS DE GUALDI ?18
Fig. I – Autographe de Gualdi
ASV, Savi ed esecutori alle acque, b. 123, autographe du 10 janvier 1662 m.v. (1663), fol. 35 r°CHAPITRE II
Rudiments identitaires
La seule partie certaine de la vie de Gualdi ne concerne ni son enfance,
ni sa jeunesse, ni sa vieillesse, ni même la première partie de sa vie
adulte. Sur toutes ces époques, il n’est possible que de deviner quelques
détails, mais la plupart du temps, il convient de se résigner à rester
ignorant. Seul un voile peut être levé sur la périod166e 0-1678, correspon -
dant sans doute à l’âge mûr de Gualdi.
I. – LE NOM
C’est par Gualdi lui-même que nous connaissons son identit: é« Io
 1Federico Gualdi » . Nous sommes à Venise, en décembre 1660, il lit
devant la magistrature aux Eaux un mémoire exposant ses propo-si
tions contre alc’qua alta ; le document n’est pas autographe mais la copie
est authentique. Je n’ai trouvé aucune source antérieure légitimant le
patronyme « Gualdi » affublé du prénom « Federico ».
Le 10 janvier 1663, il lit devant cette même magistrature un nouveau
mémoire, lequel nous est parvenu autographe: c’est un des rares
spécimen de son écriture retrouvé ; il est signé en son dernier fo: lio
 2« Federico Gualdi » (cf. FigI. ) .
1 ASV, Savi ed esecutori alle acque, b. 69, fol. 103 r°.
2 ASV, Savi ed esecutori alle acque, b. 123, mémoire du 10 janvier 1662 m.v. [1663]. Il existe un autre
spécimen de la signature, daté du 18 décembre 1663 : cf. BCA, Donazione Da Giau, b. 8, 1661-
1665, fascicolo 30, Copia di lettere Sgualde, 10 v°. Occasionnellement peut-on lire, sous la plume
de contemporains, la variante « Gualdo », par exemple dans cette copie d’après un original de RUDIMENTS IDENTITAIRES20
En 1832, un historien allemand de l’alchimie, Karl Christoph
Schmieder, conteste l’authenticité du patronym: e « On a dit que
Frederico Gualdo n’était pas, à proprement parler, un Italien, mais un
 1Allemand qui s’appelait Friedrich Walt»er. Schmieder n’en dira pas
plus, et je n’en ai pas retrouvé la source, laquelle, si elle dit vrai, indique
que le nom de baptême « Walter» aurait été latinisé et assimilé à de
 2l’italien (Walte→r Gualdus → Gualdi ) ; de même quant au prénom
(Friedrich → Federico). La manipulation surprend car, dans les milieux
alchimiques, il était de notoriété de faire correspondre au lsailtvian (i.e.
 3le bois, la forêt) le grehc ylè (i.e. le chaos primordial de l’alchimiste. )
Gualdi, alchimiste confirmé, aurait-il rejeté la didactique traditionnelle
 4des patronymes symboliques de ses pairs ? Ce « Walter» , pourquoi
n’aurait-il pas été plutôt italianisé Seen lva pour donner quelque chose
comme « Federico Selva » ?
Lorsque Hermann Kopp a cru voir en Gualdi un certain Friederich
 5Gallus, il l’a fait au prix d’un amalgame artificiel de deux sources h-isto
 6riquement hétérogènes. Et Federico Barbierato, méditant sur le propos
rapporté par Schmieder, pensa au baron Friedrich Walthe1r 64(9-1718),
aussi nommé Frédéric Walter, cet érudit et précepteur d’un jeune prince
Gualdi : « Da me Federico Gualdo un humilissimo et osseqiossimo raccordo per beneffitio della
laguna [...] ». Cf. ASV, Savi ed esecutori alle acque, b. 123, Lettera 9. 5. 1663, n.n.
1 Karl Christoph Schmieder, Geschichte der Alchemie, 464 (Frederico Gualdo soll eigentlich kein
Italiäner, sondern ein Deutscher gewesen seyn, und Friedrich Walter geheißen haben). Les his-
toriens le reprennent, même Pericle Maruzzi : « Friedrich Walter sarebbe stato il suo vero nome
(Friedrich Walter aurait été son vrai nom) ». Cf. Maruzzi, Dell’autore di un’ode alchemica italiana, 141.
2 « Gualdus, gualdum: nemus, silva, ex Saxonico et Germanico wald […] silva ejusdem gualdi
(Gualdus, gualdum : bois, forêt ; du saxon et du germain ‘Wald’ [...] forêt : gualdi) ». Cf. Du
Cange, Glossarium ad scriptores mediae et infimae Latinitatis, IV, 122.
3 Ainsi ce propos de 1544 : « Materia prima […] laquale nominano hylen cioè sylva (La ‘materia
prima’ [...] également appelée ‘hylè’, c’est-à-dire ‘silva’ [...]) ». Cf. Giovan Bracesco, La espositione di
Geber, fol. 72 v°. Ou encore ce propos de 1621 : « Outre ce nom qui signifie tout, on le fait encore
seigneur des forests, parce que les Grecs le tenoient pour recteur du Chaos qu’ils nomment
autrement Hilé, signifiant une forest ». Cf. Clovis Hesteau, Traittez de l’harmonie et constitution �ene�
ralle du vray sel, 279. Les expressions Sylva philosophorum et Stein der Weisen étaient synonymes, ainsi
que l’atteste ce manuscrit de Cornelius Petraeus : Sylva philosophorum. Das ist : Ein Besprech von der
Universahl�Tinctur oder von dem Stein der Weißen.
4 On pourrait penser aussi à « Gwalter », « Gualter », ou toutes autres variantes orthographiques
een usage dans l’Allemagne de la fin du XVI s.
5 Friederich Gallus fut l’auteur d’un opuscule alchimique de quelques feuillets intitulé Reise nach
der Einöde S. Michael (1648).
6 Cf. Hermann Kopp, Die Alchemie, 101. Les deux sources, que reprend textuellement Kopp, sont :
Georg von Welling, Opus ma�o�cabbalisticum, 519 ; Karl Christoph Schmieder, Geschichte, 464.L’ORIGINE 21
suédois qui connut Leibniz dans les année1s 670 et séjourna à Venise en
 1  21690 . Ajoutons que Gualdi n’est ni Galeazzo Gualdo Priora tn o i un
certain Fridericus Jacobus Walter, grammairien de l’université b-ava
 3roise d’Ingolstadt qui y fut inscrit 2l5e février 1624 . Et si Friedrich Wald
avait été son nom de baptême ?
Le patronyme de Gualdi reste donc à confirmer.
II. – L’ORIGINE
 4En 1660, Gualdi déclare être d« ’origine allemande» . En 1666, il se
 5qualifie de « pauvre étranger» à Venise. En 1676, un contemporain,
Giovan Battista Rado, rapporte qu’il se dit être or«i ginaire d’Augs-
 6bourg » . Mais ce flou sur l’origine est sujet à interrogat: io«n En
discutant avec Giovan Battista, nous nous disions qu’il fallait que cet
homme appartînt à la maison du diable car on ne pouvait savoir d’où
 7il venait» . En 1690, lorsque Sebastiano Casizzi rédige sa biographie, il
1 Cf. Federico Barbierato, « Federico Gualdi », 490. Sur Walther et Leibniz, cf. André Robinet,
G.�W. Leibniz : Iter italicum, 420-421 ; Leibniz, Sämtliche Schriften und Briefe. All�emeiner politischer und
historischer Briefwechsel, Erster Band : 198 et suiv. ; Fünfter Band : 528 et suiv.
2 Né en 1606 et mort en 1678, le diplomate et historien G. Gualdo Priorato était membre notam-
ment de l’Accademia de�li Inco�niti à Venise. Cf. Giorgio Spini, Ricerca dei Libertini, 137-186.
3 Cf. Götz von Pölnitz, Die Matrikel, Bd. 2,1, col. 452.
4 ASV, Savi ed esecutori alle acque, b. 69, fol. 103 r° (di natione germanico). En 1662, il réitère être
« natif d’Allemagne » : cf. ASV, Senato, Terra, filza 710, lettre de Gualdi du 15 décembre 1662, fol. 1
(nativo di Germania).
5 ASV, Archivi notarili, notai di Venezia, Atti, b. 8628 fol. 135 r° (me povero forastiero).
6 ASV, Sant’Ufficio, Processi, b. 119, procès-verbal de Giovan Battista Rado, 5 mai 1676, fol. 5 v°.
Un propos identique a été tenu au même moment par Rosanna Furfugiula : « J’ai entendu de
la part de la noble dame Andreana Crotta, propriétaire des mines d’Agordo, qu’à propos de la
famille Crotta, ce Federico lui avait donné des sous qui proviendraient d’Augsbourg ». Cf. ASV,
Sant’Ufficio, Processi, b. 119, procès-verbal de Rosanna Furfugiula, 5 mai 1676, ff. 8 r°-8 v°.
7 ASV, Sant’Ufficio, Processi, b. 119, procès-verbal de Francesco Carrara, 28 avril 1676, fol. 3 r°. Un
edit non documenté du XVIII s. mentionne que Gualdi « a vécu la plus grande partie de sa vie au
dehors de sa patrie, la plupart du temps en Italie ». Cf. [Anonyme] « Von dem Fürsten der herme-
tischen Welt », 237. En consultant la source du texte, l’ouvrage apocryphe du ps. Hermann Fictuld,
Des [...] Probier�Steins, erste Classe 1784, on apprend que « [Gualdus] wohnte theils zu Vincenza,
einer Stadt in dem Venetianischen, an den Tyrolischen Gräntzen, theils aber in der Haupt-Stadt
Venedi� selbst (Gualdus [...] habitait pour partie à Vicence […] et pour partie à Venise même) »
(cf. p. 83) ; et l’ouvrage d’ajouter une ligne plus loin : « dans la première localité, il a obtenu le titre
de comte, comte Gualdus, et, dans l’autre, le droit de cité et le titre de noblesse princière, prince
de Grimaldo ». Pour comprendre le sens de la phrase du ps. Fictuld (c’est-à-dire le sens donné à
ces deux « theils »), il faut revenir à « « VVVon on on dddeeem m m FüFüFürrrstststeeen n n dddeeer r r hhheeerrrmmmeeetttiiisssccchhheeen n n WWWeeelllt t t »»», , , qqquuui i i llleees s s a a a cccorororrrreeeccc---RUDIMENTS IDENTITAIRES22
n’évoque plus son origine et son lieu de naissance, préférant user d’une
expression sybilline : « Fridericus Gualdus, dont on disait qu’il était
 1Allemand ».
III. – LA NAISSANCE
En 1663, lorsque Gualdi se présente devant l’autorité des sages et
exécuteurs aux Eaux de Venise, il se définit en tant qu’homme d’âge
mûr, mais pas forcément d’âge avancé: « Je suis sûr de moi car j’ai acquis
de multiples expériences, non seulement par ma longue et grande
pratique de diverses sciences, mais aussi par mes incessants efforts
 2longtemps pratiqués en divers pays» . L’information est confirmée par
ces sages : favoriser son projet signifie ô« ter des occasions à d’autres
 3jeunes » .
À cette époque, il aurait été âgé d5e 0 ans, ce qui l’aurait fait naître
aux alentours de 1612. Or, en 1676, les procès-verbaux de l’Inquisition
 4consignent que Gualdi a entr4e 5 et 60 ans , ce qui le fait naître entre
1616 et 1631. Or, selon Sebastiano Casizzi, Gualdi aurait confessé 1e6n 77
 5être âgé de quatre-vingt six ans, il serait alors né e1n 591. Et en 1666, les
fils d’Andreana Crotta indiquent que Gualdi travaille dans les mines
depuis au moins vingt-cinq ans avant leur naissance ; l’intéressé ne le
conteste pas. Partant de la date de naissance de l’aîné, Filip1po 648)(,
nous arrivons à une date antérieure 1à 623 ; partant de celle du cadet,
Alessandro 1(650), nous arrivons à 1625. Posant par hypothèse que Gualdi
était à Venise vers 1623/1625, et qu’il devait alors être âgé d’enviro2n 0
ans, sa date de naissance se situerait dans la fourche1tt603e /1605.
tement interprétés diachroniquement : « Hielt er sich zu Vicenza [...] wo er, wie man wissen will,
den gräflichen Titel erhalten haben soll. Von hier wendete er sich nach Venedig ». Je conserve
néanmoins ma traduction littérale du ps. Fictuld, ne retenant pas la supposée vie à Vicence car
ece titre de noblesse n’a jamais été prouvé. Enfin, d’autres dits manuscrits du XVIII s. évoquent
un lien entre Gualdi et la Bavière. Mais songer au fait que Gualdi aurait pu exercer son métier
dans les mines bavaroises, ou que l’on trouve des traces de dialecte bavarois dans son De lapide
philosophorum, ne mène à rien de précis.
1 Inscription sous le portrait de Gualdi dans Sebastiano Casizzi, La critica della Morte, n.n.
(Fridericus Gualdus natione ut dicebatur Germanus).
2 ASV, Savi ed esecutori alle acque, b. 123, mémoire du 10 janvier 1662 m.v. [1663], fol. 34 r° (essendo io
per multipliche esperientie. Seguro, non solamente per la longa, et gran prattica di varie sientie,
che in diversi paesi, con incessante fatiche, et longo tempo ho acquistate).
3 ASV, Senato, Terra, filza 710 Supplica 19. 12. 1662 (levar le occasioni ad’altri di giovani).
4 ASV, Sant’Ufficio, Processi, b. 119, passim.
5 Cf. Sebastiano Casizzi, La critica della Morte, 118 (Ne aveva ottantasei e ciò fu l’anno 1677).LA NAISSANCE 23
En 1690, son portrait est édité par Sebastiano Casizzi, en frontispice
de La critica della morte :
Le portrait est signé au bas de la légende : P«o rtio sculp<sit>»
(Portio l’a sculpté). Qu’il ait été gravé à partir d’une pose de Gualdi
ou d’après un existant d’un certain Carlo Ripa (peintre appartenant
 1au cercle dénoncé par Francesco Giusto e1n 676 devant l’Inquisiteur),
chose qui ne peut être attestée, a peu d’incidence : il a été réalisé par
 2Aniello Portio, graveur au burin peu suspect de fourber. ieLa gravure
confère à la représentation une fiabilité certaine au modèle. À cet
égard, il correspond trait pour trait à la description faite par Francesco
Giusto en 1676, soit quinze ans auparavant: « [Gualdi] a une cheve-
lure longue, noire, un peu ondulé; e il est vêtu de noir comme un clerc
séculier; plutôt petit, ni gros, ni maigre, visage émacié, yeux noirs, voix
 3féminine, sans barbe, avec un filet de moustache»s . Il serait surpr-e
nant que le modèle de Portio n’appartînt pas à l’époque de Giusto, en
tout cas il est le seul portrait connu à ce jour.
Sous le portrait se trouve une inscription donnant Gualdi non- agé
 4naire « ainsi qu’il l’a avoué lui-même» , mais rien n’indique que la
confession date de 1682. Si tel était le cas, Gualdi serait né e159n 2.
1 ASV, Sant’Ufficio, Processi, b. 119, procès-verbal de Francesco Giusto, 21 avril 1676, fol. 2 δ.
2 e e Cf. Bénézit, Dictionnaire critique, 161 (Portio Aniello, ou Portius. XVII -XVIII siècles. Actif à
Naples entre 1690 et 1700. Italien. Graveur au burin).
3 ASV, Sant’Ufficio, Processi, b. 119, procès-verbal de Francesco Giusto, 21 avril 1676, fol. 1 r°.
4 Cf. Sebastiano Casizzi, La critica della Morte, 118 (suo ore nonagenarius confessus).RUDIMENTS IDENTITAIRES24
À ce stade de mon étude, Gualdi semble adulte ver1s 640 et homme
mûr dans les années 1660 ; sa naissance semblerait située autour d16e00.
Ce qui lui donne une vingtaine d’années au moment où le Saint-Empire
romain germanique vit sa guerre de Trente Ans et où la voix des Rose-
Croix résonne dans toute l’Europe. Par contre, j’ignore si, bébé, il fut
bercé par quelques nourrice ou mère bienveillantes.
IV. – LA FAMILLE
En janvier 1666, Gualdi se dit être « fils du sieur Guillaume
 1d’Allemagne » . En 1662, il évoque une famille à nourri: r« [...] pour
 2ma subsistance et celle de ma famille [..».] . Nous n’en saurons pas
davantage. En 1666, Andreana Crotta promet d«e donner pour femme la
 3noble dame Isidora, ma fille, au seigneur Federico Gual»di, indiquant
par défaut qu’il est célibataire. À cette époque Isidora est âgée de treize
ans. Et en 1675, sa femme de ménage, l’appréciant guère, a entendu dire
par une autre femme qu’il vivait avec une certaine Betta et « qu’il l’avait
 4 eengrossée » . Un dit non documenté du XVIII s. laisse supposer que
Gualdi eut un petit-fil: s« Il me raconta l’histoire de son grand-père (ce
 5Theodorich Gualdo) ».
*
Sur le nom, l’origine, la naissance, la famille de Gualdi, rien n’est sûr,
rien n’est impossible.
1 ASBl, Notarile, Farinaccio, prot. VIII, n. 3222, 14 janvier 1666, 544 (quondam signor Guglielmo
di Germania).
2 ASV, Senato, Terra, filza 710, rapport au Serenissimo Prencipe du 15 décembre 1662, fol. 2 (per
mantenimento mio et della mia famiglia).
3 ASV, Archivio notarili, Notai di Venezia, Atti, b. 8628 fol. 132 v° (di dar per moglie la nobil donna
Isidora mia figliola al domino Federico Gualdi).
4 ASV, Sant’Ufficio, Processi, b. 119, procès-verbal de Rosanna Furfugiula, 5 mai 1676, fol. 9 r° (che
l’habbi ingravidata).
5 Cf. Johann Christoph von Wöllner, Aufschluss über den höchsten Zweck des Ordens, 140 ([Er] erzählte
mir die Geschichte seines Großvaters (des Theodorich Gualdo) und die Art wie er seine
Kenntnisse in Italien erlangt habe. Er befand sich in dem Jahre 1740 in Florenz). Ce propos a
été copié à partir d’un original provenant de la nébuleuse de la Strikte Observanz (cf. Aufschluss,
ep. 152). Un autre dit du XVIII s. fait état de l’existence d’un « frère », sans préciser s’il s’agit d’un
frère utérin ou d’un franc-maçon. Cf. [Anonyme] « Ein altes und seltenes Manuscript », 141.CHAPITRE III
La Sérénissime : terre d’exil et mère nourricière espérée
eÀ la mi XVII s., Venise est un phare pour l’Europe du fait d’une richesse
économique colossale, de nombreux théâtres, d’une osmose des vies
musicale et sociale mêlant les populations, d’interprètes à la virtuosité
enviée, d’une édition musicale florissante. Mais Gualdi n’est pas artiste,
il s’y s’installe parce que la ville espt r«o pice à l’hospitalité, aux libres
discussions, aux brillantes carrières académiques des immigrés plutôt
qu’à des productions originales ou à des changements particuliers
 1d’opinion » . Pas grand chose n’est remis en cause. Si les étrangers sont
prudents dans leurs dits et leurs œuvres, ils coulent des jours heureux.
 2L’exercice des choses occultes croît en toute discréti.on
La ville est aussi parcourue par plus de cent soixante canaux et
s’étend sur cent dix-huit îles situées entre l’embouchure de l’Adige,
au sud, et du Piave, au nord. De l’automne à la fin de l’hiver, elle est
exposée à l’acqua alta (inondations dues à la combinaison malheureuse
de vents forts, de la pression atmosphérique et des marées).
I. – UNE ARRIVÉE EN 1642 OU EN 1651 ?
En 1660, Gualdi déclare avoir choisi de s’installer dans la République
 3de Venise il y a de cela «d e nombreuses années » . Et Casizzi de
rapporter qu’en 1653 il était un «s imple étranger habitant seul, ou avec
1 Paolo Ulvioni, Atene sulle la�une, 157 (propizio all’ospitalità, alle libere discussioni, alle brillanti
carriere accademiche degli immigrati, non a originali produzioni o ripensamenti propri).
2 Cf. Federico Barbierato, Nella stanza dei circoli.
3 ASV, Savi ed esecutori alle acque, b. 69, fol. 103 r° (da molti anni).LA SÉRÉNISSIME : TERRE D’EXIL26
peu de serviteurs, dans deux médiocres chambres sans décors ni lustre
 1ni confort, sauf celui suffisant à un étudian.t »
 2Le 10 janvier 1663, Gualdi y vit depuis « douze ans » . Il y serait
arrivé en 1651, le propos est corroboré par Francesco Giusto, e1n 676,
devant l’Inquisiteur: « Pour ce que j’en sais, ce Federico habite Venise
 3depuis vingt-cinq ans » . Or, Casizzi tient qu’en 1682 Gualdi y fut
 4« pendant quarante ans un habitant célèb»re, il serait alors arrivé
en 1642. Aurait-il falsifié la date de son arrivée ? Un dit manuscrit non
documenté signale qu’il était t«r ès réputé dans la ville de Venise à
cause de sa science alchimique, mais comme à la même époque beau-
coup de faux sequins circulaient parmi la population, le Sénat voulait
le faire arrêter. […] L’année suivante, les fausses pièces mirent à jour
 5l’innocence de Gualdi» . Mais les dénonciations de ce genre étaient
fréquentes et débouchaient rarement sur une inculpation, il y a donc
rarement trace de l’incrimination.
Sur son arrivée à Venise, en l’absence de mention par ses contempo-
rains, on peut l’imaginer discrète.
II. – EN CE DÉBUT DÉCEMBRE 1660, UNE TERRIBLE ACQUA ALTA
9 décembre 1660 : les exécuteurs aux Eaux constatent que d«u fait
des crues exceptionnelles et de continuels siroccos survenus depuis 8 le
octobre dernier jusqu’à présent, les lidi d’état ont subi de graves dégâts.
[...] Il nous a été malheureusement et avec amertume certifié que la nuit
du 6 courant la tempête survenue avec une si grande vigueur, co-nti
nuant l’après midi avec accroissement d’environ huit heures d’eau, dont
on n’a pas d’exemple, ni on ne sait si jamais cela a eu lieu. [...] La mer
était partout dans les vignes. [...] Certains se mettaient à l’abri dans les
1 Cf. Sebastiano Casizzi, La critica della morte, 109-110 (semplice forastiero, abitando o solo, o con
un servitoruccio in due mediocri stanze, senza addobbi e senza alcun’apparenza di lustro, o di
maggiore comodità che quanto possa bastare ad uno studente).
2 ASV, Savi ed esecutori alle acque, b. 123, mémoire du 10 janvier 1662 m.v. [1663], fol. 34 r° (di anni 12).
3 ASV, Sant’Ufficio, Processi, b. 119, procès-verbal de Francesco Giusto, fol. 1 v° (Habitante esso
Federici in Venetia, per quanto intesi da 25 anni).
4 Cf. Sebastiano Casizzi, La critica della morte, n.n. (Quadragenarius incola moravit insignis).
5 Cf. Friderici Gualdi, Manuscriptum Rarissimum. Provenance : CMC, fonds Kloß, MS 190 E 41, fol.
a/ ω (In der Stadt Venedig sehr beruffen, wegen seiner Chymischen Wißenschafften, dieweil aber
zu gleicher Zeit viel falsche Zechinen herum flohen unter denen Leuthen, wolte der Senat auf ihn
greiffen laßen. [...] Das folgende Jahr brachten die falschen Münzen die Unschuld des Qualdi an Tag).UNE TERRIBLE ACQUA ALTA 27
greniers, d’autres, dans de grandes barques, allaient à Chioggia pour
 1ne pas se noyer » . La dernière catastrophe remontait à la nuit 1d8 u et
à la journée du 19 décembre 1600.
Une spécificité vénitienne va permettre à Gualdi d’apparaître dans
l’histoire : le raccordo, cette « requête rédigée à titre individuel ou par
une tierce personne qui autorise un citoyen à présenter au conseil des
Dix, ou à une autre magistrature, un sujet devant être d’une très grande
importance pour l’État : l’objet peut être des plus variés, un brevet,
un remède spécifique contre la peste, un système hydraulique pour
bonifier les lagunes, une nouvelle arme, un trésor caché, une méthode
originale pour épargner l’argent public ou augmenter les recettes de
l’État, une méthode pour élever les chevaux... L’auteur de la requête
est un citoyen zélé sensible au bien commun ou, le plus souvent, avide
d’obtenir un bénéfice économique : les escrocs et les aventuriers ne
manquent évidemment pas, qui tentent de refiler, pour ainsi dire, une
 2arnaque aux Dix » .
La Sérénissime cherchait une solution pour remédier à ces
inondations récurrentes. Si le projet proposé était retenu, l’auteur
supportait « tous les frais et risquait de ne recevoir aucun défraiement
si l’expérimentation s’avérait inutile. Voilà pourquoi, souvent, ceux
qui proposaient de nouvelles solutions de protection les vantaient
démesurément lors de leur présentation aux organismes lagunaires
comme étant économiques et résolvant le problème, mais renvoyaient
 3la description en détail des projets correspondants après le paiem»en .t
1 ASV, Senato, Terra, filza 684, dicembre 1660 (per le grandi escrescenze e continui sirocchi seguiti
dall’8 ottobre decorso sin’ al presente siino successi gravi danni ne pubblici lidi. [...] Veniamo pur
troppo amaramente certificati che la notte del 6 corrente sopragionta fortuna di mare così fiera,
continuando sin doppo il mezzo giorno con accrescimento di circa otto hore di acqua, che non
vi è memoria, ne si sà se mai più stato. [...] Tutto mare essendosi nelle vigne. [...] Chi si ritirava
nelli solari delle case, chi in barchesse, si portava in Chioza a salvarsi). Cf. Gianpietro Zucchetta,
Storia dell’acqua alta, 121.
2 Paolo Preto, Persona per hora secreta, 38 (Il raccordo (o aricordo o ricordo o secreto) è un memoriale,
sottoscritto personalmente o da terza persona per conto dell’interessato, che un privato cittadino
presenta al Consiglio dei dieci o ad altra magistratura su una materia di rilevante importanza
per lo Stato: l’oggetto può essere dei più svariati, un brevetto, uno specifico contro la peste, un
sistema idraulico per bonificare le lagune, una nuova arma, un tesoro nascosto, un originale me-
todo per risparmiare denaro pubblico o aumentare le entrate dello Stato, un metodo per allevare
cavalli… Autore del raccordo è un cittadino animato da zelo per il bene comune o, più spesso,
cupido di conseguire un beneficio economico: non mancano ovviamente truffatori e avventu-
rieri che tentano di rifilare, per così dire, un bidone ai Dieci).
3 Susanna Grillo, Venezia, le difese a mare, 28 (Alle spese, col rischio di non ricevere alcuna ricom-
pensa se l’esperimento si simostrava inutile. Per questo, spesso, coloro che proponevano nuove

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.