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Fille d'immigrée

De
220 pages
Au fil des pages de ce premier livre, l'auteur rend compte de ce qui fait sa vie de femme dans la ville provençale de Mouans-Sartoux. Elle évoque, dans un va-et vient entre présent et passé, l'existence de ses ancêtres piémontais, celle de ses parents, et sa propre enfance toulonnaise à l'époque du Front Populaire, de l'Occupation et de l'après-guerre. Le lecteur assiste ainsi à la construction d'une personnalité fidèle à ses origines mais s'interrogeant aussi sur soi et le monde d'aujourd'hui.
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Fille d’immigrée
Graveurs de mémoire Moulou MENGUISTE AB WORKE et Catherine LEENHARDT, La petite-fille du grazmach a disparu, 2012 Gérard CHABENAT,Marhaba. Parages intranquilles, 2012. Alouisa PIERRON,Une vie de traverse. Souvenirs truculents d’une Gitane rebelle, 2012. Maurice STROUN,"Mon cher collègue, je ne serai pas recteur". Une aventure dans le monde de l’Université et de la recherche scientifique, 2012. Nadine BERKOWITZ,Les tribulations d’une Parisienne, 2012. René NAVARRE, François-Marie PONS,Fantômas c’était moi, 2012. e Gilbert CARRÈRE,Mémoires d’un préfet. À la traverse duXXsiècle, 2012. François DELPEUCH,Chronique édilique, 2012. Jean Michel CANTACUZÈNE,Une vie en Roumanie. De la Belle Epoque à la République populaire. 1899-1960, 2011. Claude DIAZ,Demain tu pars en France. Du ravin béni-safien au gros caillou lyonnais, 2011. Jacques QUEYREL,Un receveur des Postes durant les trente glorieuses,2011. Benoît GRISON,Montagnes… ma passion, Lettres et témoignages rassemblés par son père, 2011. Henri Louis ORAIN, Avec Christiane, 68 ans de bonheur, 2011. Pascale TOURÉ-LEROUX,Drôle de jeunesse, 2011.Emile HERLIC, «Vent printanier », nom de code pour la rafle du Vél’ d’hiv’. Récit, 2011. Dominique POULACHON,René, maquisard. Sur les sentiers de la Résistance en Saône-et-Loire, 2011. Shanda TONME,Les chemins de l’immigration : la France ou rien ! (vol. 3 d’une autobiographie en 6 volumes), 2011. Claude-Alain CHRISTOPHE,Jazz à Limoges, 2011. Claude MILON,Pierre Deloger (1890-1985). De la boulange à l’opéra, 2011. Jean-Philippe GOUDET,Les sentes de l’espoir. Une famille auvergnate durant la Seconde Guerre mondiale, 2011.
Georgette Gaborit RiberoFille d’immigrée Notes et souvenirs
© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-57004-7 EAN : 9782296570047
Novembre 2010
Aujourd’hui a lieu la commémoration du 11 novem-bre 1918, jour de tristesse. La plupart de ceux qui assistent à cette cérémonie ont perdu un ou plusieurs êtres chers dans cette sinistre boucherie. Tristesse pour moi : mon grand-père paternel est mort le 26 avril 1916, et cette mort a bouleversé toute la famille ; ma grand-mère est devenue veuve à 28 ans, avec deux jeunes enfants, ma tante qui avait six ans et mon père qui en avait quatre. Elle les a élevés seule, comme tant d’autres femmes dans son cas. Cela n’a pas été facile : elle s’est durcie, est devenue amère et trop sévère avec ses enfants.  Voici environ trois ou quatre ans, un dimanche, j’écoutais, à 9h40, sur France Culture, l’émissionDivers aspects de la pensée contemporaine.La parole revenait à la Fédération de la Libre Pensée. Ses membres devaient participer à la commémoration du 11 novembre à Gentioux, un petit village de la Creuse, et un numéro de téléphone était indiqué aux auditeurs. Là, quand j’ai appelé, une dame charmante m’a appris, ce qui m’a stupéfaite, que le village possédait un monument aux morts pacifiste, représentant une femme assise, tenant, sur un genou, un jeune soldat français mort, et sur l’autre genou, un soldat allemand, mort lui aussi. Au-dessus, une plaque en marbre, avec ces mots « Mort à toutes les guerres », ce qui m’a bouleversée. Or il y a un nombre important de monuments pacifistes en France, ce que j’ignorais ; j’ai cherché sur Internet et j’ai pu en lire la liste.  Il a fallu du temps, trop de temps, pour connaître la vérité sur cette guerre. Et ce qui nous a été révélé était horrible. Les fusillés pour l’exemple, entre autres. Un premier fait symbolise cette horreur : des soldats français avaient refusé d’aller au combat en passant par le lieu où
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leurs camarades avaient été tués et où le sang de la veille était encore visible. Un autre : des soldats français et allemands avaient fraternisé, un soir de Noël ; eux étaient conscients de l’inanité de cette guerre et de l’incompétence de leurs supérieurs. C’est la raison pour laquelle, quand j’entendsLa Marseillaise, les mots « sang impur » me sont insupportables.  A la fin de cette guerre, dans les villages, le nombre de jeunes gens qui ne sont pas revenus a laissé beaucoup de souffrance, et la souffrance causée par cette absence est définitive. Et aussi, plus de maris pour les jeunes filles, plus d’enfants. Il y a même quelques villages où aucun jeune soldat n’est revenu. Il n’est resté que le chagrin et l’amertume.  Lorsqu’on visite ces villages, 90 ans après, le monument aux morts indique le nombre de sacrifiés. Morts pour la France ? Non, morts pour rien ! Le traité de Versailles, par ses exigences humiliantes envers l’Allemagne, appelait une revanche, et il a suffi qu’un homme, mais peut-on employer ce mot d’homme à propos d’un fou fanatique et sanguinaire, pour que l’horreur recommence. Une horreur telle qu’elle a marqué les esprits. Comment tout cela a-t-il pu exister ? A cette question, personne n’a jamais pu répondre.  Nous sommes sur le quai de la gare de Toulon, en février 1940. Ma grand-mère me tient dans ses bras ; ma mère et ma tante pleurent. Elles regardent mon père qui est dans le train. Il a son uniforme de marin. Son visage est triste. Il part au front comme tous les hommes en état de combattre. Ma mère, ma tante et ma grand-mère m’ont toujours dit qu’il est impossible, à l’âge de 27 mois, de conserver de tels souvenirs. Mais moi, je suis certaine que ce souvenir, je l’ai gardé ; d’ailleurs, je ne peux me trouver dans une gare sans être angoissée.
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 En 1939-1940, le fils unique de mes grands-parents, lui, est parti se battre aux côtés des Allemands. Il a disparu sur le front de Russie : mort de froid ou de faim ou tué puis jeté dans une fosse commune. Aucune trace de lui, pas de tombe où se souvenir et prier. Le chagrin a été immense.  Plus tard, arrivée à l’âge adulte, j’ai été révoltée par ces guerres qui avaient enlevé, à ma famille, deux jeunes vies, et j’en ai conclu que tous ces chagrins prouvaient l’absurdité de la guerre. Je n’ai pas changé d’avis. J’ai lu beaucoup de livres qui m’ont confortée dans mes idées. Parmi eux, deux ouvrages m’ont particulièrement frappée, L’offensede Ricardo Menendez Salmon,etL’origine de la violence de Patrice Humbert. Cet auteur participait d’ailleurs au dernier Festival du livre de Mouans-Sartoux dont le thème était « Etats d’urgences ». J’ai acheté son dernier roman,La fortune de Sila,qui dénonce la violence économique et ses dégâts ; il me l’a dédicacé, ce qui m’a causé un réel plaisir. De plus Patrice Humbert est très beau. Il y avait, ce jour-là, à Mouans-Sartoux, une véritable marée humaine dans les rues ; aux conférences, nombreuses, il fallait arriver une heure avant pour avoir une place ; quant aux stands, ils étaient pris d’assaut. Je suis rentrée chez moi avec ma moisson de livres, exténuée, mais contente. Au sujet de la guerre, qui, hélas, est toujours omniprésente, ces propos de Paul Valéry en disent long : « La guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui, eux, se connaissent, mais ne se massacrent pas ». L’histoire est écrite par les vainqueurs… Moment de détente ; le facteur, qui est le rossignol de Mouans-Sartoux, vient, en sifflant, de déposer mon courrier. Un CD, la musique de Vivaldi interprétée par Philippe Jaroussky accompagné par l’ensemble Matheus.
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C’est très beau. L’heure du repas approche ; Titus, qui porte bien son nom d’empereur, a faim et est impatient : je vis chez un chat et, comme toutes les personnes qui ont fait ce choix, j’obéis.  Changement de gouvernement. Le Premier ministre, François Fillon, affirme à la télévision qu’il était venu pour nous dire qu’il partait ! Je connais cette chanson. Mais qui la chantait avant lui ? En ce qui concerne les autres membres du gouvernement, certains restent, d’autres partent et de nouveaux arrivent… Pour être ministre, il faut avoir l’échine souple !  Winston Churchill a dit un jour que la démocratie n’est pas un système parfait mais que c’est le seul qui convienne aujourd’hui. Le problème, c’est que la démocratie vit, comme la République, par la vertu des citoyens, et, sur ce point, la démocratie montre ses limites. Elle souffre, et nous, nous souffrons avec elle. Il est certes vrai que rassembler des hommes et des femmes qui viennent d’horizons divers n’est pas aisé. Chaque leader a ses convictions. Pourtant, considérer que sa propre vérité est la seule est insensé. Il faut toujours une opposition, mais elle ne doit pas être systématique, ce qui est malheureusement le cas le plus souvent. Notre société est passée du collectif à l’individuel. Le mot « manichéisme », prononcé jadis par le Général de Gaulle et que personne ou presque n’utilisait alors est tout à fait approprié. Les classes sociales privilégiées ne peuvent comprendre les problèmes et les douleurs des classes défavorisées, ce qui engendre des situations conflictuelles. C’est la raison pour laquelle le gouvernement doit arbitrer et non pas imposer.  La démocratie ne s’exerce pas à l’échelle mondiale. Des minorités inquiétantes possèdent argent et pouvoir et dirigent l’économie ; à leurs yeux, l’homme n’existe pas, sinon pour produire encore plus de richesses. Ainsi le
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