Fin suspends ton vol

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L'auteur n'aurait jamais pensé écrire sur ce sujet, la fin de vie, encore moins celle de son père. Elle imaginait la fin de ses proches tout en douceur, presque idéale. Puis le cancer a ressurgi pour ne laisser place qu'à la souffrance et pour finir, à la mort, l'absence, le vide.

Mais pour avoir le droit au repos éternel, il a fallu connaître un mois de doutes, d'angoisses, de faux-espoirs. Il a fallu se confronter à ce « mal mourir » français que l'auteur croyait réservé à d'autres mais pas à son père. La colère et l'incompréhension l'ont menée à l'écriture de ce témoignage, malheureusement loin d'être unique. Le droit de mourir selon son choix n'existe pas. Notre corps ne nous appartient plus quand il s'agit de s'en aller pour de bon.


Publié le : jeudi 7 mai 2015
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EAN13 : 9782332925770
Nombre de pages : 86
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ISBN numérique : 978-2-332-92575-6

 

© Edilivre, 2015

Fin suspend ton vol

 

 

Il est 5h40, nous sommes le 15 décembre 2014, le téléphone sonne. Mon portable… Le prénom de ma sœur s’est inscrit sur l’écran. Cet appel, je l’attends depuis plusieurs semaines. Mon portable ne me quitte plus dans l’attente de ce coup de fil. Je suis partagée entre le soulagement et une grande chape de plomb qui s’abat sur moi. Aujourd’hui, c’est mon anniversaire, j’ai 35 ans et c’est le deuxième anniversaire que je vis dans une immense douleur. Il y a 5 ans, je traversais un véritable tremblement de mère à la naissance de ma fille. Aujourd’hui, ma sœur m’annonce la mort de mon père, de notre père, de cet être cher que je n’aurais pas voulu voir partir, encore moins dans de telles circonstances. Il s’est éteint dans une chambre d’hôpital d’un grand centre de cancérologie. Son cœur s’est arrêté de battre, son souffle a cessé. Je ne redoutais pas ce moment. Il est enfin apaisé loin des souffrances causées par la maladie qui le rongeait depuis plusieurs mois. Je sais que mon père ne me parlera plus, ne me regardera plus, ne me serrera plus dans ses bras. Le manque, l’absence, le vide vont prendre la place de l’attente, de l’impuissance. La colère, ce sentiment si étouffant mais à la fois si essentiel va rester.

Nous partons pour l’hôpital. Nous prenons ce chemin tant de fois emprunté depuis le début de son hospitalisation, la même route que lors de ma descente aux enfers mais aussi de sa propre descente aux enfers lors d’une dépression profonde quelques années auparavant.

Dans la voiture, un silence plutôt pesant mais en même temps révélateur de nos états d’esprit. Nous pensons sûrement, chacune, à cette année qui vient de s’écouler, une année mêlée d’espoirs et d’inquiétudes. Nous essayons de réaliser ce qui vient d’arriver. Nous sommes comme sidérées par la mort qui vient de frapper, survenue en moins d’un mois qui nous a pourtant paru si long.

 

 

La fin de vie de papa, nous savions pertinemment qu’elle viendrait plus rapidement que pour les autres. Elle était programmée en quelque sorte. Lorsque l’annonce d’une tumeur cancéreuse au pancréas est tombée, le compte à rebours était lancé. Sa vie prendrait fin dans quelques semaines, quelques mois, quelques années (même si nous ne nous leurrions pas sur son espérance plutôt courte).

Cette épée de Damoclès pesait sur lui, sur nous depuis bien plus longtemps puisque son premier cancer était apparu en 2007 au décès de ma grand-mère maternelle. Lorsque les médecins ont parlé d’un cancer lymphatique, la peur a commencé à nous prendre mais elle s’est éloignée peu à peu grâce à la radiothérapie détruisant les cellules malades, grâce à plusieurs opérations pour éradiquer les tumeurs récalcitrantes. Au fil du temps, le crabe a perdu du terrain et a fini par le laisser tranquille. Il était en rémission. Il allait enfin pouvoir profiter de sa retraite au côté de maman. Ce ne fut que pour quelques années.

 

 

En janvier 2014, la douleur commence à nouveau à poindre. Elle est devenue permanente, insidieuse, étouffante. Et pourtant il souffre sans se plaindre. Ce dos qui le fait tant subir recèlerait il un trésor indicible ?… Plusieurs mois passent. Les rendez-vous chez son médecin traitant n’y font rien. La douleur ne le lâche plus, se rappelle à lui à tout moment, l’empêche de vivre tout simplement. Un premier scanner. Rien à l’image…

De mon côté, je me demande si l’angoisse ne revient pas se manifestant alors par la douleur. Je ne pense pas à la maladie. Aucune de nous d’ailleurs ! Ni ma mère, ni ma sœur, ni moi n’entrevoyons ce que trame cette saloperie.

Papa seulement sait, pressent. Il n’en parle pas mais au fond de lui, une sensation connue de lui seul. Comment avouer que la maladie gagne à nouveau du terrain… Et cette douleur qui n’en finit pas, qui le cloue au lit. La perte de poids est fulgurante.

Un IRM est programmé pour scruter un peu plus l’intérieur de ce corps qui se décharne. Il revoit sa cancérologue qui le suit régulièrement pour éviter un retour des lymphomes. Rien à signaler apparemment. Apparemment… Mais les prises de sang sont significatives. Les taux montrent que quelque chose cloche. Alors après une certaine insistance, une imagerie plus approfondie, un pet scan est programmé. Nous sommes au mois de juin.

 

 

Six mois que la maladie gagne du terrain, six mois que la souffrance physique et psychique s’empare de papa. Le jour où la cancérologue le reçoit pour parler des résultats, nous sommes tous là, soudés, prêts à en découdre avec les maux. Son comportement, sa gêne ne peuvent plus nous faire douter. Le crabe est de retour. Mais cela n’est pas grave. Non il l’a déjà combattu une première fois, pas de raison qu’il en soit autrement aujourd’hui. La bataille ne fait que commencer.

Mais ce ne sont pas les lymphomes qui ont décidé de se livrer une guerre dans le corps de mon père. Là, il est question de pancréas, du foie. De mon côté, je me refuse à aller fouiner sur le net pour éviter de me confronter au pire. Je veux y croire. Je veux coûte que coûte espérer que la vie va prendre le dessus.

 

 

Six kilos en une semaine, cela n’est pas rien. Il pèse moins de 60 kilos mais pour le moment, cela reste de l’ordre du raisonnable.

 

 

Un autre rendez-vous, un autre cancérologue, spécialiste de cette partie du corps, nous envoie la réalité en pleine figure. C’est bien le pancréas. C’est une maladie grave, nous rétorque ce jeune médecin. Mais oui, nous pensions, pauvres de nous, que quelques piqûres suffiraient. Nous sommes conscients que c’est grave. Aucun besoin d’appuyer sur ce qui fait mal. La maladie s’en charge toute seule.

Heureusement ce professionnel est réactif et nous explique qu’il faut aller vite, très vite. Il y aura...

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