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Flux et reflux

De
249 pages
Pour encourager des adolescents dans la rude tâche de l'écriture, Bénédicte Parmentier professeur de lettres part à la rencontre de vieilles personnes. Une fois par semaine sa classe se transportait dans la maison de retraite du village, pour écrire avec eux ou sans eux les histoires de leurs vies, leurs manies et revenir sur un quotidien qui rappelle la victoire incessante du temps et de la mort.
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Flux et reflux

Nouvelles pédagogies

Collection dirigée par Jean-Max Méjean À l'heure où l'école est sur tous les fronts, critiquée de toutes parts, et même remise en question dans sa forme et, quelquefois, son utilité, cette collection voudrait interroger tous les acteurs du système éducatif qui réfléchissent et ne se laissent pas aller à la morosité ambiante. S'il est vrai pourtant que la pédagogie a du mal actuellement à se régénérer, et si nous sommes plus enclins à la régression qu'à la progression (abandon de la méthode globale, abandon du collège unique, apprentissage à 14 ans, etc.), il existe encore des pédagogues qui tentent l'innovation et c'est eux que nous allons chercher afin qu'ils témoignent, humoristiquement, violemment, désespérément. Entre billets d'humeur, pamphlets et exhortations, il faudrait que la collection puisse réveiller le corps enseignant, mais aussi les élèves et les enseignants afin que tous comprennent la nécessité de se réapproprier vite cette école, ferment indispensable de toute société et de toute culture. Où est le temps de la païdeïa ? Où sont passées les utopies de 68 ? Pourquoi la guerre partout dans nos écoles et cet étalage gras de la violence dans les médias ? Au secours, on est en train de nous saborder, parce que la société va mal et parce que l'on n'a pas d'autre alternative à proposer à la jeunesse.

Déjà parus Jean-Paul CLOSQUlNET (dir.), Chronique ordinaire d'un lycée différent, 2007. Philippe BOURDIER, Un grand écran pour les lettres, le cinéma et l'enseignement du Français, 2008.

BÉNÉDICTE PARMENTIER

Flux et reflux
Des adolescents à la maison de retraite

L'HARMATTAN

@ L'HARMATTAN,

2008

5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-05446-2

EAN : 9782296054462

Pour

Yvonne W

« Vous avez peur. Jamais, jamais vous n'auriez pensé côtoyer la mort et la laideur. L'âge d'or fait voisiner la férocité et l'indulgence, l'ascétisme et la lubricité. Il peut mêler l'obscénité à l'héroïsme si la bride est lâchée, si les filles bleues ne veillent pas. Tout ce qui est contenu ici, vous voudriez le fuir parce que vous êtes encore différente de ce qui vous effraie. Unjour, et vous savez presque la date de cette condamnation, vous n'aurez ni la volonté ni l'énergie de renoncer à l'informe. Ce que vous saisissez parfois dans des nausées, vous le porterez aux chevilles, aux veines des bras, à la pliure des genoux, aux lèvres. Et vous ne saurez pas que vous avez été envahie malgré votre fureur. Pour l'instant, cette vision tellement cruelle vous éloigne, vous n'en saisissez que quelques détails. Rien ne vous apparaîtra en un éclair. La souffrance est trop vaste pour en voir l'arrière-garde. Le troupeau que vous menez avec vos robes éblouissantes de couleurs, bientôt, vous piétinera. Vous sentirez, pesamment, qu'il vous a absorbé. »
Le long séjour, Régine Détembel.

Le bonheur de l'improbable

par Serge Guérin

Lisez vite ce livre: la vie entre par la porte, les fenêtres, les cœurs et les âmes. Loin des représentations politiquement correctes ou foncièrement négatives, l'ouvrage montre les réalités polymorphes des relations entre les âges. C'est un livre au pluriel au sens où il montre la diversité des situations et des comportements. Il n'y a pas les vieux et les jeunes, mais des vieux et des jeunes. Le monde de la maison de retraite n'est pas un univers fixe et uniforme: il y a autant de vie, de bonheurs et de tristesse qu'ailleurs. Permettre à des adolescents d'aller à la rencontre de vieilles personnes est une belle idée qui demande du doigté et de l'écoute. C'est cette jolie expérience qui nous est contée à travers ces pages en forme de petites nouvelles, d'instants pris sur le vif, de moments forts. Impossible de lire ces micros histoires sans sourire ou être émus. Madame « C'est comme ça» ou le « clown triste» sont autant de tranches de vie qui ne peuvent que nous toucher. Chaque habitant de cette maison de retraite a une histoire, une histoire banale, mais qui participe de 1'histoire humaine. Les héros ne sont pas convoqués, les stars ne sont pas au générique. Reste I'humanité dans sa nudité, sa simplicité et sa rudesse. Ces histoires de vieilles personnes, ces rencontres avec des jeunes, ces regards de vieux et d'ados

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sont autant de petits bijoux qui contribuent à former le grand collier de la vie. Certains passages du livre offrent des trésors d'humanité, des moments de vie sans pareil. Lisez par exemple « Considérations philosophiques», où un Monsieur Miran symbolise les gens de peu: il dit l'importance des détails et des rituels. Les petits riens sont parfois l'essentiel. Relisez cette phrase: « La vieillesse, c'est partir seul à l'hôpital, ne pas savoir si on va en revenir, attendre des visites improbables puisqu'on est sans famille ». Lorsque les médias ou les politiques parlent de l'intergénération, c'est le plus souvent sous l'angle de la morale et du discours: il faut que l'intergénération se produise, il faut la montrer. Ici, la simplicité a remplacé la morale, la complexité a laissé sur place les discours convenus. La démarche de l' intergénération fait lien avec l' apprentissage de la relation interculturelle. Elle nécessite de mettre en place des stratégies et des codes de bonne conduite pour avoir quelques chances de se dérouler dans des conditions satisfaisantes. Si les diversités sont souvent facteurs de richesse et permettent le mélange des points de vue et des expériences, elles peuvent aussi produire de la difficulté et de la complexité si elles sont plaquées sans préalable ni explications. L'intérêt de cet ouvrage tient en large partie à ce que nous puissions suivre le lent processus de compréhension et de formation mise en œuvre par l'enseignante, Bénédicte Parmentier et Karine, son alter ego dans la maison de retraite. Le processus intergénérationnel ou interculturel a 12

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une chance de se transformer en partage positif seulement si les conditions d'une compréhension de l'autre sont assurées. Il importe aussi de délimiter la sphère publique, d'instaurer des règles de respect mais aussi les limites à ne pas dépasser. La compréhension de certaines différences n'impliquerait-elle pas d'interroger ses valeurs, de renoncer à un regard monolithique? Oui, la rencontre entre les générations demande des efforts et du temps, comme il en est de la nécessaire prise en compte de la diversité culturelle. Dans les deux cas, il s'agit bien de tenter de faire évoluer et de nuancer les stéréotypes des uns et des autres et de permettre de construire un socle de valeurs communes. Les valeurs, les références, les styles de vie et les perceptions du présent et de l'avenir, des différentes générations se distinguent. L'enjeu collectif vise à passer de l'ignorance à l'alliance, de l'indifférence à la coopération, de la défiance à la mutualisation. Les amateurs d'opposition entre les générations jouent le plus souvent sur une approche statistique qui fait l'impasse sur l'importance de l'intensité et la diversité des aides et des échanges. Ce sont des réseaux informels qui se mobilisent, des petites attentions et des longs regards qui se multiplient, des moments de grâce et des incompréhensions, des silences et des paroles. Le projet intergénérationnel reste un combat. Et ce livre nous le montre fort bien. Sans emphase et sans pathos, nous saisissons la gène des jeunes devant l'odeur des lieux, les visages et les corps de vieux. Les dialogues et les impres13

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sions ne cachent pas la difficulté d'aller vers cet autre qui est à la fois si différent et si proche. Il y a de l'angoisse, de la tristesse, de l'incompréhension. Il y a aussi de l'échange, du plaisir, de la découverte. Il y a ces scènes de la vie de tous les jours, ces moments de silence qui sont aussi de l'échange, il y a ces histoires de vie, de désir, de gâteaux. Il y a les corsets sociaux et les dérapages. Il y a, au début de l'ouvrage, ces « regards qui rasent le sol ». Et, plus loin, cette gêne toujours présente. Il y a ces « nous buvons l'air comme chaque fois que nous sortons de la maison de retraite». Il y a la vie dans sa simplicité et sa rudesse. Ce livre nous montre la tristesse des vies qui partent et les jolis moments, les sourires et regards qui s'ouvrent. Les jeunes comme les vieux se découvrent et se retrouvent. Le bonheur n'existe pas, mais les instants de félicité, si. On n'impose pas l'intergénération. C'est un échange de valeurs, de regards et de représentations. Elle demande du temps et de la pédagogie. Il peut y avoir des moments lyriques et d'autres délicats, improbables ou tristes. Et alors? La vie, comme l'histoire, n'est pas un mouvement rectiligne qui marche tête haute vers le progrès et la tolérance. Le livre justement n'hésite pas à montrer les moments complexes, les incompréhensions, l'impact des modes de vie, les esprits qui se perdent, les normes qui deviennent plus floues. . . Les enjeux sont lourds et le dialogue entre générations nécessite un travail de fond sur les représentations des uns 14

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et des autres pour réduire autant que possible les incompréhensions et permettre de fixer les enjeux de la façon la moins irrationnelle possible. Dans une période de forte anxiété où l'avenir semble sombre et chaque jour plus complexe, chacun a tendance à se protéger et à prêter à l'autre des objectifs inverse aux sIens. Le livre nous entretient aussi de l'échange. Transmettre fonctionne seulement dans un sens vertical, échanger remet de l'égalité et de l'horizontalité dans la relation. Lorsque je transmets, je perds de ma substance, lorsque je partage je m'enrichis autant que l'autre... Pour autant, il importe de bien préciser que la transmission n'est pas une donnée figée. Trop souvent, elle est prise comme une sorte de testament. Le plus âgé quitte la scène et passe le flambeau. Mais la transmission peut aussi se penser comme un acte d'avenir: en transmettant un savoir, une compétence, une manière d'être ou simplement son histoire. Le vieillard poursuit son propre chemin d'une autre manière et avec une ou plusieurs autres personnes. Il reprend sa place dans le concert social, dans l'espace public. À l'inverse du relayeur, l'aîné ne reste pas obligatoirement sur le bord de la route se contentant de regarder l'autre, le «jeune» partir de l'avant. Il peut aussi courir à ses côtés, lui laisser prendre de l'avance et le retrouver à l'étape suivante... Il n'y a pas qu'une seule voie possible. La transmission doit être un échange qui se prolonge et s'enrichit. 15

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Le savoir n'est pas figé. Il est évolutif. Celui qui donne reçoit aussi. Mauss a montré combien le don n'est rien sans le contre don. Et en donnant je reçois déjà. Ce travail sur les représentations doit permettre de sortir d'un discours qui se focalise sur les oppositions irrationnelles et considérées comme naturelles ou inévitables pour, au contraire, faire surgir la richesse de l'échange. L'intergénération ne transcende pas l'ensemble des conflits et des antagonismes, mais peut favoriser de nouveaux regards. Les oppositions ne disparaissent pas comme par magie, elles sont seulement canalisées pour tenter de créer des réponses. Oui, les générations différent et divergent, mais plutôt moins que ne veut le dire le discours idéologiquement majoritaire. Si la thématique de l'intergénération répond d'abord à des ressorts symboliques, si le sujet s'apparente à un marronnier de journaliste, il n'en reste pas moins que les seniors, d'âges différents, sont sensibles à ce discours. La peur de se trouver relégué, mis à l'écart de la société, dévalorisé, placé sous une forme ou sous une autre dans un ghetto, rend les personnes très âgées, les seniors fragilisés, perméables au discours sur l'intergénération et souvent ouverts aux autres pourvu que la rencontre soit préparée. Les aînés sont aussi « actuels» que les plus jeunes et doivent donc pouvoir dialoguer avec la modernité. Le thème de l'intergénération est d'abord reçu par les vieilles personnes comme un signe indiquant que le reste du corps social ne cherche pas à les placer sur le côté. 16

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Ouvrir le champ des possibles, montrer à tous que les plus âgés ne sont pas cantonnés dans un monde à part, c'est offrir surtout des espaces et des moments intergénérationnels permettant à ceux qui le désirent de les investir. Il ne s'agit pas d'obliger mais de permettre. L'enjeu, c'est d'ouvrir les perspectives pour éviter que le seul débouché à l'intergénération soit la rencontre entre très âgés et enfants en bas âge, qui est souvent l'unique perspective proposée. Les expériences de rencontres, voire de vie presque commune, entre résidents de maisons de retraite ou de foyers et enfants placés en crèche ont été très largement médiatisées. Elles renvoient cependant aux seniors une image qui n'est pas nécessairement valorisante, ni désirée. La mesure, parfois utile, peut aussi apparaître comme un gadget, un artifice de communication, voire une façon d'associer fm de vie et début de vie. Comme si les uns allaient prendre le relais des autres. Il est bon d'interroger le sens de ces images: le mélange de l'enfance, réputée vierge de toute appréhension normative et de tout regard porteur de jugement, et de la personne très âgée, associe deux publics. Le premier considéré comme n'ayant pas encore acquis l'autonomie et le second considéré comme ne l'ayant plus. L'enfant qui n'est pas en situation de choisir, de décider sa vie renvoie une image en miroir à la personne très âgée à laquelle on n'accorde pas plus la capacité d'exercer son libre-arbitre. En ne proposant que l'échange entre les plus vieux et les plus jeunes, ne dénie-t-on pas aux premiers le droit à l'autonomie ? La valorisation de cette seule forme de pratique de l'intergénération traduit aussi les pré-requis des médias et 17

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des journalistes. Le grand âge est perçu le plus souvent seulement sous l'angle de la maladie et de la perte d'autonomie. On ne parle plus de place mais de lits pour accueillir les personnes comme si, à partir d'un âge certain, l'être âgé ne devait vivre qu'allongé et silencieux. Comme si le dialogue avec les plus âgés relevait de l'impossible et ne pouvait se réaliser qu'à travers des émotions sans verbalisation. Mais la communication est diversité d'interactions. Bénédicte Parmentier a choisi de proposer à des ados d'aller vers les habitants de la maison de retraite. Le projet est révolutionnaire et salutaire. Pour tout le monde. L'expérience retracée ici a justement pour intérêt d'introduire la dimension de la volonté et de l'autonomie. Les jeunes dont il est question ont l'âge de savoir ce qu'ils font et de pouvoir décider d'aller ou non vers l'autre. C'est une leçon de vie, une pédagogie de la démocratie qui nous est donnée de lire. Rien ne remplace la confrontation

préparée et progressive avec la réalité. La société des âges,
la société séniorisée a besoin de beaucoup de Bénédicte Parmentier pour progresser dans sa représentation de l'autre, dans son acceptation de celui qui n'a pas le même âge. Nos identités sont multiples et non-réductibles à notre âge ou à notre situation de santé. Serge Guérin est sociologue et professeur à l'École supérieure de gestion. Il vient de publier L'invention des seniors (Hachette).

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Prélude

Le bureau de Karine se trouve à l'entrée, ce qui me permet d'éviter la salle à manger. Je suis remplie d'appréhension à l'idée de franchir les portes de la maison de retraite. Quelle idée m'a prise de me lancer dans ce projet? Qu'est-ce que tu crois? Que ça va être facile? Tu vas côtoyer la mort, ça tu n'en as pas peur, ce n'est pas la première fois. Qu'est ce que tu vas chercher là-bas? Tu l'ignores. Tout cet afflux de mea culpa: tu n'étais pas là quand elle est morte, tu n'étais pas là quand elle a décidé d'en finir. Comme toujours, tu es arrivée après la bataille. Tu crois qu'en allant avec tes élèves ici, tu vas la retrouver, tu vas rencontrer son sourire, ses yeux noisette! Tu le crois? Elle n'aurait jamais voulu vivre dans un tel lieu : trop de vieux, elle aurait dit. Qu'est ce qu'elle aurait pu faire au milieu de tant de débris? Et pourtant il lui arrivait les derniers temps de s'embrouiller avec les dates, de sentir l'urine et de tomber de son lit. Mais toi, tu n'as pas voulu être là pour le voir. Trop facile, non? Eh bien, maintenant vas-y! Entre! Pousse la lourde porte et bois la coupe jusqu'à la lie. Karine est psychologue à la maison de retraite. Elle est très intéressée par mon projet: organiser des rencontres entre des adolescents, à la lisière entre l'enfance et l'âge

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d'homme, et des vieillards, à la lisière entre la maturité et la mort. Comment commencer? Les faire se rencontrer individuellement? Par groupes? Quels critères choisir? Karine connaît bien les résidents, je connaIS mal mes élèves. Il faut se lancer! Quel est véritablement mon projet qui doit devenir le leur? Qui y participera? Certains résidents sont trop vieux, trop timides, pas assez intéressés, fatigués. Mes élèves sont très motivés: goût pour la nouveauté? Qu'en restera-t-il quand ils constateront que la vieillesse est exigeante, émouvante, dure, lassante? Quand ils reviendront mois après mois et qu'ils croiront n'apprendre rien de plus? Quand ils devront composer avec les silences, les oublis? Quand ils côtoieront la maladie, la solitude et la mort ? Karine a sorti une liste de pensionnaires qui devraient pouvoir participer au projet. Je lui parle de mes élèves. Gaétan, timide, se dévalorise sans fin ; Élodie manque de recul et voudrait aimer la terre entière; Aurélien, le plus âgé, séducteur, provocateur, jouit d'un charisme auprès de beaucoup; Pierre, timide, renfermé, aime le sport; Laura reste campée dans une attitude défensive; Anne-Lise est la plus impressionnée, voir la vieillesse l'angoisse profondément; Juliette est gangrenée par sa situation familiale diffi20

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cile; Amélie, la fragile adolescente de l'année dernière, a gagné en assurance; Corinne n'aime pas qu'on lui marche sur les pieds, elle n'entend pas se laisser manipuler par les jérémiades de petits vieux qu'il faudra secouer; Yann, posé et ironique, se passionne pour la théologie; Wilhelm ne parle pas français, il vient d'Allemagne et a du mal à trouver ses repères; Petra, souriante Autrichienne, est déjà parfaitement intégrée à la classe. Comment les faire écrire? Faut-il imposer des thèmes? Du genre: vous écrirez la vie de votre résident, vous lui demanderez un souvenir, vous... Tout cela ne nous convient pas et nous préférons commencer par une première rencontre informelle. Chacun devra faire connaissance avec les lieux, s'habituer à entrer dans un autre monde, avec son temps, ses us et ses rites.

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et refl ux

Mail de Karine

Bonsoir, Comme convenu, je t'envoie les recettes pour la rencontre du 17 septembre. Nous avons fait la réunion de présentation du projet. Comme d'habitude, certains étaient intéressés, d'autres moins. Mais ils sont impatients de rencontrer tes élèves. Karine

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Nous ne les connaissons pas encore...

Nous ne les connaissons pas encore. La semaine prochaine, visite de courtoisie. Chacun est sur ses gardes, sourires polis, rires étouffés. Ils nous ont envoyé des recettes de desserts. Ils ne peuvent pas faire la cuisine, question de sécurité. Ils ne peuvent pas manger de gâteaux, question de santé. Nous ferons des croustades et des madeleines.

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Farine Sel Eau Beurre

......
1)
pŒUlu.es entameUes, les faire maoorer dans le rhmn.

lespoires)
2)Mélanger L'étendre" 4) Etendre 5} Beurrer et pétrir la pâte. :mettre du beurre, la pâte coupée le plat. refermer, pétrir.

à la D10itié.

6) iVt:ettre

le plat, couI:Jcrce 'lui dépasse.

Iv1ettre les pmnrnes avec un peu de jus, ajouter du sucre (pas puis recouvrir ttv-ec I\> autre filQfCeau.

Mettre

it cuire jusqu'Sà ce que la croustade

devienne

dorée

-

environ

l.

heure.

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Les madeleines

Recette proposée par mesdames Ruiz et Lacombe (Maison de retraite de Mireville) Ingrédients: 12 gros œufs, 500 grammes de sucre, 500 grammes de farine, deux paquets de sucre vanillé. Préparation: Séparer le blanc des jaunes. Dans un grand saladier, ajouter peu à peu le sucre et bien remuer jusqu'au blanchissement de la préparation. Rajouter la farine tout en remuant ainsi que les deux paquets de sucre vanillé. Monter les blancs en neige ferme et les rajouter peu à peu dans la préparation tout en prenant soin de ne pas les casser. Réserver. Pendant ce temps, préparer la cuisson à la cocotte en préparant la braise. Mettre un peu d'huile dans la cocotte et la faire chauffer doucement sur la braise. Une fois la cocotte chauffée, mettre la préparation à l'intérieur, refermer la cocotte. Placer de la braise dessus et dessous. Laisser cuire tout en surveillant la cuisson à l'aide d'une paille à balai que vous aurez déposée dans la cocotte Lorsque la paille n'est plus mouillée, c'est cuit! À démouler chaud. Servir accompagné d'une crème à la vanille. 25

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Revue de détails

Comment faut-il s'habiller? Aurélien, costume rayé de mafioso, piercing sur la langue et tatouages plein les bras me demande s'il doit porter une chemise blanche. Trop cérémonieux, non? Un vêtement de croque-mort, ça paraît déplacé. Laura avec ses pantalons trop larges et ses dreadlocks affirme haut et clair qu'on la prendra comme elle est. J'ai décidé de mettre ma robe noire avec un petit pull blanc et troqué mes souliers vernis rouges contre une bonne paire de chaussures noires. Perles de culture au cou et petits diamants aux oreilles, quelques bijoux et surtout pas mes bagues trop voyantes, un rouge à lèvres rose devrait faire l'affaire, ne pas souligner les yeux. .. Ils avancent, une armée de pensionnaires au retour d'une promenade, encadrée par leur mère supérieure. Aurélien finalement n'a pas mis sa chemise blanche, mais il a enlevé le vernis noir de ses ongles et porte un teeshirt immaculé, Corinne a revêtu un petit manteau pied-depoule du plus bel effet et Juliette a troqué ses larges créoles argent contre des petits dauphins en or qu'on lui a probablement offerts pour sa communion. Élodie s'est fait un chignon et Amélie, sans ses traits charbonneux sous les yeux, a laissé en coulisse son regard de tragédienne. Gaétan

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