Gardien de la paix

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Ce livre n'est pas un roman policier. L'auteur témoigne de son parcours dans la police nationale, un engagement de tous les instants qui va débuter le 2 janvier 1968 pour se terminer en décembre 2000. La police parisienne (PP) a besoin de monde en ce mois de mai 68. Pendant trois ans, l'auteur se heurtera aux manifs du quartier latin, puis sera muté en Seine-Saint-Denis, à Rosny-sous-Bois, en brigade de nuit pendant dix-huit ans, avec ce que cela comporte de bien comme de mal, surtout au niveau de la vie de famille. Maître-nageur sauveteur, il ira surveiller des plages pendant huit ans, pour terminer sa carrière au service auto (fourrière/épaves). Un récit émaillé d'anecdotes et de détails croustillants de la police nationale... d'avant.


Publié le : jeudi 4 février 2016
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EAN13 : 9782334067997
Nombre de pages : 262
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ISBN numérique : 978-2-334-06797-3
© Edilivre, 2016
Du même auteur :
BIZERTE été 1961, l’adolescence dans la tourmente.
Visible sur « ARES EDITIONS-DUDE PRODUCTIONS »
Les Auteurs Indépendants. Récit. Décembre 2009
À mes parents À Nora À mes enfants À Franc
Prologue Adolescent, et même plus tard, je n’ai jamais pensé un seul instant entrer dans la peau d’un flic. Même pas en rêve. Mes parents habitent à Jean Bart, en Algérie. Je nais en décembre 1944 à Maison Carrée, pas loin d’Alger. Mon père est militaire de carrière. Au gré de ses différentes affectations, nous nous fixons en Tunisie, à Tunis d’abord, puis à Bizerte. Mon enfance et mon adolescence se passeront là-bas. J’ai le statut de fils unique, les avantages en moins. Je vois mon père en pointillé car il part à trois reprises en Indochine pour des séjours « touristiques » d’environ deux ans chacun, d’août 1947 à août 1956. La vie suit naturellement son cours, dans l’angoisse du père qui pourrait ne pas revenir de cette guerre lointaine. D’autant qu’ensuite, de 1958 à 1961, il est envoyé en Algérie, et on remet le couvert !
Tunisie. Juillet 1961. Le gouvernement d’Habib Bourguiba ne veut plus de la présence française dans les trois bases de Bizerte : Marine, Aéronavale et Armée de l’Air. Cela engendre un conflit armé entre la France et la Tunisie, dont je suis le spectateur et l’un des nombreux figurants involontaires. J’ai alors seize ans et demi. Mais ce que tout le monde ignore, c’est que le président Bourguiba est agacé de constater que son homologue algérien, lui aussi aux prises avec l’armée française, a des hommes et des femmes victimes dans ce conflit. Des martyrs donc ! Ne voulant pas être en reste, il décide de chasser les français de Tunisie, déclenchant ainsi la «bataille pour l’évacuationde BizerteL’indépendance du pays, signée en 1956, sera ». finalisée en 1963, après l’évacuation des bases françaises. Les hostilités terminées, nous quittons définitivement la Tunisie le 22 novembre 1961, pour la Bretagne, à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), mon père étant natif de Saint-Briac, à quelques encablures de la cité corsaire. J’y dépose mon sac rempli de souvenirs, mais la flagrante et néanmoins compréhensible indifférence des gens ne m’encourage pas à l’ouvrir souvent. Le peu de fois où je l’ai fait, j’ai entendu des paroles qui m’ont broyé le cœur «Arrêtez de vous plaindre, vous l’avez voulu, c’est bien fait ! »etc. Ce sont déjà les prémices d’un racisme anti « pieds-noirs » (français, juifs, italiens, espagnols etc. d’Algérie) qui va naître en 1962 avec leur arrivée en France suite à la fin de la guerre d’Algérie et le choix entre «la valise ou le cercueil». Pendant trois ans, je continue mes études en internat au lycée technique de Dol-de-Bretagne, à trente kilomètres de Saint-Malo. Je reprends aussi le judo, commencé en 1959 à Bizerte, passe mes brevets de surveillant de baignade et de secourisme grâce auxquels les mois d’été, de 1962 à 1964, j’assure bénévolement la surveillance de la plage de Bon Secours, au pied des remparts de la cité corsaire. Mon rôle, avec deux autres copains secouristes, est d’assister le chef du poste de secours, un Maître-nageur sauveteur CRS. Avec lui j’apprends énormément de choses qui me serviront plus tard et, surtout, je reviens à la mer, bien que trouvant la Manche nettement plus froide que la Méditerranée. Je suis également une préparation militaire parachutiste, afin d’avoir des sensations fortes, certes, mais surtout pour connaître mes limites, car j’ai absolument besoin de ça. Je suis récompensé par l’obtention de mon brevet prémilitaire et totalise 12 sauts. Je fais mes fameux « trois jours » à Guingamp (22), et, après mûre réflexion, quitte le lycée et m’engage pour trois ans dans l’Armée de l’Air. Le 18 octobre 1964, je réponds à ma convocation et vais ainsi connaître successivement les bases de Nîmes (maintenant école de police), Rochefort-sur-mer (base école pour ma formation de mécanicien photographe), d’où je suis ensuite muté à la base de Bordeaux-
ème Mérignac, intégrant la 92 Escadre de bombardement des Forces Aériennes Stratégiques (F.A.S.), fondées cette même année 1964. Là, je monte et démonte les caméras «Oméra» et les cinémitrailleuses à bord des avions. Si un souci se présente, réparation à l’atelier.
M’étant marié en mars 1967, et mon épouse demeurant chez ses parents à Ermont (95), j’ai l’opportunité de permuter avec un copain de promotion se trouvant à la base de Taverny, proche d’Ermont. Nous sommes logés, comme d’autres, dans un hôtel conventionné par ème l’armée au n° 59, rue Olivier Métra, à Paris 20 , dans les hauts de Belleville. Un quartier pétillant de la capitale. Chaque jour, un car de la base fait la navette entre Taverny et le terminus de la porte de Clignancourt. Ensuite je prends le métro, avec ses sièges en bois et ses poinçonneurs à chaque entrée de quai. Taverny est un des hauts lieux des F.A.S., avec son immense souterrain creusé par les Allemands lors de la dernière guerre. Une ville dans la ville. Quelque temps auparavant, je m’étais mis à réfléchir à ma vie civile. N’ayant que mon certificat d’études en poche, ayant raté de peu mon CAP Mécanique Générale à Dol, je suis des cours « d’aide programmeur » par correspondance, car il se dit que l’avenir est dans l’informatique. Les cartes perforées sont au format d’un chèque. Je décroche mon diplôme, mention assez bien. Il ne me servira jamais. Je passe également le concours pour entrer dans la police. Ce n’est pas le hasard qui a décidé, mais mon beau-père. Pendant la guerre, pour échapper au Service du Travail Obligatoire (S.T.O.) en Allemagne, il est entré dans la police parisienne. Il a participé à la fuite des étoiles jaunes avec l’aide courageuse de quelques concierges d’immeubles. La paix revenue, il a repris son vrai travail dans le monde de la Bourse. Rendre service me plaît. Je me lance ! J’ai la chance d’être admis et suis convoqué à l’Ecole de Police, à Paris, pour le deux janvier 1968. Je termine mon contrat militaire le 18 octobre 1967 comme sous-officier (sergent), avec en poche mon brevet de mécanicien-photographe sur avion, de projectionniste sur 16 mm à incandescence et à arc, ainsi que mon permis de conduire passé à Bordeaux. Il me reste un peu plus de 2 mois avant l’école de police, et il faut quand même subvenir à nos besoins. Après avoir traîné le soir aux Halles sans résultat, je dégote une place de vendeur-livreur saisonnier pour les fêtes de fin d’année, dans une épicerie fine de l’avenue Victor Hugo à ème Paris 16 , la «Maison Corcellet». L’équivalent de «Fauchon», place de la Madeleine. C’est là que je m’aperçois que ce ne sont pas les plus aisés qui donnent des pourboires, considérant les livreurs comme faisant partie d’une plèbe infréquentable par leur monde : des gueux quoi, puisqu’ils ne pètent pas dans la soie. Je ne ferai tout de même pas une généralité. La fin de l’année arrive et, comme prévu, je quitte l’épicerie sans aucun regret, et surtout ce monde qui ne me ressemble pas, car toutes ces simagrées, plus hypocrites que sincères, ne sont pas, et ne seront jamais pour me séduire. Je me prépare à endosser un tout autre uniforme : celui de policier. Voilà ma situation en cette fin d’année 1967. Je vous invite maintenant dans un tout autre univers.
* * *
Première partie
Ma police au quotidien… de 1968 à 2000…
Chapitre 1
Paris. Deux janvier 1968, huit heures quarante-cinq. Petite brise pénétrante, ciel bas. Je frissonne. Comme les autres élèves gardiens de la paix, je me présente à l’entrée de l’Ecole ème de Police, rue de Courcelles, dans le 17 arrondissement – l’ancien hôpital Beaujon – ma convocation à la main et l’estomac un peu noué. Je pénétrais tout de même dans l’antre d’une institution un peu particulière, me demandant si j’avais fait le bon choix, tout en sachant que le retour en arrière était impossible ou presque. Après avoir sacrifié au rituel de l’entrée et aux entretiens avec les divers intervenants, nous partons tous, ou presque, dans l’idée d’entamer une carrière longue et prometteuse, pleine de surprises en tous genres. Tout au long de notre scolarité, nous pouvons nous rendre compte que celui que la société, dans le sens le plus large du terme, appelle « flic » ô combien péjorativement, voire méchamment pour certains, n’est pas un gars borné sans instruction, comme beaucoup le pensaient en ce temps-là, voire encore maintenant, car les on-dit ont la vie dure. La chanson de Jacques Dutronc, « Paris s’éveille », accompagne mes débuts dans la police. Encore maintenant, le mode rétro surgit à chaque fois que je l’entends. Je tiens à préciser que le recrutement se faisait, à l’époque, au niveau du Certificat d’Etudes Primaire, (maintenant, c’est le Bac) donc des « poulets » élevés au bon grain de la bonne basse-cour.
La guerre du Vietnam, dans laquelle sont engagés les G.I. américains, sévit encore, ce qui ne plaît pas du tout au monde estudiantin. La défaite de la France ne leur a pas servi de leçon, et ils vont y laisser des plumes eux aussi. Le 18 février 1968, à Berlin, une immense manifestation internationale de solidarité au peuple vietnamien a lieu. Le 22 mars de cette même année, des membres du Comité Vietnam International sont bientôt arrêtés suite à une opération commando dans une agence de l’American Express à Paris. Aussitôt, la salle du conseil de la faculté de Nanterre est occupée par des étudiants anarchistes guidés par un certain Daniel Cohn-Bendit, alias Dany le Rouge, qui deviendra député européen de 1994 à 2014. Cette agitation étudiante grossit et se propage au-delà des frontières. L’Amérique noire est rudement ébranlée après l’assassinat du très emblématique pasteur Martin Luther King, le 4 avril 1968. Lorsque, quelques jours avant, il prononce : « J’ai fait un rêve », ce n’est sûrement pas celui de se faire tuer. Pendant ce temps, notre apprentissage du métier continue son bonhomme de chemin. Je passe sur tous les sujets inhérents à la profession que nous devons apprendre, et surtout se rappeler. Et il y en avait ! Nous avons même le privilège d’avoir des cours de dactylographie, ce qui est une grande première pour notre Administration. La topographie, obligatoire, se fait dans les rues de Paris, car nous sommes censés connaître le nom de tous les ponts de la capitale ainsi que ses principaux monuments, que nous avons l’occasion de visiter, du moins certains. Interrogation écrite ensuite. Il nous faut bien entendu apprendre à réguler la circulation, à « tirer » les voitures, c’est-à-dire les faire accélérer à coups de sifflet et de gestes. Comme par enchantement, ça roule mieux. Il n’est pas si évident que ça de se faire comprendre par les automobilistes. Une gestuelle spécifique et autoritaire est à maîtriser. Il arrive très souvent que plusieurs fonctionnaires soient nécessaires sur un carrefour important, et ils doivent être synchros. Ce sont bien souvent des collègues de la Compagnie de Circulation, spécialistes pour ce
genre de situation. De chaque côté du col de leur vareuse est brodé, en fils d’argent, un char romain et ils « moulinent » avec leurs gants blancs à crispins.
Combien de fois entendrons-nous ce grand cri d’énervement : « C’est bouché, forcément, y a un flic ! », prononcé par les automobilistes coincés dans les bouchons dont ils en sont les auteurs ! Observez bien, et vous verrez des conducteurs avancer sur un carrefour jusqu’à le bloquer. Ah, ils ont le feu vert, donc c’est à eux de passer ! Le code de la route spécifie pourtant bien qu’il est interdit d’encombrer un carrefour et que cette incivilité est passible d’une contravention. Mais pas pour eux. C’est beaucoup demander d’avoir un peu de jugeote parfois.
Une fois par semaine nous allons à la piscine de la Butte aux Cailles, surtout pour ceux qui doivent passer leur « 25 mètres », obligatoire pour la titularisation, avec le permis de conduire et le brevet de secourisme. Un matin, au bord du bassin, le collègue maître-nageur vient me voir et me demande si ça m’intéresserait de faire partie de l’équipe de natation police. Affirmatif ! Je vais donc m’entraîner deux fois par semaine au lieu d’une, étant conscient de la chance que j’ai, mais au détriment de mes cours que je dois rattraper ensuite. Puis je suis convoqué pour un test à la piscine de l’INSEP (Institut National des Sports et de l’Education Physique) situé dans le bois de Vincennes. Je fais trois chronos d’évaluation sur 50, 100 et 200 mètres. La semaine suivante, je me jette à l’eau pour 800 mètres, un nageur à mes côtés. Dans les derniers 50, voyant que mon coéquipier me dépasse, je mets toute mon énergie et finis en même temps que lui, mais épuisé. Je m’aperçois alors que ce n’est pas le même qu’au départ, et surtout que je n’ai rien vu du changement qui s’était opéré ! Je n’ai pas souvenance de ce chrono, mais il est certain qu’il n’a pas été de nature à inquiéter les champions de l’époque, bien que persuadé qu’avec tous les efforts que j’avais fournis, les jeux olympiques étaient à ma portée, il va de soi, voyons. Il était prévu, au mois de juin, de participer à un parcours relais natation-vélo-course à pied par équipes de six. Nous devrions traverser la Marne, moi tirant une barque, et un collègue la poussant, l’amener sur l’autre rive où les relais suivants interviendraient. Nous nous entraînons donc dans l’eau glacée et dégueulasse avec une visibilité de 10 centimètres. A chaque séance, j’ai les muscles des bras et des jambes tétanisés par le froid et les crampes. Seulement, mai 1968 fait tomber ce projet à l’eau (!) et raccourcit notre scorité.
Chapitre
Au même moment, l’empire soviétique est secoué par le fameux « printemps de Prague » mettant en cause la démocratie tchécoslovaque et, en Chine, la révolution culturelle de Mao – le Grand Timonier – commence à se mettre en place du côté de la Cité interdite. Partout, on peut voir le fier fedayin arborer le keffieh et brandir méchamment une kalachnikov. La popularité de Che Guevara (le Che) va grandissant de jour en jour, persuadant si besoin est que la révolution mondiale est la solution à toutes les spoliations, etc. La pieuvre commence à étendre ses tentacules empoisonnés sur le monde. Nos formateurs nous tiennent au courant de la situation policière et nos cours sont expédiés rapidement, car nous risquons de voir notre scolarité écourtée. En effet, les capteurs évènementiels commencent à virer plutôt vers le rouge. Le 2 mai 1968, la fac de Nanterre ferme, mais bon, Paris étant tout près, le trois, les étudiants, dont certains ont largement dépassé la limite d’âge, occupent la Sorbonne.
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