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Gaspésie, mes amours : le roman d’Eileen et de Jack

De
112 pages
Au chevet de sa grand-mère Eileen, Micheline Parent, émue, se promet d’écrire un jour l’incroyable histoire de cette femme de cœur qu’elle aimait plus que sa propre mère.
Quarante ans plus tard, Micheline Parent rend un hommage au couple composé d’une petite Montréalaise de quinze ans et d’un coureur des bois courageux, libre et honnête de trente-deux ans. Cet homme, un peu rêveur et musicien, est né d’une mère amérindienne et d’un père irlandais. La Gaspésie deviendra leur décor. Eileen y cultivera l’amour et y apprendra la vie. Après avoir donné naissance à dix enfants dans une cabane au fond des bois, elle s’installe à Gaspé où une toute nouvelle vie l’attend.
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Micheline Parent
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Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Parent, Micheline, 1941-Ma Gaspésie, mes amours : le roman d’Eileen et de Jack ISBN 978-2-89571-111-7 1. Parent, Micheline, 1941- - Famille - Romans, nouvelles, etc. I. Titre. PS8631.A745M3 2014 C843’.6 C2014-941412-9 PS9631.A745M3 2014
Révision : Thérèse Trudel et Vicky Winkler Infographie : Marie-Eve Guillot Photos de l’auteure : Magenta Photo Studio Conception de la couverture : Marie-Eve Guillot
Éditeurs :
© Copyright :
Dépôt légal :
ISBN :
Les Éditions Véritas Québec 2555, av. Havre-des-Îles Suite 118 Laval, Québec H7W 4R4 450-687-3826 Sites Web : www.editionsveritasquebec.com www.enlibrairie-aqei.com
Micheline Parent (2014)
Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque et Archives Canada
978-2-89571-111-7 version imprimée 978-2-89571-112-4 version numérique
DICACE
Je dédie cette histoire à nos aînés qui ont défriché des chemins au-delà de toutes les intempéries, réalisant leurs rêves et permettant l’éclosion des nôtres.
PRÉFACE
’auteure nous entraîne à une époque où existaient d es destinées hors du Lante dont la jeunesse seracommun. L’histoire d’amour d’une jeune fille attach marquée par un déracinement profond, irréversible m ême, relève du cinéma. Impossible de rester indifférent-e à ce récit; impo ssible de résister à la prose de Micheline Parent; impossible de refermer ce roman a vant la toute fin… Dans cette aventure, qui se déroule en Gaspésie, le lecteur vi vra le bonheur de tourner les pages sans se lasser. L’auteure nous fait apprécier la mer, la forêt, le ciel, les animaux avec tant de beauté et de respect qu’on comprend qu’Eileen était tombée en amour avec la nature autant qu’avec son bien-aimé Jack. En outre, on découvre un Montréal d’antan, où règne une grande solidarité entre les p ersonnes de cultures différentes. Au-delà des bruits de la grande ville et de ses cha rmes, persiste le désir de survivre dans un monde en pleine mutation. Personnellement, cette lecture m’a procuré un immense plaisir à imaginer les paysages grandioses de la Gaspésie, ses couleurs, ses arômes, ses baies et ses plantes guérisseuses. La belle plume de Micheline Parent est-elle habitée par le Grand-Esprit de son aïeule ? Pour nous envoûter avec ces magnifiques de scriptions, je le crois. Voilà une belle histoire d’amour qu’il faut découvrir ! M ais plus encore, elle nous révèle l’amour de l’auteure pour la nature, les personnes de toutes les cultures, la spiritualité, les animaux, les fleurs et la vie. Me rci d’avoir partagé un peu de la vie d’Eileen avec nous.
Bravo mon amie !
Sylvie Presseault 24 juin 2014
PROLOGUE
a grand-mère est revenue habiter avec mes parents l orsque je venais d’avoir M 14 ans. Une de mes sœurs s’était mariée, libérant d u coup la petite chambre au fond de cet appartement de sept pièces où nous h abitions rue Garnier, sur le Plateau Mont-Royal. C’est cette chambrette que mes parents avaient proposée à ma grand-mère et cela lui avait convenu. J’avais toujours profondément aimé ma grand-mère. C e lien de tendresse particulier s’était créé dès ma naissance, car c’es t elle qui avait pris soin de moi pendant les quatre premières années de ma vie. Mon père, s’étant enrôlé dans l’armée canadienne – question de gagner plus d’arge nt pour la famille –, était parti combattre outre-mer dès le lendemain de ma naissanc e. Ma mère, avec déjà trois enfants sur les bras, avait été anéantie par ce dép art et avait sombré dans une sorte de dépression. Ma naissance était de trop. C’ est dans ces conditions que ma grand-mère était venue vivre chez nous une première fois.allait devenir ma Elle vraie mère. Quatre ans plus tard, au retour de la guerre, mon p ère avait emmené la famille vivre à la campagne, mais ma grand-mère n’avait pas suivi. Cette séparation d’avec elle avait été désastreuse pour moi. Elle me manqua it terriblement et j’étais trop jeune pour gérer mon profond désarroi. J’ai donc po rté pendant des années un lourd sentiment de rejet et d’abandon qui explique, sans doute, l’origine de mes révoltes et de mes replis sur moi-même qui exaspéra ient mon entourage. C’est en 1957, quand mes parents sont revenus s’ins taller à Montréal, que ma grand-mère est revenue, elle aussi, habiter chez no us. J’avais alors quatorze ans. Une vie nouvelle s’amorçait pour moi. J’idolâtrais ma grand-maman, et elle me chérissait comme si j’étais sa fille. Rien ne me fa isait plus plaisir que de l’entendre me raconter sa vie. Je la questionnais sans arrêt, je lui tenais les mains en l’écoutant chanter les vieilles complaintes de son temps. Il me semblait que le paroxysme du bonheur aurait été de vivre ensemble, elle et moi, rien que nous deux. J’en rêvais. Quand je le lui disais, elle ria it. Alors, ses yeux d’un bleu profond s’éclairaient et des petites rides formaient sur so n beau visage des dessins fascinants. Je ne sais pas si elle entendait vraime nt ce que je lui disais, car elle était de plus en plus sourde et aucun appareil ne p ouvait remédier à ce problème. Je lui faisais répéter cent fois la même chose. Sa vie me fascinait. Et quelle vie ! Destin entremêlé d’amour, de drames et de miracles inattendus. Eileen White, ma grand-mère, est née à Montréal en 1890 de parents irlandais. Elle devint orpheline très jeune, puis, à quinze an s, épousa un Gaspésien – Jack Fitz, dont le père était Irlandais et la mère Améri ndienne. Elle aimait passionnément cet homme et rien ne l’aurait empêchée de le suivre au bout du monde. C’est finalement au fin fond de la Gaspésie qu’elle le su ivit. Malgré l’intense beauté de la Gaspésie qui lui fut source d’allégresse, elle avai t dû lutter fort pour survivre à l’extrême solitude de sa situation dans les intermi nables hivers blancs et glacés. Ce roman s’est inspiré de la riche histoire de cett e femme humble par ses actions et pourtant si admirable par ses valeurs. Sans le s avoir, elle a déposé au fond de ma mémoire le plus bel héritage que l’on puisse sou haiter. Une source d’inspiration et d’amour qui m’a permis de passer sereinement à travers les écueils de la vie.
CHAPITRE1
Seule dans le danger
u loin, deux silhouettes noires, comme des ombres i nfernales, ondulaient dans A le paysage fantomatique créé par la poudrerie. De v iolentes bourrasques de vent soulevaient la neige fraîchement tombée et la projetaient avec rage dans l’espace déjà tout blanc. D’épais rubans de poudre blanche se précipitaient soudainement, s’enroulaient, se déroulaient, s’élev aient, retombaient puis repartaient à nouveau comme de longues crinières fo lles de chevaux en fugue. Il faisait un froid extrême, 40 sous zéro.Un temps pour « kier su’a pelle », disait-on encore en riant, même si cette pratique était désuè te depuis plusieurs années. Seule l’expression subsistait. Dans le temps, par l es grands froids et les grandes poudreries, on faisait ses besoins sur une pelle qu ’on allait aussitôt vider dehors en ouvrant la porte. Il fallait savoir y faire pour qu e le tourbillon ne repousse pas le tout en dedans. À part les chasseurs, peu de gens avaien t déjà eu recours à la pelle, car dans toutes les maisons il y avait des pots de cham bre avec couvercle. Mais l’expression était employée pour s’amuser.« Un temps pour kier su’a pelle », annonçait clairement : tempête dehors, poudrerie, froid, dangereux de sortir. Chez les Fitz, le pot de chambre était dans une pet ite pièce que Jack avait construite à même l’appentis, mais quand il faisait trop froid, on le mettait dans un coin de la chambre tout simplement. Une large peau d’orignal suspendue depuis le plafond assurait une certaine intimité. L’été, les enfants allaient s’exécuter dans le bois la plupart du temps. Cela faisait deux jours q ue la neige tombait et maintenant, le vent s’étant mis de la partie, on ne voyait plus ni ciel ni terre. Tout était blanc. D’un blanc sinistre, d’un blanc agressif, opaque, i nsoutenable. D’un blanc de mort. Dans le petit camp surchauffé des Fitz, les enfants , le nez collé aux carreaux minuscules de l’unique fenêtre de la cuisine, se bo usculaient les uns les autres pour la meilleure place. Les plus petits étaient agenoui llés sur une chaise en paille chambranlante qui risquait de se renverser à tout m oment, les plus grands étaient debout. Tous faisaient le guet. — S’il vient quelqu’un, leur avait dit leur mère, a vertissez-moi tout de suite. Vous avez entendu ce que Papa a dit. — Oui, il a dit de les tuer, dit Yvonne à Victor. — Mais non, il a dit de tirer dessus pour leur faire peur, tu n’as rien compris. Depuis deux jours les enfants passaient tout leur t emps à scruter la clairière, essayant de voir quelque chose à travers le blizzar d terrifiant qui faisait rage dehors. Les enfants élaboraient toutes sortes de sc énarios. C’était un jeu pour eux. Chacun voulait être le premier à voir ce qui devait venir. Seule Bertha, la sage, n’avait pas de temps à consacrer à cela, elle était bien trop occupée à mettre du bois dans le poêle, à faire chauffer de l’eau, à la ver, à calmer et à bercer les deux petites dernières pendant que sa mère préparait la pâte. À travers le lourd rideau blanc qui s’agitait dehors, on ne voyait vraiment rien aujourd’hui. Pendant un bref instant, un grand coup de vent fit une trouée. Yvonne s’écria la première : — Maman ! Maman ! Je pense que j’ai vu des silhouet tes là-bas. Quelqu’un vient.
Je ne suis plus certaine… oh ! je ne vois plus rien — Mais non, il n’y a personne, dit Victor en appuya nt sa main sur la vitre pour faire fondre la fine couche de frimas. Tu t’imagine s ça ! On ne voit absolument rien. Eileen était en train de pétrir la pâte. Elle arriv a en vitesse les deux mains en l’air, pleines de farine blanche et se faufila entre les e nfants. — C’est bon, c’est bon, les enfants. Laissez-moi vo ir. Avant que le frimas ne se referme sur le rond clair qu’Yvonne avait fait de sa petite main chaude collée à la vitre, elle crut ent revoir au loin, à travers la poudrerie épaisse, des lignes noires verticales qui apparaiss aient et disparaissaient. Jack lui avait dit que les inspecteurs n’étaient pas vêtus c omme les chasseurs :« Ils portent de longues pelisses de loupmarin. Ils sont faciles à reconnaître. » Immédiatement Eileen frotta ses mains sur son tabli er pour détacher la pâte encore collée. Elle ne voulait pas affoler les enfa nts, mais elle tremblait. Elle était incapable de prononcer un mot. Les enfants la regar daient effarés, ils voyaient bien l’inquiétude qui se lisait sur le visage de leur mè re. Laissant la pâte sur la table enfarinée, elle chaussa en vitesse ses mocassins, s ’enveloppa de son vieux capot de renard, enfonça son passe-montagne qui lui couvr ait le visage en entier et ne laissait qu’une fente pour les yeux, s’empara du fu sil suspendu au haut de la porte de la cabane et, juste avant de sortir, ordonna aux enfants pétrifiés d’étonnement par son air de panique inhabituel : — Allez, cachez-vous les enfants, vite ! Si ce sont eux, ils sont très méchants, ils ne doivent pas vous trouver. Quoi qu’il arrive, ne sortez pas de votre cachette. Attendez que je vienne vous chercher. C’est dangere ux. Elle regarda ses grandes filles, Bertha et Yvonne â gées de 11 et 9 ans, puis continua : « Allez, les filles, emmenez les petits à côté, bercez-les, amusez-les, empêchez-les de pleurer. Et vous, les garçons, aide z vos sœurs. Soyez sages. Surtout, surtout pas unbou. » Le mot d’ordre venait de tomber. Cette expression «pas un bouils la » connaissaient bien. C’était celle qu’elle utilisait quand elle avait mis la pâte à pain à lever. Comme le plancher, dans le petit camp, vibra it et pliait quand les enfants couraient et sautaient, la pâte risquait de ne pas lever. Eileen leur demandait donc de ne bouger sous aucun prétexte durant tout le tem ps que lève la pâte. Elle ne voulait pas dramatiser la situation, mais elle n’av ait pas non plus envie que la pâte ne lève pas, après avoir tant travaillé à la pétrir . Elle leur avait donc expliqué que le pain était ce qu’il y avait de plus précieux à la s urvie de toute la famille; qu’il ne fallait jamais manquer de pain ! Si jamais la pâte ne lève pas, il n’y aura pas de pain. Pas de pain signifierait beaucoup de misère p our tous, la mort peut-être. Premièrement, savez-vous qui mourraient les premier s ? Non, répondaient les enfants attentifs. Les plus petits, disait leur mèr e. Ensuite ce serait nous tous, un à un. Les enfants la regardaient incrédules, ils sava ient que tout cela n’était qu’un jeu, mais ils faisaient semblant de la prendre au sérieu x. En fait, ils jouaient le jeu juste au cas où ce serait vrai. L’expressionpas un bouétait donc consacrée, ils savaient ce que cela voulait dire. En un mot : on se tient t ranquille, on s’assoit, on dort, on rêve, mais on ne court pas, on ne saute pas, on ne joue pas, on attend, on fait le mort. — Alors, c’est bien compris, les enfants ? «Pas un bou ! Pas un bou ! »répéta-t-elle avec gravité. C’est très important ! Nos vies en dépendent. Elle savait bien qu’il n’y avait pas de cachettes p ossibles pour sept enfants dans