Gerville Réache La vérité. Tome 2

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Je ne suis pas député par profession, je le suis par devoir.


Par devoir couvre la période 1889/1902. Gerville-Réache débute son troisième mandat en 1889, il n'a que trente-cinq ans, c'est un homme jeune, en pleine force de l'âge et déjà un parlementaire averti. Sa jeunesse ouvre des horizons à ses ambitions. Il est pragmatique, radical ; c'est un homme de progrès.


Au-delà des conflits d'intérêt, des groupes de pression, Gaston Gerville-Réache réunit autour de lui les Progressistes, ces députés qui dénoncent le jeu des chaises musicales pour les portefeuilles ministériels. Après l'assassinat du président Carnot en 1894, en citant Émile de Girardin, il constate avec ses amis l'incapacité des gouvernements successifs à gérer le pays : « L'anarchie n'est dans la rue que lorsqu'elle est au pouvoir. »


Cent ans avant la ruine de l'expérience communiste dans les pays de l'Est, il dénonce déjà dans son programme électoral de 1893, la révolution sociale et son cortège de collectivisme qu'il qualifie de doctrines fausses et dangereuses. Il la combat « parce qu'elle fait appel à la violence et à la force ». Il avait vu juste. Gerville-Réache ne peut concevoir, dit-il, ni la suppression du capital, ni la confiscation de la propriété individuelle, ni la distribution des richesses sociales. Son argumentation s'attache à démontrer qu'aucune de ces théories ne comporte un idéal de justice en harmonie avec le droit, la raison, le bon sens de la civilisation moderne.

Publié le : lundi 1 janvier 2001
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EAN13 : 9782844506030
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SepTièMe parTie :
LE PRoGRESSIStE 1889-1893
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GERVILLE-RÉAChE, tomE II- Par devoir (1866-1897)
«Voulez-vous une recette pour vous fortifier aux yeux de la Chambre ? Ayez en tout des idées nettes et défendez-les vigoureusement […]. Vous avez encore vingt-trois jours de vacances pour vous préparez aux chocs de la ren-trée. Au lieu de vous essaimer un peu de tous les côtés, arrêtez un plan et sui-vez-le sans hésitation. Allez à gauche, car le pays est plus avancé que 2 vous !» GERVILLERÉAChE, 1892
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L’Éclair,24 avril 1892:GERVILLE-RÉAChEs’adressanT à ÉMile LouBEt, alOrs présidenT dU cOnseil:sOnT les affaires qUi vOUs cOndUisenT« Ce » ( LES tRoIS tRoNçoNS).
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1 - Rétrospective
La réélecTiOn de GERVILLE-RÉAChEeT de SarlaT aUx élecTiOns législa-Tives de 1885 cOnfirMe bien la vicTOire définiTive des répUblicains en GUadelOUpe. CeTTe vicTOire ne seMble pas OUvrir l’ère des réfOrMes sTrUc-TUrelles qUe l’On éTaiT en drOiT d’aTTendre. NOUs vOyOns deUx raisOns à cela : l’effOndreMenT dU MarcHé dU sUcre (la crise débUTe en 1884), eT l’écHec répUblicain aUx MUnicipales de 1884. Il faUdra aTTendre plUs de vingT ans après l’effOndreMenT de la prO-dUcTiOn cOnsécUTif à l’abOliTiOn de l’esclavage, pOUr vOir l’indUsTrie sUcrière reTrOUver Un niveaU de prOdUcTiOn cOMparable. NOTOns qUe les années 1880 à 1883 MarqUenT l’apOTHéOse de la prOdUcTiviTé en GUadelOUpe, Mais dans Un cOnTexTe de sUrprOdUcTiOn MOndiale. La cHUTe des cOUrs dU sUcre y sera direcTeMenT raTTacHée. Elle TOUcHe l’Usine de plein fOUeT, en 1884. La baisse cOnsidérable dU cHiffre d’affaires de ce sec-TeUr essenTiel réTréciT indirecTeMenT les receTTes dU bUdgeT lOcal qUi a en cHarge, enTre aUTres, les cOnsTrUcTiOns scOlaires. Par ailleUrs, les répUblicains divisés, Mal préparés, n’OnT pU saisir l’OppOrTUniTé qUi leUr éTaiT OfferTe par les élecTiOns MUnicipales de 1884. Ils OnT laissé les réacTiOnnaires prOfiTer de la réfOrMe MUnicipale, eT s’ins-Taller largeMenT dans les cOnseils MUnicipaUx.
la garantie du conseiL généraL Le cOnseil général resTe TenU ferMeMenT par l’Usine. Il vOTe le 26 nOveMbre 1886, sans débaT, Une résOlUTiOn qUi aUra de graves cOnsé-qUences sUr l’éqUilibre dU bUdgeT. Il s’agiT de la garanTie des eMprUnTs cOnsenTis par le CrédiT FOncier aUx Usiniers, accOrdée par le cOnseil général: « Dix-sepT, ils sOnT dix-sepT, sUr 36 cOnseillers généraUx dOnT 20 présenTs, 8 bons planteurs: AlléaUMe, DUcHassaing,DeReTz, Déjean, Le DenTU, ROllin, ROUgé, E. SOUqUes, eT neUf…satellitesde planTeUrs : BiOcHe, Dierle, CH. Gervais, David Davis, Jean-LOUis, taranne, eTc., qUi, le 26 nOveMbre dernier, OnT arrêTé la rUine de la cOlOnie. Ces dix-sepTemprunteursdirecTs eT indirecTs se sOnT fraTernelleMenTconfondusdans les MêMes senTiMenTs pOUr vOTer laconfusion… des deUx garanTies de 250 000 francs cHacUne, à la sOciéTé dU CrédiT FOncier qUi, MOyennanT ceTTe garanTie, prOMeT de dOUbler
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ses anciens prêTs effecTUés déjà jUsqU’à cOncUrrence de dix-HUiT MilliOns de francs. tOUT le MOnde a cOMpris qUe, en faiT, ceTTe dUplicaTiOn prOMise ne sera jaMais réalisée, Mais la garanTie de 500 000 francs accOrdée à la sOciéTé sUr sadéclarationde dOUbler le cHiffre des prêTs, lUi perMeTTra de se raTTra-per de ses anciennes créances, car il résUlTe claireMenT de ce vOTe qUe, par confusion des deux garanties, l’On a enTendU cOnsenTir siMpleMenT Une seUle vériTable garanTie de 500 000 francs, afin de faciliTer à la sOciéTé les MOyens de se récUpérer. La prOpOsiTiOn dU rappOrT de la COMMissiOn cOnclUanT à la fUsiOn des deUx garanTies sans aUcUne cOndiTiOn, a éTé adOp-Tée sans débaT. Les espriTs sOnT sTUpéfiés de ce vOTe qUi Méprise aU dernier pOinT l’OpiniOn pUbliqUe. NOUs esTiMOns qUe le déparTeMenT, lUi aUssi, ne pOUrra se défendre de la MêMe sTUpéfacTiOn. VOilà cOMMenT des inTelligences d’éliTe cOMprennenT la défense des inTérêTs qUi leUrs sOnT cOnfiés. Le bOn cOnTribUable qUi n’a pas la cHance d’êTre bOn planTeUr, sUera sOn sang pOUr la saTisfacTiOn des besOins insaTiables de ces bOns HOMMes, pOUr cOMplaire à leUrs exigences. C’esT nOUs qUi payOns les viOlOns de l’iMMigraTiOn eT dU CrédiT FOncier pUisqUe la COlOnie reMbOUrse, cOMMe elle va le faire aU cenTUple aUjOUr-d’HUi, ce qUe lUi paye l’indUsTrie des bOns planTeUrs. C’esT TrOp endUrer, disOns-nOUs à nOs cOnciTOyens de la GUadelOUpe, de la parT d’infidèles MandaTaires. Les élecTiOns pOUr la nOMinaTiOn de nOUveaUx cOnseillers généraUx vOnT avOir lieU dans le cOUranT de 1886, TravaillOns dès à présenT à faire cHasser dU sein de nOTre cOnseil général qU’ils décOnsidè-renT, ces HOMMes qUi depUis lOngTeMps nOUs OnT Mis en éTaT d’apprécier ce qU’ils valenT. Il nOUs faUT cOMMencer à Mener caMpagne, sans déseMparer jUsqU’aU jOUr des élecTiOns. Il nOUs faUT nOUs OccUper de nOs inTérêTs sacri-fiés. Ils OserOnT cerTaineMenT encOre plUs qU’ils n’OnT encOre Osé, si nOUs ne nOUs décidOns pas à les reMplacer. oUi, levOns-nOUs : ils ne sOnT grands eT aUdacieUx qUe parce qUe nOUs sOMMes à genOUx eT sUpplianTs. QUe nOTre prOgraMMe sOiT : sUppressiOn de l’iMMigraTiOn faiTe aUx frais de nOTre pays eT cOnTre nOUs ; l’adMinisTraTiOn, le gOUverneMenT n’a pas qUaliTé pOUr pOrTer aTTeinTe à la liberTé dU Travail, eT sOUTenir la cOncUrrence éTrangère, si OnéreUse pOUr le pays, cOnTre nOs inTérêTs. SUppressiOn de TOUTe garanTie aU CrédiT FOncier : les biens dU débiTeUr dOivenT êTre les seUls garanTs des deTTes qU’il cOnTracTe. Il nOUs faUT faire Table rase de TOUTes ces anOMalies qUi faUssenT nOTre siTUa-TiOn d’Une faÇOn si déplOrable. NOTre prOspériTé dépend de nOUs. POUr nOUs, 3 en seMblables OccasiOns, vOUlOir c’esT pOUvOir . » Signé: LéOpOld DOrval. AUgUsTe Isaac répOnd à Un cOrrespOndanT dU jOUrnal qUi l’accUsaiT de 4 s’êTre enTendU avec les réacTiOnnaires pOUr assUrer l’aTTribUTiOn aU CrédiT FOncier de la garanTie cOlOniale de cinq cenT Mille francs. Il rappelle qUe, TOUT aU cOnTraire, il s’esT OppOsé à ce vOTe…
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Moniteur des colonies, de janvier 1886, déjà ciTé. Le Progrès, 30 déceMbre 1885, déjà ciTé.
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Ceci esT jUsTe, en effeT, Mais ce n’esT pas sOn vOTecontreqUi aUraiT pU cHanger les cHOses ; GERVILLE-RÉAChEs’en expliqUe : « tOUT le MOnde savaiT de sOUrce sûre, qUe 17 OU 18 MeMbres dU cOnseil éTaienT acqUis d’avance à la garanTie sans cOndiTiOns, les Uns parce qU’ils sOlliciTenT des eMprUnTs OU des délais, les aUTres pOUr des raisOns qU’il n’esT pas pOssible de dévelOpper ici. C’éTaiT beaUcOUp, cependanT ce n’éTaiT pas la MajOriTé absOlUe des MeMbres de l’asseMblée lOcale, eT si persOnne d’aUTre ne venaiT leUr prêTer le cOncOUrs de sa présence, les gens dU CrédiT FOncier ne se seraienT pas TrOU-vés en nOMbre pOUr délibérer valableMenT […]. Il [A. Isaac] a éTé aU cOnseil général afin de le rendre cOMpéTenT pOUr l’al-lOcaTiOn de la garanTie. PUis dans l’espOir de dOnner le cHange eT de paraîTre indépendanT, ila voté contre, sachant que cela n’empêcherait rien, tandis que son abstention arrêtait tout. VOilà de qUelle faÇOn m. AUgUsTe Isaac « a faiT TOUs ses effOrTs pOUr déTOUr-5 ner la cOlOnie d’Une vOie qUe, diT-il, il cOnsidère cOMMe MaUvaise ».
les éLections cantonaLes de septembre 1886 Elles cOnfirMenT l’eMprise de la réacTiOn sUr la vie pOliTiqUe, cOnsé-qUence inéviTable des lUTTes inTernes dans le parTi radical. La réacTiOn a gagné plUsieUrs sièges. Des canTOns répUblicains cOMMe la POinTe-NOire eT POrT-LOUis OnT élU des réacTiOnnaires. « VOilà Un nOUvel enseigneMenT pOUr le parTi répUblicain. Les divisiOns nOUs OnT valU […] la garanTie dU CrédiT FOncier pOrTée à 500 000 francs ; le vOTe de l’eMprUnT de 500 000 francs pOUr bOUcHer le TrOU creUsé par la rédUcTiOn des drOiTs de sOrTies sUr les sUcres ; enfin, le déficiT de la cOlOnie. Les cOnséqUences UlTérieUres, nOUs les vOyOns déjà. Les fOncTiOnnaires, Menacés dans leUrs cadres eT leUrs TraiTeMenTs, l’exisTence dU lycée cOMprOMise, de nOUvelles cHarges pOUr le cOnTribUable résUlTanT de nOUveaUx iMpôTs. VOilà le résUlTaT de la 6 divisiOn dU parTi répUblicain . »
7 la création du journaLLa Véritéen 1889 Avec l’appariTiOn d’Un nOUveaU jOUrnal en 1889, la presse gUadelOU-péenne s’enricHiT d’Un HebdOMadaire de qUaliTé. Ce jOUrnal fOndé par
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Moniteur des colonies, 7 février 1886, déjà ciTé. Moniteur des colonies, 26 sepTeMbre 1886, déjà ciTé. Le preMier géranT fUT LéOpOld DoRVAL, fUTUr cOnseiller général eT rédacTeUr en cHef dU jOUrnal. DOrval dirige la rédacTiOn pendanT dix-sepT ans, jUsqU’à ce jOUr d’avril 1906 Où le jOUrnal fUT Mis à sac par les OppOsanTs pOliTiqUes de GERVILLE-RÉAChE. DOUé d’Une inTelligence eT d’Une cUlTUre reMarqUables, DoRVALMiT aU service deLa Vérité,ses excepTiOnnels TalenTs de pOléMisTe.
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RéaUx, ancien dépUTé, cOnseiller général, eT qUi défendra les idées de GERVILLE-RÉAChE, sera la cOnséqUence dU cOnfliT qUi OppOse les réacHisTes aUx isaakisTes.La Vérité, faiT désOrMais face sOUs la MêMe ban-nière radicale, aUProgrès de la Guadeloupe. « Ce jOUrnal, apparUT en 1879, sOUs la direcTiOn dU jeUne GasTOn SarlaT, ne représenTe plUs alOrs 8 l’UnaniMiTé des OpiniOns répUblicaines ». InsTallé aU 19 rUe GaMbeTTa à POinTe-à-PiTre,La Vérité, sOrT sOn pre-Mier nUMérO le diMancHe 9 jUin 1889 ; il se présenTe cOMMe fidèle aUx grands idéaUx scHœlcHériens : « En 1849, Un OUvrage prOdUisiT dans nOs cOlOnies Une vive éMOTiOn. Les vieUx préjUgés cOlOniaUx, aTTaqUés dans leUrs bases, se senTaienT Menacés. L’OligarcHie cOlOniale, effrayée, en cOMbaTTaiT avec acHarneMenT l’aUTeUr : VicTOr ScHœlcHer. Le livre avaiT pOUr TiTre :La vérité aux ouvriers et aux cultivateurs. RendOns-là à ScHœlcHer l’HOMMage qUi lUi esT dû, eT dédiOns-lUi aUjOUr-d’HUi le preMier nUMérO deLa Vérité. En adOpTanT le TiTre de sOn OUvrage cOMMe drapeaU, nOUs nOUs engageOns à prendre pOUr MOdèle ceT HOMMe inTègre qUi n’a jaMais diT qUe la VériTé. » Le sUccès deLa VéritédOiT êTre aTTribUé à nOTre sens, à qUaTre fac-TeUrs : 1. le pOsiTiOnneMenT pOliTiqUe dU jOUrnal de marie-EMile RéaUx, dans le drOiT fil des idéaUx de ScHœlcHer eT de sOn HériTier pOliTiqUe. 2. La TOlérance dU jOUrnal répUblicain, illUsTrée par le faiT qU’il sUT OUvrir ses cOlOnnes à TOUTe Une nOUvelle généraTiOn de jeUnes GUadelOUpéens : LégiTiMUs dès 1889, hildeverT AdOlpHe Lara, à sOn frère orUnO, eT à bien d’aUTres, qUi prendrOnT parT, le MOMenT venU, aU débaT pOliTiqUe. 3.La VéritédOiT assUréMenT sOn sUccès aUx qUaliTés jOUrnalisTiqUes dU LéOpOld DoRVAL, sOn rédacTeUr en cHef, qUi déjOUera les pièges de sOn cOncUrrenT répUblicain, eT décHiffrera,en clair, pOUr ses lec-TeUrs qUi lUi en saUrOnT gré pendanT dix-sepT ans, « le jOUrnal des 9 insinUaTiOns » ; 4. La désinfOrMaTiOn, cOMMe nOUs le diriOns aUjOUrd’HUi, enTreTenUe parLe ProgrèsaU Travers de pOléMiqUes sTériles, parfOis calOM-nieUses, n’appOrTèrenT, en fin de cOMpTe, qUe dU crédiT à sOn cOncUrrenT. Il cOnvienT de rappeler égaleMenT qUe l’élecTiOn séna-
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Lara (orUnO),La Guadeloupe dans l’histoire, p. 300. Le ProgrèsqUi, dès 1884, devienT alOrs l’insTrUMenT pOliTiqUe d’Une faMille, aU déTriMenT de l’infOrMaTiOn.
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TOriale de 1885 pOrTa aU grand jOUr l’alliance TaciTe des frères Isaac avec les réacTiOnnaires, eT avec SOUqUes en parTicUlier.Le Progrès apparaîT dès lOrs cOMMe Un faUx-nez dU capiTal ; il faUdra alOrs aU sénaTeUr, déplOyer des TrésOrs d’aMbigUïTé pOUr MainTenir les appa-rences.
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