Gerville Réache La vérité. Tome 5

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« La presse fait parfois du mal, mais elle fait souvent du bien, beaucoup de bien. Elle est comme la langue, qui exprime de si belles choses et qui est capable d'en produire de si laides. Or il n'est encore jamais venu à la pensée de personne de la couper pour la rendre impuissante à mal faire ».


Ou palé kon Réache rappelle l'expression populaire créole. Ce tome est consacré au journaliste politique de L'Éclair, quotidien parisien indépendant. Présenté sous la forme d'une anthologie, ce recueil préfacé par Laurent Farrugia regroupe sous forme thématique soixante-seize des deux cents éditoriaux de Gerville-Réache (1892-1904).


L'Éclair est alors un des grands journaux parisiens, la rubrique réservée à l'éditorial s'intitule « Opinions », elle est signée chaque jour par une des grandes plumes du moment : Deschanel, Méline, Tolstoï et bien d'autres. C'est l'universalité du député guadeloupéen que l'on découvre dans ce volume. Aucun sujet ne lui est inaccessible : les institutions, l'Angleterre, la politique coloniale, la défense, etc.


Ses éditoriaux nous font découvrir le caractère passionné, parfois emporté de Gerville-Réache, la qualité de ses analyses, l'objectivité du libre-penseur, son indépendance d'esprit et son talent. Chaque article soulève des interrogations dont certaines restent d'une actualité saisissante.

Publié le : lundi 1 janvier 2001
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EAN13 : 9782844506061
Nombre de pages : 404
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7 leS cONServaTeUrS eT la rePUBliQUe
conCERnE Les monàrCHistes. L’Église. Les Institutions. résumé Pour GERVILLE-RÉachE, là pàix Civile viendrà, d’àbord, de là stàbilité des institutions. S’il trouve Hésitàntes les àdHésions des monàrCHistes des cHàmbres, « Elle Compte pour quelque CHose, dit-il, pour beàuCoup même, Cette pàrole du CHef de là CHrétienté, À sàvoir que l’Église peut très bien s’àCCommoder de là République, et les CàtHoliques devenir républiCàins ».
« On comprEnd très aIsÉmEnt qu’un pays quI comptE quatorzE cEnts ans dE domInatIon monarcHIquE nE passE pas sans rÉsIstancEs Et sans dÉcHIrEmEnts à la RÉpublIquE. MaIs cEs rÉsIstancEs Et cEs dÉcHIrEmEnts, commE toutEs lEs cHosEs HumaInEs, doIvEnt avoIr un tErmE. et lE tErmE, Il faut En convEnIr, Est ÉcHu. LEs consErvatEurs, c’Est unE justIcE à lEur rEndrE, ont tout faIt pour EntravEr ou EnrayEr lE mouvEmEnt quI mEnaIt la FrancE à la RÉpublIquE. CEux dE 1789 auraIEnt pu attEIndrE cE rÉsultat. La FrancE alors n’ÉtaIt pas monarcHIquE dE faIt, EllE l’ÉtaIt par goût Et par tradItIon. SI lEs royalIstEs dE l’ÉpoquE avaIEnt comprIs lEs bEsoIns dE lEur tEmps, Ils auraIEnt pu, aIsÉmEnt, avEc lE concours d’un prIncE InstruIt Et bIEnvEIllant, sauvEr la royautÉ. FautE d’avoIr vu justE, Ils ont organIsÉ la rÉsIstancE par la forcE Et ont provoquÉ la RÉvolutIon Et la vIolEncE. LEs consErvatEurs dE notrE ÉpoquE avaIEnt la partIE bEaucoup moIns bEllE. Tout conspIraIt contrE Eux, sauf la pEur quE la RÉpublIquE InspIraIt grâcE aux vIolEncEs dE la RÉvolutIon Et aux mouvEmEnts InsurrEctIonnEls dE 1848. AIdÉs sEulEmEnt dE cE prÉjugÉ dE la pEur, Ils ont tout mIs En
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L’ÉClàirn° 1374, 31 août 1892.
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œuvrE dEpuIs 1871 pour ramEnEr lE FrancE à la monarcHIE. ToutEs lEurs tEntatIvEs ont ÉcHouÉ. Nous lEs avons vaIncus, maIs nous dEvons rEndrE lEs HonnEurs dE la guErrE aux advErsaIrEs quI, En moIns dE vIngt ans, ont lIvrÉ tant d’assauts, tant dE bataIllEs rangÉEs à la RÉpublIquE. ellE ÉtaIt nÉE dE nos dÉfaItEs En 1870, apparaIssant commE lE sEul gouvErnEmEnt quI pût rEprEndrE la dIrEctIon dEs affaIrEs du pays Et sauvEr l’HonnEur, sInon ramEnEr la vIc-toIrE. et cEpEndant, dès l’annÉE 1871, lEs monarcHIstEs sortaIEnt vaInquEurs dEs ÉlEctIons gÉnÉralEs. On pouvaIt lEur rEprocHEr dE s’êtrE faIt ÉlIrE En dIssImulant lEur drapEau Et lEur programmE, maIs Ils n’ÉtaIEnt pas moIns la majorItÉ dE l’AssEmblÉE natIonalE. DEux ans plus tard, Ils rEnonçaIEnt à lEur polItIquE jusquE-là tImIdE. ils rEnvErsaIEnt M. THIErs, quI vEnaIt à pEInE dE nÉgocIEr la lIbÉratIon dÉfI-nItIvE du tErrItoIrE, parcE quE M. THIErs, avEc son rarE bon sEns, allaIt à la RÉpublIquE. ils EssayèrEnt unE rEstauratIon, maIs nE purEnt aboutIr qu’à la constItutIon du sEptEnnat. MalgrÉ son ImportancE, lE 24 maI 1873 nE tIEnt dans la sÉrIE dE lEurs Efforts quE la placE d’unE grossE EscarmoucHE. en 1876-77, Ils lIvrEnt unE bataIllE rangÉE, cEllE où Ils mEttEnt lE plus dE forcEs En mouvEmEnt. ils dIssolvEnt la CHambrE dEs dÉputÉs quE lE pays, quI sE rÉpublIcanIsE constammEnt dEpuIs 1871, a faItE rÉpublIcaInE. ils font dEs ÉlEctIons au cours dEsquEllEs Ils EssaIEnt dE tErrorIsEr la FrancE. Un mInIstèrE nEttEmEnt monarcHIquE y prÉsIdE. ils font appEl au spEctrE dE la guErrE ÉtrangèrE. ils jouEnt au pÉrIl socIal. ils font donnEr lE clErgÉ, l’églIsE Et lE SaInt-SIègE. RIEn n’y faIt, Ils sont battus à platE cou-turE. REstaIt unE partIE à jouEr : lE coup d’état. ils l’organIsèrEnt. Un mInIs-tèrE fut constItuÉ pour lE tEntEr. MaIs lE cHEf dE l’état, plus avIsÉ quE sEs consEIllErs, Et plus rEspEctuEux qu’Eux dE la lÉgalItÉ, rEfusa dE s’y prêtEr. S’Il y avaIt donnÉ la maIn, cHacun saIt quE cEttE tEntatIvE coupablE sEraIt rEstÉE sans lEndEmaIn. ellE Eût troublÉ Et agItÉ lE pays, EllE Eût faIt coulEr du sang françaIs, maIs tEllEs ÉtaIEnt la forcE Et l’organIsatIon du partI rÉpu-blIcaIn, sI apparEnts ÉtaIEnt la justIcE Et lE bon droIt, qu’Il n’Est pas dou-tEux quE lE dErnIEr mot fût rEstÉ à la loI contrE lEs crImInEls. LE dErnIEr dÉfIlÉ sEmblaIt passÉ pour la RÉpublIquE, lorsquE lEs affaIrEs du TonkIn fournIrEnt unE nouvEllE platE-formE à l’opposItIon monarcHIquE. ellE rEprIt couragE Et, dE nouvEau, Essaya En vaIn dE luttEr. LEs ÉlEctIons dE 1885 traHIrEnt un arrêt dans l’ExtEnsIon du partI rÉpublI-caIn, maIs cEt arrêt n’ÉtaIt pas dE naturE à compromEttrE l’avEnIr dE la RÉpublIquE. LEs consErvatEurs pEnsèrEnt-Ils autrEmEnt ? CEla Est cErtaIn.
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en faIt, Ils sE montrèrEnt très ImprudEnts. LEs prIncEs Eux-mêmEs payèrEnt dE lEur pErsonnE. La consÉquEncE dE cEttE ImprudEncE fut lE votE dEs loIs d’ExIl.
CEttE rÉponsE ÉtaIt dE naturE à ExaspÉrEr cEux quI l’avaIEnt cEpEndant provoquÉE. ils nE rEculèrEnt plus dEvant rIEn. LE boulangIsmE s’Étant prÉ-sEntÉ, Ils En furEnt. C’ÉtaIt « lE bÉlIEr », c’ÉtaIt « la catapultE » quI dEvaIt sErvIr à sE dÉbarrassEr dE « la guEusE ». ToutEs lEs forcEs quI avaIEnt donnÉ En 1876-1877 ÉtaIEnt mobIlIsÉEs : c’ÉtaIt l’actIon parallèlE En rEgard dEs rÉpublIcaIns dÉvoyÉs quI suIvaIEnt lE gÉnÉral BoulangEr. Là EncorE, lEs monarcHIstEs furEnt battus, maIs Ils pErdIrEnt tout cEttE foIs, car Ils avaIEnt tout ExposÉ jusqu’à lEur rEnom Et à lEurs procÉdÉs dE consErvatEurs. ils avaIEnt opÉrÉ En rÉvolutIonnaIrEs Et avEc dEs rÉvolutIonnaIrEs.
Nous En ÉtIons là après lEs ÉlEctIons lÉgIslatIvEs dE 1889, quand, coup sur coup, sE sont produIts dEs ÉvÉnEmEnts quI ont amEnÉ l’ÉcrasEmEnt dEs troupEs dÉjà dÉbandÉEs dEs monarcHIstEs. Sans comptEr lEs forcEs puIs-santEs Et agIssantEs quI assuraIEnt lE succès dE la RÉpublIquE : la paIx, l’ordrE, la lIbErtÉ, la rEconstItutIon dE nos forcEs mIlItaIrEs, la prospÉrItÉ dE nos fInancEs, l’Éclat dEs exposItIons unIvErsEllEs dE 1878 Et 1889, lEs suc-cès dE notrE dIplomatIE, la sagEssE dEs CHambrEs, lEs progrès rÉalIsÉs bIEn qu’InsuffIsants, la dIffusIon dE l’InstructIon, lEs rIcHEssEs ÉconomIquEs accruEs par l’augmEntatIon dEs routEs, dEs canaux, dEs cHEmIns dE fEr, sans comptEr toutEs cEs forcEs dont l’actIon latEntE poussaIt lE pays à la RÉpublIquE, Et suffIsaIt mêmE pour lE rÉpublIcanIsEr dÉfInItIvEmEnt, Il Est EncorE vEnu dE dIvErs côtÉs dEs adjuvants utIlEs. il faut comptEr pour quElquE cHosE lEs adHÉsIons HÉsItantEs dE quElquEs monarcHIstEs dE la CHambrE. Sans doutE, EllEs sont faItEs avEc trop dE rÉsErvEs Et dE rÉtIcEncEs pour nous InspIrEr unE complètE confIancE. MaIs EllEs nE produIsEnt pas moIns dE l’EffEt sur lEs ÉlEctEurs consErvatEurs. CEux-cI nE font pas commE lEs Élus. ébranlÉs dans lEur foI, Ils vIEnnEnt carrÉmEnt à la RÉpublIquE, où Ils sont, d’aIllEurs, lEs bIEnvE-nus. il faut comptEr aussI pour quElquE cHosE, pour bEaucoup mêmE, cEttE parolE du cHEf dE la cHrÉtIEntÉ, à savoIr quE l’églIsE pEut très bIEn s’ac-commodEr dE la RÉpublIquE, Et lEs catHolIquEs dEvEnIr rÉpublIcaIns. JE suIs convaIncu quE mêmE sI lE SaInt-SIègE n’avaIt pas ExprImÉ cEttE IdÉE, la RÉpublIquE Eût attIrÉ à EllE lEs catHolIquEs, maIs l’attractIon En dEvIEn-dra plus rapIdE Et plus gÉnÉralE. il faut comptEr ÉgalEmEnt pour quElquE cHosE l’actE dE loyautÉ par lEquEl lE marquIsdeBrEtEuIl a proclamÉ qu’Il nE rEprÉsEntaIt plus l’opI-
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nIon dE son arrondIssEmEnt, Et, En sE dÉmEttant dE son mandat dE dÉputÉ, a InfIrmÉ cEluI dE bEaucoup dE sEs collèguEs dE la droItE. La plupart dE cEs forcEs ont produIt dÉjà lEurs rÉsultats. Nous vEnons d’avoIr succEssIvEmEnt lEs ÉlEctIons munIcIpalEs Et lEs ÉlEctIons canto-nalEs où nous avons gagnÉ un grand nombrE dE sIègEs. Nous aurons lEs ÉlEctIons lÉgIslatIvEs En 1893 Et lEs ÉlEctIons sÉnatorIalEs En 1894 quI aug-mEntEront EncorE notrE majorItÉ, Et l’on pEut prÉvoIr lE momEnt où prEsquE toutEs lEs assEmblÉEs dÉlIbÉrantEs du pays sEront acquIsEs à la RÉpublIquE. il y a un mouvEmEnt IrrÉsIstIblE quE tout concourt à accÉlÉrEr : lEs bIEnfaIts dE la RÉpublIquE, l’adHÉsIon du pays, cEllEs dE bEaucoup d’an-cIEns advErsaIrEs, cEllEs dEs ÉlEctEurs, cEllEs dE quElquEs mEmbrEs dEs États-majors monarcHIquEs, cEllE du SaInt-SIègE. QuE faut-Il donc à la RÉpublIquE pour êtrE la FrancE, toutE la FrancE ? il nE luI manquE plus quE l’adHÉsIon dEs prIncEs quE nous avons ExIlÉs dans lEs condItIons dE com-bat quE j’aI rappElÉEs. il y a EncorE quElquEs mIllIErs dE monarcHIstEs Et, parmI Eux, cErtaIns cHEfs quI rEstEnt attacHÉs à la monarcHIE, parcE qu’Ils consErvEnt, commE l’a dIt lE marquIsdeBrEtEuIl, lEur rEspEctuEux dÉvouEmEnt aux prIncEs quE la RÉpublIquE a proscrIts. QuE cEs prIncEs lEs dÉlIEnt dE la foI qu’Ils ont jurÉE Et Ils vIEndront, Eux aussI, à la RÉpublIquE à la suItE dE lEurs troupEs, dE lEurs amIs, dE lEurs ÉlEctEurs, dE lEur cHEf spIrItuEl. CE n’Est pas trop dEmandEr à dEs HommEs, mêmE à dEs prIncEs, quE d’avoIr un Instant lE cœur Haut Et fErmE Et dE rEnoncEr à lEurs EspÉrancEs dynastIquEs pour assurEr la complètE pacIfIcatIon dE la FrancE. Qu’Ils sE rappEllEnt lEs grandEs actIons dE lEurs ancêtrEs Et, puIsquE lEs tEmps nE lEur pErmEttEnt plus d’En rÉalIsEr dE sEmblablEs, quE du moIns, pour la patrIE, Ils fassEnt lE sacrIfIcE dE lEur HÉrItagE monarcHIquE ; quE pour EllE, Ils adjurEnt lEurs adEptEs, commE LÉonXii, dE rEnoncEr à lEurs opInIons polItIquEs. Don Carlos, quI ÉtaIt, luI aussI un prÉtEndant, a donnÉ l’ExEmplE, quand Il a « dÉcIdÉ dE nE pas avoIr un rEprÉsEntant En FrancE, dans lEs cIr-constancEs actuEllEs ». LaVoCe dellà Verità, quI a dEs attacHEs avEc sa famIllE, a ExplIquÉ qu’Il rEconnaIssaIt l’opportunItÉ dE dÉfÉrEr aux dÉsIrs du papE, parcE qu’En FrancE sEs adHÉrEnts sont sans ÉcHo dans lEs massEs Et En facE d’un gouvErnEmEnt voulu par la natIon Et dE plus En plus fort. CErtaInEmEnt lEs autrEs prIncEs HÉrItIErs dEs famIllEs quI ont rÉgnÉ sur la FrancE possèdEnt un pEu plus d’adHÉrEnts quE lE duc dE MadrId, maIs Ils En comptEnt cHaquE jour dE moIns En moIns. Sans vouloIr En rIEn dImI-
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nuEr lEur sacrIfIcE, nous dIsons quE, quEl qu’Il soIt, Il s’ImposE à lEur conscIEncE Et à lEur EsprIt ÉlEvÉ. QuE voulons-nous faIrE dE cEs adHÉsIons ? est-cE, commE lE prÉtEn-dEnt mEs amIs hEnrI MarEt Et CamIllE PEllEtan Et commE l’avouE très catÉgorIquEmEntLe Temps, pour grossIr lEs rangs dEs rÉpublIcaIns modÉ-rÉs ? Non cErtEs, cE n’Est pas pour cEla. C’Est unIquEmEnt pour rÉalIsEr cEttE grandE cHosE dEpuIs sI longtEmps attEnduE : l’unItÉ constItutIonnEllE dE la FrancE. Quant à croIrE quE l’adHÉsIon dEs consErvatEurs augmEntEra lE nombrE dEs rÉpublIcaIns modÉrÉs, c’Est unE cHImèrE. ils rEmplacEront sEulEmEnt cEux quI, à lEur tour, Iront accroîtrE lEs pHalangEs dEs rÉpublI-caIns progrEssIstEs. TEllE Est la loI du progrès Et dE l’ordrE dans la RÉpublIquE. »
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