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Gnassingbe Eyadema (volume IV)

De
289 pages
Ce quatrième volet de la série de six volumes consacrés aux discours et allocutions du président Gnassingbe Eyadema se situe dans la période qui s'étend de 1987 à 1992. Années de braise et de fortes turbulences pendant lesquelles s'est ébauchée dans la douleur, la nécessaire mutation du Togo vers la démocratie.
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AssiongborFOLIVI
L’HarmattanGrandesFiguresd’Afrique
Collection dirigée parAndréJulienMbem
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©L’Harmattan,2009
5-7,ruedel’Ecolepolytechnique,75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanado.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN :978-2-296-10473-0
EAN :9782296104730
Parusdanslamêmecollectio n
BernardDadié
Itinéraire d’un écrivain africain dans la première moitié du XXème siècle
FrédéricLemaire
Combattre pour le présent et l’avenir
Charles PascalTolno
Les hommes d’église et le pouvoir politique enAfrique noire
Jean-ClaudeDjereke
Afrique passion et résistance
Jean Pierre Ndiaye
Joseph Ki-Zerbo
Itinéraire d’un intellectuel africain au XXe siècle
Florian Pajot
Le Pasteur et le Président (entretiens avec OmarBongo Ondimba)
FrancisMichelMbadinga
Et L’Afrique brillera de mille feux
Jean Pin g
GnassingbeEyadema
Discours etAllocutions
Volume I (1967-1974)
Textes présentés paarAssiongborFolivi
GnassingbeEyadema
Discours etAllocutions
Volume II (1975-1980)
Textes présentés parAssiongborFolivi
GnassingbeEyadema
Discours etAllocutions
Volume III (1981-1986)
Textes présentés parAssiongborFolivi
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ALASOURCEDEL’HISTOIRETOGOLAISE
L’intérêt de la publication de l’intégralité des discours officiels du Général
GnassingbéEyadema, Président de la République togolaise entre 1967 et 2005, ne
fait aucun doute. Un tel document constitue un matériau essentiel pour qui veut
revisiter la pensée et l’œuvre du président Eyadema que «la Commission de
Réhabilitation de l’Histoire»a décidé de faire entrer dans la mémoire collective
comme le Père de la Nation togolaise.
Que l’on soit un thuriféraire ou un contempteur, le répertoire de ses discoursest un
précieux outil pour mieux comprendre des pans entiers de l’histoire du Togo et,
accessoirement, celle de l’évolution récente du continent africain.Il offre pour tout
chercheur, l’opportunité d’étudier les dimensions insoupçonnées (politique,
sociologique,littéraire,linguistiqueetc.)querecèletoute communicationpublique,
a fortiori celle d’un dirigeant africain d’envergure.Ce caractère didactique impose
le choix d’une édition des discours dans leur état brut, sans commentaires ni
annotations, afin de laisser libre cours à toute réflexion, évaluationet appropriation
dans la mesure où ces textes tombés dans le domaine public, sont accessibles à
tous.
Dans les six volumes de la présente édition, figurent quelques 435 discours qu’il a
fallu pendant plusieurs mois extirper des archives, recenser et rassembler.
Ce panorama historique commence le 13 janvier 1967 lorsque, en sa qualité de
Chef d’Etat Major des Forces Armées togolaises (FAT), il s’adressa pour la
première fois au peuple togolais, par les ondes de Radio Lomé. Dans un style
dépouillé et bien trempé qui ne le quittera plus jamais, il donna les raisons de la
prise du pouvoir par l’armée, et communiqua les premières mesures politiques des
insurgés.
Ce premier discours est fondateur puisqu’il projette déjà devant la scène nationale,
la marque de celui qui, trois mois plus tard, le 14 avril 1967, deviendra leChef de
l’Etat de fait, après la dissolution du Comité de Réconciliation Nationale mis en
7place en janvier. Trente sept ans plus tard, le 29 décembre 2004, comme pour faire
ses adieux au monde, il délivra au corps diplomatique accrédité auprès de la
République togolaise, son dernier discours officiel dans lequel il lança un ultime
appel aux paysdu Nord en vue d’une solidarité plus accrue envers les pays
pauvres.
Dernière parole publique d’unhomme d’Etat quiaconsacréunegrandepartiedesa
vie pour conduire la destinée du Togo.La disparition du présidentEyadema, le 05
février 2005, mit un terme à un parcours somme toute exceptionnel d’un fils de
paysandevenul’une des grandes figures de l’Afrique contemporaine.
La publication des discours du président Eyadema est par ailleurs justifiée par le
fait que l’ex-Chef d’Etat n’a pas écrit ses mémoires. Sans doute projetait-il de le
faire avant que le sort en décidât autrement. Les historiens ou tout simplement le
citoyen lambda n’aurait-il pas voulu qu’il révèle les aspects occultés de certains
faits, ses sentiments personnels, ses motivations, ses déceptions, son rêvepour son
pays? Et à l’instar des dirigeants qui ont eu la chance de laisser leurs mémoires,
eût-il rappelé ses souvenirs d’enfance, ses moments de joie et les peines qui ont
jalonné sonexercice dupouvoir ?
Faute de mémoire ou de récit autobiographique, on peut dire aujourd’hui que ses
interventions parlent pour lui et peuvent faire office d’écrits mémoriaux. Ses
discours, qu’ils soient les fondements de sa philosophie politique ou de sa praxis,
les fruits de ses réflexions, l’explication d’un acte posé ou sa vision sur les grandes
questions universelles, ont par conséquent une importance indéniable pour le
décryptage de l’histoire du Togo.C’est une contribution, si modeste soit-elle, à la
lecture de l’histoire mouvementée du Togo loin des préjugés et des perceptions
politiciennes.
Soldat et autodidacte, le président EYADEMA était connu pour son verbe sobre,
épuré, direct, bref sa sémantique sans fioritures. Un franc parler qui lui a fait frôler
un incident diplomatique majeur lorsque, le 22 novembre 1972, lors de la visite
officielle à Lomé du Président de la République française, M Georges
POMPIDOU, il esquissa publiquement une réflexion sur un réajustement de la
parité duCFA par rapport au franc français.Initiative hardie qu’aucun de ses pairs
n’osa à l’époque. L’unité nationale, la recherche de la paix, la démocratie,
l’intégration régionale et africaine, les problèmes de développement, le nouvel
ordreéconomique,lacoopérationinternationale,étaientcesthèmesdeprédilection.
On se rappelle que pendant des décennies le Togo était l’objet de toutes les
sollicitations. En dehors de ses médiations dont on redécouvre dans les pages
suivantes le fil conducteur, d’autres interventions sont prononcées à l’occasion de
lasignaturedanslacapitaletogolaisedesquatreConventionsACPetCEEappelées
Conventions de Lomé, de laConférence desChefs d’Etat deFrance et d’Afrique,
8de la création de laCEDEAO dont la décision a été prise à Lomé au cours d’une
réunion des ministres des affaires étrangères et du passage de l’Organisation de
l’UnionAfricaineà l’UnionAfricaine.
L’action du président Eyadema a un goût d’inachevé. Alité, il n’a pas prononcé,
pour la première fois, son incontournable message à la nation, le 13 janvier 2005.
Dans le climat difficile et complexe des années 2000, il n’a pas pu parachever la
politique de libéralisation des institutions en dépit de l’amorce du dialogue inter-
togolais sous l’égide deBruxelles et de la reprise partielle de la coopération avec
l’Union Européenne rompue en 1993 pour cause de déficit démocratique. Devant
l’homme d’Etat, ses discours,sespensées et sonœuvre, l’histoire sera le seul juge.
Aujourd’hui, faute d’avoir une vision commune de l’histoire, des hommes
politiques, des historiens ou des chercheurs togolais, chacun attaché à sa chapelle,
livrent leur version des annales de la vie nationale. Ce qui pose l’équation si
présente à nos esprits de l’objectivité de l’histoire par rapport à l’impartialité de
l’historien. Et si, au moment où les nouvelles autorités togolaises engagent une
procédure pour le triomphe de l’indissociable triptyque : vérité, justice et
réconciliation, l’on tentait de s’entendre sur la même écriture des éléments
fondateurs de la nation togolaise réconciliée avec elle-même et pour y parvenir, de
mettre à dispositionune documentation adéquate !
Comportant une chronologie qui permet de suivre pas à pas l’évolution du pays et
les temps forts du règne du PrésidentEyadema de 1967 à 2005, cette édition de ses
discours, s’inscrit dans cette perspective.
A. FOLIVI
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Togolaises et Togolais,
C’est avec une certaine émotion que je m’adresse à vous, à l’occasion de la
célébration du vingtième anniversaire de laLibération Nationale.
Comment ne serions-nous pas émus et étreints d’une immense joie au moment où
nous nous apprêtons à commémorer une date qui marque un repère
particulièrement important dans l’histoire de notre jeune nation et la somme de
vingt ans de peines, et de joie, d’obstacles et de victoires vécus et partagés
ensemble avec vous ?
En effet, ilya vingt ans que nous avons décidé ensemble de servir la patrie dans la
dignité, de construire la nation dans la paix et la sécurité, de restructurer
l’économienationale,d’assainirlesfinancespubliquesetdedonnerànotrepays,sa
place dans le concert des nations, en ayant à l’esprit qu’aucune réalisation ne peut
être accomplie si nousne tournions définitivement ledosaupasséetnerenforcions
l’unité nationale afin que notre pays puisse retrouver les conditions idéales de son
renouveau et de sonprogrès.
De tous les anniversaires que nous avons commémorés jusqu’à présent, celui
d’aujourd’hui nous comble le plus de joie et de satisfaction car, il nous donne la
preuve que le serment que nous avons fait devant le peuple, en répondant à son
appel, n’a pas été trahi.
De tout notre cœur, de toute volonté, nous nous sommes attelés à la mission que
vous nous avez confiée en ne perdant jamais de vue, à aucun moment, l’intérêt
supérieurde la nation,le bonheurdupeuple, son bien-être matériel et moral.
Notre satisfaction est donc d’avoir mis nos énergies et nos efforts au service de
notre chère nation en lui épargnant les antagonistes du passé et d’avoir parcouru
ensemble le longchemin, certes semé d’embûches, jalonné de difficultés et de
désillusions mais qui nous a permis d’opérer les transformations et les mutations
nécessaires à la réalisation de l’unité et de la réconciliation de tous les togolais.
Main dans la main, jour après jour, inlassablement, avec un courage qui n’a d’égal
que la conviction qui animait chacun de nous, nous avons édifié une œuvre qui fait
11aujourd’hui la fierté de notre pays et qui suscite admiration, confiance et estime de
la communauté internationale.
Cette œuvre pour immense qu’elle soit, n’est pas terminée puisque vous avez bien
voulu nousrenouveler votre confiance pour conduirelesdestinéesduTogopourun
nouveau mandat de 7 ans lors des élections présidentielles du21décembre dernier.
Votre foi en l’avenir et votre souhait de voir poursuivre l’œuvre amorcée ilya
vingt ans, dans la paix et la concorde nationale ont déterminé le fort pourcentage
qui s’est dégagé en notre faveur lors de ces élections présidentielles.
Jevoudrais ici vous exprimer, à tous mes sentiments de sincère gratitude pourcette
confiance renouvelée et pour ce soutien spontané et massif qui ne nous a d’ailleurs
jamais fait défaut et sans lesquels nous n’aurions gère avancé sur le chemin du
progrès.
Jevoudrais également profiter de cette occasion solennelle pour exprimer nos vifs
remerciements aux Chefs d’Etat et de Gouvernement, aux représentants des
Organisations internationales, aux diverses personnalités et à tous ceux qui nous
ont adressé des messages de félicitations et d’encouragement à la suite de notre
réélection à la magistrature suprême.
La présence parmi nous de nombreux Chefs d’Etat et de Gouvernements, de
Représentants deChefs d’Etat et deDélégués venus d’Amérique, d’Europe, d’Asie
et d’Afrique, n’est pas seulement la marque de l’amitié qui lie nos peuples et nos
nations.
Elle est aussi le témoignage de l’estime qu’ils portent au Togo et surtout de la
solidarité agissante qui se développe dans nos rapports que nous voulons renforcer
chaque jour davantage. C’est le lieu, pour nous, d’adresser, au nomdu peuple
togolais, nos chaleureux remerciements aux Chefs d’Etat et de Gouvernement, à
leurs représentants personnels, à tous les délégués et amis du Togo qui ont bien
voulu faire le déplacement de Lomé en vue de prendre part aux festivités de ce
ème
20 anniversaire de notre libérationnationale.
Je les invite à se sentir ici comme chezeux.
Togolaises,
Togolais,
Pour que notre action future soit couronnée davantage de succès, il nous faut
dresser le bilan du travail qui a été accompli et de ce qui reste à faire.Les échecs et
les victoires, les difficultés et les atouts, les peines et les déceptions, les promesses
et les progrès que nous avons enregistrés durant ces vingt ans, sont autant de
12facteurs dont nous devons tenir compte pour élaborer une nouvelle stratégie, au
moment où nous allons entrer dans cette troisième décennies. Des bilans, nous en
avons dressés chaque année à cette même date, et plus particulièrement lors des
conseils nationaux et des congrès dont le dernier a été l’occasion d’un débat
sincère, francs et démocratique et d’une évaluation exhaustive des progrès
accomplis par notre pays. C’est pourquoi, je me bornerai seulement à établir dans
ses grandes lignes, les trames de l’action que nous avons menée depuis ces deux
décennies.
Dans le domaine politique, la plus importante réalisation est à nos yeux
l’exceptionnel climat de paix, de sécurité et de stabilité que nous vivons depuis 20
ans et qui a sutriompher de toutes sortes de tentatives de déstabilisation.
Cette paix a pour corollaire la politique d’union et de réconciliation nationale qui a
permis à tous els fils du pays, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, de dépasser tous
les préjugés liés à leur origine sociale, régionale ou ethnique et de regarder dans la
même direction.
L’unité nationale qui est une conquête de chaque jour, est aujourd’hui une réalité
palpable.
Mais pour y parvenir, il a fallu créer un instrument approprié, capable de
rassembler toutes les forces vives, toutes les bonnes volontés, au sein d’un creuset
national qui tranche avec les groupements d’intérêt dejadis.
Commevousle savez,aulendemaindenotreindépendanceacquisedehautesluttes
et proclamée dans la liesse générale, le peuple qui caressait le rêved’une libération
totale, a dûdéchanter.
En effet, les partis politiques d’alors se réfugièrent dans leur chapelle et chacun ne
trouvait mieux à faire que de défendre les intérêts de son groupe, au mépris de
l’intérêt général, dans un climat d’exactions, de brimades, d’internements
arbitraires, d’exils et de terreur.
Le désordre était si total, que bon nombre de togolais regrettèrent la période
coloniale qui, au moins, assurait la sécurité collective aux populations.
En moins de trois années d’indépendance, les geôles regorgeraient de plus de 2 500
prisonniers politiques.
Dans ce climat d’insécurité larvée, de règlement de compte, aucun perspective
n’était ouverte au pays, aucune politique cohérente de développement social et
13économique n’était mise en œuvre, car tous les problèmes de la nation, se
ramenaient à des rivalités entre les partis politiques qui faisaient fi de l’insécurité
du peuple.La jeunesse, l’une des forces vives de la nation était regroupée dans une
multitude d’associations, les unes et les autres manipulées de l’extérieur etchacune
d’elles faisait prévaloir ses méthodes d’action, ses conceptions des affaires
publiques, ses intérêts, ses maîtres à penser.
Les travailleurs qui avaient lutté farouchement pourl’indépendance étaient divisés.
Les diverses centrales syndicales rivalisaient entre elles.
Enfin, l’armée était victime d’une méfiance injustifiée des autorités politiques.Elle
faisait bande à part, étant considérée comme un corps étranger à l’Etat. Mais si
l’armée était tenue à l’écart des affaires publiques, les hommes politiques ne se
privaient pas de la dresser contre le peuple.
En somme, notre pays, dévoré par les luttes intestines, secoué par les antagonismes
ethniques, était au bordde la guerre civile.
Meurtri dans sa chair, humilié par une poignée de politiciens, le peuple demanda à
l’armée d’intervenir le 13janvier 1963.
L’ambition de l’armée n’était pas de prendre le pouvoir. Les frères ennemis
séparés, les esprits calmés, les prisons vidées de leurs détenus, elle fit appel à des
civils pour gouverner le pays et se retira dans ses casernes. Malheureusement, les
bonnes intentions affichées par le nouveau pouvoir ne devaient pas aboutir car le
démon de la division s’empara à nouveau des partis politiques et les luttes
partisanes refirent surface.
Le bicéphalisme finit par crever l’abcès et le peuple, profondément déçu, se
retourna vers l’armée pour lui demander à nouveau avec insistance de venir à son
secours.Le 13 janvier 1967, à notre corps défendant et sous la pression populaire,
nous avons accepté d’assumer l’exercice de la magistrature suprême.
Tirant la leçon des sept années d’échec des partis politiques et étant donné que la
reconstruction du Togo ne peut se réaliser dans l’anarchie et le désordre, nous
avons amnistié les détenus politiques, invité les exilés à rentrer au bercail afin
d’apporterleurpierreàl’édificationdelanationetordonnélasuspensiondespartis
politiques.
Le vide politique ainsi laissé, sera comblédeuxansplustard,le30novembre1969,
par la création àLomé, duRassemblement duPeupleTogolais.
14Ce mouvement devait poser les bases d’un vaste rassemblement qui constitue
désormais le ciment de l’unité nationale.
Conçu et enfanté par les Togolais eux-mêmes et non imposé du dehors, le
Rassemblement du Peuple Togolais, a conquis tous les cœurs et les esprits, depuis
le plus petit hameaujusqu’à la capitale.
Les cellules de base que comptent toutes les localités du pays l’ont adopté et enont
fait la clé de leur bonheur et de leur progrès.
Parallèlement à cette unité retrouvée, le Rassemblement du Peuple Togolais qui
regroupera en son sein, les jeunes dans la JRPT, les femmes dans l’UNFT, les
travailleurs dans la CNTT, les Chefs traditionnels dans l’UNCTT, prône
l’intégration de l’Armée à la nation.
Ainsi a-t-elle retrouvé sa place au sein de la communauté nationale, car, elle est
composée de fils authentiques dont les intérêts sont ceux des civils.
Dans les efforts faits par le Parti pour doter la nation de nouvelles institutions qui
reflètent les options fondamentales du Rassemblement du Peuple Togolais, nous
avons engagé le processus de constitutionnalisation et de démocratisation du
régime. Le 30 décembre 1979, eurent lieu les élections présidentielles qui
coïncidaient avec la soumission au verdict populaire du référendum de la nouvelle
constitution et la désignation de l’Assemblée Nationale.
Acette occasion, vousnousaviez massivement porté à la tête du pays danslecadre
de cette troisième République naissante. Le 13 janvier 1980, fut installée
solennellement la nouvelle Assemblée Nationale avec pour mission de contrôler
l’action du gouvernement.
Cette expérience fut renouvelée à deux reprises t la dernière fois, en laissant les
candidats à la députation, voler de leurs propres ailes et aller à la conquête de
l’électoral dans leur circonscriptionrespective.
Pour nous résumer, durant les vingt années que nous venons de vire, notre action
sur le plan politique a porté essentiellement sur l’union et la réconciliation
nationale qui ont été les gages de l’instauration de la paix elle-même facteur du
développement de notre pays.
Pour permettre à toutes les couches d’animer la vie politique de la nationau niveau
des décisions, le dernier congrès a élargileComité central qui compte aujourd’hui
73 membres parmi lesquels des jeunes et des femmes ainsi que des travailleurs
admis à la retraite. Cette action qui vise à rendre nos structures politiques,
15dynamiques, efficaces, démocratiques et adaptées aux réalités de notre pays en
perpétuelle évolution, permet aux jeunes cadres de toutes les régions du paysde
prendre part aux décisions du Parti et de se préparer, aux côtés des anciens, à
assurer la relève dans la continuité, la paix et la dignité.
Dans le domaine économique, pour mieux apprécier les résultats obtenus, vous me
permettrez une fois encore de revenir en arrière pour passer brièvement en revue la
situationque l’armée a héritée en 1967.
Comme je le disais, le climat politique tendu qui prévalait dans le pays au
lendemain de l’indépendance n’avait pas permis aux dirigeants de mettre en œuvre
unprogramme économique digne de ce nom.
La seule unité de production, la CTMB chargée d’exploiter les gisements de
phosphates deKpémé était entre les mains des étrangers, leTogone détenant que
1 % des actions. L’agriculture était négligée, aucun soutien n’étant accordé au
monde paysan pour accroître les productions vivrières.Le budget national qui était
déficitaire chaque année, s’élevait seulement à 3,5 milliards de francs en 1963.Les
infrastructures étaient quasiment inexistantes. La ville de Lomé ressemblait à un
gros village qui devenait une cité lacustre pendant la période despluies.
En venant au pouvoir, l’armée, après avoir réglé le problème politique, engagea
avec vigueur la bataille économique, la seule qui vaille la peine d’être menée, car
elle est le facteur de notre véritable indépendance.
Comme vous le savez, le tournant de cette bataille fut la nationalisation de la
CTMB symbole de notre domination par un groupe d’individus avec la complicité
même des dirigeants d’alors qui détenaient des actions dans cette compagnie et qui
craignaient qu’en augmentant la participation de l’Etat, ils perdraient du coup leurs
propres avantages.
LaCTMB fut nationalisée après les péripéties douloureuses que vousconnaissezet
aujourd’hui elle procure à l’Etat ses principales ressources que gère désormais,
l’OfficeTogolais des Phosphates.
La nationalisation de la CTMB donnera un coup de fouet salutaire à notre
économie, permettant à toutes les couches de la nation de bénéficier de ses
retombées.
Le budget de l’Etat passa de 16 milliards à 30,5 milliards, un accroissement
spectaculaire de 87,84 %. Les salaires connurent une augmentation substantielle.
Le réseau routier se développa tandis que l’eau et l’électricité étaient apportées à
16tous. Un examen rapide des réalisations accomplies dans ces différents domaines
permet d’évaluer les progrès obtenus.
Dans le domaine financier, le budget qui était de 5,3 milliards de francs en 1967 a
atteint 87,3 milliardsde francs pourl’exercice de l’année 1986.
Cet accroissement a permis d’absorber en partie le chômage et de mener avec
succès une importante politique d’investissement.
En effet, les dépenses de personnel qui n’étaient que de 3,3 milliards en 1967
s’élèvent en 1986 à 26,6 milliards tandis que les dépenses de matériel passent de
0,75 milliardsen 1967à 18,2 milliardsen 1986.
Il est vrai que le nombre de salariés des secteurs public et privé est passé de 25000
en 1967 à plus de 74000 en 1986.Cette évolution particulièrement positive, allait
être handicapée par des évènements extérieurs et indépendants de notre volonté.
Après le boum phosphatier qui a permis d’inaugurer la politique des grands
travaux, notre pays devait à son tour être touché de plein fouet par la crise
économique internationale. Les prix de nos matières premières et plus
particulièrement ceux des phosphates ont chuté. La participation des phosphates
dans le budget général qui était de 75%en 1975a chuté à 13%10ans plus tard.
La mévente de nos phosphates allait coïncider avec la chute des exportations du
cacao et du café due aux mauvaises conditions climatiques et au vieillissement des
plantations. Notre paysqui a contracté des prêts dans les années fastes pour faire
face aux exigences de la politique des grands travaux, subira durement les
contrecoups néfastes de la crise internationale marquée essentiellement par la
détériorationdes termes de l’échange, la hausse du dollar et des taux d’intérêts.
Face à cette situation et afin d’atténuer les effets de la crise, le gouvernement a mis
en œuvre une politique d’austérité de rigueur budgétaire et d’assainissement qui ne
sera pas relâchéejusqu’à cejour.
Dès lors, les finances publiques ont été assainies et l’économie togolaiseremisesur
la voie duredressement.
Tous les rapports des organismes spécialisés ont souligné, cette année encore, les
efforts faits par notre pays dans le domaine di contrôle des dépenses, de la
restructuration des entreprises publiques dont certaines ont été privatisées.
C’estenraisondecesrésultats,quenotrepaysadécidédenepasdemanderl’année
dernière le rééchelonnement de ces paiements extérieurs.
17Un autre secteur décrété prioritaire notamment dans le troisième plan quinquennal
1976 – 1980 est le développement agricole auquel nous avons fixé un objectif :
permettre à notre pays d’atteindre son autosuffisance alimentaire et d’être la pierre
angulaire de notre développement. A cet égard, l’appel que nous avons lancé en
1977 a été non seulement favorablement accueilli mais il a été surtout matérialisé
grâce au concours financier que le gouvernement lui a prêté et à l’adhésion
spontanéedetous,parunaccroissementdesproductionsvivrièresetdesculturesde
rente.
Quelqueschiffresenportenttémoignage.Laproductiondumaïsentre1967et1985
a plus que doublé. Pour la même période, la production du mil, du sorgho et du
haricot a connu une progression identique.
Le manioc, l’igname et les autres tubercules qui sont aussi à la base de
l’alimentation de nos populations ont connu un accroissement très important de
leur production amenant aujourd’hui nos experts à rechercher des moyens
modernes en vue de leur conservation. Les prix de vente de ces produits vivriers
ont sensiblement baissé sur nos marchés au point que le sac de maïs qui coûtait
19000 francs CFA à un moment donné est descendu jusqu’à 4000 francs CFA.
Cette situation a obligé le gouvernement à intervenir en 1985 pour fixer un prix
plancher à cette denrée afin d’encourager les paysans à poursuivre les efforts dans
ce domaine et à tirer le meilleur revenu de leur travail. C’est dans ce même souci
que cette année encore, nous avons décidé de les dispenser du paiement de la taxe
civique. Pouratteindrelesrésultatspositifsquenousavonsconnusdansledomaine
agricole, il a fallu mettre en place de nombreuxorganismesfinanciersettechniques
destinés à encadrer les paysans et à soutenir l’action du gouvernement dans ce
secteur vital de notre économie.
Inaugurée en 1967, laCaisse NationaledeCréditAgricoleafinancéjusqu’àcejour
plus de 129000 prêts pour un montant global de près de 45 milliards de francs
CFA.
La SONAPH dont la mission est de promouvoir le développement de la palmeraie
sélectionnée, a planté, depuis sa création, 5 842 hectares de palmeraie qui sont
traités à la nouvelle huilerie d’Agou et à celle Alokoegbé dont la capacité est
passée de 10000tonnesà 18000tonnes.
La SOTOCO qui est chargée de la production et de l’égrenage du coton a réussi,
grâce à l’action dynamique et incitative qu’elle mène auprès de nospaysans, à faire
passer la production cotonnière qui était de 11500 tonnes en 1967 à 63558 tonnes
en1985.
18Quand on sait l’intérêt que le gouvernement porte à la lutte contre la déforestation
et la désertification, on comprend les préoccupations qui l’ont amené à créer en
1968 l’ODEF dont la mission est de promouvoir les ressources forestières de notre
pays.
Dans le cadre de ses projets de reboisement, l’ODEF a réalisé environ 6568
hectares de nouvelles plantations de diverses variétés.
Par ailleurs, afin de trouver un remède approprié au vieillissement des plantations
de caféière et de cacaoyère, a été créée en 1971, la Société pour la Rénovation du
Café et du Cacao qui a réalisé 15355 hectares de caféières et 3 208 hectares de
cacaoyères.
Il faut souligner ici le rôle de TOGOGRAIN qui est un outil de régulation du
marché des produits vivriers.
Aujourd’hui, TOGOGRAINaune importante capacité de stockage. Cette année
même, elle n’a pas eu à intervenir sur le marché céréalier, tant la production fut
abondante et les cours raisonnables.Parlant du développement rural, nous ne
pouvons omettre l’action menée par le gouvernement en vue de la protection de la
faune et de la nature. Aujourd’hui, le parc national de la Kéran et les autres
réserves de faunes font la fierté de notre pays qui avant 1967 n’en disposait
d’aucun. Dans le domaine de l’équipement, les efforts ont porté sur la réalisation
des réseau d’adduction et de distribution d’eau dans les préfectures, le
renforcement de l’alimentation en eau de la ville de Lomé, l’hydraulique
villageoise qui concerne plus de 3 800 points d’eau répartis sur l’ensemble du
territoire.
Cette politique de distribution d’eau est dictée par la volonté du gouvernement
d’épargner les paysans des nombreuses maladies véhiculées par l’eau insalubre,
mais aussi d’alléger les corvées qui constituent pour certaines couches de nos
populations dans le milieu rural de longues distances qui séparent les villages des
points d’eau.
Le deuxième volet de cette politique de progrès touche l’électrification.
En 1967, la puissance d’énergie de notre réseau électrique s’élevait à 7 500
kilowatts et touchait seulement trois villes. En 1985, grâce à la construction de
nouvelles lignes moyennes de tension d’interconnexion, cette puissance a été
portée à 152 000 kilowatts répartie sur 13 villes.Le nombre d’abonnés est passé du
5824 en 1967 à 39696 en 1985.Pendant la même période, ont été construits des
centaines de bâtiments administratifs, sociaux, hôteliers dont l’énumération serait
ici superflue.
19Nous ne retiendrons que la Maison du Rassemblement du Peuple Togolais de
Lomé,celledeKara,leCASEF,lescomplexeshôteliersdu2Février,delaPaix,de
Sarakawa, sans oublier les autres infrastructures hôtelières mises en place dans
toutes nospréfectures.
L’importance que revêtent les voies de communication pour une jeune nation qui
aspire au progrès n’échappe à personne.
En 1967, le réseau routier comptait 136 kms. A ce jour, plus de 1762 Kms de
routes nationales sont bitumées et 4 700Kms de pistes ont été construites avec un
accent sur la décentralisation.
C’est ainsi que le fleuron des réalisations routières est l’axe Nord-Sud d’une
longueur de 670 Kms entièrement bitumés. Le développement des voies de
communication a tout naturellement entraîné un accroissement du parc automobile
qui passe de 8192en 1966à 83920en 1986.
Par ailleurs, le petit aérodrome deLomé a fait place à un aéroport modernedontles
travaux d’extension se poursuivent.Cet aéroport a ouvert notre pays sur le monde.
Le trafic qui était de 25 000 passagers en 1968 dépasse aujourd’hui 500000
voyageurs. Dans le domaine des postes et télécommunications, notre pays
dépendait de l’extérieur.Ainsi, pour téléphoner à un abonné à l’étranger, il fallait
toujourspasser par Paris,Londres,NewYorketc.…
Quant au réseau téléphonique intérieur, il était pratiquement inexistant.Grâce à la
station terrienne de télécommunication par Satellite deCacavelli, qui a démarré en
1978, le Togo est automatiquement relié au monde entier.Loméest doté de plus de
7 000 lignes téléphoniques et d’environ 1 500 lignes télex.Dans le domaine de la
santé publique qui requiert un grand intérêt pour le gouvernement, les réalisations
ont été également importantes.
Le budget de la santé qui était en 1967 de moins de 500 millions de francs CFA
dépasse aujourd’hui 5 milliardsde francsCFA.
Dans le même temps, une grande priorité est accordée d’une part à la création des
hôpitaux qui sont passés d’une dizaine en 1967à une trentaine aujourd’hui, d’autre
part à leur décentralisation à l’intérieur du pays, puisque les 21 préfectures
disposent chacune d’un hôpital tandis que le personnel médical et paramédical
passe de 1713 en 1967 à 5045 en 1986. La plupart de ce personnel est formé sur
place dans des écoles spécialisées dotées de matériels nécessaires à la formation
d’agents qualifiés.
20Aujourd’hui, grâce à un programme de vaccination qui a touché toutes les couches
socio-professionnelles,notrepaysaétéépargnéparlesgrandesendémiescommela
variole, la méningite, la lèpre, le choléra qui ont sévi dans notre pays.
Un service national de paludisme a été créé pour lutter avec l’efficacité requise,
contre la malaria un des fléaux des paysen voie de développement. Dans le
domaine social, le régime de sécurité sociale, créé au Togo en 156, n’était qu’une
simple prestation familiale. D’ailleurs, à cette époque, les travailleurs du secteur
privé étaient obligés de prendre leurs assurances sociales àDakar.Dans le souci de
mieux protéger les intérêts des travailleurstogolais, laCaisse Nationale de Sécurité
Sociale fut dotée en 1968 d’une branche des pensions de vieillesse, d’invalidité et
de décès qui prendra désormais en chargeaussi bien les fonctionnaires de l’Etat
que les employeurs privés et les agents non fonctionnaires. Par ailleurs, des agents
de laCNSS et des centres de paiements furent installés dans 12 villes de l’intérieur
dupays afin de rapprocher la sécurité sociale desassurés.
Parallèlement à cette action, la CNSS a mis à la disposition des togolais des
résidences sociales selon la formule de la location vente. Durant cette double
décennie, une des priorités du gouvernement a été la formation de la jeunesse qui
représente les 2/3 de la population et une force de travail et de progrès pour notre
pays.
Avant 1967, 7 ans après l’indépendance, l’école coloniale était toujours maintenue
dans ses structures. Le budget de l’éduction s’élevait globalement à 1 milliard de
francs pour875établissements avec un taux de scolarisation de 42 %.
Aujourd’hui, on compte plus de 2800 établissements répartis sur tout le territoire
national. Le budget de l’éducation nationale s’élève en 1985 à 14,5 milliards de
francs.
Le taux de scolarisation a atteint 72%en 1980.
Puisqu’à cette date fut créé le mensuel «TogoDialogue »et inaugurés RadioKara,
l’Agence Togolaise de Presse (ATOP) et le Service du Cinéma et des Actualités
Audiovisuelles.
Dans le domaine culturel, la politique de revalorisation de nos traditions s’est
concrétisée par la prise de conscience par chaque togolais de ses valeurs
ancestrales. Les fêtes traditionnelles sont célébrées chaque année par chaque
préfecture et ce retour aux sources de tous les fils de la nation n’a fait que hâter
l’intégration des différentes cultures traditionnelles et renforcer l’unité nationale.
21Ayant tourné le dos à l’arbitraire du passé, le Togo est devenu unEtat de droit, de
la légalité où les intérêts de tous les citoyens sont protégés par les lois en vigueur.
Depuis 1967, notre pays a adapté la justice aux réalités togolaises et l’a rapprochée
des justiciables. Ainsi, pour en finir avec les lois coloniales qui continuaient à
régimenter la justice togolaises, le gouvernement a fait procéder à une
réorganisation en profondeur des servicesjudiciaires.
Un code pénal, un code de procédure civile et un code de procédure pénale ont été
adoptés, 18 tribunaux de première instance ont été installés et 6 palais de justice
dont celui deLomé ont été construits sur tout le territoire national.
Dans un souci d’efficacité et pour combler le vide qui existait dans ce domaine, un
code des personnes et de la famille, a été adopté. Tous ces efforts accomplis dans
les divers domaines de la construction nationale n’auraient pas porté leurs fruits si
notre paysn’avait pas ouvert ses portes sur le monde. Notre diplomatie fondée sur
la paix, le dialogue et l’amitié avec tous les peuples a permis d’accroître le nombre
de nos représentationsdiplomatiques à l’étranger et vice versa.
Le Togo a adhéré à laCharte de l’ONU, de l’OUA et accordé un intérêtparticulier
auxorganisationsrégionalesetsous-régionalesd’intégrationéconomique,prémices
dufutur marché commun africain.
Legouvernement a fait par ailleurs, un effort particulier en vue de la formation du
personnel enseignant grâce à la création des écoles de formation et surtout à
l’université duBénin qui dispose aujourd’hui de douze écoles et instituts.
En 1986, elle a accueilli 6 111 étudiants dont 478 étrangers alors qu’il n’y a pas
longtemps les togolais eux-mêmes étaient obligés de recevoir leurs formationsdans
les universités étrangères.
Sur le plan qualitatif, la réforme de l’enseignement mis en chantier en 1975 a
permis d’orienter l’école vers les besoins de développement, d’éliminer la
déperdition scolaire en ouvrant lesjeunes surla société.
L’introduction de deux langues nationales l’Ewé et leKabyè dans l’école nouvelle
est un instrument de revalorisation de nos traditions et traduit la volonté du
gouvernement togolais de combattre l’aliénation culturelle. De nos jours,
l’information joue un rôle déterminant dans la transformation des mentalités car
elle est un moyen efficace pour sensibiliser les populations sur les problèmes de
développement.En1967,iln’existaitquelaradiodiffusiondeLoméetTogoPresse
22fabriqué par Editogo. Depuis 1967, le gouvernement a consenti d’importants
investissements pour mettre à la disposition des masses des moyens d’information
modernes.Ainsi, RadioLomé fut dotée de nouveaux émetteurs etEditogo éditrice
de la «Nouvelle Marche » fut équipée par des installations modernes qui lui
permettent de réaliser des journaux en couleurs et d’augmenter le nombre de pages
et le tirage de ses publications. La télévision fut créée en 173 afin que dans notre
société d’oralité, ce puissant moyen de communication puisse porter les messages
de la nation à toutes les masses populaires. Les 4/5 du territoire sont couverts par
les programmes de télévision. Bientôt avec l’installation de l’émetteur de
Bombouaka, tout le territoire national sera touché par la télévision.
L’année 1975 a été le tournant des grandes réalisations dans le domaine de
l’information.
En dehors de nos partenaires traditionnels, notre pays entretient des relations
amicales avec toutes les autres nations éprises de paix, de justice et soutient la
cause des peuples qui luttent pour leur libération.
Le gouvernement togolais a été l’un des premiers à reconnaître laChine Populaire.
Cette politique de dialogue et d’amitié a suscité la confiance de la communauté
internationale.
Le choix de Lomé pour les rencontres internationales, pour la signature des trois
conventions entre les pays de la CEE et ceux des ACP, et pour abriter le Centre
Régional des NationsUniespourlaPaixetleDésarmementenAfrique,témoignent
de la grande estime que nousportent les nationsdu monde.
MesChersCompatriotes,
Voici brièvement retracée la longue marche que nous avons faite ensemble et les
grandes réalisations qui l’ontjalonnée.
Celui qui danse ne peut s’apprécier lui-même. Nous laissons donc à l’histoire et
aux générations futures le soin dejugercequenousavonsaccomplietquiauraitpu
être plus important si la crise économique internationale n’avait pas freiné depuis
une décennie, nos légitimes ambitions.
En effet, les résultats que nous venons d’énumérer ont été obtenus malgré une
conjoncture particulièrement difficile, hérissée de toutes sortes d’impondérables.
Les deux chocs pétroliers de 1973 et 1979 se sont traduits par la multiplication par
quatre des prix dupétrole.
23Dès lors, les pays du Tiers-monde non producteurs de pétrole ont été obligés de
consacrer d’importantes devises à l’achat de cette énergie.Dans ce contexte, alors
que les pays pauvres s’appauvrissaient davantage, les pays riches quant à eux,
devenaient de plus en plus riches. Cette crise pétrolière a entraîné des ruptures
monétaires avec le dollar qui flotte depuis 1973et dontlesconséquencessont,pour
nos pays, un endettement de plus en plus lourd et une détérioration de plus en plus
accentuée destermes de l’échange.
C’est dans cet environnement économique très difficile pour tout le continent
africain que le Togo, durant ces vingt ans, a patiemment réalisé son bonheur et son
entrée dans l’ère moderne.
Ce qui comptait pour nous, c’était l’indépendance économique grâce à la création
des bases d’une économie équilibrée, d’un développement harmonieux qui
apportent le progrès social à toutes les régions.
La bataille que nous avons remportée est honorable pour notre paysqui ne
disposait que de peu de moyens au départ, mais qui grâce au courage, au travail
laborieux et aux sacrifices librement consentis de chacun et de tous est parvenu à
des résultats qui nous placent surla voie dudécollage économique.
Une bataille gagnée ne signifie pas la fin des combats.
C’est pourquoi,l’œuvrequenousmenonscontinuera,durantlesprochainesannées,
à s’articuler sur l’unité nationale, la solidarité entre tous les citoyens, la paix et la
sécurité intérieure qui nousont permis de remporter les victoires dans le passé.
La poursuite de l’institutionnalisation et celle du processus de démocratisation du
régime seront les acesprincipauxdel’actionpolitiqueduPartietdugouvernement.
Dans le cadre de notre programme de développement, l’autosuffisance alimentaire
doit demeurer la priorité des priorités et nous devons tous faire pour accroître les
productions vivrières afin qu’elles continuent à être à la portée de toutes les
bourses.
D’ailleurs, tous les travailleurs ont pris conscience des difficultés conjoncturelles
imposées par la crise économique internationale.
erMais, pour marquer l’évènement, nousavonsdécidé à compter du 1 janvier :
1°) le déblocage de tous les salaires de toutes les catégories socio-
professionnelles ;
242°) une augmentation de 5 % sur les salaires des travailleurs tant du secteur
public que privé ;
3°) une augmentation de25%desallocationsfamilialesdesagentspermanents
des secteurs public et privé.
Ces divers avantages qui sont accordés aux travailleurs, ne marquent pas la fin de
la politique d’austérité et de rigueur que nous devons poursuivre si nous voulons
sortir définitivement de la crise.
MesChersCompatriotes,
èmeCe 20 anniversaire de notre libération nationale est pour tous les Togolais, un
motif dejoie et d’allégresse générale.
Mais nous voulons qu’il soit également une occasion de pardon et de clémence.
C’est pourquoi nous avons décidé d’accorder une remise d’un quart de peine aux
détenus de droit commun.Ainsi, à compter de ce jour, sur les 1 265 prisonniers de
droit communque compte notre pays, 207recouvrent immédiatement leur liberté.
Par ailleurs, nous avons décidé d’accorder la remise totale de leurs peines, aux
deux détenus politiques condamnés en juillet dernier, dans l’affaire des documents
subversifs.Ils recouvrent leur liberté à compter de cejour.
Ainsi, après 20ans, il n’ya dans nosprisons, aucun détenu politique.
Togolaises,
Togolais,
A l’aube de la troisième décennie qui s’ouvre devant nous avec ses enjeux, ses
menaces et ses espoirs, nous devons préserver par tous les moyens les acquis de
notre marche.
Je vous invite donc, à vous mobiliser chaque jour davantage pour apporter votre
contribution à la construction du Togo Nouveau que nous voulons toujours plus
paisible, plus beau, plus fort et plus prospère.
Vive laLibération nationale !
Vive la République !
25TFQFRA ySRLDL;AJdWFRYEyHQEyJFP
NPAJFAPJFKFQRPA;AIiARyREA%PAS
&SGSFK & ti
88888
Monsieur le PremierMinistre,
Mes premiers mots seront de vous souhaiter une chaleureuse bienvenue en terre
togolaise et vous inviter à vous sentir comme chez vous dans notre pays où nous
espéronsque votre séjour sera agréable, utile et digne de l’événement.
C’est au nom du peuple togolais tout entier que nous vous formulons ces souhaits
de bienvenue qui s’adressent à travers votre délégation et vous-même, au grand
peuple d’Israël qui a toujours été proche par le cœur de notre pays auquel il est uni
par des liens sincères d’amitié qui retrouvent aujourd’hui une nouvelle vigueur.
C’est donc l’ami que le peule togolais accueille et à qui il voudrait ainsi témoigner
ses sentiments d’estime, de soutien et de solidarité afin que vous puissiez les
transmettre avec toute leur intensité au peuple frère d’Israëlauquelilestliéparune
longue histoire.
Certes, vous foulez pour la première fois la terre togolaise. Mais l’histoire
passionnante de votre peuple et les diverses étapes de sa longue marche constituent
des trames importantes de la vie spirituelle d’une bonne partie de notre population.
Le peuple et la terre d’Israël sont pour nous comme pour la majorité de la
communauté humaine, symboles de christianisme, de piété, de sacrifice, de don de
soi, de fraternité, de pardonet d’amour.
Ce sont ces valeurs que nous tenons, en voue accueillant, à édifier, à sanctifier, à
porter encore plus haut, afin que le monde dans lequel évolue notre communauté
prenne davantage conscience de l’interdépendance de nos peuples et de nosEtats
condamnés par l’histoire à vivre ensemble et à se donner la main pour regarder
l’avenir. C’est en ce sens que votre visite revêt pour nous un caractère historique
car si votre présence aujourd’hui parmi nous est la preuve que les affinités
naturelles qui unissent nos deux nations ont fini par triompher de toutes autres
considérations, elle a surtout pour objet de sceller de façon solennelle, dans la joie
et l’allégresse, les retrouvailles israélo-togolaises.
26Voilà Israël et le Togo, de nouveau ensemble pour construire dans la paix, la
dignité et la confiance réciproque, des relations nouvelles dictées par le désir
profond de nos peuples de partager les mêmes idéaux, les mêmes espoirs, les
mêmes rêves et la même sensibilité et de conjuguer leurs efforts pour apporter leur
contribution concrète à la construction d’un monde nouveau, plus juste, plus
fraternel et plus humain.
Vous comprenez pourquoiMonsieur le PremierMinistre, tout le peuple togolais se
réjouit de vous accueillir non seulement comme le représentant d’un peuple ami,
laborieux et courageux mais aussi comme un homme d’Etat qui assumeavec
beaucoup de clairvoyance et de persévérance, les hautes et délicates fonctions de
chef du gouvernement israélien.
Votre action personnelle a indéniablement une grande part dans le renouveau qui
caractérise dans tous les domaines votre pays depuis ces derniers temps. Vous êtes
l’homme qui a fait de l’unité nationale, uncredo politique.
Sous votre direction, l’économie israélienne qui a su se hisser au rangde celle des
grandes nations industrialisées, connaît unessorappréciable.
Permettez-moi de vous rendre un hommage bien mérité pour cette grande œuvre de
construction nationale à laquelle vous vous attelez avec passion, courage et
intelligence.
Qu’il me soit également permis de prendre ici hommage à Madame Shamir, qui a
vos côtés, et dès les premières heures, a pris une part active dans la lutte que vous
avez engagée et continuez de mener pour la liberté, l’indépendance et le
rayonnement de votre nation.D’ailleurs, depuis sa création bientôt 40 ans, par ses
progrèsremarquables,sonindustrieflorissante,sonagricultureenplainessoretson
savoir-faire en matière technologique, votre nation, située au carrefour de l’Orient
et de l’Occident, a acquis une somme d’expériences très enrichissantes.
En effet, la foi, le courage et la volonté légendaires du peuple israélien ont vaincu
la nature hostileetstérile,faitsurgirdudésertunimmensejardin,redonnévielàoù
la ronce, le sable et le chacal ont établi leur quartier et forgé de nouvelles formes
d’organisations administratives, politiques et socio-économiques qui ont permis de
modeler les structures du nouvel Etat. Ce grand combat sur la nature et pour la
renaissance d’Israël que le monde entier ne cesse d’admirer a fait de votre pays,
une grande nation unie, prospère, qui progresse sans cesse et qui affirme son
indépendance dans tous les domaines.
27Monsieur le PremierMinistre,
.Le Togo que vous visitez est, commeIsraël, uni dans ses nombreuses diversités et
mobilisé pourla construction nationale.
Mais, c’est avant tout, un pays profondément épris de paix, dont les fils rassemblés
au sein d’un même creuset national, ont tous, le regard tourné dans la même
direction,celledudéveloppementéconomiqueaxésurl’autosuffisancealimentaire.
Depuis vingt ans, le Togo, dans notre monde d’échanges, du donner et du recevoir
a ainsi fait du dialogue, de la paix et de l’amitié entre les peuples, sa philosophie
politique.
Car, nous savons le prix qu’il faut payer quand les principes de la non-violence, de
la tolérance, dudialogue et durèglement pacifique des conflits sont perdusde vue.
C’est pourquoi, le Togo a toujours invité les protagonistes où qu’ils se trouvent, à
résoudreleurdifférendparlavoiedudialogueetdelaconcertationafindecréerles
conditionsd’une paixdurable.
C’est dans la perspective d’un règlement pacifique du différend qui a opposé votre
Etat à l’Egypte que le Togo avait, en 1973, par solidarité avec ce paysfrère,
membre del’OUA,suspendusesrelationsdiplomatiques avecIsraël.
Mais aujourd’hui, en raison de l’évolution de la situation au Proche-Orient,
marquée par l’accord deCampDavid et l’établissement des rapports diplomatiques
entre l’Egypte et votre pays,le gel des relations entreIsraël et le Togone sejustifie
plus.
C’est pourquoi, fidèle à sa politique de recherche permanente de paix, de dialogue
et de coopération avec tous les pays sans exclusive, le Togo a décidé la reprise des
relationsdiplomatiques entre nos deuxEtats.
Car, pour nous, la décision de reprendre nos relations servira mieux les intérêts de
la paix au Proche-Orient qu’un isolement qui ne peut que durcir les positions de
part et d’autre.
Monsieur le Premier ministre,
Votre visite s’inscrit déjà dans une nouvelle page de l’histoire des relations entre
nos deux pays et nos deux peuples. Depuis 1960, année de notre accession à la
souveraineté internationale jusqu’en 1973, nos deux pays ont entretenu d’étroites
relations qui se sont avérées fructueuses, que ce soit dans le domaine de la
coopération économique, de la concertation sur les grands problèmes
28