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Gnassingbe Eyadema (volume V)

De
275 pages
Ce volume rassemble les discours et allocutions prononcés par le président Gnassingbe Eyadema de 1993 à 1999. C'est la sortie difficile de la crise togolaise vers un état d'apaisement. le Togo a fort heureusement échappé de peu à la guerre civile. Les convulsions dramatiques de cette époque ont conduit à la suspension de sa coopération avec l'Union Européenne et ses principaux bailleurs de fonds internationaux.
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Assiongbor FOLIVI

L’Harmattan

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanado.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-10422-8 EAN : 9782296104228

Grandes Figures d’Afrique
Collection dirigée par André Julien Mbem

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Parus dans la même collection
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. A LA SOURCE DE L’HISTOIRE TOGOLAISE

L’intérêt de la publication de l’intégralité des discours officiels du Général Gnassingbé Eyadema, Président de la République togolaise entre 1967 et 2005, ne fait aucun doute. Un tel document constitue un matériau essentiel pour qui veut revisiter la pensée et l’œuvre du président Eyadema que « la Commission de Réhabilitation de l’Histoire » a décidé de faire entrer dans la mémoire collective comme le Père de la Nation togolaise. Que l’on soit un thuriféraire ou un contempteur, le répertoire de ses discours est un précieux outil pour mieux comprendre des pans entiers de l’histoire du Togo et, accessoirement, celle de l’évolution récente du continent africain. Il offre pour tout chercheur, l’opportunité d’étudier les dimensions insoupçonnées (politique, sociologique, littéraire, linguistique etc.) que recèle toute communication publique, a fortiori celle d’un dirigeant africain d’envergure. Ce caractère didactique impose le choix d’une édition des discours dans leur état brut, sans commentaires ni annotations, afin de laisser libre cours à toute réflexion, évaluation et appropriation dans la mesure où ces textes tombés dans le domaine public, sont accessibles à tous. Dans les six volumes de la présente édition, figurent quelques 435 discours qu’il a fallu pendant plusieurs mois extirper des archives, recenser et rassembler. Ce panorama historique commence le 13 janvier 1967 lorsque, en sa qualité de Chef d’Etat Major des Forces Armées togolaises (FAT), il s’adressa pour la première fois au peuple togolais, par les ondes de Radio Lomé. Dans un style dépouillé et bien trempé qui ne le quittera plus jamais, il donna les raisons de la prise du pouvoir par l’armée, et communiqua les premières mesures politiques des insurgés. Ce premier discours est fondateur puisqu’il projette déjà devant la scène nationale, la marque de celui qui, trois mois plus tard, le 14 avril 1967, deviendra le Chef de l’Etat de fait, après la dissolution du Comité de Réconciliation Nationale mis en place en janvier.
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Trente sept ans plus tard, le 29 décembre 2004, comme pour faire ses adieux au monde, il délivra au corps diplomatique accrédité auprès de la République togolaise, son dernier discours officiel dans lequel il lança un ultime appel aux pays du Nord en vue d’une solidarité plus accrue envers les pays pauvres. Dernière parole publique d’un homme d’Etat qui a consacré une grande partie de sa vie pour conduire la destinée du Togo. La disparition du président Eyadema, le 05 février 2005, mit un terme à un parcours somme toute exceptionnel d’un fils de paysan devenu l’une des grandes figures de l’Afrique contemporaine. La publication des discours du président Eyadema est par ailleurs justifiée par le fait que l’ex-Chef d’Etat n’a pas écrit ses mémoires. Sans doute projetait-il de le faire avant que le sort en décidât autrement. Les historiens ou tout simplement le citoyen lambda n’aurait-il pas voulu qu’il révèle les aspects occultés de certains faits, ses sentiments personnels, ses motivations, ses déceptions, son rêve pour son pays ? Et à l’instar des dirigeants qui ont eu la chance de laisser leurs mémoires, eût-il rappelé ses souvenirs d’enfance, ses moments de joie et les peines qui ont jalonné son exercice du pouvoir ? Faute de mémoire ou de récit autobiographique, on peut dire aujourd’hui que ses interventions parlent pour lui et peuvent faire office d’écrits mémoriaux. Ses discours, qu’ils soient les fondements de sa philosophie politique ou de sa praxis, les fruits de ses réflexions, l’explication d’un acte posé ou sa vision sur les grandes questions universelles, ont par conséquent une importance indéniable pour le décryptage de l’histoire du Togo. C’est une contribution, si modeste soit-elle, à la lecture de l’histoire mouvementée du Togo loin des préjugés et des perceptions politiciennes. Soldat et autodidacte, le président EYADEMA était connu pour son verbe sobre, épuré, direct, bref sa sémantique sans fioritures. Un franc parler qui lui a fait frôler un incident diplomatique majeur lorsque, le 22 novembre 1972, lors de la visite officielle à Lomé du Président de la République française, M Georges POMPIDOU, il esquissa publiquement une réflexion sur un réajustement de la parité du CFA par rapport au franc français. Initiative hardie qu’aucun de ses pairs n’osa à l’époque. L’unité nationale, la recherche de la paix, la démocratie, l’intégration régionale et africaine, les problèmes de développement, le nouvel ordre économique, la coopération internationale, étaient ces thèmes de prédilection. On se rappelle que pendant des décennies le Togo était l’objet de toutes les sollicitations. En dehors de ses médiations dont on redécouvre dans les pages suivantes le fil conducteur, d’autres interventions sont prononcées à l’occasion de la signature
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dans la capitale togolaise des quatre Conventions ACP et CEE appelées Conventions de Lomé, de la Conférence des Chefs d’Etat de France et d’Afrique, de la création de la CEDEAO dont la décision a été prise à Lomé au cours d’une réunion des ministres des affaires étrangères et du passage de l’Organisation de l’Union Africaine à l’Union Africaine. L’action du président Eyadema a un goût d’inachevé. Alité, il n’a pas prononcé, pour la première fois, son incontournable message à la nation, le 13 janvier 2005. Dans le climat difficile et complexe des années 2000, il n’a pas pu parachever la politique de libéralisation des institutions en dépit de l’amorce du dialogue intertogolais sous l’égide de Bruxelles et de la reprise partielle de la coopération avec l’Union Européenne rompue en 1993 pour cause de déficit démocratique. Devant l’homme d’Etat, ses discours, ses pensées et son œuvre, l’histoire sera le seul juge. Aujourd’hui, faute d’avoir une vision commune de l’histoire, des hommes politiques, des historiens ou des chercheurs togolais, chacun attaché à sa chapelle, livrent leur version des annales de la vie nationale. Ce qui pose l’équation si présente à nos esprits de l’objectivité de l’histoire par rapport à l’impartialité de l’historien. Et si, au moment où les nouvelles autorités togolaises engagent une procédure pour le triomphe de l’indissociable triptyque : vérité, justice et réconciliation, l’on tentait de s’entendre sur la même écriture des éléments fondateurs de la nation togolaise réconciliée avec elle-même et pour y parvenir, de mettre à disposition une documentation adéquate ! Comportant une chronologie qui permet de suivre pas à pas l’évolution du pays et les temps forts du règne du Président Eyadema de 1967 à 2005, cette édition de ses discours, s’inscrit dans cette perspective.

A. FOLIVI

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Togolaises, Togolais, Depuis que vous m’avez investi, par un suffrage libre et responsable, de la fonction de chef de l’Etat, je n’ai eu comme seul souci que de conduire notre pays, à un développement harmonieux, dans la paix, la sécurité et l’unité nationale. Aujourd’hui, la vie de l’Etat est paralysée. Les Institutions de la transition sont bloquées. Le processus démocratique que nous avons engagé après plusieurs soubresauts, nous conduit inexorablement vers le chaos ; A l’insécurité et aux actes de violence, est venue s’ajouter une grève générale illimitée qui est devenue un prétexte, pour intimider, et lancer des offensives punitives, contre les travailleurs désireux de vaquer librement à leurs occupations, et de subvenir aux besoins élémentaires de leurs familles. Comme chacun le sait, l’économie est en déconfiture, outre la famine qui se profite à l’horizon, la plupart des travailleurs éprouvent de sérieuses difficultés pour se nourrir quotidiennement et pour assurer les soins médicaux à leurs femmes et à leurs enfants malades. Les étudiants Togolais, sur place comme à l’étranger et qui n’ont d’autres secours, que ceux que l’Etat leur apporte, sont désemparés. Tous cela était prévisible. En effet, bien avant le déclenchement de cette grève, j’ai eu, à attirer l’attention des différents acteurs de la classe politique nationale et des syndicats sur les conséquences désastreuses que ce mouvement allait avoir sur la vie socio-économique du pays. Car si la grève, dans son essence est un moyen légitime pour le travailleur d’exprimer ses revendications et d’exiger leur satisfaction, elle ne peut intervenir que lorsque les négociations n’ont pas permis de trouver une solution acceptable par les parties en présence. C’est dire que la grève ne doit pas être utilisée, comme
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un moyen de pression sur le peuple, pour trouver des solutions aux problèmes qui relèvent du domaine purement politique, où le dialogue et la concertation sont les voies les plus indiquées, auxquelles on doit recourir. Nos conseils et nos appels hélas, n’ont pas été écoutés. Mes Chers Compatriotes, Notre situation constitutionnelle est simple. Vous m’avez élu, au suffrage universel pour conduire l’Etat pour une durée de sept ans. Conscient de l’importance de la charge, que vous m’avez confiée, j’entends l’exercer pleinement, dans le respect de la constitution et du droit ; Dans un souci de conciliation, et d’entente nationale, j’ai déjà accepté de promulguer un certain nombre de dispositions transitoires pour assurer dans un climat de confiance, la préparation des élections. C’est ainsi que, la période de transition, qui devait prendre fin le 28 août 1992, a été prolongée jusqu’à 31 décembre 1992. Elle est aujourd’hui expirée sans que les élections, qui doivent donner la parole au peuple, aient été organisées. Dans ces conditions, et alors que la continuité de l’Etat est mise en péril, il m’appartient, conformément à la constitution, de rendre la parole au peuple, qui est seul souverain. Nous n’avons pas donc le droit de laisser la situation se dégrader davantage, de brader notre patrimoine commun et détruire en quelques jours, les réalisations socio-économiques, accomplies en un quart de siècle grâce aux sacrifices de tous. Nous avons le devoir de libérer le peuple, lui permettre de reprendre ses activités, de disposer de ses biens, et d’apporter sa contribution à la poursuite de notre processus démocratique, sans aucune contrainte, et quelle que soit la sensibilité politique des uns et des autres. En tant que garant de la constitution, de l’indépendance, de l’unité nationale, de l’intégrité territoriale et de la continuité de l’Etat, il m’incombe de prendre toutes les mesures pour assurer dans le respect scrupuleux de la démocratie, l’expression du suffrage universel. Les pouvoirs du Premier ministre actuel s’étant achevés le 31 décembre 1992, un nouveau gouvernement d’union nationale sera formé avec à sa tête, un Premier ministre. Ce gouvernement sera chargé d’organiser dans les plus brefs délais, les élections
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libres, démocratiques et transparentes, conformément à la constitution. Dans une démocratie, aucun groupe, non investi de la légitimité populaire ne peut prétendre confisquer la souveraineté du peuple et décider à la place du peuple. C’est pourquoi, seules des élections, en présence d’observateurs internationaux, permettront au peuple togolais de choisir en toute liberté, et dans la transparence, ses futurs dirigeants ; Mes Chers Compatriotes, L’année qui vient de s’achever a été pour vous et pour nous tous, une année de dures épreuves. Grâce à Dieu notre pays, malgré les turbulences, que nous avons traversées, poursuit de façon irréversible, sa marche vers la démocratie, que nous voulons réaliser dans la paix, la sécurité, et la concorde nationale. Au seul de l’année nouvelle, je voudrais ici, formuler à chacun d’entre vous, mes vœux les plus sincères de santé, de bonheur, de paix et de prospérité. Vive la démocratie ! Vive la République Togolaise !

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Demain sera lancée officiellement sur toute l’étendue du territoire national, la journée de réconciliation Armée Nation, appelée à sceller définitivement, dans un élan de contrition individuelle et collective, les retrouvailles entre toutes les composantes de notre nation après deux ans et demi de divisions, d’affrontements ethniques et de déchirements de la société togolaise. Avant de définir la portée historique de cette grande manifestation de réconciliation nationale, permettez-moi, une fois encore de rendre hommage à la mémoire des Togolais de toutes les sensibilités, victimes des troubles que notre pays a connus et de renouveler ici mes condoléances les plus attristées aux familles éplorées. Togolaises, Togolais, Notre cher pays, dans sa configuration actuelle, est le fruit du hasard de l’histoire et de la géographie. Il rassemble en son sein des populations venues d’horizons divers et condamnées à vivre ensemble. Liés par le même destin, nous avons lutté comme un seul homme pour la conquête de notre liberté. Il y a trente trois ans, nous accédions à la souveraineté internationale. Notre combat pour l’indépendance politique et économique a connu diverses péripéties. Que ce soit sous le colonisation au lendemain de notre libération ou à l’occasion des mutations politiques internes, nous avons vécu des périodes de turbulences, les périodes de déchirements, des périodes d’accalmies et enfin des périodes de concordes qui ont permis de ressouder le tissu social et aller de l’avant. Comme chez nous, ainsi se forge et s’écrit l’histoire des peuples et des nations et ainsi évolue le monde. Mais à chaque étape, convient de faire un élan, de mesurer le chemin parcouru, d’évaluer les faiblesses et les échecs, de capitaliser les réussites et les victoires, inventorier les dérapages, enfin d’identifier les réajustements à opérer avant d’amorcer un nouveau départ.
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Si nous avons pu surmonter les embûches sur le chemin de notre longue marche pour la réalisation du progrès de notre nation et du bonheur de notre peuple, c’est que, malgré tout ce qui peut nous séparer, nous avons su créer ensemble les conditions de paix, de fraternité, de solidarité et d’unité nationale, indispensables à l’accomplissement de cette œuvre. Comment à ce stade de notre évolution socio-politique, ne pourrions-nous pas avoir le courage et l’humilité de reconnaître que nous avons commis des erreurs en dépit de la bonne volonté qui nous animait et de la bonne foi qui guidait nos actions ? Aucune oeuvre humaine n’étant parfaite, nous demandons à Dieu de mieux nous éclairer dans la voie de la démocratie multipartiste que nous nous sommes tracée et de couvrir le peuple togolais tout entier, de sa bénédiction. Mes Chères Sœurs, Mes Chers Frères, Nous sommes à un tournant décisif de l’histoire de notre pays. De la manière dont nous gérerons notre transition politique vers la démocratie dépendront l’avenir de nos populations actuelles et celui des générations futures. L’avènement de la démocratie, mal interprétée, chez nous comme dans certains pays africains, a fragilisé la cohésion et l’unité nationale et réveillé ici et là, le vieux démon du tribalisme et du régionalisme qui sommeillait en nos Etats nouvellement indépendants et dont les populations n’ont pas encore eu à éprouver leur sens de la notion de nation. Cela explique sans nul doute les troubles socio-économiques, les actes de vandalisme, les vols, les intoxications, les insultes, les injures, les casses, la chasse à l’homme et les soubresauts que notre pays, malheureusement a connus depuis son engagement dans la voie de la démocratie. Les leaders politiques, leurs militants, leurs milices, et certains agents des forces de sécurité, forts de l’interprétation qu’ils ont de la démocratie, ont commis beaucoup de torts à notre pays à notre population et à notre économie. Pour les uns, la démocratie, c’est le remplacement pur et simple des anciens acteurs de la vie politique par de nouveaux. Pour les autres c’est l’exclusion, c’est la démagogie, le mensonge, l’intimidation. Pour d’autres encore, c’est la porte ouverte à tout ce qui est interdit, c’est la désobéissance civile, c’est enfin la destruction du patrimoine national. Sinon, comment aujourd’hui pouvons-nous expliquer qu’au nom de la démocratie, des Togolais s’entretuent, désertent leur travail, abandonnent leurs foyers et leurs pays à cause des rumeurs, des
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intimidations et des intoxications. La méfiance a remplacé la confiance. La vengeance a pris la place du pardon dans les cœurs des uns et des autres. La violence physique et verbale a rompu le fil du dialogue et de la concertation entre les fils de la même nation appelés à se donner la main pour bâtir le futur, en s’acceptant mutuellement malgré les différences idéologiques, politiques, culturelles et sociales. Dans les évènements qui ont profondément marqué les Togolais ces derniers temps, chacun a sa part de responsabilité, les civils comme les agents des forces de sécurité. Le moment est venu de nous pardonner mutuellement de tourner les pages douloureuses de l’histoire tumultueuse de notre transition qui a trop duré et engendré un climat d’insécurité généralisé, de peur et de suspicion préjudiciable à l’intérêt général. Togolaises, Togolais, La journée de réconciliation Armée-Nation qui va s’ouvrir est une manifestation solennelle que nous avons ensemble décidé d’organiser sur toute l’étendue du territoire pour enterrer définitivement la hache des affrontements fratricides, implorer la bénédiction du Tout-Puissant sur notre cher pays et permettre aux civils et aux militaires de mieux se connaître pour mieux s’apprécier, chacun dans le cadre de la mission qu’il accomplit au service de la nation. Cette réconciliation que nous voulons sincère et fraternelle est le lancement d’une vaste opération qui durera plusieurs jours avec des conférences débats, des visites, des jeux, des démonstrations, des échanges de vues entre les civils et les militaires. Pour le succès de cette journée réconciliation Armée-Nation, j’invite tous les Togolais à apporter au comité technique chargé de l’organisation des manifestations leurs concours, si modeste soit-il. Je lance également un appel pressant à tout les acteurs de la vie politique togolaise afin qu’ils regardent en priorité l’intérêt supérieur de la nation que nous avons tous, le devoir sacré de sauvegarder A tous les militaires et à tous les agents des forces de sécurité, je tiens ici à rappeler qu’ils sont avant tout au service de la nation dont ils doivent défendre l’intégrité et la souveraineté quoiqu’il en coûte et quoiqu’il arrive. Les militaires et les agents de sécurité ne doivent pas oublier qu’ils ont été civils avant d’opter pour le métier des armes. En tant que Togolais, ils sont des citoyens
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comme les autres et en aucun cas, les armes qu’ils portent ou les missions qui leur sont confiées ne sauraient, leur conférer des privilèges dont ils peuvent user pour intimider ou commettre des forfaits, car ils ne sont pas au-dessus de la loi. Dans la nouvelle société démocratique que nous voulons bâtir, l’armée dans l’exercice de ses fonctions, doit être neutre et assurer à tous les acteurs politiques sans distinction, la protection et la sécurité. Dans cette perspective et en prévision des prochaines échéances électorales, le gouvernement, déjà a créé une force spéciale, dénommée Force de l’Opération Réconciliation Sécurité 1993. Cette force qui est chargée notamment de restaurer la paix et d’assurer la sécurité des personnes et des biens sur l’ensemble du territoire national, avant, pendant et après les élections présidentielles et législatives prendra toutes les mesures pour le maintien de l’ordre public dans la plus stricte neutralité à l’égard de tous les partis et sensibilités politiques et dans le respect scrupuleux des lois et règlements en vigueur. C’est le lieu pour moi de lancer de nouveau un appel pressant à ceux de nos compatriotes qui sont encore en exil en raison des intoxications de regagner leur pays afin d’apporter leur contribution à la sécurité qui est l’affaire de tous les Togolais. Mes Chers Compatriotes, C’est unis dans la diversité des sensibilités politiques et des différences que nous bâtirons le Togo de demain dont la gestation douloureuse ne doit pas nous désarmer. Chacun doit accepter de faire les concessions qui s’imposent si nous voulons que cette réconciliation générale débouche sur un nouvel élan de fraternité, de solidarité et de tolérance. Nous avons déjà consenti ensemble d’importants sacrifices pour réaliser les acquis qui témoignent aujourd’hui des efforts et des potentialités de notre peuple dont le sens du travail, de l’ordre et de la discipline, force d’admiration. La grande maturité politique dont notre peuple a fait preuve dans le passé récent doit être un motif de réveil de tous les Togolais pour qu’ils se ressaisissent, se tolèrent, se donnent la main pour bâtir la cité. Nous avons une grande richesse à préserver pour les générations futures : la capacité de notre peuple à s’adapter à se dépasser, à s’identifier aux valeurs qui font des petits pays de grandes nations. Vive le Togo ! Vive l’unité nationale ! Vive la démocratie.
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Nous voudrions au nom du peuple togolais et en mon nom personnel vous remercier, vous féliciter pour tout ce qui a été fait avec vous à Ouagadougou III. Ayant une petite expérience dans ce domaine, je sais combien c’est délicat et difficile et qu’il faut beaucoup de patience pour arriver à cet accord que vous venez de signer. Je pense que vous avez prouvé là ce que les Africains sont capables de faire. Ceci, croyez-moi, vous savez, j’ai toujours respecté ma parole. Signer un accord c’est facile, mais ce qui est important c’est le respect absolu de cet accord. Je voudrais m’adresser à mes jeunes frères des deux délégations pour leur dire que les adversaires politiques ne sont pas des ennemis. Vous êtes les mêmes. Nous défendons la même cause ; la cause du Togo et vous êtes condamnés à vivre ensemble et à regarder dans une même direction, celle du développement économique de notre pays. Personne d’autre ne viendra sortir votre pays de son état de sous-développement à notre place. Et quand on parle d’homme il ne s’agit pas d’un homme comme ce bâtiment dans lequel nous nous trouvons. Il faut respecter la parole donnée, la justice et la raison. Vous, les deux délégations face à face dites-vous que vos intérêts sont complémentaires et comme je l’ai déjà souligné c’est les intérêts du peuple togolais. Le peuple togolais vous a fait confiance il ne faut pas le décevoir. Après nous ce n’est pas le déluge, il y a des générations présentes et futures : il y a aussi l’histoire. Si nous ne voulons pas être condamnés, se faire condamner par l’histoire il faut que nous remplissions notre mission. Il faut que nous prouvions aux générations présentes et futures de quoi nous avions été capables. Il ne s’agit pas de dire qu’on a fait tant d’années à la tête du pays, mais ce qui compte c’est les réalisations. Il faut se demander que durant deux ans, trois ans, 25 ans à la tête du pays qu’est ce qu’on a pu faire. Si nous ne sommes pas en mesure d’apporter notre pierre à la construction de ce pays il vaut mieux garder jalousement les acquis de ce régime, les acquis du peuple togolais à la sueur de son front. Ce que je voudrais vous dire
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c’est que nous sommes d’accord sur ce que les deux délégations viennent de signer et il faut respecter. Il faut le respecter parce que nous devons faire confiance au destin. Ce pays a été détruit pratiquement à moitié. Je ne veux pas revenir en arrière, mais il vaut mieux qu’on s’arrête là. Aucun pays ne peut se développer sans au préalable qu’il ait la paix, la sécurité et la stabilité politique. Voilà l’appel que je vous lance. Il faut dès aujourd’hui travailler la main dans la main. Personne ne peut s’imposer à son destin. Le destin a fait de nous ce que nous étions et ce que nous sommes et nous devons continuer de nous faire confiance. Nul ne peut se rebeller contre son destin, vous le savez bien. Si le destin a voulu que tel ou tel doit diriger ce pays, personne ne peut aller contre. Donc, travaillez dès à présent la main dans la main pour honorer notre engagement vis-à-vis d’un pays frère et ami, le Burkina Faso qui, je sais, s’est dépensé sans dormir. Je vous disais que j’ai une petite expérience dans ce domaine-là avec son peuple, son gouvernement, son assemblée nationale. Donc faisons tout pour que demain qu’on ne dise pas qu’au Togo il y a encore quelque chose. C’est pourquoi tout à l’heure je discutais avec mon jeune frère le président Blaise COMPAORE en disant qu’il faut absolument que le comité de suivi se mette en place pour qu’ensemble nous puissions sortir notre pays de l’impasse où il se trouve depuis quelques années. Je vous remercie.

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Togolaises, Togolais, Mes Chers Compatriotes, Ce qui s’ouvre, ce n’est pas une nouvelle page de notre histoire mais un nouveau livre dans l’épopée de notre peuple. Je voudrais remercier chacune et chacun d’entre vous de votre confiance. Je mesure la qualité de votre soutien et l’ardeur de votre attente. Je n’oublie pas tous les autres. Ceux qui auraient souhaité voter et qui ont été empêchés de le faire. Ceux aussi qui, du fait de leurs convictions, ont cru, cette fois, devoir rester en dehors du processus électoral. Cette victoire n’est pas la mienne, mais la vôtre. C’est vous qui l’avez construite. Je suis conscient de la lourde responsabilité dont elle m’investit. Deux ans et demi d’une transition chaotique ont amené les Togolais jusqu’alors sereins et pacifiques à s’affronter. Cet intermède a bloqué le développement de notre économie et ruiné nos finances. Nous devons faire table rase de ce passé douloureux et regarder résolument vers l’avenir. Ma première mission est d’aider à la réconciliation nationale. Le moment est venu pour tous les Togolais, ceux du sud et ceux du nord ceux de l’est et ceux de l’ouest, de se tendre la main. Nous ne sommes pas des ennemis des deux côtés d’un champ de bataille mais des citoyens libres et égaux qui devront réapprendre à communiquer, à se comprendre, à s’aimer. Ce jour, il n’y a ni vainqueur ni vaincu. La seule gagnante est la démocratie. Donnons-nous la main. Unissons-nous au lieu de nous diviser. Cette démocratie n’est qu’à sa première étape. Nous ne somme qu’au début de la mise en place de notre processus démocratique. Je souhaite vivement, que tous ceux qui n’ont pas cru pouvoir s’associer à la première étape de notre évolution démocratique prennent le deuxième train de l’unité nationale afin qu’ensemble nous allons dans un délai raisonnable aux élections législatives. Je souhaite qu’enfin nous prenions conscience que notre avenir, personne ne le construira à notre pace à votre place. C’est de vous, c’est de nous, qu’il dépend.
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Nous avons besoin, certes, de l’aide et de l’appui des pays amis mais nous ne devons pas oublier que c’est avant tout nous qui le construirons. Le proverbe dit « aides-toi, le ciel t’aidera ».Que Dieu nous aide et qu’il m’assiste dans la lourde tâche que vous avez bien voulu me confier. Vive le Togo, Vive la démocratie.

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Mes Chers Compatriotes, Notre capitale vient d’être victime, une fois encore, d’une attaque terroriste commanditée de l’extérieur. Cette agression dont l’objectif était d’attenter à ma vie, à celle des paisibles populations et de prendre le pouvoir par la force a échoué malgré sa violence et sa cruauté. Elle est intervenue alors que notre pays est engagé dans la seconde étape de la mise en place de nos institutions démocratiques et que la préparation des élections législatives se poursuit avec toutes les forces politiques, avec la collaboration des experts français et allemands, du Comité international du suivi ainsi que de la Commission électorale nationale et l’engagement efficace de notre gouvernement. Cette tentative de coup de force contre la démocratie ne peut que susciter la plus vive réprobation et l’indignation la plus profonde du peuple togolais qui a déjà payé un lourd tribut de souffrances et de privations durant cette transition. L’échec de cette agression nous démontre, une fois encore, que nul ne peut aller contre le cours du destin. Déjà en 1977, alors que rien ne pouvait justifier une rébellion contre la République, des mercenaires recrutés de l’extérieur, ont tenté, avec la complicité de quelques compatriotes, de renverser le régime. Ce coup de force a échoué parce qu’il ne visait pas l’intérêt du peuple. En 1985, la ville de Lomé, pour la première fois a été secouée par une série d’explosions qui ont fait d’innocentes victimes et causé des dégâts importants. Ces attentats criminels étaient les prémisses d’une opération de commandos terroristes, puissamment armés, venus de l’extérieur le 23 septembre 1986 pour assaillir notre capitale, occuper la radio, éliminer ma personne et s’emparer du pouvoir. Cette attaque qui a malheureusement causé de nouvelles victimes a, une fois de plus, échoué avec l’aide de Dieu qui ne peut bénir une entreprise inspirée par l’ambition personnelle, la haine et la vengeance.
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Il y a dix mois à peine, le 25 mars 1993, avec la complicité de quelques officiers, des groupes armés venus toujours de l’étranger ont réussi à pénétrer à l’intérieur du camp RIT et à tirer à bout portant, des roquettes sur ma résidence, en visant particulièrement ma chambre à coucher. Ils n’ont pas pu m’atteindre mais, hélas, ils ont réussi à assassiner froidement deux de mes plus proches compagnons d’armes. Ce nouveau coup de force contraire aux intérêts des peuples a une fois encore échoué. Les douloureux événements que nous venons de vivre les 5 et 6 janvier s’inscrivent dans la même logique. Ils n’ont pas apporté à leurs auteurs les résultats escomptés malgré le déploiement important en hommes, en armes, en munitions et en matériels logistiques. Mes Chers Compatriotes, Le drame qui vient d’endeuiller notre pays doit être une occasion de méditation pour tous sur le destin de notre nation que Dieu n’a jamais voulu abandonner entre les mains de ceux qui ne cherchent que sa destruction. Cette attaque est survenue juste au moment où le peuple togolais durement éprouvé par trois années de transition tumultueuse commence à reprendre espoir avec la relance des activités économiques et le paiement des salaires. Le but de l’action terroriste était d’empêcher la libre expression du peuple lors des élections législatives. Ceux qui l’ont lancée démontrent par là même leur refus des principes démocratiques qu’ils prétendent défendre. De même qu’ils avaient tenté, dans la nuit précédant les élections présidentielles de mener une action terroriste pour en empêcher la tenue, de même, ils s’efforcent de troubler la campagne législative par des actions violentes. Le Togo fait la communauté internationale juge de ces comportements. Notre pays est engagé dans un processus démocratique irréversible. Tout est mis en œuvre pour que les élections législatives se déroulent dans la plus totale liberté et la transparence. Rien ne nous fera dévier de cette ligne. Aujourd’hui, nous devons rendre grâce à Dieu de nous avoir sortis de cette nouvelle épreuve, et d’avoir une fois encore, préservé le peuple togolais du chaos. Je saisis cette occasion pour adresser nos plus vives félicitations aux forces de sécurité, aux forces de l’ordre pour le courage, la détermination, le sens du devoir,
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la rapidité et l’efficacité dont elles ont fait preuve dans leur riposte qui a permis de mettre en déroute les assaillants. Je voudrais également remercier la population de Lomé et de ses environs pour le sang-froid, la calme et la discipline qu’elle a observés durant cette rude épreuve, en se conformant aux instructions du gouvernement relatives à l’arrêt et à la reprise du travail pour des raisons de sécurité. Par ailleurs, je tiens tout particulièrement à exprimer mes compliments et mes remerciements à tous ceux qui, à des degrés divers, ont apporté leur contribution pour la restauration de la paix civile, indispensable à notre développement et à votre bien-être. Enfin, en votre nom, au nom du gouvernement et en mon nom personnel, je voudrais exprimer ici nos condoléances les plus attristées aux familles des innocentes victimes et nos souhaits de prompt rétablissement à ceux qui ont été blessés au cours de cette agression. Mes Chers Compatriotes, Une nouvelle année commence, je souhaite qu’elle soit pour chacun d’entre vous, une année de paix, de santé, de fraternité, de pardon et d’amour. Que le processus démocratique se poursuive jusqu’à son terme dans le dialogue, la concertation, la tolérance et l’acceptation de l’autre. Que notre jeunesse s’écarte de ceux qui tentent de la détourner de la bonne voie et poursuive avec ardeur les études et la formation professionnelle pour donner à notre pays le meilleur d’elle-même. Que ceux qui sont habités par la haine et la soif de vengeance, se débarrassent de leurs ressentiments, abandonnent la voie de la violence et mettent plutôt leur intelligence et leur savoir-faire pour bâtir chaque jour un peu plus notre cher Togo et non pour le détruire, car il reste le seul trésor que nous léguerons à la postérité. Que l’année qui commence nous rassemble chaque jour davantage au service de notre pays. Vive le Togo ! Vive la République ! Vive la Démocratie !

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Mes Chers Compatriotes, Lorsque vous avez bien voulu m’investir de votre confiance pour être le premier président de la quatrième République, après une élection libre, démocratique et transparente, je vous ai promis de tout faire pour que la prochaine étape de notre vie démocratique scelle le rassemblement de tous les Togolais dans leurs nouvelles institutions. Au seuil de la campagne électorale pour les élections législatives, je tiens à vous dire très simplement comment nous devons agir tous ensemble pour que notre pays retrouve définitivement la paix. Les élections législatives des 6 et 20 février prochains doivent être l’occasion d’un débat entre tous les fils et filles de notre peuple. Ma fonction fait de moi le garant de l’unité nationale et j’entends veiller à ce que ces élections consacrent définitivement notre entrée dans une nouvelle démocratie juste et ouverte à tous. Je n’entends pas m’immiscer dans la campagne législative mais simplement veiller à ce que chacun respecte l’intérêt du peuple, votre intérêt. Je fais appel à tous les mouvements politiques pour qu’ils respectent dans la compétition électorale les principes fondamentaux de notre régime démocratique. Tout d’abord, l’élection est l’occasion pour notre peuple, pour chacun d’entre vous, de manifester sa souveraineté. C’est au Togo et nulle part ailleurs que se joue le destin de notre peuple. C’est entre Togolais que se décidera le résultat de la compétition électorale. J’invite instamment tous les fils et toutes les filles de notre pays à participer au débat qui s’ouvre. La démocratie est une liberté. Elle est aussi une exigence : elle suppose que chacun respecte la liberté de l’autre, la non-violence, l’acceptation des différences et fasse passer l’intérêt national avant les intérêts particuliers.
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Garant de l’unité nationale, je veillerai aussi au respect de notre Constitution qui exige que les partis politiques se situent au-dessus des régions, des ethnies et des religions. Nos différences sont une force, ne les transformons pas en facteurs de division. Pour moi, tous les Togolais ont également droit au respect, à la considération. Ils sont égaux en droits et en devoirs. C’est dans cet esprit que j’ai demandé au gouvernement de veiller au bon déroulement des élections législatives. La correction des listes électorales a été effectuée en concertation avec tous. Chaque parti ou regroupement de partis a pu participer à ces organismes dans l’esprit de transparence qui a animé notre travail commun dans la préparation des élections. Tous les responsables politiques ont pu s’impliquer à tous les niveaux dans la préparation et l’organisation de la prochaine consultation. Dans le même esprit, le Comité International de Suivi a poursuivi son importante mission. La Commission Electorale Nationale a travaillé en concertation avec tous les courants politiques. Les Forces de l’Opération Sécurité Réconciliation 93 assurent le maintien de la paix et de la sécurité publique sur toute l’étendue du territoire national, avant, pendant et après cette consultation législative que nous souhaitons démocratique, libre et transparente et qui se déroulera en présence d’observateurs neutres et impartiaux. Le très grand nombre de candidatures qui se sont manifestées démontrent l’entrée dans les faits de notre système pluraliste. Mes Chers Compatriotes, Une nouvelle échéance nous attend. Dans la mise en œuvre éprouvante de notre nouvelle démocratie, chacun a pu mesurer sa part de responsabilité et tirer les leçons des événements pour mieux contribuer à la vie de notre nation. Aujourd’hui, les réalités sont face à nous. Nous avons dispersé nos énergies et pris du retard. Nous avons détruit une part précieuse de nos acquis, de nos réalisations et porté atteinte à notre capital de confiance, à cette renommée qui stimulait nos énergies. La capacité des Togolais drainait vers notre pays tous ceux qui connaissent votre sérieux dans le travail, la qualité de notre gestion et le calme et la sécurité de notre pays. Il ne sert à rien de nous attarder sur les erreurs du passé. Veillons cependant à tirer la leçon de ce qui s’est passé. Rien n’est possible sans le travail de chacun, sans la participation de tous à l’effort national. Notre seul objectif doit être désormais d’assurer le bonheur de notre peuple par le développement économique. Celui-ci ne dépend pas des autres. Il dépend avant tout de nous-mêmes : de l’effort de tous les cadres, du travail de chacun et de chacune d’entre vous. Tous les fils de notre
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nation doivent se sentir impliqués dans cette nouvelle phase de notre vie collective quelles que soient leurs opinions, leurs origines, leurs familles politiques ethniques. Après une paralysie quasi-totale de la vie économique durant plusieurs mois, l’Etat reprend aujourd’hui son fonctionnement normal. L’heure de la rentrée a sonné. La récréation est terminée. L’Etat doit donner l’exemple du sérieux. C’est par un travail dans l’ordre et le respect de la discipline que nous reprendrons la route du développement. J’invite tous les fonctionnaires et agents publics et privé à regarder avant tout l’intérêt collectif. C’est en respectant la hiérarchie, les horaires de travail et en s’appliquant à la tâche que nous sortirons du marasme et que nous relancerons l’économie du pays. Je sais que les choses ne sont pas simples et que chacun d’entre vous a souffert de la crise. Je sais que vous rencontrez des problèmes financiers auxquels nous devons répondre pour que tout puisse reprendre dans de bonnes conditions. Mais, il n’existe pas de solution miracle pour remplacer les pertes de cette longue perturbation de notre économie par la grève générale et illimitée. La seule solution est de nous remettre au travail avec ardeur. Nous devons tous accepter de consentir des sacrifices car tous les arriérés de salaires ne pourront pas être payés en une seule fois et à tous les travailleurs car il n’est du pouvoir de personne d’effacer les conséquences d’un si long arrêt de nos activités. L’étalement des payements et la réduction du train de vie de l’Etat permettront de soulager les travailleurs qui, malgré les retards accumulés dans le versement des salaires, continuent d’ailer régulièrement à leur service. Je tiens ici à exprimer mes félicitations et mes encouragements à ces compatriotes dont le sens du devoir et du sacrifice force l’admiration de tous. J’en appelle aussi à ceux qui sont restés jusqu’ici hésitants ou qui ont cru devoir rester sur le bord du chemin. Notre développement ne se fera pas à mi-temps. Pour gagner, il faut disputer tout le match. J’adresse un appel à tous pour que nous gagnions à plein-temps le combat de notre développement. Mes Chers Compatriotes, Notre pays possède d’énormes potentialités. Je sais que si tous ensemble, nous nous mobilisons, nous redonnerons à notre cher Togo son dynamisme économique, son rôle de place financière, son attrait, son sourire, sa fierté, et sa grandeur.
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Dès ce jour, regardons-nous en face et donnons-nous la poignée de main fraternelle qui fait l’union et la force. Issus d’horizons divers, pétris de cultures différentes, réunis par la géographie, liés par la même histoire et le même destin, nous avons des acquis communs à défendre et à sauvegarder, pour nous-mêmes, pour nos enfants et pour les générations futures. Depuis plusieurs mois, j’ai observé avec patience les pulsions du peuple. J’ai écouté avec attention les voix venues de toutes les couches et de toutes les sensibilités politiques. Je sais que le sentiment qui domine aujourd’hui est celui du pardon, de l’oubli du passé, de la fraternité, de la paix, de la sécurité et de la construction de l’unité nationale. Vous avez votre destin en main. C’est de votre choix que dépend la majorité de la prochaine assemblée et, conformément à la Constitution, le respecterai naturellement le choix que vous aurez fait. Quel que soit le résultat du scrutin je veillerai aussi à ce que chacun se sente chez soi dans la nouvelle démocratie togolaise car majorité ou minorité nous sommes tous égaux en droits et en devoirs et nous avons tous notre place dans la nation. Je forme ardemment le vœu que le prochain scrutin législatif nous permette de retrouver la concorde nationale pour le bonheur de tous et la prospérité de notre cher Togo. Que Dieu protège notre pays dans cette phase décisive pour le développement de notre démocratie. Vive le Togo ! Vive la République ! Vive la Démocratie !

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