Hélène Bessette

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La vie d’Hélène Bessette (1918-2000), auteur de treize romans et d’une pièce de théâtre parus chez Gallimard de 1953 à 1973, semble avoir été une succession de rendez-vous manqués et d’incompréhensions. L’obtention du prix Cazes pour son premier roman, l’inscription régulière de ses livres sur les listes du Goncourt et l’admiration de nombreuses personnalités, dont Raymond Queneau, Michel Leiris, Marguerite Duras, Jean Dubuffet et André Malraux, laissaient présager une reconnaissance à la hauteur de son talent. Comment, dès lors, expliquer le silence qui entoure aujourd’hui sa vie et son œuvre ?
À la manière d’un roman policier, Julien Doussinault nous fait entrer dans le drame bessettien, suit la romancière à la trace, de Nouméa jusqu’à Londres, en passant par Chartres et Lausanne, et révèle le contenu de dix valises laissées par Hélène Bessette après sa mort. En jaillissent des centaines de lettres qui longtemps ont gardé le secret d’une existence aussi étrange qu’improbable, marquée par un complexe de persécution qui força la romancière à s’exiler et la conduisit aux portes de la folie. Une vie que l’analyse de l’œuvre vient mettre en perspective et en lumière, tant elles étaient intimement liées. À l’heure où les livres d’Hélène Bessette commencent enfin à être réédités, suscitant un vif intérêt, cette première biographie qui lui soit consacrée, riche de nombreux documents inédits, trace le portrait d’une femme libre qui ne cesse d’influencer la littérature contemporaine et rend compte de l’itinéraire hors du commun et de l’incroyable aventure éditoriale de cet écrivain maudit.
Publié le : mercredi 20 août 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782756104843
Nombre de pages : 304
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Julien Doussinault
Hélène Bessette
Biographie



La vie d’Hélène Bessette (1918-2000), auteur de treize romans et d’une
pièce de théâtre parus chez Gallimard de 1953 à 1973, semble avoir été
une succession de rendez-vous manqués et d’incompréhensions.
L’obtention du prix Cazes pour son premier roman, l’inscription régulière
de ses livres sur les listes du Goncourt et l’admiration de nombreuses
personnalités, dont Raymond Queneau, Michel Leiris, Marguerite Duras,
Jean Dubuffet et André Malraux, laissaient présager une reconnaissance
à la hauteur de son talent. Comment, dès lors, expliquer le silence qui
entoure aujourd’hui sa vie et son œuvre ?
À la manière d’un roman policier, Julien Doussinault nous fait entrer
dans le drame bessettien, suit la romancière à la trace, de Nouméa
jusqu’à Londres, en passant par Chartres et Lausanne, et révèle le
contenu de dix valises laissées par Hélène Bessette après sa mort. En
jaillissent des centaines de lettres qui longtemps ont gardé le secret
d’une existence aussi étrange qu’improbable, marquée par un complexe
de persécution qui força la romancière à s’exiler et la conduisit aux
portes de la folie. Une vie que l’analyse de l’œuvre vient mettre en
perspective et en lumière, tant elles étaient intimement liées.
À l’heure où les livres d’Hélène Bessette commencent enfin à être
réédités, suscitant un vif intérêt, cette première biographie qui lui soit
consacrée, riche de nombreux documents inédits, trace le portrait d’une femme libre qui ne cesse d’influencer la littérature contemporaine et rend
compte de l’itinéraire hors du commun et de l’incroyable aventure
éditoriale de cet écrivain maudit.
Julien Doussinault aime lire et parler avec les libraires. Il en a fait son
métier. Il est né en 1980. Il vit à Paris.
Couverture :
Hélène Bessette. © Éric et Patrick Brabant.
EAN numérique : 978-2-7561-0483-6978-2-7561-0484-3
EAN livre papier : 9782756101170
www.leoscheer.com
www.centrenationaldulivre.frHÉLÈNE BESSETTEŒUVRES D’HÉLÈNE BESSETTE
AUX ÉDITIONS GALLIMARD
Lili pleure, 1953
maternA, 1954
Vingt Minutes de silence, 1955
Les Petites Lecocq, 1955
La Tour, 1959
La Route bleue, 1960
La Grande Balade, 1961
N’avez-vous pas froid, 1963
Si, 1964
Suite suisse, 1965
Garance Rose, 1965
Les Petites Lilshart, 1967
Le Divorce interrompu, théâtre,
coll. « Le Manteau d’Arlequin », 1968
Ida ou le délire, 1973
AUX ÉDITIONS LÉO SCHEER
COLL. « LAURELI »
Le Bonheur de la nuit, postface de Bernard Noël, 2006
maternA, 2007
Suite suisse, postfaces de Florence Giorgetti et Robert Cantarella, 2008
© Éditions Léo Scheer,2008.
www.leoscheer.comJulien Doussinault
HÉLÈNE BESSETTE
Éditions Léo Scheerà figi-wan« Le rôle de la critique nous paraît être, moins de s’acharner sur le cadavre
de Flaubert, ou de pousser Robbe-Grillet, Butor à s’égaler aux analyses que
leur œuvre a déjà suscitées, comme ces recordmen qui, s’ils ne gagnent
encore quelques secondes, ne sont plus rien, que de défricher des terres
envahies par l’herbe de l’oubli. Et justement, le récit, lorsqu’il s’est approché
d’elle, a partagé le sort de la poésie, dans notre société et à notre époque, qui
est de n’être pas lu. Il ne s’est pas ouvertement déclaré comme poème, mais
il lui aura suffi de manquer aux marques extérieures du romanesque et de la
mode, et de proposer une façade morne, comme ces églises byzantines, à
l’intérieur desquelles brûle la douce lumière des mosaïques. »
1Jean-Yves Tadié
« Une sorte de bilan des techniques nouvelles de reproduction mécanique
l’amène en effet à constater que trois d’entre elles sont en passe de prendre
l’avantage sur le roman en concurrençant chacune un de ses trois
constituants : la description, menacée par la photo ; le dialogue, par l’enregistrement
phonographique ; le récit d’actions, par le cinéma. Que reste-t-il dès lors au
roman ? »
2Henri Godard
« Les inventions d’inconnu réclament des formes nouvelles. »
3Arthur Rimbaud
1. Le Récit poétique, Gallimard, 1994, p. 99.
2. Le Roman mode d’emploi, Gallimard, coll. « Folio Essais », 2006, p. 501.
3. Lettre à Paul Demeny, 15 mai 1871, Gallimard, coll. « Poésie », 1984, p. 205.Le cas « Hélène Bessette » Au mois d’août 1949, après trois semaines de traversée, le Charles
L.D., à l’entrée de Tancarville, dépose ses marchandises dans le port du
Havre, durement éprouvé par la Seconde Guerre mondiale. Hélène
Bessette et son fils Éric, âgé de huit ans, ont passé près d’un mois à bord
de ce cargo. Sur le quai, Rose, sa mère, les attend. Rien n’est encore écrit
mais tout reste à dire. À Nouméa, où Hélène Bessette a séjourné
trois ans, aux côtés de son mari pasteur parti évangéliser la
NouvelleCalédonie, la jurisprudence anglo-saxonne a décidé de partager la fratrie.
Patrick, son second fils né en 1946, regagnera donc la France quelques
jours plus tard sur un bateau de voyageurs avec sa « nouvelle mère ».
Sur le Charles L.D., Éric lui demande : « Qu’est-ce que ça veut dire,
divorcer ? » « C’est quand quelqu’un meurt », répond-elle.
Trois ans plus tard, le jeudi 4 décembre 1952, Hélène Bessette est à
Paris, dans un bureau du 5, rue Sébastien-Bottin où se situent les éditions
Gallimard. Modeste et discrète, pauvrement vêtue, elle évoque ses années
passées dans le Pacifique Sud, son divorce et son métier d’institutrice
dans une école maternelle à Roubaix. Elle se renseigne sur le
surréalisme, sur Breton, sur Eluard, exprime enfin son désir d’être éditée, à
cause des « gens » : « Les gens me prennent pour une (geste), les autres
croient que j’ai eu de grandes douleurs. » Derrière le bureau, l’homme
qui interroge est touché par cette femme qui « a un peu l’air d’un rat » ;
convaincu de la nouveauté et du talent de cet écrivain, il lui demande si
1elle se rend compte de ce que ses écrits ont de « différent » .
1. Raymond Queneau, Journaux 1914-1965, Gallimard, 1996, p. 794.
13L’homme assis en face, c’est Raymond Queneau. Il veut lui faire
signer un contrat qui l’engage chez Gallimard pour dix livres à venir.
Quelques mois plus tôt, Michel Leiris lui a remis le manuscrit de Lili
1pleure, qu’il tenait lui-même de Maurice Leenhardt . Queneau insiste.
Il veut la rencontrer personnellement, particulièrement intéressé par
cette femme qui va à l’encontre de tous les codes et de toutes les lois
édifiés par Saint-Germain, l’esprit encore trop occupé par sa vie d’avant.
Après avoir parlé de choses et d’autres (…) et tandis que je me levais
pour partir, il dit :
— Qu’est-ce que vous avez fait jusqu’ici ?
Or la réponse représentait 1 500 pages puisque mes Mémoires en ont
3 000 et je ne me voyais pas en train de me rasseoir pour lui raconter
1 500 pages. D’ailleurs il aurait repris le contrat. Mes quinze cents pages de
vie antérieure étant aussi importantes que les 1 500 pages que lui allait me
faire vivre. J’ai donc répondu, réticente :
2— Beaucoup de choses .
L’année précédente, Raymond Queneau a été élu membre de
l’Académie Goncourt. Il fait désormais partie du Tout-Paris, mais il
ignore que Francis Jeanson, des éditions du Seuil, a convoqué Hélène
Bessette le même jour à 16 heures au 27, rue Jacob. À trente-quatre ans,
elle fait déjà l’unanimité auprès des éditeurs qu’elle a contactés. Tous
3lui trouvent des « qualités exceptionnelles ». Ce n’est que le début de
l’histoire mais déjà l’Histoire, avec sa grande hache, a tranché : on ne se
souviendra pas du 4 décembre 1952.
1. Maurice Leenhardt (1878-1954), missionnaire et ethnologue, est spécialiste de la religion
et des systèmes de représentation. Il a travaillé principalement chez les Canaques de
Nouvelle-Calédonie, où il effectue son premier voyage de 1902 à 1926. En 1934, Michel
Leiris suit avec grand intérêt les cours de ce pasteur protestant qui, selon ses propres termes,
lui est apparu comme « une manière de Canaque ». Ses ouvrages paraissent chez Gallimard.
2. Hélène Bessette, On ne vit que deux fois, souvenirs autobiographiques non publiés,
74 pages dactylographiées.
3. Lettre datée du 14 novembre 1952, Raymond Queneau lui écrit : « Je suis à peu près
certain que M. Gallimard s’intéressera à cette œuvre. Je l’ai lue, je lui trouve des qualités
exceptionnelles. »
14Ce que l’histoire littéraire a tu
Il est difficile d’admettre qu’une telle œuvre (quatorze livres
publiés chez Gallimard de 1953 à 1973 : treize romans et une pièce de
théâtre) n’ait été retenue par ceux qui diffusent, pensent ou instituent
la littérature française de notre époque, alors qu’elle bénéficiait d’une
notice élogieuse dans Les Écrivains contemporains, essai d’un répertoire
historique des auteurs de notre temps, publié en 1965 sous la direction
de Georges-Emmanuel Clancier. Dans une rubrique consacrée au
Nouveau Roman, aux côtés de Nathalie Sarraute, Claude Simon,
Marguerite Duras ou Robert Pinget, figure enfin Hélène Bessette. « La
manière de cet écrivain hautement original commence à être connue et
appréciée par les amateurs de bonne littérature », nous dit-on, mais il
faut croire qu’on a tracé, à le lire quarante ans plus tard, le portrait
d’une inconnue.
Car après 1973, date de la publication de son dernier roman, et
plus encore après 1976, année de la mort de Raymond Queneau,
Gallimard ne soutient plus l’édition de son œuvre et ne sort aucun de
1ses ouvrages en format poche . La romancière n’a bien souvent remporté
qu’un succès d’estime auprès du public (lecteurs et critiques) et pendant
vingt ans la maison d’édition a dépensé plus d’argent que ce que la
vente de ses livres n’a pu lui en apporter. Il est en effet surprenant de
constater que, malgré des livres traduits en anglais, en allemand ou en
italien, les ventes n’ont dépassé les 500 exemplaires que pour quatre
de ses romans, atteignant la barrière symbolique mais insuffisante des
1 000 exemplaires pour Lili pleure et Les Petites Lilshart. Sur treize
2romans, le tirage moyen s’élève à 2 646 exemplaires , largement
audessus des ventes donc, et bien faible quand on pense que dès 1930
Bernard Grasset déclare ouverte « l’ère des cent mille ».
Publiée à peu d’exemplaires, disparue des rayons des librairies,
oubliée des principales anthologies, il y a tout à apprendre de cette
écrivain qui partage pourtant le sort de milliers d’autres en France,
méconnus ou le plus souvent ignorés du public. « La France compte
1. Pourtant, le lancement des collections de poche fut un succès immédiat : dès 1953 avec
« Le Livre de poche » chez Hachette, puis en 1958, année de la création de « J’ai lu » chez
Flammarion, ou encore en 1972 avec la collection « Folio » chez Gallimard.
2. Situation au 30 juin 1978.
15trop d’écrivains », lit-on fréquemment, et les auteurs anonymes pullulent.
Mais Hélène Bessette ne peut être mêlée à cette littérature de l’oubli
tant sa prose nette, nerveuse, avare de mots, terne dans son aspect
premier, puis complice du lecteur, laisse paraître un style tout à fait
singulier, rythmé par une multitude d’images poétiques et de formules
télégraphiques, une extrême tension qui renouvelle la typographie
même de la page.
La voix des autres
« Les blancs frappent d’abord », prévient Mallarmé dans la
préface à Un coup de dés jamais n’abolira le hasard. Dans ses romans,
Hélène Bessette est justement à l’écoute du silence, choisit de ne pas
remplir les blancs. D’autres les remplissent à sa place, mais leurs voix
ne parviennent pas à couvrir le bruit et la fureur du quartier
SaintGermain quand sort son premier roman, Lili pleure, en 1953. Dix ans
plus tard, le succès se fait encore attendre et Marguerite Duras, au
cours d’une émission diffusée sur France Culture, prend la défense de
Bessette et hasarde une explication :
L’insuccès, à mon avis, n’existe pas. Je veux dire, l’insuccès immérité
n’existe pas. Le succès peut être tardif, mais il doit arriver, tôt ou tard. Je
ne pense pas que ce soit la critique qui soit responsable, en premier
lieu, de ce que j’appelle l’insuccès momentané d’une œuvre. Je crois que
l’insuccès d’une œuvre découle de l’œuvre elle-même, enfin, c’est une
qualité intrinsèque de l’œuvre. Quand une œuvre est seule à être
ellemême, quand une œuvre est insolite, il est normal qu’elle ne frappe que
certains initiés, tout d’abord. Un livre ne paraît jamais seul, il est toujours
accompagné d’autres livres, il est toujours dans un contexte donné. Il se
peut très bien qu’un livre très singulier, très insolite, soit contrecarré par
1d’autres livres .
1. « Anthologie insolite : au hasard de l’injustice contemporaine », par Marguerite Duras,
diffusée sur France Culture le 23 novembre 1963 à 14 heures. Marguerite Duras choisit de
«hâter le succès» d’Alexandre Maraï, Charlotte-Anne Webster, Gérard Jarlot, Iouri
Olecha, Hélène Bessette, et lit un extrait de Lili pleure.
16En 1953 paraissent en effet L’Innommable de Beckett, Le Renard
et la Boussole de Pinget, Martereau de Sarraute, Les Gommes de
Robbe-Grillet ou encore Les Petits Chevaux de Tarquinia de Duras.
Le succès présent ou à venir de ces auteurs met à l’honneur les Éditions
de Minuit et Jérôme Lindon est sur le point de remporter la bataille du
Nouveau Roman. L’œuvre insolite d’Hélène Bessette ne marque pas
les esprits mais la voix de Duras, ferme, assurée, rageuse au moment
de la lecture, puis savamment prétentieuse, tente de convaincre les
auditeurs. Derrière elle, d’autres écrivains: Raymond Queneau et
Michel Leiris, Jean Paulhan, Dominique Aury, Nathalie Sarraute,
Jean Guéhenno, André Malraux, Simone de Beauvoir… et d’autres
encore : les critiques Alain Bosquet et Claude Mauriac, l’ensemble du
personnel de la rue Sébastien-Bottin, à commencer par Gaston,
Claude et Robert Gallimard, Louis-Daniel Hirsch, Jacques Lemarchand,
Marcel Arland… Des noms prestigieux qui permettent de révéler,
définir et analyser un cas dans la littérature française : le cas Hélène
Bessette, dans la mesure où, pendant vingt ans, beaucoup sont prêts à
lui accorder une grande importance, parfois exclusive, sans lui garantir
pour autant une reconnaissance prochaine. La littérature est ici prise
à contresens. Elle a fait naître de grands auteurs, mais elle est aussi
capable d’en faire disparaître. Comment comprendre ce phénomène de
submersion, d’ensevelissement de l’œuvre ? Bien sûr, l’amnésie, le trou
de mémoire, l’oubli sont structurellement intégrés à l’Histoire, et
l’histoire littéraire a elle-même tout à craindre, tant les noms, les dates
et les genres sont nombreux. Mais comment est-il possible de passer du
prestige, de l’intérêt manifeste que l’on a pu accorder à Hélène Bessette
à l’oubli quasi définitif, et ce en seulement trente ans? Pourquoi
Gallimard, soutenu par un cercle de fidèles lecteurs, a-t-il publié quatorze
de ses livres en vingt ans, jusqu’en 1973, et pourquoi la maison d’édition
refuse-t-elle ensuite toute publication jusqu’à sa mort, en octobre 2000,
quand tous les ans elle propose à son éditeur une quantité
impressionnante de textes inédits ? Le phénomène est assez rare pour mériter
d’être observé, et il semble qu’il y ait une multitude de raisons à cette
disparition, toutes nées de concours de circonstances. Hélène Bessette
est une femme, elle a des adversaires, et il conviendra de les identifier,
mais peut-on croire aussi que son premier adversaire soit elle-même,
ou la folie qui la gagne de plus en plus, de manière à ne plus guère
distinguer le rêve de la réalité ?
171« Bref, voilà un écrivain maudit », écrit Queneau à Malraux .
Car les entreprises de séduction auprès du public ont été nombreuses,
émanant des plus grandes personnalités politiques ou littéraires de
l’époque, mais force est de constater aujourd’hui qu’elles n’ont eu aucun
résultat et que tous ces efforts ont été sans réelle conséquence.
En 1953, dans le domaine de l’esprit, la littérature est ce que la
France a de mieux ; dans la littérature, Gallimard est ce que la
littérature française a de mieux ; et chez Gallimard, Queneau est ce que la
maison d’édition a de mieux. Celui-ci est alors prêt à tout pour faire
reconnaître cette nouvelle façon d’écrire un roman. Mais « ce procédé
d’écriture qui, en soi, n’est ni arbitraire, ni artificiel et qui, par là même,
donne toute son originalité à l’ouvrage, l’éloigne dans le même temps
de la plus grande majorité des lecteurs français. On se sent proche ici
d’une littérature de laboratoire destinée au plaisir de quelques initiés
privilégiés », écrit Robert Gallimard en 1968, au moment où il refuse
Paroles pour une musique, craignant, comme pour les autres livres,
un échec commercial. Cet échec provient-il réellement d’une littérature
jugée trop élitiste, de trop haut rang, expérimentale et réservée à un
nombre limité de lecteurs ?
Renaissance du verbe
Non. De 1953 à 1973, en Europe comme aux États-Unis, on lit
Bessette, et cinq de ses livres ont été distingués : un fragment de
Lili pleure est publié dans la revue Les Temps modernes, dirigée par
Jean-Paul Sartre, et le roman obtient le prix Cazes en 1954. L’année
suivante, contre toute attente, Vingt Minutes de silence reçoit des voix
au Goncourt. En 1959, La Tour est traduit en américain pour
l’anthologie de Laurent Le Sage sur le Nouveau Roman français, éditée par les
Presses de l’Université de Pennsylvanie. En 1963, N’avez-vous pas froid
est inscrit sur les listes du Goncourt et du Médicis, et Si est élu meilleur
livre de l’année par la rédaction du journal Combat en 1964 ; un extrait
de ce roman est publié dans la revue L’VII à Bruxelles. Hélène Bessette
sort donc du laboratoire, influence certains écrivains, divise les critiques,
1. Lettre « personnelle » du 2 décembre 1965. Raymond Queneau lance à André Malraux
« un appel au secours d’Hélène Bessette ».
18En Europe on lit Bessette......................................................................... 150
Alain Bosquet, le prédicateur.................................................................... 150
L’Italie, l’Allemagne, la Grande-Bretagne.............................................. 153
La bibliothèque idéale............................................................................... 154
Sud, ou La Grande Balade....................................................................... 156
« Embarquement pour l’Étrange »........................................................... 156
Une échappée hors du monde occidental................................................. 157
L’écriture en crise....................................................................................... 162
CHAPITRE VI : L’ÉTRANGER INTÉRIEUR............................................ 167
Le théâtre est son double.......................................................................... 169
Le Divorce interrompu sur France Culture 169
Une carrière théâtrale ?............................................................................. 172
La séparation.............................................................................................. 174
La révolution surréaliste........................................................................... 176
Techniques du roman surréaliste.............................................................. 176
L’écriture convulsive.................................................................................. 179
Au-delà du réel : la poésie / la folie.......................................................... 181
La Route bleue........................................................................................... 183
Son premier roman.. 183
L’écriture fauve.......................................................................................... 187
Jean Dubuffet et l’œuvre peinte............................................................... 189
« Résumé du RÉSUMÉ – Le Manifeste »............................................... 195
Le cri......................................................................................................... 199
CHAPITRE VII : NÉVRALGIE DU ROMAN........................................... 201
Le complexe de supériorité....................................................................... 204
Égaler Dieu................................................................................................ 204
L’adversaire 206
Le mélo à trois............................................................................................ 208
Figures de femmes..................................................................................... 210
La femme mariée....................................................................................... 210
La prostituée............................................................................................... 214
La lesbienne................................................................................................ 216Le roman noir............................................................................................ 218
Lire « Le Masque ».................................................................................... 218
Libérer les criminels................................................................................... 220
CHAPITRE VIII : LE FOU CONSCIENT................................................ 223
Garance Rose et les foules inconscientes................................................. 226
Hélène Bessette, héroïne de roman.......................................................... 226
« L’héroïne est absente »............................................................................ 228
La nef des fous........................................................................................... 234
Le suicide, la mort possible...................................................................... 236
Si.................................................................................................................. 236
« La part de l’ombre »............................................................................... 240
Embarquement pour l’absurde, ou l’étrange devenu absurde............... 242
CHAPITRE IX : L’ŒUVRE INACHEVÉE................................................. 245
Ida ou le délire, dernier roman................................................................ 247
Une œuvre inédite..................................................................................... 259
Gallimard ne publie plus........................................................................... 259
Le roman bergmanien............................................................................... 263
Dernières figures de style......................................................................... 266
La rupture de rythme................................................................................ 266
Le mot « fin »............................................................................................. 269
« Plus tard plus tard on dira qui je fus »....................................... 273
Index........................................................................................................... 281
Annexe........................................................................................................ 287
Remerciements........................................................................................... 297

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