Histoire de mes vies…

De
Publié par

Raoudha est tunisienne. Après avoir vécu un temps en France et réussi le concours d'assistante de l'enseignement supérieur dans la discipline arts et métiers, elle retourne travailler en Tunisie. Elle épouse Slim, avec qui elle part en voyage de noces à Cuba. Bien vite, elle souffre du fait que son mari médecin soit souvent absent, comme de leurs nombreux déménagements. Raoudha développe une phobie de la voiture qui provoque des crises d'angoisses chaque fois qu'elle monte dans un véhicule. Douloureusement marquée par l'interruption d'une première grossesse, elle abuse des antidépresseurs. Enceinte d'un garçon en 2008, elle appréhende avec beaucoup d'anxiété le changement qui s'opère dans son corps. À deux reprises, son existence isolée la fait sombrer dans la mélancolie, puis la dépression. En outre, elle rencontre des difficultés à finir sa thèse traitant de l'autobiographie. Les moments heureux passés en famille l'aident à surmonter ses angoisses. Lorsqu'en janvier 2011, Ben Ali est chassé du pouvoir, la Tunisie bascule dans une nouvelle ère. Dans ce climat d'insécurité, elle prend à nouveau peur.


Publié le : mercredi 2 mars 2016
Lecture(s) : 1
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782334083362
Nombre de pages : 78
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Couverture
Copyright
Cet ouvrage a été composér Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com
Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-334-08334-8
© Edilivre, 2016
En 1997, suite à une dépression, ma vie s’est considérablement transformée. Atteinte alors d’un égocentrisme profond, je ne pouvais plus diriger mon attention que sur moi-même. Je passais mon temps à m’observer, je pensais que le monde entier passait également son temps à m’observer, le moindre petit défaut de mon physique devenait alors monstrueux. Je pense que je souffrais de cette paranoïa même avant de succomber à la dépression. C’est un sentiment très lourd à porter, ce qui fait que cette dépression, qui a duré toute une longue année, était la conséquence d’un intérêt profond porté à moi-même. Je me suis gavée d’antidépresseurs jusqu’à l’hallucination. Ces médicaments pour moi ne sont que des poisons qui m’ont empesté la vie. J’étais sûre que je n’avais pas besoin de ces antidépresseurs d’autant plus qu’ils étaient des plus forts dans leur genre. Je ne crois pas que j’ai atteint la folie pour mériter ça. Le docteur… pouvait juste me prescrire des anxiolytiques comme d’habitude…, mais ce n’était pas le cas puisqu’il était choqué de me voir pleurer et rire à la fois. Bref, malheureusement cela s’est passé comme ça et j’ai perdu ainsi une année de « ma vie ». Parfois je me dis : cela n’était qu’un voyage dans une autre dimension, un cauchemar qui a duré toute une année… Égocentrisme ou narcissisme, je ne sais pas, tout ce que je sais c’est que j’en souffre encore, comme depuis toujours. Mais cette fois-ci, je ne peux plus exister sans ramener tout à moi-même, de peur de me retrouver dans des situations déstabilisantes, de peur de déprimer. De là, un retour sur moi-même a commencé ou plutôt continue… Ma plus grande déception suite à cette dépression, fut la perte excessive d’une grande partie de ma mémoire. Je ne pouvais plus me rappeler une grande partie de mes souvenirs. Seules les photographies avaient la faculté de me remémorer ces moments-là.
«Ma chambre », 6 rue Daniel, Asnières-sur-Seine…
Une chambre d’un appartement situé au deuxième étage d’un immeuble, au 6 rue Daniel, 92600 Asnières-sur-Seine. Enfin ! Je m’apprêtais à rentrer chez moi. Si je me souviens bien, ce soir-là une amie est venue pour me tenir compagnie. Vu que je ne pouvais pas dormir toute seule, elle s’est arrangée pour venir. C’est fini, c’étaient les derniers jours qui me restaient à passer dans cet appartement. Ma sœur a déjà fait son retour définitif avec son nouveau-né, voilà il y a une semaine à peu près, son mari était en voyage et il reviendra ici juste pour remettre les clés de l’appartement au propriétaire. Donc ce qui me restait à faire, c’était de me dépêcher de faire mes bagages et de rentrer en Tunisie, juste avant son retour. J’ai passé d’agréables moments dans cet appartement. Situé dans un lieu convivial, j’ai pris l’habitude de faire mes courses pas loin. Tout était agréable. Le magasin LIDL était près de chez nous. On prenait notre panier roulant, pour le remplir de fruits et de légumes, d’œufs, de fromage, de beurre, de pâtes, de bouteilles d’eau et de lait etc ; les produits n’étaient vraiment pas chers du tout, voire même économiques, restait à choisir les meilleurs produits. On y trouvait beaucoup de SDF. Je me suis toujours demandée comment ils pouvaient acheter tout cet alcool. Ils avaient toujours de l’argent pour la bière et le vin. Cela devait certainement les maintenir au chaud. Juste après être rentrée à l’appartement, j’ai mis mes habits d’intérieur. À la maison, j’étais tout le temps mal habillée. Je n’arrivais pas à combiner une tenue régulière ! Je ne comprenais pas comment ce foulard avait pu voyager avec moi. J’ai beaucoup joué avec, durant mon enfance. Comme il était plein de médaillons, je m’amusais à danser avec, pour que cela fasse du bruit. Le foulard, qui appartenait à ma mère, provenait d’Égypte. Mon oncle Lotfi, quand il était jeune, habitait chez nous. Il a ramené à ma mère ainsi qu’à ses sœurs, des foulards traditionnels égyptiens.
J’ai adoré mon pyjama H&M. Je n’ai pu m’en débarrasser que lorsqu’il s’est taché d’encre noire provenant de l’imprimante numéro N : il me fallait une nouvelle imprimante à chaque événement (examen, mémoire, concours !). J’ai passé deux fois, le concours de recrutement au grade d’assistant de l’enseignement supérieur dans la discipline arts et métiers. La première fois, je me suis acharnée sur mon travail pendant quatre mois. La date du dépôt des dossiers de candidature approchait. Il a fallu que je me dépêche. Comme j’avais l’habitude que tout se mette en panne au dernier moment, j’ai acheté ma réserve de cartouches. Je n’étais vraiment pas à l’aise. Le lendemain, je devais déposer les dossiers. À 20 : 00 heures, je n’avais pas encore terminé mon tirage. Il me restait encore la création des pages de garde mais aussi à faire les reliures. La cartouche noire était épuisée. Cette cartouche était rechargeable. Alors j’ai pris le matériel pour la recharger. C’était une sorte de seringue remplie d’encre noire qu’on devait enfoncer dans l’ancienne cartouche. Au début tout marchait bien, jusqu’au moment où la seringue s’est bloquée. Je tremblais de stress, j’ai commencé à appuyer fort. La seringue a explosé. L’encre était partout : sur mon visage, sur mon pyjama, sur mon gilet gris, sur la planche à couper le pain qui provenait d’Espagne, etc. Je n’arrêtais pas de crier et de pleurer. Peut-être que c’était le bon Dieu qui me punissait, parce que je ne cessais pas ce soir-là de crier sur mes parents, comme j’ai toujours l’habitude de faire quand je suis stressée à n’importe quel événement que ce soit. J’ai réussi mon concours d’assistanat cette deuxième fois. Pourtant il n’y avait presque aucune différence entre ce que j’ai présenté la première fois et la deuxième. La seule différence c’était les membres du jury qui changeaient tous les deux ans. La première fois il y avait un des membres du jury (c’était une femme), qui s’était opposé à ce que j’avais présenté. Comme ma thèse tournait autour de l’autobiographie, de l’autofiction, et d’un certain côté de ma vie, elle m’a dit : « Qu’est-ce qu’on a à faire de votre vie ? », « Qu’est-ce que ça pourrait nous ajouter ? » J’étais vraiment choquée par ces propos et je n’arrivais pas à admettre mon échec surtout que la deuxième fois, quand je me suis présentée à cet examen, j’ai été félicitée. C’est vraiment incroyable. J’ai appelé le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique et Technologique de Tunisie pour connaître le résultat du concours et le lieu d’affectation. Il faut dire que le secrétaire général de l’Institut Supérieur des Arts et Métiers de Sfax, nous avait déjà annoncé, à moi et à mon amie, le résultat. Restait juste à savoir notre lieu d’affectation. Pour mon amie c’était Kasserine. Pour moi, c’était Gabès. Au début j’étais vraiment déçue, mais tout le monde me disait que j’avais de la chance, et que je devais m’estimer heureuse par rapport aux autres… ce ne sont que deux heures de route ! Sonia ma sœur a été affectée deux ans avant à Gafsa, à trois heures de route en voiture. Elle y va en voiture avec ses amis. C’est fatigant pour elle. En plus la route est presque désertique. Elle n’arrive toujours pas à accepter son affectation quatre ans plus tard. Pour ma part je commence à m’y habituer.
* * *
Il est 2 h du matin et je n’ai pas fermé l’œil. Je suffoque. Je me sens beaucoup trop seule. Lorsque j’ai annoncé à ma famille que j’allais me marier avec un médecin, j’ai reçu en ce temps-là différentes réactions. Mais celle qui me marque encore aujourd’hui et que j’ai ignorée auparavant était la réponse de ma cousine : « Il faut savoir qu’être femme d’un médecin n’est pas facile, donc réfléchis bien avant de prendre une décision. » Et voilà que je suis en train d’achever ma sixième année de mariage. Les années passent trop vite, et je n’arrive pas encore à « coller » mon mari à la maison, sans qu’il ait envie de dormir ou de manger ou de répondre au téléphone ou de sortir pour une « extrême urgence »
comme il le dit. Ce qui me consolait était les paroles de mes parents. « Ne t’en fais pas, t’as ton fils et ta thèse ». Et cette réponse pouvait me remonter le moral pendant une longue semaine. Et rebelote, je déprime, je me dispute avec mon mari à cause de son absence et de sa fatigue ; mes parents interviennent : « Laisse-le tranquille, t’as ton fils et ta thèse. » Ils ont toujours répondu ainsi. Et c’est bizarre, je récidive quand même.
Voyage de noces, Sfax-Tunis-Paris-Cuba-Mexique-Paris-Tunis-Sfax, 2005
Sur la véranda, mon beau-frère Med Ali m’a dit : « Aya fiin t7eb Temchi fil voyage de noce ? » (Où veux-tu aller au cours de ton voyage de noce ?). Je lui ai répondu : « Ouh la merci, la, wallah miséléch ! » (Ouh non merci, non, au nom de dieu ce n’est pas la peine !) Finalement, il a vraiment insisté et c’était gentil de sa part et de la part de ma sœur Sonia aussi. J’avais dans le cœur une joie que je ne pouvais plus maîtriser. Je pouvais choisir n’importe quel pays dans le monde. La meilleure destination pour moi je crois, ce sont les îles Seychelles !! Non quand même il ne faut pas abuser. La Floride peut-être, l’Amérique, le pays rêvé. C’est au Texas que mon père a fait ses études universitaires. C’est dans le Texas A&M University que mon père a eu son diplôme d’ingénieur en génie rural. J’étais bercée par ses souvenirs, ses petites amies, ses amis, ses professeurs, ses voyages, ses « dates » comme il le...
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Le Survivant

de editions-flammarion

Nos vies suspendues

de guy-tredaniel

Les 12 portes du Kaama

de editions-edilivre

Le Prix des choses

de editions-edilivre

Le Chant de Marie

de editions-edilivre

suivant