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Hölderlin

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Entretien avec Philippe Lacoue-Labarthe sur Friedrich Hölderlin. L'oeuvre et la vie de Hölderlin auront fourni le prétexte à bien des lectures, à bien des réécritures, engendrant d'autres livres, d'autres oeuvres à leur tour. Il y a donc bien une figure du poète, et une aura de l'oeuvre, qui sont profondément bien que peut-être confusément, imbriqués dans la stratographie textuelle de notre temps. L'entretien est suivi d'une biographie de Hölderlin.


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PHILIPPE LACOUE-LABARTHE
Hölderlin
Entretien suivi d’une biographie
La République des Lettres
ENTRETIEN SUR HÖLDERLIN
Détours d’écriture:Je dois d’abord vous demander pourquoiL’Absolu littéraire
et pourquoi vous avez senti le besoin d’écrire ce l ivre à la fin des années ’70 ?
Philippe Lacoue-Labarthe: La fin des années ’70 c’est le moment où le livre a
été publié. Le projet, quant à lui, était plus anci en. Déjà le numéro 21 dePoétique
(1975), dont Gérard Genette m’avait confié la direc tion, réservait, sous le titre très
général deLittérature et Philosophie, une large place à la problématique du
romantisme d’Iéna. Il s’agissait en réalité d’un vi el intérêt. La racine du projet était
double.
Il y avait tout d’abord que Jan-Luc Nancy et moi, p our des raisons qu’il serait
trop long d’exposer ici, avions concentré l’essenti el de notre travail depuis le début
des années ’70 sur Nietzsche, sur le « premier Nietzsche ». En traduisant ou
retraduisant, en allant voir ce qui se passait du c ôté de l’enseignement de
Nietzsche, en interrogeant les présupposés d’un liv re commeLa Naissance de la
tragédie, nous nous sommes aperçus qu’il n’y avait pas seul ement un arrière-fond
philosophique ou métaphysique, comme Heidegger l’av ait magistralement fait venir
au jour, mais toute une réélaboration de thèmes ou de motifs venus de la « théorie
littéraire » du romantisme ou du pararomantisme. Ni etzsche nous est apparu assez
largement tributaire du romantisme sur lequel Heide gger, il ne faut pas l’oublier, a
très peu insisté. Cela nous a conduit naturellement à vouloir en savoir un peu plus,
à lire ou à relire les textes majeurs. c’est le mom ent où Nancy a entrepris la
traduction duCours préparatoire d’Esthétiquede Jean Paul, réputé intraduisible.
C’est aussi le moment où je me suis surpris à trava iller sur laLucindede Friedrich
Schlegel qui apparemment n’intéressait pas grand mo nde.
La seconde racine si l’on peut dire — outre le fait que nous trouvions quand
même scandaleux qu’en France, plus de 150 ans après la parution de l’Athenaeum,
aucun des textes vraiment canonique n’ait été tradu it — est que très vite nous est
apparu que la plupart des motifs dominants en Franc e depuis une quinzaine
d’années, si ce n’est antérieurement (depuis en fai t le déploiement réussi, ample,
des « avant-gardes"), pouvaient être fédérés de man ière assez précise au
romantisme, au premier romantisme. Ce n’était pas u ne question d’histoire littéraire
ou d’histoire des idées : que les avant-gardes aien t eu des racines historiques, tout
le monde pouvait s’en douter. En revanche la questi on était bien de savoir dans
quel terrain précis, philosophique ou métaphysique, s’enracinait le discours de la
« modernité ». Et là, il y avait une urgence, à la mesure de l’intimidation
philosophique et politique que lesdites avant-garde s exerçaient sur l’ensemble des
« Lettres », pour parler de manière désuète. Par ex emple, mais c’est plus qu’un
exemple, dans quelle philosophie du Sujet — au sens métaphysique du
terme — s’est ancré tout le discours moderne sur l’ art, la littérature, le texte ? D’où
pouvait-on parler, par exemple, d’une autosuffisanc e ou d’un autofonctionnement,
voire d’une auto-production, du texte, si ce n’est à partir d’une conception de
l’oeuvre-sujet qui provenait en droite ligne du rom antisme ? c’est-à-dire de
l’Idéalisme allemand ? d’un moment très déterminé d e la métaphysique moderne ?
Voilà : telles étaient nos deux intentions majeures . Il y en avait peut-être une
troisième, plus latérale, plus lointaine, engageant un rapport plus difficile avec
Heidegger : c’était de marquer la différence de Hölderlin, la distance de Hölderlin
vis-à-vis du romantisme. Un peu dans le sens où Wal ter Benjamin dit que Hölderlin
est comme le centre secret, l’orient de ce mouvemen t auquel cependant il
n’appartient pas. Mais cela aurait nécessité un tou t autre travail.
Détours d’écriture:Pouvez-vous dire davantage sur cette position à la fois
centrale et excentrique de Hölderlin et sur sa différence avec le romantisme d’Iéna ?
Philippe Lacoue-Labarthe-: Il est très difficile de simplement discourir là
dessus : il faudrait des analyses patientes et préc ises. On ne peut guère en parler
de l’extérieur. Je peux tout d’abord vous renvoyer à ces pages de Walter Benjamin :
ce sont les dernières de sa dissertation sur le con cept de critique dans le premier
romantisme. Elles seront très bientôt lisibles en français, le volume est en
préparation. Mais je ne veux pas non plus me dérobe r, je vais essayer de préciser
un peu les choses.
On peut marquer premièrement ceci : ce qui émerge à cette époque, dans la
deuxième décennie du XVIIIe siècle, c’est (dans le champ qui nous occupe tout au
moins) une théorie de la littérature. C’est-à-dire aussi bien une philosophie de l’art,
et non plus seulement une esthétique (une théorie d u goût), l’art étant pour les
romantiques d’abord et par excellence la littérature. C’est à Iéna que se forge notre
concept moderne de la littérature. Hölderlin n’appa rtient évidemment pas au cercle
d’Iéna : il a séjourné quelque temps à Iéna, il a é couté les cours de Fichte et lu,
comme les romantiques, les sortes de « polycopiés » avant la lettre que Fichte
distribuait ou vendait à ses étudiants, il a même p robablement rencontré des gens
assez proches des frères Schlegel (par exemple Soph ie Mereau), mais Iéna pour
Hölderlin, c’était avant tout...