Hors-sujet

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Partie en Allemagne à 18 ans par amour pour ce pays, l'auteure en est revenue 20 ans après, heureuse de le quitter.

Hors sujet est un témoignage basé sur sa propre expérience d’expatriée, ses observations personnelles sur la condition de l'étrangère, de mère et de femme en Allemagne.

Car si son passeport indiquait bien sa nationalité française, ce n'est qu'en Allemagne qu'elle a réalisé, compris et ressenti ce que signifiait cette appartenance.

Être Française ne lui évoquait auparavant que peu de choses, et elle considérait cela comme une simple conséquence logique : née en France donc de nationalité française. Elle n'avait alors aucune idée, aucune notion de ce que pouvait représenter le fait d'être française...


Publié le : mardi 15 décembre 2015
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EAN13 : 9782334058780
Nombre de pages : 104
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-05876-6

 

© Edilivre, 2016

 

 

« People are valuing creatures. That is, human beings live in an affectively charged world where some things are preferred over others. Some objects, people or ideas are considered wrong, bad or immoral ; others are believed correct, good or moral. Some goals are deemed worthy ; others are not. Values are the bases for making decisions. Values are the culturally prescribed criteria by which individuals evaluate morality, desirability, merit or correctness. [… ] Human beings are socialized, that is, taught the criteria by which to make such judgements”.

Hors-sujet. Je me suis sentie hors-sujet pendant des années. Hors-sujet parce que j’étais une étrangère, parce que j’étais une femme, parce que j’étais une mère.

Remerciements

 

 

Mercis :

Merci à lua de m’avoir aidée à retrouver la force de rouvrir les yeux quand je me savais plus comment voir dans une société qui appuyait si cruellement sur mes paupières.

Merci à GH de m’avoir confirmée, soutenue, dans ma vision des choses et aidée à continuer à regarder.

Merci à GG de m’avoir fait découvrir ce qu’était la réelle modestie, d’en être pour moi son modèle éternel et de me faire comprendre, aujourd’hui, encore plus qu’alors, qu’elle est à mes yeux la plus grande qualité d’un homme.

Merci à EB pour son appui sans cesse bienveillant par la clarté de ces paroles.

Merci toutes celles qui ont été de tout temps, malgré la distance parfois, un soleil qui éclairait ma vue et réchauffait mes larmes qui coulaient de froid.

Et merci à N-A, l’amour de ma vie, depuis toujours et pour toujours, à qui je dois la vie, si tant est qu’il me devrait la sienne.

Merci à vous tous d’être entrés dans ma vie.

Avant-propos

Je souhaite expliquer le titre « hors-sujet » de mon essai autobiographique. Dire que je suis prof pourrait le rendre simple et évident. Mais en fait, c’est plus un titre qui est venu à moi, que moi qui sois venue à lui.

En effet, le lycée, dans lequel j’ai enseigné (en tant que prof d’allemand) la première année de mon retour en France, comptait environ 1400 élèves, donc le nombre en conséquence de profs. Sa salle des profs était très vaste, sa dimension avait l’avantage de représenter parfois une sorte de bouffée d’air et d’être assez anonyme, mais avait en contre partie comme désavantage un côté froid, stérile et impersonnel. A l’inverse, la salle où se trouvaient les ordinateurs était, elle, toute petite. Un jour, où je m’y efforçais de remplir mes devoirs de prof, j’entendis, involontairement, mais de manière inévitable, à cause de la taille de la pièce et du volume sonore des acteurs, une conversation entre collègues qui m’a apporté ce mot. Ou plutôt me le ramenait à l’esprit. Ayant enseigné pendant environ 20 ans en Allemagne, j’avais oublié ce terme en français. Il m’était beaucoup plus familier en allemand : « Thema verfehlt ».

Et comme en fait, le terme allemand, qui traduit mot à mot donne « thème manqué », correspondait assez bien au sentiment qui me venait quand je repensais à mes 20 ans d’Outre-Rhin, son équivalent français, hors-sujet retint fortement mon attention. Etant une grande rumineuse de pensées et réflexions, ce vocable restait dans l’appareil digestif de mon cerveau pour être ruminé à plusieurs reprises.

Bien évidemment, tout dans ma période germanique, n’avait pas été raté. Mais j’avais l’impression d’avoir comme manqué ma vie en Allemagne, ou plus précisément, que ma vie m’avait manqué dans ce pays. Comme si je n’avais, somme toute, pas réussi à trouver comment répondre aux problèmes qui m’y avaient été posés. Comme si mes réponses avaient là-bas été toutes considérées comme fausses, alors que moi, j’avais longtemps cru que je répondais bien à la question. Je ne saisissais pas vraiment pourquoi j’étais « notée » si négativement. Mais, au fur et à mesure de ces années de souffrances, j’avais compris que finalement, il n’y avait qu’une réponse possible à ma question : j’étais hors-sujet en Allemagne.

Bibliographie

Comme je suis d’avis que la pensée doit primer sur tout, je ne donne à aucun endroit directement l’auteur d’un mot, d’une phrase ou d’une pensée que je cite, dans son intégralité ou non, auquel je fais référence. Ceci afin d’éviter, ou tout au moins de le retarder tant que possible, ce réflexe compréhensible mais souvent maladroit et entravant, que celui de juger ces-derniers par rapport à leur auteur. Je souhaite un jugement, d’une certaine manière inévitable, qui passe d’abord par le sentiment cérébral et seulement, si nécessaire, ensuite par la connaissance.

Bien sûr, ne voulant ni « voler » mot, phrase ou pensée d’autrui, une liste des différents auteurs en question se trouve à la fin de mon essai autobiographique. Cependant pas en tant que référence ou preuve, mais en tant qu’humble hommage et remerciement à ceux-ci.

Humble et piètre parce que je n’ai et n’aurai sûrement jamais leur grandeur. Après avoir couru pendant des années après la fille et la femme que je croyais devoir être ou devenir socialement, et par conséquence voulais être, j’ai compris avec la volupté du soulagement et du sourire intérieur, que je me considérais comme une femme moyenne. Et cela me suffit largement. Largement pour être heureuse à mon échelle, modeste certes, mais qui a le mérite d’être bien réelle.

Chapitre 0

Je pense que pour lire les quelques pages que j’ai écrites ici, il faut connaître une phrase, qui m’a aidée à donner des mots aux pensées et sentiments que je portais en moi (et porte bien sûr encore) sans qu’ils n’arrivassent à avoir cette image claire. Cette phrase les transcrit à merveille. Je l’ai lue dans un livre d’un très grand auteur autrichien, qu’un ami m’avait prêté, mais elle n’est pas de cet auteur. Il partage dans cette œuvre, cette phrase, comme moi j’aime la partager avec tous ceux dont je pense qu’ils peuvent en comprendre la justesse et la portée.

« Wir sprechen nicht gerne über unser Erlebnis : wer selber in einem Lager war, dem brauchen wir nichts zu erklären und wer es nicht war, dem werden wir nie begreiflich machen, wie es in uns ausgesehen hat – und wie es auch jetzt noch aussieht“ – Nous ne parlons pas volontiers de ce que nous avons vécu : nous n’avons rien à expliquer à celui qui a lui-même été dans un camp nazi, et celui qui ne l’a pas été ne comprendra jamais ce que nous avons ressenti alors – et ce que nous ressentons encore aujourd’hui.

Car aucun être humain ne peut prétendre avoir la capacité de comprendre vraiment quelqu’un d’autre, de ressentir ce qu’il ressent. Même si l’on peut connaître ou / et comprendre quelqu’un « à merveille », aucun de nous ne sera jamais l’autre. Aucun de nous ne pourra jamais ressentir ce qu’un autre ressent. Jamais. Jamais à 100 %. Car ce n’est pas possible. Nous sommes tous uniques au monde et nos biographies le sont aussi. Même si l’on peut partager un vécu d’expériences en apparence identiques, elles ne sont pas identiques car nous ne sommes pas identiques et ne le serons jamais. De fait, ce que nous faisons, que nous subissons, ce que nous pensons, ce que nous ressentons, n’est jamais identique. De là vient toute l’absurdité de comparaisons, de jugements, que l’on croit justifiés, voire légitimes, aussi minimes soient-ils.

Je crois que l’auteur de cette phrase a le plus grand message qui puisse être adressé aux humains. On ne peut jamais ressentir la souffrance d’un autre comme lui la ressent. Et de ceci, il découle que personne n’a donc la capacité, et ainsi par expansion, le droit, de juger un autre. Encore moins celui de le condamner. Si « la justice et la loi des hommes », comme le dit si justement un chanteur français, le fait, c’est parfois plus par nécessité que capacité.

Ne vous y méprenez pas, je trouve incontestable que le droit et la justice aient leur sens, fonction et utilité. Mais ne sont-elles pas elles-mêmes vouées à être incorrectes, voire vouées à l’erreur et injustes ? Il semblerait souvent plus facile de juger et de condamner que d’essayer de comprendre. De plus, il faudrait tenir compte de l’écart entre la théorie, qu’est le droit, et la pratique, qu’est la justice.

Alors effectivement, en écrivant ici certaines de mes pensées concernant l’Allemagne, en comparant, par la force et logique des choses, principalement avec la France (pays où je suis née et ai grandi jusqu’à mes 18 ans) je fais une sorte de constatation, de bilan, très subjectifs de ces pays. Mais je tiens à essayer de faire comprendre que ces pensées, ne sont « que » les miennes. Ces sentiments, ne sont « que » les miens. Ils ne reflètent « que » ce que j’ai ressenti et ressens encore à certains moments, dans certaines situations. Néanmoins, je pense, et en partie je sais, qu’elles peuvent, dans une certaine mesure, être « valables » pour d’autres femmes (peut-être aussi des hommes), pour d’autres pays, d’autres nations, d’autres peuples. Certains malaises ont, malheureusement, un côté si international.

Un très grand écrivain français s’adressait de la façon suivant à ses lecteurs : « Je ne demande qu’une seule chose, et je la demande humblement, bien que je sache qu’elle est exorbitante : être lu avec attention ». Ma demande sera d’essayer, tant que possible (connaissant l’automatisme humain de catalogage), de me pas juger et de ne pas condamner mes mots sans tenter un minimum de comprendre. Pas tant de me comprendre moi, mais ce que je m’efforce d’expliquer.

Lorsque j’avais 12 ans, la correspondante allemande de l’époque de ma grande sœur, avait commencé un échange extrascolaire et était venue chez nous. Elle avait l’allure type de l’Allemande qui nous impressionne tant, nous ces « gringalets » de Français : grande et imposante. Elle était aussi, pour ajouter aux clichés que l’on a des Allemands, très déterminée et laissait, bien que sympathique, entrevoir ces traits de caractère qu’on appellerait, en nos temps de crise, le Diktat allemand. Cette jeune fille, m’apprit (à moi et à d’autres du reste) LE mot magique. Vous ne connaissez pas le mot magique ? Celui qui « ouvre toutes les portes » ? Et bien je vais vous aider. C’est » s’il te plaît » ! Et oui, comme quoi, parfois le bonheur est à portée de main, comme on dit.

Bien sûr, il est nécessaire de préciser que les Allemands et les Français n’ont pas la même relation avec ce mot. En allemand, une demande est perçue comme un ordre – et donc peu appréciée – lorsque vous n’y ajoutez pas ce mot magique. De plus, la porte n’est, grâce à lui, pour certains pas seulement ouverte par le « propriétaire » de cette porte, mais aussi par celui qui veut qu’elle soit ouverte. En résumé, c’est une façon que l’on pourrait qualifier de diplomatique de se donner ce que nos amis d’Outre-Rhin appellent « ein Anrecht » – soit un droit, plus ou moins naturel et justifié, sur quelque chose ou quelqu’un. Et oui, s’imposer, voire obliger, est presque tout un art. Il m’a fallu des années pour comprendre les conséquences du mot s’il te plaît, comme celles de l’utilisation du conditionnel du verbe vouloir (« ich möchte » – je voudrais) – qui est du reste en phase de devenir un verbe modal en soit, alors qu’à la base, il n’est qu’une forme de conjugaison du verbe « wollen » – vouloir. Le phénomène de cette « politesse agressive /dictatoriale » trouve une forme charmante et exquise au niveau linguistique avec « Sie Arschloch » (« Vous êtes un connard »).

Mais, s’il est vrai que « s’il te plaît » a bel et bien des effets magiques, et que cette désignation est d’une grande aide lorsque l’on veut apprendre cette formule à ses enfants, mon mot magique à moi, en est un autre. Avez-vous déjà réfléchi au charme, aux avantages et tout simplement aux délices du mot « pourquoi » ?

Jeune enfant, je demandais « pourquoi » à mes parents à toutes les sauces, comme le font en gros tous les enfants. J’ai sûrement dû récolter quelques « parce que » ou « parce que c’est comme ça ». Mais cela ne m’a visiblement pas découragée, car non seulement je n’ai pas cessé en tant que jeune adulte de demander « pourquoi » à mes profs d’université (je me rappelle très bien la fois où mon prof de russe m’a demandé pourquoi j’avais tant le besoin de savoir le pourquoi des choses), mais j’ai aujourd’hui encore une foule, grandissante, de « pourquois » sur le monde. La raison d’être de mes « pourquois » est simple, malgré les apparences : leur(s) réponse(s) m’aide (nt) à mieux comprendre ce monde – même si ce ne sera jamais de manière complète. Mais il ne faut pas confondre comprendre et connaître – et je passe sur les verbes approuver, apprécier ou aimer, qui ne me semblent pas obligatoirement nécessaires à la compréhension d’un sujet en général.

En fait, quand j’étais petite (comme quoi l’enfance doit effectivement être une phase importante dans notre vie), il y avait un acteur qui était vieux (mais je veux dire vraiment vieux), toujours ronchon dans ces films, principalement policiers, bien sûr moche à mes yeux de gamine, qui avait fait une chanson dont une phrase me suit depuis toute ma vie : « je sais qu’on ne sait jamais ». Alors déjà que je n’aimais pas cet acteur (sans le connaître et sans pouvoir le moindre juger de ses qualités d’acteur ou de personnage, tout simplement par le fait que, vieux comme il était, il n’appartenait pas du tout à ma génération et à peine à celle de mes parents), mais vraiment cette phrase-là, c’était le comble. Comment pouvait-il dire ça (parce qu’en fait il le disait plus qu’il ne le chantait) ? Comment s’aventurait-il à prétendre une telle théorie, alors que pour moi à l’époque, bien sûr que les adultes savaient tout ! Lorsque ma mère osait me dire qu’elle ne savait pas la réponse à telle ou telle de mes inlassables questions, j’étais mécontente et lui disais agacée : « mais si maman, tu sais ! ». Comment cet acteur, ce dinosaure, à l’échelle de l’enfant que j’étais, osait-il dire chose pareille ? Lui qui devait en savoir autant qu’une encyclopédie (au minimum) ? Lui qui était plus qu’un adulte, puisque c’était un vieux. Non, vraiment ! Quel horrible personnage représentait-il dans ma petite tête de fillette.

Vous vous en doutez, j’ai compris depuis quelques années maintenant, qu’il, ou tout au moins ses paroles, avai (en) t complètement raison. Que trop bien raison, malheureusement et heureusement. Malheureusement...

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