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Instantanés chinois

De
206 pages
Vivre en Chine, tenter de se fondre dans la population, partager son quotidien et se confronter tous les jours aux questions qui font le "choc des cultures". A travers les habitants de ce pays, donner un aperçu de ce qu'est aujourd'hui ce formidable géant. Dix années passées dans l'Est de la Chine ont été consignées par l'auteur au fil des saisons. Des tranches de vie personnelles, des faits du quotidien, des temps forts de la Chine d'après Mao ; voici quelques clés pour comprendre les Chinois du XXIème siècle.
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Instantanés chinois
Dans le nid du dragon

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-029149 EAN: 9782296029149

Esmeralda LLADSER

Instantanés chinois
Dans le nid du dragon

L'Harmattan

Points sur l'Asie

Collection dirigée par Philippe Delalande
La collection a pour objet de publier des ouvrages brefs, (200 à 500 pages), sur l'actualité politique, économique, sociale, culturelle en Asie. Ils traitent soit d'un pays d'Asie, soit d'un problème régional, soit des relations de ces pays avec le reste du monde. Ces ouvrages s'apparentent à des essais aisément accessibles, mais sur des bases documentaires précises et vérifiées. Ils s'efforcent, au-delà de l'analyse de l'actualité de prolonger la réflexion sur l'avenir. La collection voudrait, autant que faire se peut, pressentir les questions émergentes en Asie. Elle est ouverte à des témoignages, des expériences vécues, des études systématiques. Les auteurs ont tous une connaissance pratique de l'Asie. Les lecteurs visés sont des personnes soucieuses de s'informer de l'actualité en Asie: investisseurs, négociants, journalistes, étudiants, universitaires, responsables d'ONG, cadres de la fonction publique en relation avec cette Asie en rapide mutation; où vit la majeure partie de la population du monde. Déjà parus Antony TAO, Dieu et le Tao, 2007. Nilsy DESAINT, Mort du père et place de la femme au Japon, 2006. Asie 21 - Futuribles, La Chine à l'horizon 2020, 2006. PROCREAS, Cambodge: Population et société d'aujourd'hui, 2005. Lucas DOMERGUE, La chine, puissance nucléaire, 2005 Dominique LUKEN-ROZE, Cambodge: vers de nouvelles tragédies?
Actualité du génocide, 2005.

Rervé CODRA YE, L'alliance nippo-américaine à l'épreuve du Il septembre 2001,2005.

Chris REYNS, Images du Japon en France et ailleurs: entre
japonisme et multiculturalisme, 2005. J.P. BEAUDOUIN, Zen, Ie torrent immobile, 2005. Sabine TRANNIN, Les ONG occidentales au Cambodge. La réalité derrière le mythe, 2005. Stéphanie BESSIERE, La Chine à l'aube duXXlème siècle, 2005. Nathalène REYNOLDS, L'enjeu du Cachemire dans le conflit indopakistanais,2005.

L'empreinte d'un homme sur un autre est éternelle, aucun destin n'a traversé le nôtre impunément. F. MAURIAC

A Milou et Tinou,
A Ahy, Anti et Jacky

INTRODUCTION

Rien ne me prédestinait à aller m'enraciner à l'autre bout du monde et d'aussi loin que j'aie pu fouiller dans ma mémoire, l'attirance pour cet étrange pays n'est pas allée de soi. Deux souvenirs me viennent à l'esprit et deux seulement, d'événements qui m'ont fait porter les yeux vers ces frontières lointaines avant d'atteindre l'âge des grandes décisions: le dessin appliqué de Maman sur mon cahier d'écolière. «Une petite Chinoise !» m'avait-elle suggéré en s'amusant à tracer pour moi les contours de ce personnage de l'autre face de la planète. Ce serait donc mon costume pour Carnaval. Je revois encore cette fillette nattée, en habit bleu (rien n'était en effet plus simple à esquisser qu'un costume Mao) qui tenait à la main un objet carré. Il n'éveillait rien de particulier en moi, mais il faisait sourire Maman, ce petit livre de couleur rouge. Nous étions en 1971. Tout cela était d'une simplicité évidente, mais je voyais bien qu'un mystère s'y cachait et que derrière cette esquisse facile se lovaient des sous-entendus amusés. L'autre souvenir remonte à 1976. Ce fut mon véritable premier contact avec la réalité chinoise. Le journal télévisé diffusait les images d'une population perdue, d'hommes et de femmes désespérés. Une vieille toute fripée gémissait en essuyant les larmes qui mouillaient son visage. Le président MAO venait de mourir et la Chine était orpheline. Comment la mort d'un homme qu'on ne connaissait qu'au travers des images et des discours

pouvait-elle jeter ces gens dans un tel désarroi? La disparition de Pompidou, notre président à nous, n'avait pas provoqué cette désespérance... Un mystère de plus. Rien d'autre. Pas un livre, pas une histoire, pas une chanson. Et puis il y a des tournants imprévisibles et me voilà du jour au lendemain sur un aiguillage inattendu qui porte mon regard tout là-bas, par un hasard soudain, une simple curiosité amusée. Sans crier gare, cet horizon éloigné se met à prendre des formes plus précises et mes yeux, progressivement captivés, n'ont plus du tout envie de s'en détacher. Nous voici donc liées, Elle et moi. Depuis que j'ai entamé ici le récit de mes petites aventures quotidiennes, depuis que se déroule le fil de mes observations étonnées et que je couche aussi précisément que possible mes impressions de cet ailleurs, il me semble qu'est montée en moi de façon irrépressible une bouffée de plus en plus ardente et jusqu'alors restée à couvert. Un souffle de vraie tendresse m'anime pour les gens de Chine, et une profonde sympathie aussi, dans le sens original du mot, qui s'est fait jour à mesure que les pages se couvraient d'encre. A travers les mots qui défilent, c'est un peu comme si l'on éclairait pour moi, d'une flamme douce, cette encre invisible qui fait toujours rêver les enfants et s'ébahir le curieux à la vue du message secret qui apparaît. Le premier lecteur ici, et le plus émerveillé, c'est encore moi... Aujourd'hui j'appartiens à ces amoureux, attachés volontaires, prêts à toutes les concessions pour ceux-là, si différents, mais au sein desquels on se retrouve aussi. Oui, nous sommes aux antipodes: culture, pensée, mœurs, tout nous sépare ou plutôt nous distingue. Mais on s'aperçoit malgré soi et contre toute attente que l'on retrouve dans ces hommes et ces femmes des choses familières; on les décèle imperceptiblement derrière l'enveloppe qui les masque et on se réchauffe soudain de nos similitudes. Le miroir est bien là: grattez cette plaque de verre coloré, et vous trouverez tout derrière la vraie réflexion; c'est le fin fond de vous que cet homme ou cette femme vous renvoie, comme un boomerang. Le processus est étrange. On commence par s'étonner, découvrir, se prendre au jeu, s'interroger, perdre patience, se perdre, se murer parfois, pour enfin se retrouver et s'apercevoir que 12

ce qui semble avoir disparu ici, chez soi, on le retrouve finalement là, à dix mille kilomètres, bien vivant. Nous ne sommes qu'un. Et s'il était besoin d'en faire la preuve, ces petits proverbes et expressions chinois mis en exergue à chaque tête de chapitre nous rappellent que le simple bon sens est notre premier point commun. Ce qui me charme avant tout, c'est ce sentiment indescriptible, oscillant entre naïveté et candeur, que l'on rencontre à tous les coins de rue, cette capacité d'étonnement, cette transparence parfois dans la spontanéité qui les prend. Il me semble trouver là une manière de fidélité à l'enfant que chacun de nous porte encore, bien enfoui au creux des côtes. Dans le fond tout peut sembler si simple, même si les formes empruntées nous déroutent souvent: complexité des us, pour nous, qui nous disons directs, mais si entiers dans leur pensée, si clairs. Ça peut sembler un paradoxe, mais c'est ainsi que je les perçois à présent, et c'est pour cela qu'ils me rassurent. Pour avoir vécu de nombreuses années tout là-bas, pour m'être abreuvée aux sources des fleuves Jaune et Bleu, pour avoir changé leur exotisme en mon quotidien, j'ai eu envie de partager mes impressions. Certes il ne s'agit pas d'embrasser tout le pays, même si l'on s'est permis des percées jusqu'à quelques limites. Mon évocation s'est bornée ici au monde de l'Est, des côtes, à cette portion la plus facilement palpable de la Chine, celle des quatre cents millions d'hommes et de femmes qui ont accès à la modernité. Ça peut sembler partiel, mais c'est un passage obligé. Des récits, aventures, anecdotes, instants sur le vif, ce qui fait les heures de la vie, des sentiments, des sensations, des questions, j'ai eu envie de consigner certains de ces moments chinois, de parler de ces gens que j'ai rencontrés mais aussi de transcrire ce qu'ils m'ont conté, et j'ai pris comme un immense privilège de pouvoir boire directement à leurs réminiscences du passé. Cela je l'ai regroupé dans une partie intitulée «Des femmes et des hommes». Ce sont eux qui font la Chine en premier lieu. Ce sont eux qui m'ont accueillie. Quelle meilleure façon de s'intégrer que par cette passerelle que nous ouvrent les enfants, ces enfants qui nous conduisent à l'essentiel et au plus profond, les vrais pionniers, les plus grands aventuriers, vierges de tout préjugé, et tendant les bras généreusement à tout ce qui leur est offert? Evoquer ma vie chinoise ne me semblait pas possible sans une partie consacrée à ce

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que j'ai nommé «L'enfance enracinée», petites filles qui ont jeté l'ancre ici, bien plus vite que moi et bien plus profondément. La Chine a ses terres sauvages aussi et garde, malgré nos désirs de comprendre toujours plus, une part de mystère. Je suis partie à l'autre bout de la géographie chinoise, mais j'ai aussi voyagé aux limites de ce qui est compréhensible à mon sens, et me suis parfois retrouvée au-delà du temps. «L'autre bout de l'autre bout du monde» c'est le voyage mis en abîme, quand on se perd avec bonheur. Il y a enfin la vie des petits jours dans toute sa simplicité, souvent différente de la simplicité du quotidien occidental, les moments auxquels on s'est habitué et qui, s'ils n'avaient pas été jetés un matin sur le papier, auraient perdu à jamais ce petit goût de plaisir et de dépaysement qu'on a en se les rappelant soudain. Partager mon quartier, mes voisins, la circulation, les petites joies, les soucis, c'est aussi ça la vie chinoise. Malgré le désir de communiquer ce bonheur de découvrir, malgré le besoin de libérer ces frustrations, ces incompréhensions parfois, il est difficile d'expliquer avec des mots les sensations fortes qui relient à ce pays. Le mieux serait encore de s'y rendre, de voir, d'écouter patiemment, de découvrir et d'apprécier, parcours de longue haleine, certes, mais le jeu en vaut la chandelle! Si ces humbles histoires peuvent aider à faire pousser quelques ailes, le dragon, vu de plus près, s'en trouvera moins effrayant. C'est mon souhait le plus cher.. .

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CHAPITRE

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DES FEMMES ET DES HOMMES

RENOUER - Eté 1999

L'or ne vaut pas cher, la tranquillité a Pendant trois ans, j'ai vécu la vie d'une provinciale chinoise, trois années quasiment coupée du monde moderne et occidentaL.. C'est en juillet 96 que j'ai foulé de nouveau cette terre abandonnée sept ans auparavant. Nous débarquions, en famille, de grands projets tout neufs plein la tête, avec la ferme intention de créer, d'investir, de profiter de l'élan ascendant et de la formidable énergie de ce pays, qui nous paraissait porter les espoirs d'une réussite programmée. Derrière nous, nous laissions la France et la famille d'Europe, les repères de notre vie et nos bases professionnelles. Pendant plusieurs années, nous avions consacré toutes nos forces à une petite entreprise, nous débattant comme des forcenés pour la maintenir à flot, et notre enthousiasme s'y était dissous jusqu'à son dernier souffle. Après avoir lutté, acharnés au travail et persuadés qu'il y aurait toujours un mieux, dans quelques semaines, quelques mois ou même l'année suivante, après avoir survécu avec l'énergie du désespoir, à bout de course, nous avions fini par admettre que plus rien ne pouvait être sauvé, et la mort dans l'âme nous dûmes nous résigner à donner le coup de grâce. Nous n'avions cependant pas perdu la certitude de pouvoir nous relever, de rassembler nos forces et de construire à nouveau. Nous étions jeunes et avions tout à faire, d'autant que nous ne possédions rien. La Chine était là qui nous attendait patiemment: notre petite famille franco-chinoise avait misé son avenir sur cet 17

eldorado de l'Asie. C'était aussi l'une des souches de notre fille. Alors en avant! Liquidation, dernières formalités, procuration, plus de maison, meubles donnés, notre richesse se résumait à ces cartons mal ficelés qui nous suivirent au bout du monde (deux ou trois malles à jouets et quelques piles de vêtements d'hiver), et nous voilà dans le charter de China Eastern, classe économique, dernière rangée (celle dont le dossier s'incline à peine), ma remuante Isis sur les genoux, pour une douzaine d'heures dans le ciel de l'hémisphère Nord. Je savais bien que ce nouveau monde était en pleine évolution; j'avais suivi de loin les rebondissements de son développement, les commentaires des journalistes enthousiasmés; j'avais vu les images qui couraient la planète et décrivaient à grands coups d'exclamations un pays en pleine mutation, mais c'est malgré tout avec surprise et curiosité que j'ai trouvé cette autre Chine, différente de celle que j'avais connue et qui était restée intacte dans ma mémoire, malgré le balayage des médias. Je me retrouvais bien loin du milieu des étudiants de Pékin, où les étrangers étaient parqués dans le "jardin de la cuillère", à deux pas du grand lac du campus, Beida, l'Université de Pékin, où j'allais suivre chaque jours des cours de littérature moderne, en m'accrochant laborieusement aux explications des professeurs. La vie y était facile pour nous autres laowai1 : nous étions dorlotés, bien chauffés, nourris délicatement, douches ouvertes à toute heure. Je me souviens que, pour avoir le superflu, nous pouvions échanger au noir jusqu'à cent quatre-vingts Rmb un billet de cent FEC. Les Foreign Exchange Currency étaient alors la monnaie réservée aux étrangers, cet argent qui seul permettait de faire des emplettes dans les magasins de l'Amitié où l'on pouvait trouver des marchandises rares et pourtant de première nécessité, Beida où nous autres, malgré notre bourse pleine, ne pouvions pas toujours acheter notre pain brioché du matin car nous n'avions pas droit aux tickets de rationnement de céréales (nous étions riches), et c'était au bon vouloir de l'aimable employé du magasin d'Etat de décider si oui ou non, nous pourrions déjeuner de tartines; Beida de Mai 89 aussi, des rêves fous, des jeunes qui trouvaient à faire exploser un dynamisme et à étancher une soif d'expression. Les élans parfois
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Etrangers. 18

dépassaient la mesure, juste comme dans un jeu d'enfants où l'on se demande jusqu'à quelles limites on peut aller. Les haut-parleurs nasillaient à tue-tête; tout à coup une voix dans la foule appelait à une manifestation spontanée et un cortège se formait, défilant autour du campus. Cela pouvait arriver à deux heures de l'aprèsmidi, à minuit, n'importe quand... Pékin, j'y ai encore de merveilleux souvenirs, des rencontres inoubliables, beaucoup d'artistes en y réfléchissant... Celui-là, que je croisai dans un bus lors de ma première découverte de la Chine en 87, avec sa démarche de ToulouseLautrec, et avec qui je parcourus un bout de chemin, je l'ai retrouvé deux ans plus tard. Comment oublier ce visage d'ange... La seule et unique fois où j'assistai à une « party» entre francophones et personnels d'ambassades... ou plutôt m'y étais-je perdue, comme un chien au milieu d'un jeu de quilles, de nouveau ce visage m'avait frappée. Apparemment, tous les chemins qu'il empruntait le ramenaient au monde parallèle des Occidentaux, attiré comme par un aimant, de cette façon un peu malsaine qui suscite l'embarras et la méfiance parfois, car dans ce pays d'où l'on ne sortait pas facilement, toute manœuvre était bonne dans certains esprits pour s'ouvrir une voie vers un visa pour l'Ouest. Six ans avaient passé depuis cette année charnière; j'entamais donc un nouveau tronçon de ma route de la soie, endossant un statut tout neuf où se mêlaient les composantes de mère de famille, de patronne improvisée et d'étrangère de province... Je m'aperçus vite que j'étais la seule représentante de ce genre dans les environs, puisqu'en l'espace de trois années il ne me fut donné de croiser dans cette petite ville qu'un ou deux visages occidentaux.. . Notre installation se fit lentement et sur le mode "local" car, comme tout le monde, nous attendions l'occasion de sauter sur le premier appartement qui pointerait à l'horizon de Linhai. Il nous fallut ainsi attendre un lieu de vie privé pendant près d'un an. Les logements manquant, les nouvelles constructions qui commençaient à s'élever dans le paysage étaient rapidement enlevées par les spéculateurs. Les populations vivaient donc entassées, cohabitant souvent à plusieurs familles.

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Nos dix premiers mois se passèrent donc à la «chinoise», chez mes beaux-parents, Nainai et Yeyel, famille sur famille. Certes nos recherches n'avaient pas toutes été infructueuses. Nous avions bien eu l'occasion, par une «relation», de nous installer dans un meublé pendant quelques temps. Terriblement vilain, ce logement, fonctionnel et d'un confort tout relatif, me rappelait nos intérieurs des années cinquante, mais j'avais le sentiment d'être enfin un peu chez moi. Très vite pourtant cet intermède prit fin car après quelques semaines la propriétaire eut besoin, en l'espace de quelques jours, de récupérer son logement. Nous étions supposés libérer les lieux pendant deux ou trois semaines et les retrouver par la suite, jusqu'à la prochaine fois... J'étais préparée à l'imprévisible, mais la chiquenaude était un peu forte et je ne me sentais pas la docilité ni l'humeur d'entamer une partie de ping-pong: d'avance je déclarai forfait. Nous migrâmes de nouveau chez Nainai et Yeye, dont la porte était toujours ouverte, et reprîmes nos recherches en espérant trouver un toit plus stable. Après de nouveau plusieurs mois d'attente, Gugu2, ma bellesœur, nous annonça avec joie que deux pièces s'étaient libérées audessus de chez elle, qui, bout à bout avec le débarras contigu, pouvaient faire un très bon logement. C'est ainsi que nous sommes entrés dans notre premier appartement... Désirant faciliter notre installation, Gugu se chargea, en notre absence, de faire nettoyer cet espace béni: peinture blanche et papier, linoléum... Elle se montra d'une grande gentillesse en prenant sous sa responsabilité, et à notre insu, toute notre installation, dans ses moindres détails, allant jusqu'à meubler notre nouvel intérieur... à son goût, évidemment. Pour une surprise, c'était une surprise et c'est ainsi que de retour en Chine, après notre première visite annuelle en France, nous avons découvert une enfilade de trois salles que le couloir commun de l'immeuble séparait de la «pièce d'eau» (à savoir simplement: pièce où se trouve l'arrivée d'eau). Nous logions dans une ancienne banque désaffectée. Mais ne pas se méprendre, ni s'imaginer des locaux à l'atmosphère feutrée, tendus de moquette, aux huisseries impeccables. Pour avoir une idée juste, il faut se figurer un bâtiment des années cinquante pleine
I 2 Papi et Mamie. Tante paternelle, pour mes fiIles.

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