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J'ai atterri chez les ch'tis

De
118 pages
Si l'on naît dans cette Afrique des désastres, peut-on un jour espérer être enfin maître de son destin ?
Menda, 1977. Pays imaginaire d'Afrique noire. Eloïse se retrouve mère de trois enfants sans mari ni ressources. Malgré les épreuves elle s'accroche. Ténacité ou chance, elle devient une CH'TI par adoption...
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J'ai atterri chez les CH'TIS...

DANIELE MERVEILLE MVOTO

J'ai atterri chez les CH'TIS...

L’Harmattan

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanado.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-10432-7 EAN : 978229610432-7

Pour les identités du pays ch’tis.

Il y avait des jours où je me demandais ce qu'était la vie ? Méritait-elle vraiment d'être vécue ? Et puisque je ne pouvais penser à la vie sans évoquer la mort, et si je meurs que deviendrais-je après ? Cependant, la science et la religion, ces deux concepts m'emmenaient souvent à me poser la question de savoir lequel des deux a le plus de logique ? Si Dieu est omniprésent, omnipotent, omniscient c'est qu'il est le tout-puissant, et s'il est le tout-puissant et qu'il est à la tête de tous les hommes et de toute la terre, il doit sûrement être bon et très généreux ; alors s'il est si bon et si généreux pourquoi n'aide-t-il pas les hommes ou pas assez ? Il m'arrivait souvent de regarder autour de moi, la vie des autres : d'un côté la tristesse, la souffrance, la misère, la violence, la famine, les impies, les guerres, la révolte, la malchance, la haine, la jalousie etc. et de l'autre côté la joie, le bonheur absolu, la bourgeoisie, la douceur, la luxure, la morale, la chance, l'amour etc. et je n'arrêtais de me demander, quand est-ce que le bon Dieu mettra-t-il fin à toutes ces inégalités, à toutes ces injustices sociales ? Pourquoi n'est-il pas toujours là quand on a besoin de lui ? Pourquoi le plus souvent arrive-t-il en retard ? Après avoir longtemps observé la vie des autres, je me retournai vers la mienne, quel en est son sens ? À quoi ressemble-t-elle ? Et puis je me posai la question de savoir qu'ai-je donc fait pour la mériter par rapports aux autres ? Comment ai-je fait pour me retrouver là précisément à cette place où je me trouvais ?

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Je voulais comprendre et pour cela il me fallait remonter dans le temps, retracer le cycle de ma vie ; ce qui me ramena en 1977 dans l'intra muros de Menda, beau pays de l'Afrique noire situé entre les pôles, avec ses forêts, ses montagnes, ses rivières et ses saisons. A Menda, habitait une population charismatique, nous croyions en Dieu, mais avec l'évolution des temps, la société s'était transformée en faveur de la modernité, les mœurs avaient beaucoup changé, nous croyions aussi aux progrès de la science et de la technologie. Certaines traditions avaient très vite été délaissées au profit de l'évolution mais nous étions aussi des Africains noirs, les racines de la société africaine telles que l'amour, le partage, le respect des aînées, la solidarité, la foi, eux ne devaient pas disparaître. La société divisée en trois classes sociales dont les riches, les pauvres et les moyens, était en grande partie constituée de moyens et surtout de pauvres mais aussi minée de fléaux tels que la corruption, la prostitution, la délinquance et l'injustice sociale. C'est dans ce tourbillon de misère et de pauvreté que chaque famille s'activait et se fixait des objectifs à atteindre dans l'espoir très prochain du renouveau ; et moi j'étais élève en classe de CM2. Un samedi après-midi, une grande pluie venait de s'abattre, le ciel redevenait clair, quelques éclats de soleil cherchaient à recouvrir le ciel quand soudain, un grand bus s'arrêta devant notre maison Les voitures ne venaient pas souvent dans notre quartier, c'était plutôt rare et surprenant de voir un bus y venir et s'arrêter si familièrement. Ma mère ouvrit à moitié le rideau de la porte pour voir ce qui se passait devant sa cour quand elle vit tante Michèle sa sœur aînée y descendre avec un grand sourire.

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- Estelle, où es-tu avec les enfants ? Vite habillez-vous tous, mettez vos plus belles robes, vos plus belles chaussures et entrez tous dans le bus ordonna-t-elle. A peine ma mère voulut lui demander ce qui se passait et où est-ce qu'on allait, elle était déjà entrée dans la chambre de ma mère, devant sa garde-robe, puis dans la salle de bain : produits de maquillage ... mon père non plus ne comprenait rien à ce qui se passait surtout que tante Michèle n'était pas souvent généreuse, presque jamais. Avait-elle vécu l'apparition de Jésus sur la croix lui signalant sa dernière journée de vie et apeurée cherchant désespérément un rachat, lorsqu’elle opta pour la bienfaisance ? Nous fûmes tous étonnés de la voir si enthousiasmée avec ce bus. Sans trop insister sur les précisions, nous montâmes tous dans le bus à l'intérieur duquel ne se trouvait que les cinq enfants de ma mère et aucun des siens. Dans le silence, nous nous regardâmes les uns, les autres durant tout le trajet; l'air interrogateur sans jamais obtenir de réponses, nous nous contentâmes de nous laisser conduire jusqu'à destination lorsque soudain, je lus écrit sur un grand panneau peint en blanc aux écritures toutes noires : AEROPORT INTERNATIONAL de Ndi la capitale de Menda. - Ouah !!! Je criai de joie en lisant cette inscription. Bien que ce ne fut pas la grande joie pour tous, moi j'étais impatiente d'arriver à l'intérieur, de voir les avions, je savais à présent ce que tante Michèle avait prévu, ce qu'était sa mystérieuse surprise : la visite de l'aéroport, j'allais enfin voir un avion tout près de mes yeux, j'allais enfin pouvoir le toucher de mes mains et non plus le contempler, passer au loin dans le ciel. J'étais si heureuse que cela frustra finalement mes deux sœurs et mes deux frères mais 9

c'était une opportunité extraordinaire pour moi, surtout venant de tante Michèle. J'espérais même que notre joie favorise son pardon et sa repentance auprès de Dieu et qu'il lui accorde encore longue vie sur terre, mais je ne compris pas pourquoi mes sœurs me regardaient si méchamment, me menaçant même du regard, aucune d'elles n'exprima le moindre sourire, même pas une seule fois, du départ de la maison jusqu'à notre arrivée à l'aéroport. - Bah ! Me dis-je intérieurement. «Je souhaite attendre voir l'atterrissage et si possible le décollage, le toucher et peut-être qu'avec un peu plus de chance, je pourrai y monter juste 10 minutes et discuter avec des vrais pilotes» c'était à-peu-près l'image d'un rêve qui allait se concrétiser ou tout au moins avoir une précision. Depuis mon très jeune âge, je ne supportais pas l'idée de laisser passer un avion dans le ciel sans courir le voir. Rien que le fait de le regarder jusqu'à disparition totale me procurait un énorme plaisir. Parfois même j'abandonnais mon assiette de repas pour aller le voir passer devant la cour et maman courait sans cesse derrière moi pour que je retrouve mon assiette tant qu'elle était encore chaude. C'était si douloureux de rentrer à l'intérieur de la maison pendant que l'avion survolait visiblement le ciel, peu m'importais si je mangeais froid où glacé, j'étais si triste à l'idée de ne pouvoir le regarder passer, je n'avais plus faim si cela arrivait. Ma mère finit par me comprendre et décida de ne plus me priver de ce plaisir qui m'obstinait tant. - Tiens Eloïse, écoute le bruit, voilà un avion qui arrive dépêches-toi d'aller le voir et tant pis si tu manges froid. Toute souriante, je courais dans la cour. Après son passage, je revenais manger et cette fois pour finir mon assiette. 10

Heureuse, je recouvrais le visage de ma mère de bisous. Ma seule déception restait d'entendre passer l'avion pendant que j'étais à l'école car avec Madame Cressence mon institutrice, j'avais beau essayé tous les arguments pour la convaincre, mais elle n'acceptait pas que je sorte de la salle de classe juste pour voir passer un avion. - Eloïse, je ne peux pas céder à ce genre de caprices, si je cède un seul instant aux tiens, il sera très injuste de ne pas céder à ceux des autres et ça risquerait d'être un jeu sans fin. Ajouta-elle d'un ton ferme avec sa voix rauque. Je me contentais donc d'attendre pendant les récréations dans la cour de l'école, j'attendais impatiemment qu'un avion vienne survoler à cet instant et que je puisse le regarder passer, j' en fabriquais même avec des feuilles de papiers blancs avec des coloris divers de part et d'autres de mon choix et j'attribuais des noms divers et des sigles aux différents avions, au moment du passage d'un avion, je soufflais dedans, le laissant survoler à la plus grande hauteur que possible et j'entrainais mes camarades avec moi, c'était des moments d'intense bonheur, j'en offrais même à Madame Cressence, à mes parents, à mes grandsparents et à tous ceux que j'aimais bien. Quand je serai grande, je serai pilote de ligne. A Menda, nous croyions en la toute-puissance de la foi, le destin était un dessin de Dieu, alors le rêve de cette petite-fille que j'étais se réalisera, je le répétais très souvent : « je serai pilote de ligne » et j'aimais bien m'imaginer aux commandes d'un avion à conduire plusieurs passagers dans diverses destinations. Et enfin ce jour, pour la première fois j'entrais dans un aéroport. - On est arrivé ! S'exclamait tante Michèle. 11