J'avais dix ans en 1939

De
Publié par

Récit de tout ce qu'a vécu un jeune garçon de 1939 à 1945, dans son village agricole et minier du Pas-de-Calais, J'avais dix ans en 1939 raconte l'enfance heureuse de l'auteur, puis les tourments causés par l'irruption de la guerre, et les promesses d'un monde meilleur avec la Libération.
Publié le : jeudi 1 novembre 2007
Lecture(s) : 230
EAN13 : 9782296184725
Nombre de pages : 138
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

J'avais dix ans en 1939

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04354-1 EAN : 9782296043541

Roger FINET

J'avais dix ans en 1939

L' Hannattan

Graveurs de mémoire
Dernières parutions

Paul VANNIER, Un si bel été, Petits mémoires de la Drôle de Guerre, 2007. Djibril Kassomba CAMARA, Mon itinéraire, 2007. Tassadite ZIDELKHILE, Tatassé. Mes rêves, mes combats. De Béjaïa à Ivry-sur-Seine, 2007. Françoise et Révaz NICOLADZÉ, Des Géorgiens pour la France, 2007. Bernard NGUYEN, Entre le Capitole et la Roche Tarpeienne, 2007. Jacqueline BRENOT, La dame du chemin des crêtes, 2007. Pierre AMIOT, Nomades desjleuves et de la route, 2007. Fateh EMAM, Au-delà des mers salées..., 2007. François ESSIG, En marche vers le 21émesiècle, 2007. Doris BENSIMON-DONA TH, Quotidien du vingtième siècle. Histoire d'une vie mouvementée, 2007. Antoni JAXA-BYKOWSKI, Le sourire de Maman. Un enfant à Auschwitz et Mauthausen, 2007. Xavier ARSENE-HENRY, «Arrêtons-nous quelques instants », ime étape du long voyage d'un architecte, 2007. Jean-Jacques BERNARDINI, En route pour Varsovie, 2007. Francine AUGUST -FRANCK, Les feux follets de bourg d 'Iré, 2006. Boubacar COULIBAL Y, De Tombouctou au Lac Léman, 2006. Francis DUCREST, L'aviateur, 2006. Maurice et Stéphane WOLF, Es Brennt, un combattant dans la tourmente,2006. Jacques NOUGIER, Carnet d'Afriques, 2006. Mathilde POlRSON (coord.), Sur le chemin du cœur, pour un pas de plus, 2006. Nicolle ROUX, Midinette militante chez Nina Ricci, 2006. André COHEN AKNIN, La lèvre du vent, 2006. Pauline BERGER, Les Vieilles, Album, 2006. Raymond Louis MORGE, Trois générations de salariés chez Michelin, 2006.

Aux adolescents et à leurs grands-parents, désemparés, meurtris parfois, par les égoïsmes et les excès du monde actuel. La difficulté d'être heureux et la soif de toujours plus de bonheur se perpétuent d'âge en âge. Les uns et les autres pourront en parler, afin de mieux se comprendre et s'efforcer de faire croître l'amour partout et toujours.

L'intégralité des droits d'auteur sera versée à l'association SOS Villages d'Enfants: « dontl 'object(l est de permettre aux el?fànts accueillis, séparés de leurs parents pour raisonslàmiliales graves, de se reconstruire grâce à l'engagement d'une mère SOS, dans une maison familiale où ils grandissent avec leurs frères et sœurs. )}

)réambule

Laurènc a treize ans. Elle a lu en grande partie le présent manuscrit et m'interpelle: - Tu sais Papy, je crois que j'ai trouvé le titre de ton livre. Tu devrais l'appeler le roman de ma jeunesse. Il est vrai que mon adolescence est un véritable roman, avec SOilcadre de vie aujourd'hui disparu, ses aventures rocambolesques: les camarades de l'école communale habitant les corons, entourant notre grande maison; l'irruption de la guerre, l'évacuation panni la foule des fuyards; notre village vidé, pillé, son occupation par les troupes allemandes; Bijou et César, les deux percherons qu'il m'arrivait de conduire seul dans les champs, en regardant filer au dessus de nos têtes les chasseursbombardiers faisant exploser la gare voisine; les centaines de cercueils alignés dans la salle de sport; les actions de résistance, dramatiques ou comiques; l'amitié, l'entraide, réactivées par la guerre. Les problèmes intimes d'adolescent, bataillant avec son propre corps et son propre cœur, et se rendant compte combien il est difficile d'apprendre à aimer corps et âme. Tous ces fàits je les ai vécus, les yeux, les sens, un esprit curieux, grands ouverts, comme ceux d'un enfant découvrant l'amour et la folie meurtrière des hommes.

J'ai retrouvé au fond d'un carton, quelques-uns de mes journaux crayonnés de temps à autre pendant des années, sur des cahiers d'écoliers. Mémoire de mon enfance, gribouillis d'écolier me permettent de raconter aujourd'hui, comme je les ai ressenties hier, les turbulences d'une adolescence particulière, en temps de guerre, dans mon village agricole et minier du Pas de Calais. Ce livre est-il destiné aux grands-parents, aux adolescents, ou aux deux? Les Papis et Mamies de plus de 75 ans (environ cinq millions en l'an 2000 d'après l'INSEE), se rappelleront avec émotion ce qu'ils ont vécu, eux aussi. Ils seront certainement heureux d'en parler, ou de le faire lire, à leurs petits enfants (Les 10-15 ans constituant une population équivalente à celle de leurs grandsparents ). Les adolescents d'aujourd'hui constateront que la soif de jouir de la vie et le mal de vivre constituaient aussi le quotidien des adolescents d'hier. L'art d'aimer est en perpétuelle mutation et slIscite toujours la même espérance. Les amoureux de tout temps peuvent s'entendre et se comprendre.

8

I

Jours heureux de mon enfance « En ce jour heureux et mémorable, où nous allons, pour la première fois... » Je commence à réciter mon Acte de renouvellement des vœux du baptême d'une voix claire et forte. Je connais le texte par cœur. A la maison, on me l'a fait assez souvent répéter. Le silence dans l'église est impressionnant. Tout le monde m'écoute attentivement. Premier du catéchisme, parlant au nom de tous les autres communiants, je n'ai pas le droit de faire la moindre erreur. On en parlerait! Debout sur un prie-Dieu, au milieu de l'allée, pantalon long, veste et cravate sombres, brassard de soie blanche brodé d'une croix et d'un agneau pascal, je tiens de la main droite un cierge allumé. Un gros cierge d'au moins deux kilos, le plus gros que maman ait pu acheter. Groupés autour de moi, mes camarades n'écoutent pas. Ils s'agitent et essaient de repérer, dans la foule, les oncles, tantes, cousins, cousines, venus pour la grande fête des communions. Ouf! J'en ai terminé sans avoir commis une seule faute. Le curé, l'abbé Weppe, a l'air content. Je descends de mon prie-Dieu, pendant que les participants entonnent un cantique qui emplit la nef et fait vaciller la flamme des cierges.

Les communiantes suivies des communiants remontent l'allée centrale, en procession. La messe va commencer. Je suis soulagé. Arrive le moment de la quête. Les deux premiers du catéchisme, fille et garçon, sont à l'honneur. Odette, habillée comme une mariée, gants blancs et aumônière, quête dans les rangées de droite. J'ai celles de gauche. Au fond de l'église beaucoup de gens sont debout. Et voilà l'oncle Jean venu de Maries, l'oncle Augustin de Bruay. Ils déposent leurs pièces dans mon plateau, en me faisant un clin d'œil. Les cousins, les cousines. Tous sont là, pour moi. Aujourd'hui, je commence à me sentir quelqu'un. Fin de la messe. Nous nous remettons en rang pour la procession de sortie. Les fidèles se bousculent pour être les premiers dehors et pouvoir prendre les photos. Sous le porche, l'abbé Weppe rappelle d'une voix forte que les vêpres sont à dix-sept heures. Sur le parvis, appels, rires, embrassades. Je cours vers le côté droit de l'église où l'auto est stationnée. Papa est déjà au volant, mes deux sœurs à l'arrière. Maman, sur le trottoir, tient la portière ouverte: - Dépêchons-nous. Il ne faudrait pas arriver en retard aux vêpres!

En moins de dix minutes nous arrivons à la maison. Les grandes portes en fer sont ouvertes. Papa range la Renault au fond de la cour. Nous descendons. Maman part vite, voir si tout se passe bien en cuisine. Nous attcndons l'arrivée des invités. Leurs voitures se rangent près de la nôtre. La Chenard de l'oncle Augustin, la Traction avant de l'oncle Jean, la Citroën de parrain. La fête commence. 10

À l'intérieur de la maison, ça sent drôlement bon. Je passe par la cuisine, pour voir ce qui s'y mijote. La cuisinière, que Papa est allée chercher chez elle, tôt ce matin, a étalé ses couteaux et autres instruments sur une grande serviette de table. Elle s'active près des fourneaux. Blanche, qui vient de temps à autre faire du repassage, l'assiste aujourd'hui pour la préparation du festin. Je soulève un couvercle, regarde à l'intérieur de la casserole: - Veux-tu laisser cela. Ta l'face n'est pas ici! Blanche me fait sortir de la cuisine, avec une tape sur les fesses et un grand éclat de rire. Dans la salle à manger et le salon réunis en une seule pièce, la longue table avec sa nappe immaculée et son alignement parfait d'assiettes et de verres. Le nom des convives mentionné sur les menus précise la place de chacun. Les enfants ont été regroupés en bout de table, au plus près de la cuisine et de la cour. Blanche et la cuisinière ont mis un tablier blanc pour assurer le service. *MENU Du 28 Mai 1939

Potage Crème de Laitues Langouste en Bellevue Bouchées à la Reine Filet de BlEufaux Champignons et Jardinière Glace redora avant la pause prévue pour les vêpres.
De temps à autre, nous entendons les adultes parler de Croix-de-Feu et d'Hitler. Quelques éclats de voix. Il

Heureusement, Papa sait lancer une plaisanterie pour détendre l'atmosphère.
Entre deux plats, quand ça traîne un peu, je file en douce dans la cour avec Jean-Claude, le petit cousin. Nous nous installons, l'un après l'autre, au volant de chaque voiture et faisons semblant de conduire. À cinq heures moins le quart, il faut partir pour les vêpres. Trois voitures suffisent. Les invités qui ne trouvent pas à s'y caser, n'ont pas l'air mécontents de rester. L'église n'est qu'à moitié pleine. Quelques prières, quelques cantiques, et nous revenons à la maison pour terminer le repas. Asperges S'auGe Mousseline Poulets Noyellois Truifés Salade Mimosa Tarte Florentine Dôme Roger (pièce montée avec au sommet un petit communiant, grand comme le pouce.) Friandises Fruits et Petits- Fours. Je n'aime pas tellement la pièce montée. Ai d.donnant mon assiette, je fais le tour de la table pour remettre à chacun une image, souvenir de ma communion. Vins et Champagne. Exceptionnellement, j'ai le droit d'en boire un peu. L'oncle Paul se lève. On l'applaudit. Il chante ma cigarette. Puis c'est le tour de Papa avec sa tendre Petite Jeannette. Cousine Christiane se met au piano. Son grand frère, Jean, sort un paquet de cigarettes anglaises. Il m'en 12

offre une. Je regarde Maman qui me regarde, avec un beau sourire dans les yeux: - C'est un grand jour, celui de ta communion. Je t'autorise à enfumer la moitié d'une. Jean approche la flamme de son briquet. J'aspire et souffle vite, fièrement, la fumée. La nuit est tombée. Trop rapidement selon moi, un oncle, puis les autres se lèvent pour partir. Déjà, dans la cour, les moteurs se mettent à tourner. Phares allumés, les voitures font, l'une après l'autre, marche arrière marche avant dans la nuit. Avant de fermer le portail, nous regardons les feux rouges s'éloigner. - Rentrons, on rangera demain: dit Maman. Ce n'est pas gai de voir la nappe blanche tachée de vin, les verres et les bouteilles vides, de sentir l'odeur froide de la fumée de tabac. Le bonheur passe bien trop vite! Il y a bien lon6>1emps, Noyelles-sous-Lens ne comprenait que quelques fermes au milieu des champs. Rasé par la Grande Guerre, notre vi1lage a été reconstruit d'autant plus rapidement que l'on avait découvert sous terre d'importants gisements de charbon et fait venir des milliers d'ouvriers polonais pour en assurer l'exploitation. En l\1il neuf cent trente neuf, il ne reste que six fermes. Les cultivateurs essaient de conserver quelques hectares de terre cultivables. Le reste est absorbé par les chevalets des mines et la construction de corons, alignements de maisons toutes pareilles réservées aux mineurs. Notre maison est cernée de corons. À l'école communale, presque tous mes camarades sont des fils de mineurs, pour la plupart polonais.

13

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.