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«Le Temps d’un silence»
Chronique calédonienne L’Harmattan 2005 récit

Méthodes pédagogiques :

«Communiquer en anglais à l’hôpital»
Estem, 2004

«Réussir son stage en anglais à l’étranger»
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De Boeck, 2006

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De Boeck, 2007

Photo de couverture Denis Lenoble

À Geneviève,

1

J’avais

quatre heures...

Dans le lit en fer blanc, les yeux fermés, je rêvais de la mer chaude à laquelle je venais d’être arrachée. On ne m’attendait pas. L’autorité médicale avait avisé mes

parents – « Ce sera un beau garçon ». Les deux cœurs battant à l’identique dans le ventre maternel avaient dupé le diagnostic du médecin. Les br uits ronds, étouffés, du ventre maternel

cédaient la place aux sons aigus, stridents et affolants du monde perturbant. Mes sursauts témoignaient de leur passage près de moi. Ma mère, déjà distante, me donnait le sein. Il était chaud, à peine rassurant. Il fallait le partager. J’avais

besoin de peu. Près de moi, un corps jumeau, en tout point dissemblable au mien. Et pourtant, nous sortions du même

ventre, le même jour. L’infirmière d’une voix étrangère nous informait rapidement de notre identité – « Ce sont des fausses... ». Je reprenais contact avec le corps de ma jumelle dans le lit que nous partagions ou dans ce landau aux formes énormes, encombrantes et déjà démodées. Ce faux double me tenait compagnie, continûment.

10

2

J’avais

un an. Un peu plus peut-être.

Enfermées dans le même parc en bois, nous partagions ma sœur et moi nos jouets, nos pleurs et nos attentes. Sa main se tendait souvent. Je l’embrassais ou la mordais. Je marchais la première et escaladais ces barreaux démesurément hauts. L’attirance de l’indépendance avait déjà sur moi posé son dévolu. Mon frère, de deux ans mon aîné, me narguait avec ses jeux et sa liberté. Ma sœur pleurait de me voir s’éloigner. Je pleurais d’être remise dans cette prison enfantine. L’inaccessible m’appelait, mon frère me défiait, ma jumelle me retenait. Je méprisais ses épaules et m’en servais pour escalader la haute barrière qui mène vers l’irrésistible inconnu. Cet enclos garantissait à la « bonne » une tranquillité qui