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J'étais Black Dragon

De
276 pages
Le 31 décembre 1983 en région parisienne, aux premiers balbutiements du mouvement zulu, un groupe de jeunes se forme pour lutter contre les Skinheads : les Black Dragons. Du combat contre les extrémistes skins pour le contrôle des rues de la capitale, à l'inévitable guerre des gangs qui a enflammé une partie de la jeunesse francilienne, en passant par l'implantation de la culture hip-hop qui a bouleversé les mentalités, ce livre retrace l'évolution du mouvement et son influence sur les générations suivantes.
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J’étais Michel Patrick LONOH
Black Dragon
Histoire d’un militant noir en France
Le 31 décembre 1983 en région parisienne, aux premiers
balbutiements du mouvement zulu, un groupe de jeunes,
spécifquement formé pour lutter contre les Skinheads, se
forme : les Black Dragons.
Installés sur le parvis du quartier d’afaires de La Défense, les
Dragons revendiquent, sans complexe, leur appartenance et
les raisons de leur existence…
Du combat contre les extrémistes skins pour le contrôle
des rues de la capitale, à l’inévitable guerre des gangs qui a
enfammé une partie de la jeunesse francilienne, en passant J’étaispar l’implantation de la culture hip-hop qui a bouleversé les
mentalités, J’étais Black Dragon est un témoignage retraçant
l’évolution de ce mouvement militant et son infuence sur
les générations suivantes à travers le parcours et la vie de Black Dragon
son auteur ; une plongée sans scaphandre dans les réalités
et l’idéologie de ce qui a été « la plus grande bande de Histoire d’un militant noir en France
France ».
Michel Patrick Lonoh, l’auteur et narrateur, par
ailleurs artiste engagé, a été un membre éminent du
Black Dragon Force. Né à Kinshasa, il arrive en France
en 1977 et s’installe avec ses parents à La Défense. C’est
là, enfant, qu’il croise Yves, Paul, Félix et les autres…
Qui deviendront, bien plus tard, les Black Dragons.
ISBN : 978-2-343-00494-5
22,50 € 9 782343 004945
J’étais Black Dragon
Michel Patrick LONOH
Histoire D ’un militant noir en France





J’étais
Black Dragon




































© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-00494-5
EAN : 9782343004945 Michel Patrick LONOH



J’étais
Black Dragon

Histoire d’un militant noir en France



































… à mon père,
Lonoh Malangi Bokelenge Michel

… à ma mère,
Mola Ngampwo Nkanka Anne-Marie






























































Avant-propos…


Le mouvement Black Dragon est né au milieu des années
80, dans la région parisienne. Les Black Dragons ont été une
réponse à la montée en puissance d’une forme de racisme
extrême et décomplexée, suivie de son cortège de violence
sur le terrain. Même si les médias n’en parlaient que très peu,
ou que peu ont eu à l’idée de porter plainte, beaucoup de
jeunes originaires d’Afrique noire, des Antilles et du
Maghreb ont, à cette époque, subi les violences skinheads.
Pendant et au sortir de l’adolescence, la confrontation à ces
vérités du monde nous a obligés à des choix. A l’image des
Black Panthers aux Etats-Unis, dont nous nous proclamions
héritiers, les Black Dragons en France ne pouvaient qu’être
réalité, sur le très long chemin sinueux, tortueux et
« piégeux » de la lutte sous-entendue du Noir en France ; du
Noir de France !
On parle le plus souvent de l’histoire des jeunes guerriers
Dragons et de leur combat face à la jeunesse extrémiste et
néonazie : les Skinheads ! L’on parle encore bien plus du
phénomène zulu et des guerres de gangs successives qui ont
opposé les Dragons à d’autres groupes de jeunes,
principalement les Requins Juniors et Mendy Force, pendant
plus d’une décennie. Il faut savoir avant tout que le
mouvement Black Dragon, comme nous le concevions dans
les débuts, était une organisation structurée avec, bien sûr, la
prédominance d’une cellule paramilitaire urbaine, non armée,
basée sur la pratique et la maîtrise des arts martiaux… Mais il
y avait aussi une vision toute « intellectuelle » dans les
fondations combattantes et culturelles que, modestement,
nous incarnions, en compagnie de tant d’autres ; une sorte
d’union entre une ancestrale philosophie des arts martiaux et
une culture hip-hop naissante avec pour témoin présent, le
temps. Dans la conception et la représentation du Black
Dragon, l’idéologie, ainsi que la réflexion, avaient une place
7
primordiale ; une idéologie forgée par nos expériences
propres et communes, ne venant pas exclusivement des
banlieues parisiennes, mais bien au-delà… En effet, les Black
Dragons sont nés d’une idéologie, et à la base de cette
idéologie, nous retrouvons des fils de diplomates et hauts
fonctionnaires africains implantés en France pour une période
prédéterminée. Ils étaient pour la plupart étudiants, et
entouraient le chef des BD : un Haïtien, Yves Madichon dit
« Yves Le Vent ».

Les Black Dragons ont pris corps au cœur du mouvement
zulu ; donc adeptes des préceptes de la « Zulu Nation », en
plein essor avec l’expansion de la culture hip-hop. « Peace
and Unity ! » en était la devise.
Parmi les précepteurs de la « Zulu Nation » venant
d’outre1Atlantique, citons l’artiste Afrika Bambaataa . Sa venue à
Paris a été un déclencheur. Afrika Bambaataa, prônait
l’unification de la jeunesse mondiale sur des valeurs
culturelles néoancestrales… Cependant, bien avant son
discours, le nom même d’Afrika Bambaataa, nous parlait ! Ce
nom faisait le lien entre l’Afrique d’où nous venions et les
States que nous rêvions… Un lien quelque peu paradoxal et
« triangulaire », car, de France, nous lorgnions vers le
« Nouveau Monde », et lui nous incitait à regarder à l’opposé,
vers l’Afrique. Il nous a poussés à nous regarder
nousmêmes, sous un autre angle.
Les pères du mouvement zulu, eux-mêmes descendants
affirmés des Kunta Kinté, Martin Luther King ou Malcolm X,
ont réussi à décomplexer une partie de la jeunesse hexagonale
sur la question des origines raciales et sociales ; sur la fierté
simple à porter un nom, bien que différent de la majorité ; sur
le fait que des States, à la culture moderne vénérée, des
jeunes gens choisissaient sciemment de s’appeler

1 Afrika Bambaataa : Afro-américain né le 19 avril 1957 dans le Bronx à
New York. De son nom Kévin Donovan il est l’initiateur et le fondateur
de la « Zulu Nation ».
8
« Bambaataa », alors que le monde entier n’avait d’yeux que
pour les Etats-Unis d’Amérique, leur langue, leur accent, leur
grandeur, et bien sûr, la consonance de leurs noms. La « Zulu
Nation » a fait prendre conscience à toute une génération que
l’art ou la créativité émanant de son propre environnement
avait droit de cité et n’avait rien à envier à l’art dit
« officiel » ; celui qui avait toute la représentation
télévisuelle…
Au niveau individuel, cette approche nouvelle a engendré
chez la plupart des jeunes de ma génération, une quête de
reconnaissance et une affirmation de l’origine avec zèle. Cela
ne pouvait que nous ramener à nos propres origines ; au
symbole de la « Terre Mère Afrique », et au lien certain entre
tous les Hommes du monde et cette « Terre Mère » que la
« Zulu Nation » exhortait… Le tout étant bien entendu servi
au travers d’une certaine culture américaine, car l’exemple
venait des States.
Sur un très court laps de temps, le mouvement zulu a été la
clef de voûte d’un changement de comportement radical et en
masse d’une partie de la jeunesse ; bousculant tous les codes,
les premières bandes ethniques se sont formées… Les
premières manifestations regroupant toute la communauté
zulu - zulu parties et autres - ont été organisées… Et les
premiers conflits n’ont pas tardé.
Si aujourd’hui nul ne peut nier la présence et la pratique du
rap à la base et au sommet de la musique mondiale, et même
hexagonale, ce n’était pas le cas dans les débuts. Le rap
n’était qu’une des figures du hip-hop, art de la rue… Et le
hip-hop lui-même n’était que la projection artistique et
culturelle du mouvement zulu ; le moyen d’expression du
courant de pensée zulu. Le hip-hop portait les symboles de la
« Zulu Nation » : langage, style vestimentaire, musique,
danse…


9
Depuis la fin des années 90, j’avais à l’idée de mettre par
écrit ma vision du mouvement zulu et ainsi expliquer la forte
influence des Black Dragons sur mon existence et celle des
générations suivantes. J’allais le faire un jour, mais je ne
savais pas exactement à quel moment. Cette pensée germait
tranquillement quelque part dans un des greniers de mon
cerveau, quand certaines découvertes personnelles m’ont
poussé à me pencher et à plancher sérieusement sur cette
partie de ma vie. D’abord, la disparition de mon père, Lonoh
Malangi Bokelenge Michel, survenue le 19 juin 2004, à
Kinshasa. Mon père était un militaire et un intellectuel. Il
était général dans l’armée congolaise et aussi journaliste,
écrivain, essayiste, ethnologue, musicologue, poète… Mon
père disait toujours être un fonctionnaire au service de son
pays. Toute sa vie, il avait su marier ces activités à priori
contradictoires… Le métier des armes n’empêchait, ni
n’altérait sa passion pour la littérature et la poésie. Il était
dans l’armée depuis quarante-quatre ans et attendait sa
démobilisation officielle pour se lancer pleinement et
totalement dans sa vie d’écrivain au moment où la maladie
l’a emporté. De ce fait, il avait plusieurs travaux finis et
projets en cours. Depuis ce moment, j’ai du, avec l’aide de
ma famille et certains écrivains et historiens congolais,
effectuer un travail de regroupement de ses œuvres, reprendre
un à un ses manuscrits, en faire la saisie en vue de les éditer,
ou les rééditer pour certains… Un travail titanesque que nous
sommes loin d’avoir fini…
Pendant le travail de saisie, j’ai découvert des facettes de
mon père que je ne soupçonnais pas. Enfant, il n’était que
mon papa. Ensuite, vers l’âge de seize – dix-sept ans, j’avais
découvert l’homme dans sa relation à l’autre, en dehors de la
famille ou de l’armée. Devant ses œuvres, j’ai découvert
complètement l’artiste écrivain. Dans l’un de ses manuscrits,
chose frappante, j’ai constaté que mon père avait une certaine
admiration pour les Black Panthers et leur combat. Cela
aurait pu, et même dû être une évidence, mais j’ai bloqué sur
10
la page ! Quelques secondes d’égarement, et mes idées se
sont envolées en remontant le temps ; me remémorant le
moment où mes parents, à Kinshasa, avaient reçu un journal
parisien dans lequel j’apparaissais au premier plan, vêtu de
noir, et arborant un béret militaire frappé des trois lettres :
1
« TBD ». Le journal titrait : « Les Black Dragons débarquent
à La Défense ! » Mes petites sœurs m’avaient rapporté que
ma mère était en colère. Quant à mon père, lui, une fois
l’article lu, ne faisait qu’en rire, plaisantant sur le béret. En
effet, l’article, dans son contenu, nous comparaît, toutes
proportions gardées, aux Black Panthers, en évoquant le
mimétisme visuel, nos revendications ainsi que les « armes »
que nous avions choisies pour combattre. L’article insistait
donc sur la pratique des arts martiaux et nos entraînements au
parc de Nanterre. Mon père avait tenté de convaincre ma
mère du côté « ludique » de la situation, en vain ! Elle
m’avait écrit trois lettres en une semaine, me demandant des
explications…
En revenant sur le paragraphe, j’ai su que mon père savait.
Il ne pouvait que savoir ce qu’était le fond de notre
mouvement. Ses études et recherches sociologiques l’avaient
amené à étudier la vie de personnes qui me ressemblaient à ce
moment-là. Ainsi, cela devenait une évidence que je me
devais d’entreprendre le travail.

J’ai commencé par rassembler mes souvenirs et, une fois la
rédaction entamée, je me suis complètement replongé dans
cette période de ma vie. Deuxième chose frappante ; en
recherchant mes premiers contacts avec le monde du hip-hop,
je me suis souvenu que c’était mon propre père qui m’avait,
pour la première fois, mis sur la voie de la culture hip-hop. Il
m’avait offert des disques et vêtements venant tout droit de
New York. En fait, en 1984, il avait effectué une tournée aux
Etats-Unis dans le cadre de ses fonctions. Il y a rencontré

1 The Black Dragon
11
mon oncle, Jack, installé à San Antonio dans le Texas depuis
1978. Ensemble, ils se sont rendus à New York et
Washington. Lors de son voyage retour vers Kinshasa, mon
père avait fait escale en France. Il y a séjourné près de deux
semaines.
De son voyage aux USA, il en revenait véritablement
impressionné et enthousiasmé. En tant que docteur en
Sciences de l’Information et de la Communication, il avait
visité certains salons et lieux d’exposition qui l’avaient mis
au fait des nouveautés à venir en matière de communication,
civile et militaire. Alors qu’en France nous savourions le
progrès avec le minitel, il nous a clairement fait comprendre
que nous n’avions encore rien vu de la révolution en cours
dans le monde des médias et de l’informatique… Il nous a
brièvement parlé des centaines de chaînes de télévision par
satellite, ou encore des spots publicitaires en plein film…
Chose que nous avions eu du mal à concevoir ! Aussi, il
m’avait trouvé un correspondant de mon âge dans l’état de
New York, prénommé Steve, pour que j’améliore mon
anglais et que lui, apprenne le français. Steve était le fils d’un
des membres de la délégation américaine venue à Kinshasa
en 1974 pour le combat Ali – Foreman ; et ces fameux
concerts, avec James Brown en vedette, qui allaient modifier
de manière significative la perception du rythme au niveau
mondial et poser les bases du hip-hop comme nous le
connaissons aujourd’hui. Steve et ses amis étaient déjà
imprégnés de cette culture urbaine. Mais le concret était que
mon père m’avait rapporté, sur les conseils de mon oncle
Jack, mes tous premiers « baggies » de marque « Phat
Farm », ainsi que des maillots de base-ball et de basket-ball
de toutes les grandes villes qu’il avait visitées ; mes
premières « grosses baskets » et d’autres, plus fines,
ressemblant à des chaussures de golf ; mes premiers disques
de rap ; et de la part de Steve, le film Warriors ; un film en
cassette vidéo que je n’ai regardé que beaucoup plus tard,
12
parce que pas adapté au système pal-secam, et ensuite, parce
qu’en version originale non sous-titrée !
Je me suis rendu à l’évidence que je possédais des affaires
qui allaient déferler sur la France quasiment dix ans après.
Même si aujourd’hui, grâce justement aux évolutions
technologiques, le retard s’est amenuisé, les fameux « dix ans
de retard sur les States » étaient une réalité. Je dois
néanmoins avouer qu’il m’a fallu un certain temps pour
comprendre cette mode qui venait d’outre-Atlantique et qui
tranchait net avec nos goûts vestimentaires de collégiens
assez « classiques » ; « Creeks », « Vans », « Acropole »,
« Blanc-Bleu » jusqu’à « Marithé et François Girbeau »,
« Weston », « Biscote » et autre « Spectors »… Et surtout,
j’étais loin de me douter que ce style nouveau initiait un
bouleversement de la mode et des mentalités pour plusieurs
générations !
Le souvenir de cette histoire avait fini de me convaincre.
J’ai plongé plus profondément encore dans mes recherches
pour la rédaction de cet ouvrage.

Quelquefois, en écrivant, j’avais les mêmes sensations
qu’alors… Je ressentais les mêmes émotions ; pas avec autant
d’intensité, mais presque ! Parfois, l’instant d’une seconde, je
me revoyais enfant, au pied de mon immeuble, à jouer au
foot… Ou encore, assis sur les marches de la Grande Arche,
en compagnie des Black Dragons, à rire de tout et de rien…
Parfois je ressentais la douceur de la vie à Kinshasa en
famille, et la minute d’après, je me remémorais mon stress
avant l’affrontement face aux Skinheads.
En rencontrant certains amis que je n’avais plus vus depuis
des années, j’ai vraiment compris, comme on dit : « On ne
change pas ! On évolue ! » La vie suit son cours et chacun
essaie de la vivre au mieux, au milieu des siens.
L’un de mes amis me faisait remarquer que, contrairement
à nous qui prenions visiblement de l’âge, La Défense, base de
nos enfances et adolescences, elle, rajeunissait sans cesse à
13
coup de liftings de façades et de nouveaux bâtiments,
toujours plus modernes. C’est plus que vrai ! Cette période
passée à La Défense a agi sur nous. Le béton des tours a aussi
agi !

Ainsi, en regroupant et en réunissant les éléments de ma
vie pendant cette période, je me suis rendu à cette autre
évidence que je devais tout autant parler de moi en tant que
« Dr Clean le Black Dragon », mais aussi et surtout en tant
que « Patrick, enfant de famille » ; deux « dénominations »
pour une même vie ; vie que j’ai toujours voulu
compartimenter, pour tenter de la contrôler. Dans mon idéal,
« Patrick Lonoh » et « Docteur Clean » seraient deux êtres
différents ; deux personnalités à la base commune et aux
évolutions dissemblables ; une éducation commune et deux
mises en pratiques distinctes, voire contradictoires…
Mais la réalité est autre ! Docteur Clean et Patrick ont deux
histoires qui se chevauchent. L’un ne va pas sans l’autre !
Une sorte de dichotomie qu’il me fallait mettre au clair à un
âge où je peux me dire « homme ».
Pour continuer à la troisième personne, Patrick doit
assumer la vie de Dr Clean… C’est dire que Patrick,
« l’artiste auteur », doit assumer la paternité de Docteur
Clean, « l’artiste militant ». C’est bien connu, on dit que l’art
est une thérapie !

La rédaction de cet ouvrage m’a donc permis de me
dévoiler la cohérence entre mes deux vies que je croyais et
voulais dissociées. Avec le recul, toutes les identités que l’on
peut se donner ne changent pas l’être que l’on est au fond, de
par une éducation, une situation géographique, un entourage
familial, amical…
La rédaction de cet ouvrage m’aura aussi permis de mettre
en lumière les hasards, coïncidences ou destinées de la vie,
qui m’ont poussé à emprunter une voie artistique, à tendance
consciente et à forte connotation pédagogique… Par delà les
Black Dragons ou le mouvement zulu, l’expérience que j’ai
14
eue jusqu’ici de la vie ne pouvait que me pousser à embrasser
ce monde artistique, car : « L’artiste est le seul créateur
reconnu ici-bas, après Dieu ! »
Mon éternel et profond regret sera que mon père et ma
mère soient partis avant que ce livre ne soit paru. Mon éternel
et profond regret sera qu’Alice et Micha soient parties avant
que ce livre ne paraisse.

15
Chapitre I

De Kinshasa à La Défense…


Je suis né à Kinshasa, en République Démocratique du
Congo, le 17 janvier 1971. Le jour de ma naissance coïncidait
avec le jour anniversaire et la commémoration des dix ans de
1la mort de Patrice Emery Lumumba , un des pères fondateurs
de la nation congolaise, arrêté, puis assassiné le 17 janvier
1961. Mon père, Michel Lonoh, militaire, journaliste et
écrivain, était évidemment dans les préparatifs de cet
événement. Il n’était rentré la veille que pour manger, se
changer et repartir aussitôt vers l’Etat-major. Le président
Mobutu voulait que cette journée soit inoubliable ; d’autant
plus que la toute jeune République Démocratique du Congo,
entre-temps devenue Zaïre, et indépendante depuis 1960,
existait dans sa forme politique seulement depuis cinq ans ;
depuis la prise du pouvoir par les « Compagnons de la
Révolution », le 24 novembre 1965. Tout était donc prétexte
à prouver à toute l’Afrique et au reste du monde le
savoirfaire congolais, et ce, dans tous les domaines. C’est dans ce
contexte qu’un message parvint à mon père, lui annonçant ma
venue au monde imminente. Malgré la pression du Haut
Commandement due à l’importance de l’événement, malgré
la pluie, le tonnerre et les éclairs cette nuit-là, mon père, avec
l’autorisation express du président, a délaissé les préparatifs
de la cérémonie pour quelques heures, a rejoint ma mère à la
clinique Ngaliema de Kinshasa et, vers 5 heures du matin,
aux premières lueurs du jour, et avec à peine quelques jours

1 Patrice Emery Lumumba est né le 2 juillet à Onalua, Sankuru, RDC. Il
était, avec Joseph Kasa-Vubu, une des figures de l’indépendance du
Congo-belge en 1960. Il fut le tout premier premier ministre de la RDC
de juin à septembre 1960.

17
d’avance sur la date approximativement prévue, je poussais
mon premier cri.
Je n’ai jamais questionné mon père sur son sentiment à ce
moment-là, préférant depuis toujours me fondre dans son
récit agrémenté des commentaires de ma mère… Et il ne faut
peut-être pas trop chercher les pensées d’un homme dont le
fils naît le jour d’une cérémonie en l’honneur de l’un de ses
plus grands héros, « Lopater » Lumumba.
Il était prévu que l’on me prénomme Mathieu, comme mon
grand-père paternel, et Nsima Boki n’Ikala, de son nom de
1chef du Clan Royal Ikala des tribus des forêts de
Maïndombe. Mais le « hasard », ou plutôt le Très-Haut l’a
voulu autrement ; c’est mon petit frère qui, des années plus
tard, portera ces noms. Moi, ce sera Patrick, comme Patrice
Lumumba ! Cela associé aux noms d’un de mes illustres
2ancêtres : Lekutu, qui se prononce Lekuru ; plus
précisément : Lonoh Lekutu Efwalosuku Bopami Nsese
n’Ikala Michel Patrick.

Mon père, Lonoh Malangi Bokelenge Michel, a toujours
été l’un des personnages centraux de ma vie. Il était né en
1939 à N’Duma dans la région du Bandundu, à quelques
kilomètres de l’Equateur en République Démocratique du
Congo, alors Congo-belge. Mon père était né dans le clan
régnant Ikala ; le Clan Royal Ikala du lac Maïndombe et du
fleuve Lukénie. L’histoire de mon père et celle de mes
ancêtres se confondent avec l’histoire du Congo, de l’Afrique
et des migrations des populations à travers le continent noir...
En effet, il était un descendant du roi Nimi ne Lukénie, qui
avait décidé de l’installation des tribus babaïe à l’orée des

1 Les Babaïe : Histoire, Culture et Civilisation… Essai ethnologique de
Lonoh Malangi Bokelenge Michel
174 pages (Inédit)
2 Lekuru : le « u » se prononce « ou »

18
forêts de Maïndombe et sur les rives du « fleuve » qui porte
son nom : le fleuve Lukénie.
Dans la lignée directe de moju Nimi ne Lukénie, il y a eu
moju Bopami Nsese, qui s’est illustré de par son opposition et
son combat contre les colons.
Bopami Nsese a eu trois fils : Bokulaka, Lekutu
Efwalosuku et Nsima Bokelenge.
L'aîné, Bokulaka marié à Ngonongo, ont engendré Boki
1n’Ikala .
Boki, marié à Bakieme ont eu un fils ; Lonoh Malangi
Bokelenge Bopami Nsese n’Ikala, mon père.

Après des études primaires et secondaires dans des
missions protestantes à Semendwa, Bokoro, dans la région du
Bandundu, puis à Mbandaka, dans la région de l’Equateur,
mon père avait intégré les rangs de l’armée en 1959. Cette
année là, par décret, le gouvernement du Congo-belge avait
soumis des jeunes diplômés à un tirage au sort. Les « heureux
2élus » ont incorporé la « Force Publique » pour un contrat
d’une durée de trois ans.
Après une année de formation aux armes, mon père a
rejoint la capitale Kinshasa, en 1960. Militaire et enseignant
au Camp Kokolo, il a vécu, cette année-là, les événements de
l’indépendance du Congo avec toute la ferveur des jeunes
Congolais, ainsi que l’espérance que cette indépendance
suggérait. En octobre 1961, il a, une première fois,
interrompu son service militaire pour suivre une formation à
l’Ecole Technique Interforces de Saffraenberg, dans les
Forces Aériennes Belges, ainsi qu’à l’Institut Philotechnique
de Bruxelles pour des cours de journalisme. Il en reviendra
diplômé et ce fut son premier séjour en Europe.

1 Boki Nsima Nyema Mpélé Mondongo ne Ikala
2 La Force Publique était une milice composée d’autochtones congolais au
temps de la colonisation et du Congo-belge. Elle a précédé l’armée
congolaise ; la plupart des premiers officiers congolais en étaient issus.
19
Deux ans plus tard, en 1963, il était en formation au
Ministère de l’Information du Congo dans un stage organisé
par l’Unesco ; major de sa promotion, il fut envoyé au Centre
International d’Enseignement Supérieur du Journalisme, à
l’Université de Strasbourg. Il prolongea sa formation au
Collège Européen des Sciences Politiques, Economiques et
Sociales de Paris et fît son stage pratique du journalisme à
Londres et Edimbourg, grâce à une bourse de l’Ambassade
de Grande-Bretagne… A son retour à Kinshasa, il fut nommé
rédacteur en chef des émissions de radio des forces armées
congolaises et il prit en charge la formation des journalistes
congolais au niveau national. Toujours en 1963, il publie son
premier ouvrage sur la musique congolaise moderne et se
lance dans une série d’ouvrages pédagogiques destinés à
mieux faire connaître les forces armées.
Lors des événements du 24 novembre 1965 ; lors de la
prise du pouvoir par les principaux chefs d’Etats-majors et
gouverneurs militaires, c’est au lieutenant Lonoh que fut
confiée la charge de la diffusion de l’événement… Il mettra
en relais les sept stations régionales à la station mère : « La
Voix du Congo », et il diffusera le message du changement
de régime en direct, chaque quart d’heure, durant
vingtquatre heures.
Par la suite, il était revenu en Europe très souvent, pour des
formations ponctuelles, ou dans le cadre de ses fonctions, ou
dans le cadre de ses recherches et publications…
A partir de 1968, il a assumé les fonctions de directeur de
la presse militaire, tout en menant en parallèle sa vie
d’écrivain, entre autres… En 1971, à la « Conférence de
Dakar », c’est Lonoh Malangi Bokelenge qui fît le discours
remarqué sur le thème : « Négritude et Musique Africaine de
Conception Zaïroise » ; un discours historique devant Cheikh
Anta Diop, Léopold Sédar Senghor et tout ce que l’Afrique
pouvait compter comme « grands intellectuels » à cette
époque.
20
Durant toute cette période, comme durant toute sa vie, il
dissociera parfaitement ses activités : journaliste militaire
d’un côté, et musicologue poète de l’autre. Néanmoins il
réussira aussi à marier toutes ces activités, martiales et
intellectuelles : Il apportera de la poésie et de la pédagogie au
sein des forces armées, comme le recueil de poèmes Les
Ondes Paisibles ; un recueil de poèmes lourds de sens et de
doléances du soldat… Ou encore par ses reportages de guerre
au cœur de l’action : La Reprise de Bukavu… Mais il
apportera aussi une rigueur toute militaire dans la
restructuration du monde artistique congolais et zaïrois ; par
exemple dans la mise en place d’une structure comme la
Soneca, l’équivalent zaïrois de la Sacem française, entre
autres, et bien sûr par son implication littéraire et
1musicologique .
Mon père avait toujours eu à l’idée de poursuivre ses
études de journalisme avec un doctorat, mais les événements
politiques et militaires dans le pays ne faisaient que repousser
le voyage. Une première date avait été avancée en 1972, puis
1974, puis 1975… Ma mère m’avait avoué qu’elle n’était pas
mécontente du report successif de ce voyage. Elle, n’était pas
très pressée de connaître le froid, mais surtout de partir aussi
loin, aussi longtemps.

Mola Ngampwo Nkanka Anne-Marie, ma mère. Elle était
une « maman » avec toute la noblesse que ce mot peut porter.
De l’avis de toutes celles et tous ceux qui l’ont connus, elle
était une personne exceptionnelle de bonté, de compassion et
de courage pour son entourage. Le Très-Haut l’a rappelé à lui
le 22 décembre 2010.
Ma mère était née à Kinshasa en 1950. Elle a grandi à
Lemba, une des communes de Kinshasa. Ma mère était issue
d’une famille originaire de la tribu des Sakata du village de

1 Lonoh Malangi Bokelenge sera Président de l’Union des Ecrivains
Zaïrois de 1983 à 1989.
21
Ntolo, dans la région du Bandundu. Les tribus Sakata ou
Basakata, sont des tribus sœurs à celles des Babaïe ; toutes
deux situées aux abords du lac Maïndombe.
Mon grand-père maternel, Mola Pégoma Joseph, issu d’une
famille de dignitaires Basakata, est né à Kinshasa en 1924.
Au milieu des années 40, il a épousé ma grand-mère
Ngampwo Nkanka, elle aussi originaire de Ntolo.
Dans les années 60, mon grand-père possédait une
entreprise de menuiserie métallique reconnue dans tout le
pays. Il avait même effectué quelques séjours en Europe,
notamment en Suisse, pour approfondir certaines
connaissances et techniques professionnelles, mais aussi
superviser l’achat de nouveau matériel.

Anne-Marie Mola, ma maman, qui était maman de deux
enfants, mes frères Freddy et Jean-Claude, était aussi une
reine de beauté. A Lemba, où elle vivait depuis son enfance,
elle était surnommée : « Reine de Saba » ; ou plus
communément : « De Saba ».
C’est vers la fin des années 60 que mes parents se sont
rencontrés. Mon père était jeune lieutenant et ma mère,
sténodactylo, travaillait en tant que secrétaire dans le cabinet
du ministre des Transports. Elle était donc assez
indépendante. Par exemple, elle avait déjà sa propre voiture
et conduisait ; ce qui était extrêmement rare pour une femme
africaine en Afrique à cette époque.
Mes parents se sont mariés le 4 juillet 1970 à Kinshasa, et
ma mère a rejoint mon père au Camp Kokolo où je suis né.
En 1971, tout de suite après ma naissance, mes parents et
moi sommes tous trois partis pour le village de N’Duma, à la
rencontre des mes ancêtres. J’ai passé mes premiers mois
d’existence sur cette terre, sur les terres ocre qui ont vu naître
et évoluer nombreux de mes aïeux…

En 1977, le grand départ vers l’Europe s’est précisé. Mon
père, alors major dans l’armée zaïroise, directeur de la presse
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militaire au Département de la Défense Nationale, a obtenu
une bourse et surtout l’autorisation de sa hiérarchie,
notamment celle du secrétaire à la Défense, le général
Molongya, pour rejoindre la France afin d’y étudier pour
l’obtention de son Diplôme d’Etudes Approfondies ainsi que
son doctorat en Sciences de l’Information et de la
Communication. Le long séjour devait durer en tout cinq ans.

J’avais six ans, mais à cet âge-là, je n’étais que peu
conscient de tout ce qui se tramait ou se déroulait autour de
moi. J’entendais parler de « long voyage », sans en mesurer
le sens et les conséquences sur ma vie immédiate. Ma seule
1joie était que j’avais un nouvel abacost avec une poche
intérieure, comme mon père… Aussi je monterais dans un
avion DC 10 pour la première fois ! Mais la réalité était que,
depuis ma naissance, l’on me préparait à ce voyage. J’avais
reçu une éducation en ce sens. Ma petite sœur Micheline et
moi étions dans une école maternelle à l’occidentale, pour la
pratique et la familiarisation à la langue française. Aussi loin
que je puisse me souvenir, et aussi loin que remonte ma
mémoire, nous avons toujours été bilingues ; lingala-français.
Ensuite, j’ai commencé l’école primaire avec une année
d’avance à l’école des « Flamboyants » ; une école au
système éducatif belge francophone, située à Gombé, dans le
centre-ville de Kinshasa.

La veille du départ, une grande fête avait été organisée à la
maison. La famille était présente, ainsi que les amis et les
voisins. Le grand portail de notre résidence qui donnait sur la
rue était exceptionnellement grand ouvert. Mon père avait

1 Abacost : diminutif de « abat le costume ». Lors de la « zaïrianistion »
en 1971, le costume-cravate a été interdit au Zaïre. La tenue officielle
était donc l’abacost ; un complet dont la veste fermée ne laissait aucune
place à la cravate.

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acheté un bœuf, qui a été traditionnellement tué devant nous,
découpé et partagé par tout le monde.
Toutes les personnes présentes nous souhaitaient « bon
voyage » en nous embrassant. Et moi, je ne comprenais
toujours pas très bien.
Le 11 septembre 1977, le jour du grand départ, ma mère et
mes sœurs, Micheline et Brigitte dans leurs pagnes
uniformes ; ma petite sœur Nathalie, âgée tout juste de trois
1mois, dans les bras de ma mère ; mon père, mon papa lek’ et
moi en abacosts et écharpes en soie, sommes partis pour
l’aéroport de N’Djili, sous les yeux de tout le quartier et
quelques membres de la famille. Une escorte militaire nous
ouvrait le chemin et deux jeeps nous suivaient avec les
bagages. Mon oncle Jack, lieutenant et pilote dans l’armée de
l’air zaïroise, s’était occupé de toutes les formalités
aéroportuaires et nous avait accompagnés jusqu’au pied de
l’appareil de la compagnie « Air Zaïre ».

Après une escale de quelques heures à Rome, mes parents,
mes trois sœurs, mon papa lek’ et moi, avons débarqué à
Paris le 12 septembre 1977 à bord d’un vol « Alitalia ». Nous
avons été accueillis par des membres de l’Ambassade du
Zaïre. Après un court passage par l’Ambassade, nous avons
passé nos premières nuits dans la capitale dans un hôtel en
face de la Gare de l’Est, l’Hôtel d’Angleterre, tout d’abord ;
puis dans un autre, plus chic, l’Hôtel de Paris, avant de nous
installer à Anthony, dans un immense appartement, pour
quelques mois. C’est à l’école Ferdinand Buisson d’Anthony
que Micheline et moi, avons débuté notre scolarité ; elle, à la
maternelle et moi au CP.
Alors que nous n’étions en France que depuis quelques
semaines, mon père a dû, une première fois, rentrer d’urgence
à Kinshasa au mois d’octobre pour assister aux obsèques de

1 Papa lek’ ou papa leki… Oncle paternel ou littéralement : « petit frère de
papa ».
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feue Marie-Antoinette Mobutu. Elle était la première dame
du Zaïre, mais aussi membre de l’ordre des Compagnons de
la Révolution, comme mon père - il repartira encore,
quelques mois après, pour les événements de Kolwezi.
Dès son retour des obsèques, très vite, l’Attaché Militaire,
le colonel Lenga-Lenga, a proposé à mes parents trois choix
d’appartements. Le premier était dans un quartier huppé de la
capitale, au deuxième étage d’un ancien hôtel particulier,
mais mon père l’a refusé, prétextant le manque de place à
l’extérieur pour les enfants ; trop de rues, trop de voitures…
Le deuxième appartement se trouvait toujours en plein Paris,
dans un immeuble ancien, et cette fois il y avait un petit parc
dans les environs ; mais ma mère l’a refusée. Encore une fois,
ce n’était pas l’appartement en lui-même, mais
l’environnement. Nous vivions dans une résidence à
Anthony, une ville de banlieue plutôt calme, où il y avait
plein d’espace ; là, ma mère n’avait pas apprécié le quartier.
Enfin, il y a eu Courbevoie, dans le quartier de La Défense.
Tout de suite, ils sont tombés d’accord. Mes parents ont été
séduits par l’architecture moderne du quartier, par l’espace de
jeu pour enfants avec toboggans et tourniquets juste au pied
de l’immeuble, par la proximité des écoles et des commerces,
et bien sûr, par la vue imprenable et sans vis-à-vis dont
disposait l’appartement.
Début décembre 1977, nous avons visité les lieux, et
pendant les vacances de Noël, nous nous sommes installés au
quinzième étage de la tour Gambetta.
Une tour de cent six mètres et trente-sept étages, construite
en 1975 et plantée dans un square de trois bâtiments ; la tour
Gambetta, La résidence des Dauphins et la résidence Leclerc.

La tour Gambetta était surnommée « la tour des
diplomates » ; parce qu’un certain nombre de familles de ates de toutes origines, venant de tous les continents, y
vivaient. Il y avait aussi des hauts cadres d’entreprises et de
l’administration avec leurs familles ; des artistes connus
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comme Francis Cabrel ou Amadéo, un chorégraphe des plus
connus, et d’autres... Il n’était pas rare de voir certains
enfants du quartier passer dans des émissions ou des spots
publicitaires à la télévision, ou carrément chanter comme
les « Mini-Stars ». Nous y croisions aussi très souvent, outre
des artistes, des grands sportifs comme l’ex-ange vert devenu
parisien : Dominique Rocheteau, ou encore des joueurs
d’équipes comme les « Léopards » du Zaïre ou les « Lions
Indomptables » du Cameroun venus simplement rendre
visite…

Quand on arrive dans un nouvel endroit, très vite on se
rend compte qu’il y a une vie bien établie. Pour nous, enfants,
cela a été une richesse incommensurable que de rencontrer
toutes ces familles d’origines si diverses. En nous
fréquentant, nous nous sommes enrichis des cultures des
autres, à un âge où l’esprit est en formation ou en phase
d’assimilation accélérée ; un côté cosmopolite relevé et
chapeauté par un enseignement primaire digne de ce nom. La
mixité au niveau des élites où personne ne reniait son origine
pour exister, bien au contraire !
Nous avons très vite sympathisé avec les autres enfants de
l’immeuble. Naturellement, nous nous sommes tournés
d’abord vers les familles qui nous ressemblaient le plus ; des
familles africaines. Au treizième étage par exemple, il y en
avait une des toutes premières à s’être installées dans
l’immeuble et originaire du Cameroun ; le père était
diplomate et parmi les enfants, les deux d’à-peu-près mon
âge, Henri et Robert, sont très vite devenus mes amis. Nos
familles avaient noué des liens, et nous nous voyons encore
aujourd’hui… D’ailleurs Robert et moi avons deux passions
dès que nous nous retrouvons : refaire le monde et, surtout,
rapper jusqu’à l’aube !
Nous étions des enfants comme les autres, à cette époque et
en ce lieu qu’était La Défense. Nous étions super fans des
séries comme Shaft, Starsky et Hutch, Bonanza, Happy-Days
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