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Je chante un baiser

De
162 pages

Originaire du Portugal, Julio a 13 ans lorsqu’il arrive en France. Il s’intégrera très rapidement à sa nouvelle terre d’accueil jusqu’à « l’accident », un AVC qui le laissera totalement paralysé, en état de locked-in syndrome : il ne pourra plus communiquer avec son entourage, mais sera absolument conscient de tout ce qui se passe autour de lui.

Julio passera par tous les stades émotionnels inhérents à un tel bouleversement, mais grâce à une volonté et un courage hors du commun, des aides techniques et humaines, il réussira à parvenir à vivre de façon autonome malgré son handicap.

Son parcours exceptionnel et si particulier est retracé dans ce manuscrit avec l’humour qui le caractérise si bien, mais également l’émotion positive qui ne peut laisser le lecteur indifférent...


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Couverture

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Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-74980-2

 

© Edilivre, 2014

Prologue

Le jour où j’ai décidé de relater mon passé, c’était simplement pour raconter ce que j’ai traversé à une personne en particulier. Au fur et à mesure que j’écrivais, je me suis dis que ce serait une bonne idée de publier ce récit. De surcroît, en écrivant j’ai eu l’impression que je parlais d’une autre personne. Ce qui n’est pas tout à fait faux, car celle que je suis devenue est en tout point différente de celle que j’ai été. Cela m’aidera peut-être à tourner définitivement la page, si toutefois ce n’est pas complètement fait.

J’ai donc essayé de vous raconter ma vie le plus clairement et le plus simplement possible :

Point de départ et origines

Le 13 Juillet 1993, après avoir dîné, je sortais pour aller regarder le feu d’artifice donné à l’occasion de la fête nationale. Un peu contraint et forcé, j’avais élu domicile chez mon frère depuis quelques semaines. Mon frère habitait alors un pavillon situé à Stains en banlieue parisienne, pavillon que nous avions construit ensemble avec des amis et de la famille.

Bien que mon frère soit de neuf ans mon aîné, nous n’avions pratiquement pas eu d’enfance en commun. A vrai dire, nous n’avons presque pas eu d’enfance du tout (moi en tout cas). Notre mère, après avoir lutté contre un cancer du sein, a été emportée alors que j’avais seize mois à peine.

Mon père s’est donc retrouvé seul avec cinq enfants à élever : mon frère aîné, Antonio, qui n’avait qu’une dizaine d’années, suivaient une sœur, Fernanda, deux ans plus jeune, un frère, Fernando, quatre ans, une deuxième sœur, Cândida, six, et moi-même, le cadet, neuf ans plus jeune. Nous vivions dans un modeste petit village aux alentours de la vile de Fafe situé tout au nord du Portugal. Pour nourrir sa famille, mon père avait émigré en France et ne venait passer que quelques semaines de vacances par an auprès de nous.

A la disparition de ma mère, mon père est retourné en France et a continué d’exercer son emploi, nous laissant tous aux soins d’une de ses tantes. Elle était très gentille ; j’étais paraît-il son « chouchou ». « Paraît-il » car de cette époque, je n’ai que de très vagues souvenirs, pour ne pas dire aucun, vu mon très jeune âge.

Antonio, mon frère aîné a quitté le domicile familial quelques années plus tard à l’âge de 13 ans. Il a rejoint une famille de commerçants pour travailler dans une boucherie et abattoir. Il achetait des bovins sur les champs de foire, les abattait, les dépeçait, les préparait et au final s’occupait de la vente de la viande à la boucherie. Cela lui permettait une totale indépendance sociale et financière.

Mon père a rapidement trouvé une femme au village, qui est aussitôt devenue son épouse. Puis il a décidé de rentrer définitivement au pays pour être auprès de sa famille.

Il a alors loué des terres pour les cultiver ; cependant, cette agriculture artisanale suffisait à peine à nourrir sa famille.

Il ne s’entendait pas beaucoup avec sa nouvelle épouse ; leurs relations étaient émaillées de violentes disputes. Ce qui ne semble pas très surprenant, vu qu’ils étaient pour ainsi dire des étrangers l’un pour l’autre. Quoi qu’il en soit, mes frères, mes sœurs et moi pâtissions de la situation. Ils nous rendaient la vie impossible et nous frappaient souvent pour un rien. Fernando mon autre frère, est parti à l’âge de 15 ans pour la capitale, avec un cousin. Fernanda, la plus âgée de mes deux sœurs, a été poussée vers la sortie à 18 ans à peine la veille de son mariage. Aucun membre de la famille n’y a assisté. Je me souviens que mon frère aîné se mariait le même jour en France. Il avait rencontré une jeune fille française, et est parti la rejoindre dans son pays.

Mon père et ma belle-mère avaient entre-temps eu un enfant, que sa mère surprotégeait comme une maman louve. Elle le choyait au maximum. Plus jeune que moi d’environ huit ans, il était considéré comme le centre du monde et tout à la maison était désormais organisé en fonction de lui.

Bêtises d’écolier

Cândida mon autre sœur n’est pas restée longtemps et est partie servir à domicile une gentille famille dans un village non loin de là.

Comme je devais aller en ville pour me rendre à l’école, je faisais souvent l’école buissonnière et j’allais lui rendre visite. Il y avait bien une école au village mais elle était très modeste et l’enseignement s’arrêtait aux classes primaires.

Dans la « grande ville », j’étais pour la première fois totalement anonyme et libre de faire ce que je voulais, sans que mes parents en soient aussitôt informés. Lorsque les professeurs tentaient de les mettre au courant de mes absences, c’est moi qui lisais le courrier, car ils étaient tous deux analphabètes. Ils n’ont de ce fait jamais eu connaissance du contenu réel de ces lettres.

Je crois que les enseignants ont fini par comprendre, car un jour, ils m’ont exclu de l’école, jusqu’à ce qu’ils voient mon père, m’avaient-ils dit. Cette fois-ci, j’étais « cuit » et je ne savais pas comment m’en sortir ; j’ai tout de même tenu un moment en partant le matin et en revenant le soir, comme si j’allais à l’école. Chaque jour je me demandais comment j’allais bien pouvoir présenter cela à mon père. Je pressentais que j’aurais droit à une violente correction comme cela arrivait fréquemment, aussi je retardais ce moment.

Et puis un jour, alors que je m’étais battu avec un camarade, celui-ci n’a pas digéré sa défaite ; pour se venger il a mis mon père au courant de la situation au collège. Je me souviens fort bien de la valse que je me suis pris en rentrant. Il fallait gravir 14 marches en pierre pour monter à l’étage. Ce jour-là il m’attendait en haut des marches et en le voyant je compris qu’il était au courant.

Alors, d’une voix particulièrement douce, il me demanda :

– D’où viens-tu ?

Je n’osais pas trop répondre et répétais timidement :

– Je…, je…,

– Je t’ai demandé d’où tu viens a-t-il répété d’une voix plus ferme.

– De…, de l’école, ai-je répondu timidement.

– Donc, ce n’est pas vrai ce qu’on m’a rapporté, que tu n’y vas plus depuis plusieurs jours ?

– Ben… heu… oui c’est vrai, ai-je chuchoté

– Pardon ? J’ai mal entendu.

– Oui c’est vrai, et pour y retourner, il faut que vous m’accompagniez.

Là dessus, il m’a pris par le bras, m’a fait faire un demi-tour et m’a mis un tel coup de pied aux fesses que les 14 marches, je n’ai fait que les survoler.

Je me suis aussitôt relevé et me suis sauvé. Le problème est qu’à plus ou moins brève échéance, je serais bien obligé de revenir à la maison et de faire face à mon père.

Ma fuite n’a donc pas duré bien longtemps ; lorsque je suis rentré, il m’attendait paisiblement. Près de lui, un bâton qui servait habituellement à faire obéir les vaches. Il m’a frappé, et bien que ce bâton soit relativement solide, il a cassé après quelques coups. Ce fut ma chance, car les coups étaient si violents que cela aurait pu mal se terminer. J’ai eu le corps endolori et couvert de bleus durant deux semaines.

Quoi qu’il en soit, il avait compris que ce n’était pas une très bonne idée de me faire lire le courrier. Après cet épisode, il n’a plus jamais fait appel à mes services de lecteur, je me demande bien pourquoi !…

Je n’en ai jamais voulu au camarade qui a tout dévoilé à mon père. Je savais bien que tôt ou tard j’aurais droit à cette correction, c’était inévitable. En quelque sorte, il m’a rendu service.

Le Voyage inattendu

A 13 ans, je finissais mon cycle d’études obligatoires. Je n’étais pas particulièrement studieux ou attentif en classe, bien au contraire, mais j’avais cette chance d’apprendre très vite et avec peu d’éléments.

Au mois d’août, mon frère aîné qui vivait en France, est venu en vacances au Portugal. Ensemble, nous avons vécu d’agréables moments. Ainsi, le jour de mon anniversaire, j’ai passé la journée entière avec lui et il m’a acheté quelques vêtements, dont mes premiers jeans. Jusque-là, je n’avais porté que des pantalons en toile confectionnés par la seule couturière du village.

C’est juste après ce fameux anniversaire, que lors d’une des nombreuses disputes de mon père et ma belle-mère, ils ont prononcé des mots qui ont bouleversé ma vie. L’un des deux a dit :

– Ton frère est venu passer ses vacances ici ; demande-lui de t’emmener avec lui.

Je répétais donc cela à mon frère, qui accepta de m’emmener avec lui. En très peu de jours, il a fait le nécessaire pour m’obtenir un passeport afin que je puisse l’accompagner en France.

Et me voici embarqué à réaliser un long voyage, moi qui n’avais jamais quitté mon village. J’étais émerveillé de voir autant de voitures en rase campagne. La seule voiture que j’avais l’habitude de voir près de chez moi, c’était celle du curé, une coccinelle bleu ciel. Sinon j’en observais plusieurs au mois d’août lorsque les immigrants revenaient passer leurs vacances au pays, ou alors en ville. Mais jamais je n’en avais vu autant qui s’alignaient sur des kilomètres. Jamais non plus, de si vastes plaines verdoyantes qui s’étendaient à perte de vue. Dans ma petite contrée, comme le terrain était très montagneux, il n’y avait que de petites parcelles de quelques mètres de large qui donnaient à la campagne l’allure d’un vaste escalier.

Au terme d’un long voyage, me voilà arrivé dans un pays totalement nouveau, avec plein d’inconnus qui ne parlaient pas la même langue que moi ! En français, je ne connaissais que certains mots. Il me restait quelques bases de l’école ; à l’époque, j’étais loin de me douter qu’elles me serviraient un jour !

Nouveau lieu, nouveau départ

Mon frère vivait alors au 3e étage d’un immeuble situé à Aubervilliers, dans un petit deux pièces avec son épouse. Lorsqu’on entrait dans l’appartement, on accédait directement à une petite cuisine, et dans le prolongement au fond, se trouvait une petite salle de bain avec WC et douche. Sur la gauche de l’entrée, une petite pièce qui faisait office de salle à manger et salon. Sur la droite de cette pièce, un téléviseur était posé sur un meuble. Sur la gauche, un meuble de salle à manger vitré qui servait à ranger la belle vaisselle. Il y avait aussi une table avec quatre chaises. A côté de la fenêtre, un canapé-lit prêt à m’accueillir. A la suite de cette petite pièce, on accédait à la chambre à coucher de mon frère et son épouse. Celle-ci était meublée d’un simple lit et d’une armoire. Le sol des deux pièces était recouvert d’une épaisse moquette. Cela changeait du vieux parquet en bois nu et noirci de la plupart des maisons de mon village ! La moquette, ce n’était même pas imaginable en raison des chemins en terre et de la boue que l’on ramenait à l’intérieur lorsque le temps était pluvieux.

La chaîne hifi et le 33 tours

Juste à l’entrée de la chambre, trônait sur la droite, une chaîne hifi avec des dizaines de disques vinyles (33 et 45 tours) ; c’était pour moi une curiosité car je n’en avais jamais vu de si près. Lorsque j’allais à l’école en ville, je passais devant des magasins proposant des K7, mais des disques, pour moi c’était une nouveauté ! Sans doute en vendaient-ils, mais je n’ai jamais franchi le seuil de l’un de ces magasins.

La première fois que je vis un 33 tours, j’avais une dizaine d’années. C’était chez un voisin un peu plus aisé ; le fils allait sur ses 20 ans. Nous étions assis avec d’autres jeunes en haut de l’escalier qui montait à l’étage. Le voisin nous a montré sa dernière acquisition : un double album de deux 33 tours dans une pochette qui s’ouvrait comme un livre. Ils semblaient tous intéressés par la pochette et j’en déduisis que cela devait être un « livre » passionnant. Lorsqu’ils s’en sont désintéressés, j’ai demandé si moi aussi je pouvais le consulter. Je fus très étonné de constater que cet ouvrage ne comportait que deux pages ; je cherchai à en ouvrir d’autres lorsqu’un disque noir s’en est échappé et a dévalé l’escalier en pierre. Le voisin s’est mis dans une colère noire, et m’a prié de partir de chez lui. A ce moment là, je n’ai pas du tout compris la raison de sa colère, qui me semblait complètement démesurée.

Avant de me laisser utiliser la chaîne hifi, mon frère m’en a expliqué le fonctionnement. Lorsqu’il m’a fait part de la fragilité d’un disque par le fait qu’il était aisément rayable, j’ai subitement compris les raisons de la violente colère du voisin quelques années auparavant. Je me mets un peu à sa place ; il a dû longuement économiser et se priver de certaines choses pour s’offrir ce disque, et moi en l’espace d’un instant, je venais de le lui abîmer.

Installation et apprentissage

Je trouvais l’appartement dans lequel je venais de débarquer d’un luxe exceptionnel (comme quoi la vision du luxe est toute relative).

Au début, j’y passais mes journées enfermé, car, ne connaissant personne, j’avais peur de sortir. Pour moi, le choc était...