Je suis né deux fois

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Ce livre propose dix-sept récits campés dans deux générations et quatre pays. Les premiers rappellent ce qu'était la vie des jeunes gens du Rouergue entre 1930 et 1960. Les derniers constatent les effets des mutations advenues depuis lors. Entre-temps l'Algérie, Madagascar et la Chine ont fourni leurs références nouvelles. Mais la nouveauté majeure que ce parcours nous fait découvrir concerne la femme : son rôle s'avère fondamental dans les relations qui structurent les sociétés comme dans celles qui lient l'homme à Dieu.
Publié le : jeudi 1 juin 2006
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EAN13 : 9782336269832
Nombre de pages : 256
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Je suis né deux fois

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr (QL'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00965-4 EAN : 9782296009653

Paul Durand

Je suis né deux fois

Préface Gérard

de

Bessière

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
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Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

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Graveurs de mémoire
Dernières parutions Fortunée DWEK, Nonno, Un Juif d 'Egypte, 2006. Catherine VIGOR, Tarvildo Targani, mouleur à la main dans le Doubs,2006. Carole MONTIER, Une femme du peuple au ~me siècle, 2006. Valère DECEUNINCK, Du poisson en Centrafrique, 2006. Claude CHAMINAS, Place de l 'hôtel de ville. Nîmes 1965 1984, Tome 1 et 2, 2006. Bernard JA V AULT (Sous la direction de), L 'œil et la plume. Carnets du docteur Léon Lecerf, 2006. Françoise MESQUlDA, Chroniques d'une jeune fille dérangée, 2006. Sophie Thérèse MICHAELI, Enfant cachée. Souvenirs de la France occupée. (1940-1945),2006. Jean-Martin TCHAPTCHET, Quand les jeunes Africains créaient l 'histoire, 2006. Véra BOCCADORO, Pointes à la ligne... Une chorégraphe française au Bolchoï, 2006. Gilles IKRELEF, 1939-1944 «Pourtant» ou l'épopée du lieutenant AbdelKader lkrelef, 2006. Jacques CHARPENTIER, Vagabondages à travers le Congo, la Centrafrique, et ailleurs ..., 2006. Henry LELONG, Carnets de route (1940-1944), 2006. Pierre FAUCH ON, Le Vert et le Rouge, 2006. Marcel JAILLON, Lettres du béret noir (Algérie 1956-1958), 2006. William GROS SIN, J'ai connu l'école primaire supérieure. Récit de vie: Adolescence, 2006. Pierre FONTAINE, En quête... La piste interrompue, 2005. Alain DENIS, La ribote. Le repos du marin, 2005. Jeannette RUMIN-THOMÉ, J'avais huit ans en 1940, 2005. Maurice MONNOYER, Les grands-parents sont éternels, 2005. Jean SECCHI, Les yeux de l'innocence, 2005. Allaoua OULEBSIR, La Maison du haut, 2005. Jacques MARKIEWICZ, « Tu vivras mon fils », 2005. Georges KHAÏAT, Un médecin à Sfax, 2005.

Préface
L'homme a la démarche vive, la parole rapide, l'esprit en alerte. C'est" Paul" Heureux lecteur, vous allez rencontrer un homme ardent, un " éveillé". C'est un poète: il nous fait revivre son itinéraire avec un bonheur d'expression fascinant. C'est un témoin, un témoin actif des évolutions chaotiques de notre monde et de l'Église. C'est un homme chrétien, hanté d'évangile, épris de liberté fraternelle. Sous sa plume, comme en son langage, la pensée bouscule les mots. Une mémoire précise sous-tend les évocations et les évaluations. Les situations et les événements sont analysés avec une lucidité aiguë, engagée, franche. On retrouve la société rurale de jadis qui va se transformer, on fréquente les presbytères des tontons curés, on passe quelques années au Petit Séminaire, on saute en parachute au régiment, on rencontre sur un chemin... Jeannette. C'est elle qui va révéler Paul à luimême, tout au long de leur existence partagée, à Madagascar, en Rouergue, dans le regard quotidien, dans l'accueil des enfants, dans l'intimité de l'amour.

Les pages sur la femme, " institutrice de l'être", " avenir
de Dieu ", et sur le mystère du couple, sont d'une nouveauté qui invite à la réflexion, aux remises en question, à l'émerveillement Ce beau livre dit les ferveurs, les souffrances, la colère, l'espérance invincible... Si vous avez l'imprudence d'en lire la première page vous serez happé, et jusqu'à la dernière vous serez sans cesse secoué, dérangé, provoqué au plus profond. Merci à Paul-Jeannette de nous avoir entraîné dans l'élan de leur vie.
Gérard Bessière

Verfeil, petite bastide fondée en 1250 par Alphonse de Poitiers, dépend aujourd'hui du canton de Saint-AntoninNoble-Val, en Bas-Rouergue. Napoléon en a amputé le département de l'Aveyron pour créer celui du Tarn et Garonne avec quelques autres territoires arrachés au Quercy et la Lomagne. La commune et la paroisse de Verfeil ont maintenant les mêmes limites. Il n'en a pas toujours été ainsi. Pendant les trois quarts du dernier siècle le curé de Verfeil a desservi trois églises d'anciennes paroisses annexées à celle du chef-lieu. Notre hameau de Paulhac avait ainsi son église. Elle était la nôtre, comme son minuscule cimetière. L'arc triomphal et les angles arrondis de la nef affirment ses caractères rouergats, peutêtre wisigothiques. Au cimetière dix-sept lettres de bronze, larges comme la main, annoncent" Famille RouxDurand" sur le frontispice arrogant du caveau familial. Elles disent bien ce qu'on a voulu leur faire dire. J'ai mis longtemps à le comprendre. Justin Durand, dont le nom n'arrivait qu'au second rang de l'en-tête était né à Lez, commune de Laguépie, dans une famille venue du Tarn. De lui, à travers son fils, je tiens mon nom, parce que la loi l'exigeait. Mon prénom, je le tiens aussi de lui, mais parce qu' ill' a voulu. On l'avait prié d'aller déclarer ma naissance à la Mairie. Il était dit que je m'appellerais Bernard. Au retour de sa mission, il annonça: " J'ai déclaré qu'il s'appelle Paul. Ça ne vous empêchera pas de l'appeler comme vous voudrez" .. . Personne n'a jamais su pourquoi cet homme affable et sensible, discret jusqu'à l'effacement, avait osé ce coup d'audace. Passé le premier instant de surprise incrédule, l'affaire, d'après ce qu'on m'en a dit, ne fit pas grand bruit. Personne, à l'époque, ne pouvait contester à un parrain le droit de choisir le nom du baptisé. D'autant moins, en ce cas, que le parrain avait pris soin de me doter d'une ribambelle de prénoms secondaires propres à décourager les reproches éventuels des plus dévots!

Les Auvergnats

de Verfeil

Entre ce grand-père et moi c'était le début d'une relation courte... Elle a pourtant fait de lui mon modèle de grand-père. Elle a fait plus. La tendresse sereine de cet homme meurtri balançait les angoisses d'une mère en apprentissage. Près de l'âtre, il m'initiait au temps vécu des mânes. Dans les champs et les bois il m'ouvrait au temps rêvé pour les descendances. Je n'ai reçu autant d'aucun de mes trois autres aïeuls. Son épouse, Darie Roux vivait en gardienne des obligations et des interdits. Elle était née à Paulhac. Sa mère, Philippine, était une petite fille des Sarret, les " Auvergnats" de VerfeiF. Elle avait épousé un Roux, dont on avait coulé le nom dans le bronze du tombeau, pour appeler l'hommage des vivants contre la misogynie du droit qui imposait à l'héritière la conservation du bien mais lui interdisait de perpétuer son nom. Cette petite-fille de l'Auvergnat avait du caractère. Héritière de vignerons transhumants, bâtisseurs méthodiques et pieux ambitieux, elle était la majordome du clan. Cordonniers l'hiver, vignerons l'été, les Sarret, sans descendance mâle jusqu'aux Durand, faisaient la navette entre le pays de Salers et le Bas-Rouergue, où ils possédaient une vigne. À la Toussaient ils" montaient" au Mas de Rouffilanges, paroisse de St Cirgue de Malbert, au nord d'Aurillac. Les femmes y vendaient leur vin,

leurs figues, prunes et poires séchées. Les hommes taillaient, cousaient et ferraient les brodequins de la clientèle locale et rouergate. À Pâques ils redescendaient leurs paniers pleins de brodequins et escarpins, leurs tonneaux vides, une bigorne et son établi, leur pot de poix, leurs tranchets et leurs alênes. Un équipage de deux mules et autant de charrettes transportaient ces équipements avec les outils aratoires, le linge et les ustensiles de la maison. Leur demeure estivale, comme leur échoppe hivernale, était une masure de deux pièces superposées, à flanc de terrier3. La cave, au rez-de-chaussée, ouvrait sur un chemin public. À l'étage, on accédait à la pièce de la cheminée et du lit à partir d'une cour privée. Les mules étaient attachées à une pierre percée qui faisait saillie dans le mur de façade. Elles gardaient la porte et fournissaient l'engrais pour les ceps. Un coffre suivait la transhumance. Une belle armoire restait à Rouffilanges. Elle ne rejoindra Paulhac qu'en 1832, pour entrer dans une maison neuve, bien après l'installation définitive des Auvergnats en terre rouergate. Quand la Révolution avait fait de l'Abbaye de Beaulieu un bien national, les Sarret avaient saisi l'occasion de prendre pied dans les terres à froment. Il fallut attendre l'aubaine de l'établissement du cadastre, en 1807, pour régulariser les acquisitions que les tensions de 1792 laissaient mal assurées. Depuis quinze ans elles permettaient cependant de décupler l'étendue de leur coteau à vignes et fournissaient aussi des gerbes et des troupeaux! Mais un dicton local assimilait les montagnards nouveaux venus aux chiens errants, qu'il faut tenir à l'œil, une pierre en main: " davant un Auvernhàs 0 un canh te cal totjorn aver un roc a la man !". (Avec un Auvergnat, comme avec un chien, garde toujours une pierre à la main! ) Ma grand-mère Darie tenait de ses aïeux leur volonté de réussir malgré l'ostracisme. Elle appartenait 10

à la troisième génération de femmes qui surent entretenir des gendres dans l'exigence de se faire une place au soleil. La longue période de prospérité rurale, dont le second Empire marqua l'apogée, avait inspiré et favorisé le projet. L'âge d'or des vignerons, qui marqua le début du siècle des restaurations, et, plus encore, un afflux provisoire de buveurs de vin, en paracheva la réalisation. .. En Bas-Rouergue la construction du chemin de fer attirait une foule de journaliers: douze ponts, treize tunnels, autant d'aqueducs et des lieues de perrés en soutènement ou en talus de surplomb, se succèdent sur les trente kilomètres qui séparent Villefranche-de-Rouergue de Laguépie! Enfant, j'entendais parler du lieu-dit Mergieux, perdu au fond d'une gorge de l'Aveyron, comme d'une corne d'abondance. Ce cul-de-sac minuscule avait été le foirail des échanges entre les laboureurs enracinés sur les causses et les tâcherons exilés dans les gorges. L'essor des ventes de vin permit aux Sarret, Bouysset et Roux d'acheter du cheptel et d'emblaver les terres trop froides pour les ceps. Outre le vin et les fruits secs à Mergieux, on vendit des agneaux et de la laine à Parisot, des veaux à Laguépie et des mulets à Puylagarde. La masure devint grenier. On s'installa dans une vraie maison flanquée d'une belle étable et d'une soue à double enclos. On équipa la cave, le four et le fournil où s'ancrait un mur d'enceinte. Du sol au bûcher et du rucher au jardin, cet enclos fermait sa boucle en revenant jusqu'à la maison. Un portail, ceint de pierres taillées, et couvert d'un toit, gardait l'accès à une ferme dont tout porte à penser qu'elle avait été longuement rêvée... Le fléau du phylloxera ébranla ces fondements. Il fut la malédiction de la fin du siècle révolutionnaire. Darie apprit alors qu'il fallait se garder du courroux divin, sauver les apparences et faire flèche de tous bois. Comme les autres elle planta des croix, multiplia les pèlerinages, les processions et les pénitences. 11

Son père s'était réfugié dans les derniers sursauts du jansénisme. Telle était en effet la suspicion de son fils et de ses petits-fils prêtres. Je les ai entendus, dix ans après sa mort, se gausser encore de sa déclamation du bréviaire qui n'omettait aucun Il gloria patri ", même quand ils étaient

précédés de la mention

Il

hic non dicitur

Il

! (ici ne doit pas

être dit) Janséniste attardé ou précurseur des fondamentalistes, Jean-Paul Roux vivait ses malheurs comme la punition de ceux qui croyaient plus aux mérites qu'à la grâce, plus à la loi qu'à la miséricorde. Né à Varen sur les berges de l'Aveyron, il ne pouvait que vivre la sécheresse de Paulhac comme un exil. Son frère aîné avait été enrôlé dans les armées napoléoniennes de 1802 à 1815. Il fit des traités de cette année-là une honte familiale. On lui appliqua le cautère de

la Il Médaille de Sainte-Hélène ". Mais Dieu seul offrait un
refuge à ses tribulations. D'un cantonnement à Bayonne, il écrivait, dans une lettre conservée en meilleure place que

sa médaille:

Il

Hier j'ai pu sortir un instant de parmi les

démons pour aller à la messe. J'ai pleuré comme un enfan

(sic) en retrouvant les Il santres "(chantres) et les orgues ".
Après ces préludes affligeants, une grêle de rappels à l'ordre divins s'abattit sur cette famille pieuse. La pyrale et l'oïdium, le désastre du phylloxéra, la poliomyélite réduisant une fille en cul-de-jatte, la condamnation du
Il

modernisme

Il

du fils prêtre répandirent la désolation et

la culpabilité... Darie, dans ce maelstrom, sacrifia à la piété paternelle ce qu'il fallait de dévotion. Elle adopta, comme une assurance tous risques, ses exigences de rigueur. pour qu'elle accepte le déclin. Elle apprit à cacher ce qu'elle ne voulait pas voir. Le coq devait être puissant. Il fallait que les poules chantent autant d' œufs que celles du voisinage et emplissent la corbeille du carillonneur. Elle leur sacrifiait de larges poignées de grain et pétrissait une

Mais les succès de l' Il Auvergnat

Il

étaient trop récents

farine grise pour le pain de la table. Ses Il voisins-cousinsbadins Il disaient que ses draps pliés dans l'armoire
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étalaient leurs broderies mais que la lessive étendue révélait des trous d'usure. La jument des sorties devait avoir le poil luisant et l'allure vive. Elle bénéficiait donc des rations de paumelle ou d'avoine qui auraient dû cacher les côtes des vaches. Ce besoin de porter beau resta toujours vif. Elle a exigé de mes parents, qui avaient bien d'autres soucis, qu'ils fassent couper mon costume de premier communiant par le tailleur des notaires et des médecins... Le précepte "à quoi sert de gagner l'univers si tu viens à perdre ton âme ?" était alors la prescription cardinale de la religion catholique. Darie s'y conformait. Mais sa manière de vivre disait qu'elle aurait aimé sauver son âme en gagnant l'univers! Les apparences ne lui suffisaient ni la leurraient. Elle planta des mûriers pour élever des vers à soie, cultiva du safran, sema des luzernes, investit la dot de son époux dans l'achat d'une prairie arrosable par la Seye. Ces deux dernières initiatives, luzernes et pré de Seye, furent les bonnes. Les terres lourdes des cantons de Caylus et Saint-Antonin-Noble-Val fournissaient alors le fourrage des chevaux tracteurs des wagonnets Decauville, au fond des mines de Decazeville et Carmaux. Presses " à bras" et presses" à feu" comprimaient les foins en ballots chargés sur des trains à Lexos. Darie achetait et vendait. Dosité passait une partie de ses hivers à presser à bras pour le compte de Viguier, marchand de graines et fourrages à Verfeil. Sa réputation d'infaillibilité dans l'addition des pesées des balles pressées se forgea là. Elle fut recyclée par les joueurs de manille qui le chargeaient toujours de compter les points des parties. Aux ressources tirées de la vente des coupes de foin, de luzerne et de regain, s'ajoutaient ainsi celle des journées des" presseurs" et des charretiers qui collectaient les balles pour les rassembler à la gare. Mais les temps avaient changé. La grande guerre aidait les femmes à s'imposer. Elle ne leur permettait pas de réussir. Elle confirmait surtout l'ire du ciel d'où, plus que jamais, à travers les récoltes de fourrages, venaient l'abondance ou la ruine. 13

La disgrâce ecclésiastique de son frère et l'infirmité de sa sœur fortifiaient chez Darie la crainte de Dieu enseignée par son père. Sa sœur Rosa avait été privée, toute jeune, de l'usage de ses jambes par la poliomyélite, dite alors" paralysie infantile". Cette impotence avait tétanisé le père dans ses refuges piétistes, usé prématurément la mère et fait de Darie l'auxiliaire de vie préposée aux corvées quotidiennes. Jeune prêtre brillant, Élie, le frère cadet, s'était laissé séduire par le christianisme social de Marc Sangnier. Un évêque, venu de Bretagne pour revigorer les royalistes sur les terres républicaines du Sud-Ouest, exigea une abjuration solennelle du jeune vicaire de la paroisse montalbanaise de Villenouvelle. Sa sœur ne voulut jamais rien savoir de cette humiliation. Mais le malheur caché ne meurt pas. Tout au long de sa vie, chaque rencontre entre ma grand-mère et son frère ravivait cette blessure. De cette histoire de ma grand-mère, reconstituée à partir de vestiges épars, je retiens que les ambitions sont vaines pour qui croit les monnayer par la seule rigueur des observances. Ce que j'ai appris de son époux relativise son ambition impérieuse. Je sais ainsi que la règle traçant des chemins droits ne suffit pas pour réussir. Il faut aussi de l'audace et de l'astuce, et même quelques fleurs de fantaisie.

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Les Granier, migrants

rouergats.

Mes grands-parents maternels, Adeline et Antoine Granier, étaient tous deux natifs de Monteils, sur les berges de l'Aveyron. Ils furent, eux aussi, des migrants. L'époque et le territoire ne savaient pas nourrir tous leurs enfants. Ils partirent donc en quête de pitances et ne faisaient que de brèves apparitions à Paulhac. Leur mariage devait plus à la raison qu'à la passion. Antoine Granier, repoussé par une belle dont je n'ai jamais rien su, s'était vendu1 pour sept ans de Service Militaire. Pour le reste de sa vie, les" fièvres ", contractées au Tonkin, furent l'excuse de son autoritarisme et de ses sautes d'humeur. À Monteils, on prétend que les manières du jeune ours justifiaient le refus de sa première élue, que ses amis étaient rares au village et que les Annamites, les Congaï et le palu, n'avaient rien changé à ses manières d'être. . . L'Annam et le Tonkin, les longues traversées et sept années de discipline militaire lui avaient fourni plus que des prétextes pour justifier ses colères. Il avait appris à commander son monde et à gérer son argent. L'aventurier de Monteils avait vendu sa jeunesse pour fuir un village où il n'avait pas su se faire aimer. L'époux d'Adeline, de campagnes coloniales en commerces, de métayages en fermages, mourut propriétaire de quelques coteaux à chasselas près de Moissac. 15

Pourquoi et comment cet homme irascible et ambitieux, torturé et rigide, asthmatique et triste, était-il devenu l'époux d'une femme dont le seul nom illumine mon souvenir? De ses rares apparitions dans la maison natale j'ai appris que les Annamites mangent des œufs couvés, qu'il pleut" des cordes" à Colombo, qu'il avait contracté les fièvres à Majunga et que les Turcs de Chypre ne sont pas fréquentables... De son épouse, la grand-mère Adeline, je ne garde que sourires et rires, encouragements et louanges. Sa présence fut trop rare dans ma vie d'enfant. L'image d'elle qu'entretient mon souvenir tient plus de l'ange de Reims que de l'aïeule vénérée. Une photographie de la jouvencelle montre qu'elle n'avait pas moins de charme que l'aïeule. Elle l'exalte en jeune bouvière conduisant un attelage de quatre bœufs. La photographie agrandie et restaurée de cette scène champêtre orne les maisons de tous ses descendants. Son père, à l'arrière-plan, tient avec conviction les mancherons d'une charrue de Dombasle. Les mufles de l'attelage contraint entre la charrue et les bœufs en flèche sont dressés vers le ciel. Cette attitude révèle que l'on faisait à la fois du labour et du dressage. L'arrière-plan étale un paysage des dernières années du dix-neuvième siècle. Cette scène de labour, ses personnages et ses bœufs, le port princier, le cou gracile, le corsage ajusté de la fille récapitulent le peu qu'elle m'a appris de l'harmonie.

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L'âme de Carissima
y ssengrin, Goupil et le chapelet sont les spécialités de pépé Dosité. Nous sommes à la veillée, en décembre peutêtre. Le balancier jaune, ceint de cuivre rouge, chuinte ses secondes. Ce balancier ne luit pas. Il balance maladroit. Les ans, par places, l'ont verdi. La fumée du feu proche l'a boucané. La roue dentée, où sa queue prend force, s'ourle d'un bourrelet feutré aux relents de pétrole. La poussière, parfois, se venge des plumeaux! Au plus près de la lampe, mon père lit. Les aisselles calées sur les fémurs du grand-père Dosité, les fesses coincées entre ses sabots, je me fais oublier pour prolonger ma présence dans le cercle des adultes qui veillent. Portées à bras de mère dans leurs lits et berceaux, mes sœurs dorment déjà. Tendre et silencieux, pépé Dosité s'est fait mon complice. Ma mère a repris un ouvrage, après un regard furtif pour évaluer sur mon visage l'approche du sommeil. Je glisse dans un rêve de flammes, de " poilus" héroïques, de renards malins et de loups stupides. Le shrapnell qui se manifeste parfois dans la cuisse du voisin m'a instruit des" poilus ", dont il fut, avec l'un de mes oncles prêtres. Carnaval salat! Que sera aquel trabalh ? Ques aco que se torna amodar ? grommèle tout à coup mon grand père (Allons, bon! Voilà que ça recommence! Qu'est-ce qui s'est relancé ?)
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Depuis quelques jours, il se passe des choses du côté de la pendule. Les travaux de la journée ne permettent pas d'y prêter attention. Aux veillées, pépé s'inquiète du bruit intermittent qu'elle émet. Un rongement scandé. Des résonances de bois creux, mêlées de vibrations métalliques. Aucune mécanique à mesurer le temps n'a jamais fait de tels bruits. Son râpage, ce soir, est net, régulier, fort. Il évoque, en plus ténu, celui de la gouge des sabotiers. Mon père a abaissé son journal. Le regard inquiet de ma mère balance de l'époux au beaupère. C'est de lui, pépé Dosité, que tombe la sentence " Aco es l'arma de Carissima que demanda de messas ". (C'est l'âme de Carissima qui demande des messes) Mon père se renfrogne, hésite, se dresse. Il va vers la pendule, l'inspecte en détail, pose une oreille sur son ventre creux. Une canne est accrochée à la corniche. Elle pend le long de la caisse. Sa pointe de fer touche le rebondi bedonné pour la course du balancier. Mon père saisit la canne, l'examine. Le bruit a cessé. Un double geste brusque des bras et d'une jambe brise la canne sur la cuisse. Une larve blanche à tête brune tombe de l'un des morceaux avec une pincée de sciure. Il montre le tout à pépé Dosité avec ce commentaire: " as rason, nous cal fa diré des messas, mais cerques pas l'àma de Carissima dont es pas ! Ça qu'ausissiam èra pas res maï que 10 rosigadis d'aquel vermenas que retronicia dins la caissa. "... (Tu as raison, nous devons faire dire des messes, mais ne cherche pas l'âme de Caris sima là où elle n'est pas. Ce que nous entendions n'était que le rongement de ce gros ver qui résonnait dans la caisse) J'ai vu trembler la lèvre inférieure de mon grand-père, comme celle des nourrissons dont le visage hésite entre le rire et les larmes... Car celui dont ma grand-mère avait fait le géniteur de ses héritiers était mon grand-père préféré. Il n'avait pas plus d'ambitions vaines que d'aplomb doctrinaire. Il savait qu'aimer c'est s'oublier. Dosité à la maison, il était Justin à la mairie. C'est que, quelques semaines après 18

sa naissance, son frère Dosité, à peine sorti des langes, avait été porté en terre. Couvert de l'ombre de ce disparu, il fut désigné par son prénom dans la vie de tous les jours. Sa paroisse, elle aussi, changea de nom. Justin avait été baptisé dans la vieille église de Puech-Mignon, blottie au creux de la vallée. Il fut catéchisé à deux pas de sa maison natale parce que l'église de son baptême avait été abandonnée pour une bâtisse neuve, érigée sur le plateau de Lez. La balise hautaine d'un clocher proclamant la récente prospérité des terres à genêts, avait déclassé en vieilleries les personnages du retable en bois doré de l'église romane de Puech-Mignon. Les collines et plateaux qui mangeaient le fer, mais laissaient mourir les enfants, n'étaient plus le pays du loup et des bannis du Causse. Ils devenaient terres d'abondance. La chaux, la pomme de terre, les cochons et la mode du " veau blanc" couvraient le Ségala de toits d'ardoises posés sur des maisons larges et des granges longues. Les" ventres noirs" miséreux étaient devenus des" ségalis " prospères. À Montirat, d'où étaient venus les Durand, comme à Lez où ils prospéraient, la famille de Dosité vivait cette liesse de la bonne fortune. L'émigration n'était plus la règle. Il restait à caser les enfants. Jules, l'aîné des garçons, prit la succession paternelle dans la maison de Lez. Opportune, l'aînée des filles, opta pour le Carmel. Élie, le frère puîné de Dosité, s'enrôla dans la prêtrise. Carissima, la seconde des filles, avait trouvé un bon parti à une heure de marche de la maison paternelle. Justin-Dosité, entre le deuil d'un frère et les mutations de l'ère nouvelle, vécut le sort des cadets. Dressés à la soumission, leur destin était alors celui de géniteurs chez une héritière, quand la part de l'Église Romaine avait été prélevée parmi les aînés. Le plus malingre d'une fratrie de haute stature, se fit ainsi gendre chez l'auvergnat de Verfeil. Ce statut lui imposait de trouver dans la patience les succès que d'autres cherchaient dans l'autorité. Doté d'un beau pécule de jaunets, il partit pour le Causse au moment 19

où le Ségala prenait sa revanche de la domination qu'il avait subie pendant des siècles. Je n'ai rien connu du jeune époux dont la moustache affichait la virilité. Mon" Pépé Dosité " portait toujours la moustache, mais chenue, comme sa chevelure. Il taillait la vigne et les haies, cherchait des champignons, braconnait les oiseaux et gardait les vaches. Il savait plus d'histoires qu'il n'en contait. Son français était appliqué et précieux, sa langue maternelle savante. Pour dire qu'il entendait mal, il francisait son occitan pour déplorer sa difficulté
" d'audir

". Chargé de donner des héritiers à la fille de

l'Auvergnat, il s'était perfectionné dans la sujétion. Elle avait alors rang de vertu. Elle a tendu le ressort de mes audaces. Faute d'être le maître des bêtes et des champs il était l'enchanteur des choses et des êtres. Cent fois, sur le seuil de notre porte, il a détaillé pour moi les signes de l'horizon. Au levant, les quatre cent quatre-vingt-six mètres du Puech d'Escars nous renseignaient sur l'humeur du temps. Quelques degrés vers le Sud, le clocher de Lez disait sa nostalgie des cèpes parfumés et des châtaigneraies généreuses. À l'exact midi, les cheminées de la cimenterie de Lexos crachaient leurs fumées séductrices et menaçantes. En glissant vers le couchant, le Château de la Prune et la Forêt de Grésigne parlaient du passé Albigeois, des bûcherons rudes et des légendes fumeuses. De l'Ouest, à travers la combe d'Arnac, venait la promesse des pluies précieuses pour notre causse sec. Mais cette vallée cachait aussi la route par laquelle arrivait le percepteur avec son rôle des tailles... La porte refermée, pépé Dosité m'initiait aux légendes où l'histoire des hommes enseigne celle de Dieu. Je ne saurai jamais pourquoi il m'a voulu Paul contre le choix de ceux qui me croyaient Bernard. Pas davantage comment il accepta son exil au fournil où son épouse l'avait refoulé quand l'héritière des Roux eut décidé qu'une septième fille, tard venue, prouvait le risque d'un huitième enfant dont elle ne voulait pas. D'où tirait-il ses 20

connaissances de mycologue et son habileté à découvrir les nids d'oiseaux les mieux dissimulés? La langue que parlait mon grand-père paternel, comme la photographie de ma grand mère maternelle, ne sont pas des reliques mortes. Elles sont les substrats de mon patrimoine vivant. Je porte le deuil de la culture qu'elles exposaient. En prélude à quelque merveilleuse histoire où les méchants finissaient toujours par être battus ou ridiculisés, " pépé" Dositè entonnait au coin du feu la mystérieuse cantilène des chèvres de la bâtarde. Qui me dira ce que cachait ce rite d'entrée dans le temps du conte avec ces vers énigmatiques: Turlututu d'on venes tu ? (d'où viens-tu ?) Turlututu d'al fons deI prat (du fond du pré) Turlututu que l'y as trouvat? (qu'y as-tu trouvé ?) Turlututu de pan am de laj (du pain et du lait) Turlututu d'on l'as tirat? (d'où sortait-il ?) Turlututu de las cabrettas (des chevrettes) Turlututu quallas te garda ? (qui les fait paître 7) Turlututu es la bastarda (c'est la bâtarde) Turlututu quallas te buta ? (qui les déplace 7) Turlututu es la Flaüta ! (c'est la Flûte!) Pourquoi la nostalgie de la complainte chantonnée en intermède entre deux contes demeure-t-elle aussi vivace? Que cachaient d'autres couplets sibyllins qui chantaient" La campana d' orian qu'es tombada dins l'estanh ", " Pierri-Grand que l'amassaba " et " 10 parpalhol ambe l'escargol que ne portaban 10 dol" ?(La cloche d'airain est tombée dans l'étang, Le Grand-Pierre la ramassait et le papillon avec l'escargot en portaient le deuil? ? ?).Pourquoi ces étranges évocations codées reviennent-elles à mes oreilles aux heures qui imposent la résignation? La cloche était-elle celle de Notre Dame d'Orient? Était-elle tombée dans l'étang ou dans l'étain 7 qui était" Pierri-Grand " le secourable 7 D'où sort le couple improbable du papillon et de l'escargot pour porter le deuil d'une cloche? 21

J'entretiens ces questions dans le souvenir de l'homme de qui j'ai appris que l'on peut être sans paraître, aimer sans dominer et croire sans savoir. Ah ! Pépé Dosité ! Que saurais-je du monde si vous ne m'aviez pas expliqué qu'à pisser contre le vent on se mouille les pieds? Qui serais-je si je n'avais pas reconnu votre histoire dans vos histoires? De votre âge et de votre temps j'ai appris que les lois de la vie sont inscrites dans les rythmes de la lune, l'agencement des étoiles, la sagesse des pauvres et la sauvagerie des puissants. Votre destin m'a montré qu'il faut, pour grandir, ruminer ce que chantent les mots, puis partir, pour aller voir ce que cache l'horizon.

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Sur la terre comme au ciel
Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, Dieu fut la source des angoisses. Au creux de cette pelote des interdits et des peurs, pépé Dosité pratiquait une religion paisible. Mais il semblait ne rien savoir de Dieu. Dans l'affaire, Jésus n'était d'aucun recours. La comptine du " petit Jésus s'en va à l'école" proposait des bizarreries douteuses. Les prières du matin et du soir invoquaient ce même jouet virtuel. Son passage dans les sabots de Noël prétendait nous garder du paganisme du
" Père Noël"!

Mais cette histoire n'était pas moins

improbable que la pomme rouge, la croix et les fleurs de la comptine. Ce petit ne pouvait en rien se rattacher au redoutable Dieu des grands. Le personnage était ridicule sur le chemin de l'école, mièvre au réveil et au coucher, douteux autour de la bûche de Noël que consumait l'âtre. Ce petit Jésus n'offrait aucun modèle stimulant mes apprentissages. Il fallait, pour grandir, effacer cette image conçue pour entretenir les rêveries enfantines. Une volée de carmélites énamourées m'a lancé sur la houle de l'océan où tournicotaient les âneries du Petit Jésus et la vindicte de l'Autorité Divine. Nous étions à Montauban. Ma grand-mère dirigeait la manœuvre. Elle était la spécialiste de Dieu, du ToutPuissant. Pour obtenir que je me conforme à l'image qu'elle se faisait de l'aîné de ses petits-enfants, elle m'avait 23

menacé de me faire manger par le planton noir qui, tel un saint dans sa niche, ornait l'entrée majestueuse du "Quartier Doumer ". L'alignement des façades de briques du Quai de Verdun, la largeur du Tarn et la multitude des maisons m'impressionnaient beaucoup plus que cette menace, dont un haussement d'épaules de mon père avait discrètement déploré l'incongruité. Il était le premier héritier mâle dans la lignée de filles prenant gendres pour assurer la descendance et arrondir le patrimoine. Il était aussi le cadet de deux prêtres et le neveu de deux autres. Il devait donc, pour la foi comme pour la ferme, restaurer l'autorité de l'homme. Mes oncles et grands-oncles avaient disparu. Les Carmélites avaient-elles prévu un accueil spécifique pour les prêtres? Etaient-ils requis par les préparatifs du rituel de célébration du jubilé? Ma mémoire n'a rien enregistré d'eux. Il ne me reste rien non plus de notre propre entrée dans le Carmel, ni du voyage de Paulhac jusqu'à Montauban. À l'époque pourtant, il fut sans doute une expédition mémorable. Le premier souvenir net me restitue la terreur d'une séparation. Je vois un guichet où les bras de ma mère me poussaient vers les mains inconnues d'Opportune-MarieCélestine Durand célébrant son jubilé. Depuis cinquante ans, cette sœur de mon grand-père était Véronique de la Sainte Face, carmélite. Mon âge m'autorisait à franchir la clôture. Je devenais ainsi le privilégié de la famille rassemblée pour la louange. Ce privilège nouait mon ventre. Le Dieu de ma grand-mère sévissait, comme elle, avec elle, par elle peutêtre. Le guichet traversé à hauteur d'adultes, je fus redescendu au niveau du sol. Comment pleurer debout au milieu de visages rayonnants de tendresse? Ils disaient que j'étais une merveille. Leur unanimité dans l'enchantement attentionné refoula mes sanglots. Embués ou rieurs, tous les regards considéraient un trésor. Les mains maladroites se faisaient précautionneuses. 24

Véronique de la Sainte Face rassurait ma mère. Les autres me promettaient des fruits mûrs au jardin. Je pouvais donc prendre le risque de me mettre en route. Escorté, le long d'un couloir pavé de briques sombres, je fus saisi par une bouffée de fragrances féminines. La traversée d'une grande salle aux senteurs de soupe et de cire conduisait vers une porte lumineuse perchée sur trois ou quatre marches. Elle s'ouvrit sur un jardin paradisiaque. J'y fus le roi de la fête! Les bures rudes teintes au brou, les sandales à lanières, les bras tendus vers les treilles virevoltent encore dans ma mémoire. D'où venait cette lumière allumée dans tant d'yeux jeunes et vieux? Une farandole de tendresse m'enivrait. Elle me faisait courir de bras en bras. Des mots émerveillés où je ne reconnaissais guère que celui de Jésus, m'enserraient dans un essaim de bonheurs papillonnants. Cette sensation m'interroge toujours. La peur dépassée, la nouveauté du lieu, le flux de la sollicitude d'inconnues, une expérience de fils unique, de roi des cœurs, me mettaient au diapason de la gaieté de ces femmes de tous âges. Ce que j'ai vécu là évoque encore les déferlements des troupeaux que le printemps libère des étables ou l'explosion des pigeonniers quand cent paires d'ailes claquent ensemble à partir des planches d'envol et des arêtes du toit. Ces souvenirs, cependant, me restituent aussi l'impression d'avoir été un jouet. Celles qui se disputaient pour me poser des questions, prendre ma main ou capter mon regard pensaient à elles plus qu'à moi. J'étais la bonne surprise d'un jour de fête, mais ce n'était pas moi qu'elles fêtaient. Je crois aujourd'hui que ces femmes célébraient une absence souveraine. Était-elle celle de l'enfant qu'elles n'avaient ni n'auraient, celle de l'époux mystique dont elles cultivaient le secret? À lui seul mon minois de garçonnet rasséréné par un jardin lumineux peuplé de femmes heureuses n'explique pas tant de liesse. D'où venait la joie de celles qui se congratulaient sous prétexte de prendre soin de moi? 25

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