John R. Porter – Devenir un leader culturel

De
Rêveur déjouant l’utopie, pragmatique évitant l’immobilisme, John R. Porter est un leader qui a laissé son empreinte sur le grand paysage culturel québécois, notamment lorsqu’il était à la barre du Musée national des beaux-arts du Québec. Il livre ici un autoportrait coloré et passionné, ponctué des observations et des commentaires de Natalie Rinfret.
Publié le : mercredi 4 décembre 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782760539228
Nombre de pages : 384
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PRÉFACE
« On m’a par fois défini comme un entrepreneurou un leader culturel. Il est vrai que j’aime entreprendre,convaincre, entraîner et diriger. Pour ce qui est du qualificatifculturel,je l’assume avec plaisir et sans gêne, d’autant que j’ai un côté ar tiste et que j’ai toujours carburé à la culture dans toutes ses déclinaisons. Au fond, je suis un homme de projets depuis ma prime jeunesse ; j’aime voir loin, imaginer, planifier et réaliser. Et, au fil de chacunde mes projets, j’ai toujours cru nécessaire de dire et d’écrireafin de par tager mes enthousiasmes. Les plus beaux projetsne sontils pas ceux qu’on par tage ? Avant, pendant et après… » JOHN R. PORTER
AVANT D’ÊTRE DES NOTIONS ABSTRAITES faisant l’objet d’analyses savantes, la gestion et le leadership relèvent d’actions foncièrement humaines. Audelà des facteurs socioéconomiques d’une époque donnée, les institutions publiques sont marquées par les valeurs et l’action propres à des personnalités singulières qui, riches de leur parcours individuel, en viennent à transformer les organisations et à les façonner à leur image. Le parcours de John R. Porter en constitue une belle illus tration, particulièrement au regard du secteur culturel auquel est associé l’essentiel de sa carrière. On sait aussi tout ce qu’il a accompli durant ses années à la barre du Musée national des beauxarts du Québec (MNBAQ) et l’importance des grands chantiers auxquels il consacre aujourd’hui une large part de son temps. Ce qu’on connaît moins, c’est le parcours qui a amené ce développeur à s’engager dans de telles entreprises avec succès. Il est en effet intéressant de se demander comment un muséologue et universitaire œuvrant dans le domaine de l’histoire de l’art en est venu à émerger comme gestionnaire, administrateur et leader. En filigrane, on peut aussi vouloir déterminer où, dans son cas, s’arrête la gestion et où commence le leader ship, deux questions qui intéressent particulièrement ceux et celles qui se passionnent pour le management. D’où l’intérêt de la formule des récits de vie qui, pardelà ses variantes, permet d’éclairer le qui, le quoi, le comment et le pourquoi d’une trajectoire comme celle de John Robert Porter. Son récit de vie situera en contexte les grandes réalisations de ce leader qui, tout en sculptant le visage du Musée national des beaux arts du Québec, a laissé une empreinte sur le grand paysage culturel québécois. Ce qui fait d’une personne un leader demeure une question qui continue d’ali menter les chercheurs et les milieux de pratique. Il n’y a qu’à taper le motleader shipdans un moteur de recherche pour constater, d’une part, l’intérêt suscité par ce concept et par les gens qui l’incarnent et, d’autre part, les multiples qualités que l’on juge fondamentales chez un « bon » leader. À première vue, le parcours professionnel de monsieur Porter peut paraître quelque peu déroutant en raison des multiples fonctions qu’il a assumées – parfois même concurremment –, entre autres comme conservateur de musée,
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JOHN R. PORTER – Devenir un leader culturel – Récit d’un rêveur pragmatique
professeurchercheur à l’université, directeur d’un centre de recherche multidiscipli naire, conservateur en chef du Musée des beauxarts de Montréal, directeur général du Musée national des beauxarts du Québec (19932008), commissaire de son projet d’agrandissement, voire président de la Fondation de cette grande institu 1 tion . Mais, au fond, ces divers engagements auront été alimentés par une même passion, celle des arts visuels d’ici et d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui. En effet, à la lecture de ce récit, on a tôt fait de constater que John R. Porter est tout d’abord un passionné, ce qui est bien caractéristique du leader dynamique et infatigable qu’il deviendra comme gestionnaire public. Sa passion de l’art, particulièrement de l’art québécois, et son ardeur à exprimer les valeurs profondes qui l’animent sont autant de couleurs qui teintent ses actions et son parcours. Contribuer à la connaissance et à la reconnaissance d’un patrimoine artis tique universel et favoriser son appropriation et sa transmission à des publics sans cesse élargis, telles sont les préoccupations d’accessibilité qui ont toujours animéM. Porter, aussi bien comme historien d’art que comme gestionnaire à Ottawa, Montréal et Québec. D’aucuns reconnaîtront aisément sa capacité à se projeter dans l’avenir, à élaborer une vision et à prendre les moyens pour lui donner corps, capa cité intimement liée au leadership de transformation et d’innovation en organisation. L’exposition consacrée à Rodin en est peutêtre l’illustration la plus marquante. De plus, pour transformer une organisation, le leader se doit de communiquer et de partager la vision qui l’anime afin de la mettre en œuvre. John R. Porter est un communicateur et un auteur prolifique auquel on doit de nombreux livres, catalogues, articles et textes de conférences, dont des réflexions sur le leadership et sur son parcours de gestionnaire et d’administrateur. La bibliothèque du MNBAQ conserve sous son nom un curriculum vitæ de 85 pages ainsi que les 19 cahiers d’un volumineux spicilège d’articles de jour naux et de revues couvrant la période de 1971 à aujourd’hui ! Par sa formation, M. Porter se méfie des souvenirs comme unique source de la mémoire des faits : «Avec le temps et malgré la meilleure volonté du monde, nous avons tous naturellement tendance à privilégier les raccourcis et les amal games, à prendre des libertés avec l’histoire, à gommer ceci ou à amplifier cela, voire à réinventer plus ou moins notre passé. Dès lors, le recours aux sources écrites se révèle essentiel, ne seraitce que pour respecter la chronologie et rendre mieux compte de la complexité des faits.» Or, John R. Porter est d’abord
1.Depuis 2010, M. Porter assume aussi la responsabilité de président du conseil d’administration de l’Université Laval.
Préface
un homme de l’écrit. Non seulement tientil fidèlement un journal de bord depuis 1986 – il comporte 59 cahiers à ce jour ! –, mais il a en outre été très systématique en matière de reddition de comptes, de rapports annuels et d’archives personnelles ou institutionnelles. On ne s’étonnera donc pas que la présente publication s’appuie davantage sur des traces écrites que sur un témoignage oral. Après s’être pris au jeu d’une entrevue animée de concert avec mon ancienne collaboratrice, Judith Lavoie, les 15 et 20 juin 2008, John R. Porter a d’abord accepté de revoir et d’enrichir le premier jet de l’essai de Stéphane Delisle qui en avait 2John R. Porter est tout d’abord un passionné, résulté suivant notre modèle usuel . caractéristique du leader dynamique Cet exercice l’ayant un peu laissé sur sa et infatigable qu’il deviendra faim, il aura d’abord cherché à amé comme gestionnaire public. liorer ce texte pour enfin se résoudre à le réécrire de bout en bout en ayant parfois recours auilafin de sauvegarder la spontanéité – et certains segments – de notre entrevue initiale. Son texte est par ailleurs ponctué d’autres passages en italique me permettant de faire ressortir ou de commenter différentes facettes deson leadership. Même si plusieurs portraits de M. Porter ont déjà été brossés – notamment en 2008 à l’occasion de différents témoignages de reconnaissance, dont le prix Hommage de l’Institut d’administration publique du Québec –, le présent ouvrage aura indéniablement le mérite d’ajouter de nouvelles dimensions et d’approfondir le volet « leadership » inhérent à sa carrière. Rêveur déjouant l’utopie, pragmatique évitant l’immobilisme, voici donc le tracé d’un parcours exceptionnel et l’autoportrait coloré d’un entrepreneur culturel qui reconnaît volontiers être un « singulier personnage ».
Natalie Rinfret, Ph. D. Professeure titulaireChaire La Capitale en leadership dans le secteur public École nationale d’administration publique
2. Récit de vie de John R. Porter, ébauche par Stéphane Delisle et Natalie Rinfret avec la collaboration de Judith Lavoie à partir des propos recueillis de John R. Porter, 2009, 37 pages.
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