Journal d'une anorexique boulimique

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Un triste soir d'octobre 2012, notre vie s'est suspendue. Nous venions d'apprendre que notre fille Cindy avait choisi de s'envoler pour toujours... Cela faisait cinq ans, depuis son agression sexuelle, que la vie de notre fille s'était elle aussi suspendue. L'anorexie et sa grande complice, la boulimie, étaient alors entrées chez nous, empoisonnant à jamais nos existences, jusqu'à ce billet sans retour. Ce livre contient le journal intime tenu par Cindy.
Publié le : vendredi 1 mai 2015
Lecture(s) : 176
EAN13 : 9782336376196
Nombre de pages : 194
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Cindy C.Journal
d’une anorexique boulimique
Journal Le combat d’un ange
d’une anorexique boulimique
Un triste soir d’octobre 2012, notre vie s’est suspendue. Nous
venions d’apprendre que notre flle Cindy avait choisi de s’envoler
pour toujours... Cela faisait cinq ans, depuis son agression sexuelle,
Le combat d’un angeque la vie de notre flle s’était elle aussi suspendue.
L’anorexie et sa grande complice la boulimie étaient alors entrées
chez nous, empoisonnant à jamais nos existences. Jusqu’à ce billet
sans retour...
Ce livre contient le journal intime tenu par Cindy tout au long de son
douloureux voyage et aussi, dans une deuxième partie, son roman
inachevé dans lequel elle raconte son calvaire, avec des mots d’une
très grande force. Elle aimait l’écriture et espérait voir un jour ses
écrits publiés. Cela est fait.
Aux écrits de Cindy ont été rajoutées des illustrations ainsi que des
photographies montrant ce que souvent l’on ne veut pas voir…
afn que ce qui a été enduré ne soit pas inutile.
Afn que Cindy ne meure pas une seconde fois.
Thierry & Mireille C.
En couverture : dessin évoquant Cindy, œuvre offerte par
une amie graphiste HélèneM.
À l’intérieur du livre : Thierry C. pour les photographies et
les illustrations sauf page 58 (Alain J).
ISBN : 978-2-343-06121-4
19 e
Journal d’une anorexique boulimique
Cindy C.
Le combat d’un angeJ OURNAL D’UNEANOREXIQUE
BOULIMIQUE
Lecombatd’unange©L’Harmattan,2015
5-7,ruedel’Ecolepolytechnique,75005Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06121-4
EAN : 9782343061214CINDYC.
J OURNAL D’UNEANOREXIQUE
BOULIMIQUE
Lecombatd’unange
L’HarmattanPREFACE
Nous sommes un matin
d'octobre 2012. Je me
pose dehors, une clopeau
coin des lèvres, le regard
un peu perdu, perdu
depuis quelques jours.C'est
l'automne. Les champs
sont recouverts d'une
pellicule humide. Ce
matinlà, le brouillard est dense,
comme pour masquer un
horizon bien terne.Les feuillesarborent des couleurs
rougeâtres. Tout doucement, la nature s'endort. Je distingue
7dans la brume épaisse un petitarbre.Ses feuilles sont
tombées...Mes yeux sont emplis de cette inévitable rosée
matinale et perpétuelle.
Depuis ce matin-là, l'histoire s'est arrêtée. Je regarde ce
livre entre mes mains, où défilent désormais des pages
désespérément blanches.Une jeune fille de 20ans, une jeune
fille blessée à jamais dans sa chair, une jeune fille
impuissante dans ce combat perdu d'avance, une jeune fille
décidée à prendre un billet de train pour un voyage sans
retour...
Et l'anorexie s'est installée, insidieuse. Lentement, elle a
pris place dans une famille.On ne la voit pas entrer, on ne
l'entend pas frapper à la porte.Mais elle est là.Elle
s'installe discrètement et son sale travail peut
commencer.Maligne, elle évolue tout doucement... si doucement que
personne n'en soupçonne la gravité... celle qui ronge le corps
et le cœur.
L'anorexie, et son inséparable amie, la boulimie, ont
entraîné dans une spirale mortelle une âme blessée,
gangrénant et prenant possession de son esprit, la poussant
toujours plus loin, toujours plus bas, dans un combat inégal,
8un combat difficile à gagner, un combat que cette petite
âmea perdu... un combat que notre fillea perdu.
Depuisce19octobre2012,lesjourssesuccèdent,desjours
oùl'absence vient ternirl'éclat dusoleil matinal, leschoses
n'ont plus la même saveur, les souvenirs ont remplacé les
rêves, comment pourrait-il désormais en êtreautrement !
Comment ne pas se révolter contre ce corps médical, ces
médecins qui pensent encore que les médocs peuvent
soigner cette maladie ! Ils se réfugient derrière leurs
soidisant protocoles... Comment accepter que notre fille soit
partie, commentaccepter qu'elle n'ait pas été sauvée,
commentaccepter… l'inacceptable...
L'anorexiea brisé la vie d'une jeune fille pleine de projets
et de vitalité, ses rêves se sont effondrés à 15ans.S'en
sont
suiviescinqannéesdesouffrance,decrisetdelarmes,d'espoir...parfois.Cinqannéesoùtuasmarchéàcôtédelavie,
de notre vie, de ta vie.
Cindy, tuas choisi de partir vers un monde où tu espérais
pouvoir trouver une paix, une paix que je te souhaiteavoir
trouvée.Jenesaispass'ilexisteunendroitpourlesanges...
tuas été notreange... TonamieJulie t'ya suivi...J'espère
que vous vous êtes retrouvées dans un monde meilleur.
9Quand j'ai découvert les petits bouts de toi couchés sur le
papier, je n'ai plus eu qu'un seul but : pouvoir éditer ces
mots, tes mots où tu racontesavec sincérité ton quotidien,
ta souffrance, tes espoirs, tes coups de gueule, comment
pouvais-je laisser celaau fond d'un tiroir ?
Tu étais dotée d’une intelligence hors normes et d’une
plume incroyable, tu utilisais les motsavec uneaisance et
une facilité qui forçait l’admiration.
J'espère que ce livre, ton livre, servira à faire prendre
conscience de la gravité de cette maladie.Que derrière
l'apparence peut se cacher un drame, un drame que personne n'a
le droit de subir à 20ans.
Ta souffrance doit survivreau travers de ce livre, c’est
l’ultime chose que je puisse faire pour toi, ma petite fille.
J’espère que dans ce monde ou je ne me reconnais plus,
j’espère qu’il reste encore un soupçon de justice…
Comment peut-on être à l’origine de tels actes de barbarie et
continuer son chemin comme si rien ne s’était passé…
Chaquematinestledébutd’uneinterminablejournéeoùtu
n’es plus là.Chaque matin, mes yeux, nos yeux cherchent
en vain ton visage.
10Tu me manquesCindy, tu nous manques… notre vie est
brisée à jamais.
Cindy, tu nous laisses un grand vide, un vide que rien ne
viendra combler, tu étais si fragile, mais si grande en même
temps, oui tellement grande.
Jet’aime,noust’aimonsàjamais.
Tes parents
1113/11/2010
AndI'm falling, again. Se relever, encore.Est-ce que ça en
vaut la peine ?Est-ce qu'il y a la victoire au bout du
chemin ?Lebonheur?Est-cequ'onpourraunjourmangerdes
frites-mayonnaise en toute impunité ? Pire encore sourire à
cette idée, sans éprouver de culpabilité ? […]Est-ce que le
décompte des calories cesse, la graisse s'arrêtera-t-elle de
ruisseler, de se répandre insidieusement?Est-ce qu'un jour
ons'ensort,vraiment,totalement
?J'aienvied'ycroire,encore,et je me bats pouryparvenir,je neveuxpasd'unevie
en demi-teinte.J'arracherais cette victoire.
03/01/2011
Monstrepolymorphe.
Je me maîtrise, je me contiens, je tiens en laisse le monstre
quimebouffedel'intérieur,jeluicadenassesagueulepour
ne pas le laisser déverser sa haine.Faire bonne figure,
sourire, effacer les traces, les tâches, les vestiges, faire place
nette,queçabrille,commeavant,qu'onnesedoutederien,
que rien ne transparaisse.J'ai lâché du lest au monstre des
entrailles, je l'ai laissé se déchainer devant la bouffe,
s'exprimer de dégueulis.J'ai cru pouvoir l'étouffer en
l'engloutissant de matières… Le connard, il m'a fait comprendre
qu'il aurait le dernier mot, que ça serait à lui de décider du
répitqu'ildécideradem'accorder.Tiens,bouffe !Prendsde
la frangipane, c'est les rois, la galette ! Je m'en fous, c'est
moiquiauraislafève !Eh,devinequoi,j'aieuBayonne,le
cochon-tirelire de Toy Story ! C'est ça : bouffe, grosse
truie ! T'as eu la fève à ton effigie.Ça en fait, des galettes,
des calories, des sous qu'on tire directement avec la chasse
13d'eau…C'est du joli, hein ?Eh, le monstre ! Toujours pas
satisfait ? Toujours pas écœuré?C'est quand que tu te
lasseras des kilos de pâtes noyés sous la sauce et le fromage ?
C'est quand que tu t’étoufferas avec tes Pépitos et tes
cookies premier prix ?J'aurais pourtant cru que le Nutella
aurait eu raison de toi, qu'il t'aurait englué sournoisement, ni
vu ni connu.
Dis,c'estquandquetucrèvesetquetumelaisses
vivre,moi?
19/01/2011
Ilyadesvictoiresqu'onarrache.
J'avance, du moins j'essaie.Je n'ai plus le choix, plus
tellement du moins.Des corbeaux volent au-dessus de ma tête.
Jesaisquejepeuxyresteràtout moment,quej'aiunpoids
qui objectivement serait plus à sa place en milieu
hospitalier. Mais je ne veux pas, je porterais à bout de bras s'il le
faut ce fardeau de kg et je me battrais, non pas contre moi
en maigrissant davantage mais en essayant de guérir, parce
qu'il le faut, parce que je veux vivre, moi !J'aime la vie !
Alorsoui,aujourd'hui,j'aiajoutéquelquesdésdegruyèreà
ma salade insipide. Oui, hier, j'ai osé une tranche de pain
complet avec une cuillère à café de miel. Puis avant-hier,
j'ai pris un œuf au plat avec mes parents. Oui, j'essaie.De
faire des repas, encore incomplets mais j'essaie.Je mets un
peu de matière grasse dans la ratatouille et parfois je mets
un peu de miel pour sucrer le fromage blanc.Est-ce que ça
sera suffisant? Est-ce que je pourrais suffisamment
détacher mon regard de la balance pour ne pas rebrousser
chemin ?
14Les crises sont toujours présentes, bien que je me limite à
quatremaximum.Quatreseulementalorsquej'auraisenvie
de dévorer jusqu'à mon dernier souffle. La bête gigote
à
l'intérieur,elleneveutpascrever,elleveutengloutirjusqu'à
n'enplusfinir.Jelacrèveraipourvivrecommejel’entends,
sansgerbesouslesdoigtsnitâchesdegraissessurlesvêtements.
Cetété,jeveuxpouvoirme mettreentee-shirtssansdevoir
affronter le regard effrayé des passants. Je veux pouvoir
faire du vélo sans m'écrouler au bout de cinq minutes. Je
veux pouvoir manger une pizza avec des amis sans avoir
besoin de la gerber quelques mètres plus loin.Je veux
pouvoir dépenser mon fric en bijoux,fringues et sorties au lieu
delepasserdanslesPépitos,lespâtesetlegruyère.Jeveux
passer mon temps libre à voir des gens, aller au cinéma, à
lapiscineetdireadieuàcesputainsdecrises.Jeveuxvivre.
25/01
Matin : café sucré.
Midi : 2BV.
Après-midi: 2 oranges + un kiwi
Soir : une grosse tomate + un œuf au plat + deux tranches
de pain complet + un StMorêt allégé + une pomme + une
clémentine.
26/01
Matin: une orange + une tranche de pain complet avec une
cuillère à café de miel.
15Midi : une cuillère à soupe de chou rouge + une cuillère à
soupe de haricots verts avec MG + un ramequin de
framboises + trois petits sablés de ma grand-mère.
Soir:unetranchedepaincomplet+unStMorêtallégé+un
fromage blanc 0% sucré avec une cuillère à café de miel.
30/01/2011
Bouffetacolère,fillette.
Monpoidssefoutdemagueule,révolteducorpsinsoumis.
Le traitre ! En une semaine, j'ai fait des efforts monstres
pourmebattre,certesbiendérisoireauxyeuxdebeaucoup,
mais à mon échelle, c'est déjà tout un combat.Dimanche,
j'ai mangé, et gardé, une crêpe avec une cuillère à café de
confiture.J'avais oublié le goût de la crêpe lorsqu'elle n'est
plus mêlée à la gerbe.J'en avais même oublié que l'on peut
mangerenéprouvantduplaisiretnepasengouffrerpourse
vider. J'ai oublié beaucoup de choses qui paraissent
naturellesàtantd'autres,alorsjeréapprends,petitàpetit,legoût
salé d'une demi-portion d'emmental, l'aspect granuleux du
pain complet sousla langue, le goût savoureux d'unœufau
plat. J'essaie. De diversifier, d'intégrer de nouveaux
aliments, d'augmenter les quantités.Mais c'est un combat, un
combat contre soi-même parce qu'il y a toujours une autre
partie qui gueule, qui se révolte en triturant mes entrailles.
Une partie qui a soif de bouffe, de vide, de gerbe pour
expier sa colère.Sebattrecontresoi-même.
Et malgré tout, le poids se fait la malle, conséquence des
crises, ou autres. Qu'importe !Le constat est là.
Paradoxalement, c'est ce qui me donne d'autant plus l'envie de me
battre. Je n'abandonnerais pas. Pas après avoir passé les
fêtesàmetriturerlecerveaudevanttroisharicotsaubeurre.
16Pas après avoir passé les révisions des partiels entre gerbe,
bouffe, nettoyage, fiche-méthode et supermarché. Pas
maintenantalorsquejecommenceàpeineàcroirevraiment
et à entreprendre les efforts qui vont avec une guérison
entière et totale.
Alors oui, demain je criserais probablement. Je finirais
quatre pattes par terre à récurer le sol de mes vestiges.Ce
soirjepasseraisfairelafermetureduGéantquivoitarriver
plusieurs fois par semaine un spectre les bras chargés de
victuailles.Mais en attendant, et au de-là de tout ça, je me
battrais pour garder de la nourriture, pour augmenter les
quantités. Pour vivre.
31/01
Matin: 2BV.
Midi : 2BV.
Après-midi: trois clémentines + un kiwi.
Soir: une grosse tomate + une cuillère à soupe de brocoli +
une tranche de pain complet +un StMorêt allégé + une
pomme + deux noix.
16/02/2011
"Puisqu'iciiln'yaqu'aucombatqu'onest
libre."
J'ai de la haine qui ressort, de la rage, de la hargne, face à
tous ces gens, contre moi-même, contre elles, eux, vous.Je
leur ferais bouffer leur malheureuxKinderBueno à ces
gamines qui ululent à la crise tandis que je vide la deuxième
17casseroledepâtesouquej'entameladeuxièmeplaquettede
500g de beurre. Je les secouerais ces filles qui accrochent
KateMoss en modèle dans leur chambre et scandent à
tout
vaqu'ellesn'ontmangéqu'unesaladeavecunpeudevinaigrette depuis ce matin.
Vousvoulezduglamour,du« sensas' »commeondit,« des
strassetdespaillettes »commentondit
?Passezvotrechemin, il n'y a rien de reluisant dans la gerbe, la surbouffe et
l'anorexie.
Oublier. Oublier. Que demain, le même cirque
recommencera. Que les toilettes nettoyées seront de nouveau
souillées. Que le monstre qui s'est assoupi fera de nouveau rage
dans les entrailles.
23/02/2011
J'airéussimonpremiersemestre.
La grande blague.L'exploit inespéré.Après avoir passé le
semestre entre supermarché, gerbe et toilette, après avoir
alterné les révisions avec les crises, sans compter les cours
loupés, les heures vides post-crises, l'épuisement… Coup
de bol immense.
Je me bats, jour après jour. Garder. Vomir. Garder. Le
même combat qui fait rage.Même son de cloche. Toujours
la bête qui gronde… J'ai beau lui goudronner la trachée à
coup de paquets de clopes ou l'étouffer dans son dégueuli,
ça ne fonctionne pas.Les crises sont revenues à un chiffre
indécent : je me lève, je crise, vomis, re-crise, re-vomis.Je
vais faire les courses et c'est reparti, jusqu'à l'épuisement,
jusqu'au vide absolu.
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