L'accordéon de mon père

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Edouard est mort le 14 juillet 1917 au Chemin des Dames. Il venait d'avoir vingt ans. je ne savais pratiquement rien de lui, sauf qu'il était le frère de mon père.

Un impérieux et mystérieux désir m'a décidé un jour à mener une enquête sur ce modeste valet de femme qui, jusqu'à son départ pour la guerre, ne s'était pas aventuré plus loin que Pouancé, à quelques kilomètres de Saint-Michel-et-Chanveaux, son village natal du Maine-et-Loire.

Sans que j'en aie eu d'emblée conscience, Edouard allait me servir de guide pour me conduire jusqu'à mon père à l'égard de qui j'avais une lourde dette. Estimant que la succession des générations de "gueux" avait assez duré, Eugène Péan s'était battu pour que son fils rompe ce terrible enchaînement. Lui aussi avait vécu en forêt sous la hutte de bûcheron de son propre père. Et lors du recensement de 1936, face à son nom, j'ai pu lire le mot "domestique". Jusqu'à lui, les Péan ont été des "indigènes de la République", taillables et corvéables à merci, pour qui la citoyenneté était un mot vide de sens.

Cette enquête intime menée avec la même rigueur et la même persévérance que j'ai mis naguère à redécouvrir Jean Moulin ou François Mitterrand m'a fait mettre au jour de pesants secrets de famile, mais aussi permis d'entendre, sous les doigts de mon père, comme l'écho de sa voix, les accents de son accordéon...
P.P.
Publié le : mercredi 27 septembre 2006
Lecture(s) : 39
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782213644592
Nombre de pages : 322
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Edouard est mort le 14 juillet 1917 au Chemin des Dames. Il venait d'avoir vingt ans. je ne savais pratiquement rien de lui, sauf qu'il était le frère de mon père.

Un impérieux et mystérieux désir m'a décidé un jour à mener une enquête sur ce modeste valet de femme qui, jusqu'à son départ pour la guerre, ne s'était pas aventuré plus loin que Pouancé, à quelques kilomètres de Saint-Michel-et-Chanveaux, son village natal du Maine-et-Loire.

Sans que j'en aie eu d'emblée conscience, Edouard allait me servir de guide pour me conduire jusqu'à mon père à l'égard de qui j'avais une lourde dette. Estimant que la succession des générations de "gueux" avait assez duré, Eugène Péan s'était battu pour que son fils rompe ce terrible enchaînement. Lui aussi avait vécu en forêt sous la hutte de bûcheron de son propre père. Et lors du recensement de 1936, face à son nom, j'ai pu lire le mot "domestique". Jusqu'à lui, les Péan ont été des "indigènes de la République", taillables et corvéables à merci, pour qui la citoyenneté était un mot vide de sens.

Cette enquête intime menée avec la même rigueur et la même persévérance que j'ai mis naguère à redécouvrir Jean Moulin ou François Mitterrand m'a fait mettre au jour de pesants secrets de famile, mais aussi permis d'entendre, sous les doigts de mon père, comme l'écho de sa voix, les accents de son accordéon...
P.P.
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