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L'Alien intestinal, cet inconnu

De
124 pages

J’avais 55 ans lorsque le cancer est venu frapper mon ventre. Je n’en étais pas à mon premier combat, ni à mon premier défi. L’effet miroir des symptômes massifs de ma maladie me porte vers l’écriture et le témoignage. J’éprouve alors le besoin de prendre le risque de livrer ma réalité subjective et émotionnelle. La chimiothérapie apparaît, sans aucun doute, comme l’épreuve la plus improbable et la plus insupportable vécue au cœur de cette maladie. En tant que psychologue, je suis ouverte aux rencontres, aux pensées, en quête de sens. Prendre soin de moi est une nécessité vitale, face à l’effraction de ce monstre venu s’installer au plus profond de moi. L’état de sidération, la gravité de la situation, le sentiment d’impuissance engendrés par l’inconnu fait des ravages. La fatigue du corps abîmé, cassé, et la furieuse envie de tenir face à l’adversité sont prégnants dans ce récit. Eric et moi avons avancé à l’unisson. Nous avons uni nos forces contre la morsure du réel. La menace liée à ce terrible signifiant « tumeur » (tu meurs) est si aveuglante que j’ai éprouvé de la peine à percevoir les bénéfices secondaires, cette fécondité qui, en dépit de la souffrance, fera partie intégrante de ce cursus lié au cancer. Au moment où je connais la rémission totale, mes fenêtres intérieures s’ouvrent vers d’autres horizons. Je fais l’expérience de vivre et de ressentir différemment toute forme de relation humaine.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-12897-6

 

© Edilivre, 2017

Dédicace

 

Je dédie ce récit à mon mari Éric, omniprésent avec tout son amour.

A ma première fille Noémie qui aime le prénom de Lily, à mon fils Manu, à ma troisième fille Cécilia et à ma belle-fille Anaïs. Je crois leur avoir transmis la passion de la vie et nous la partageons plus que jamais.

Aux enfants d’Éric : Matthieu, Nancy, Nathan et Arthur. Je veux leur témoigner d’abord tout notre amour et tendresse,

Et à tous, notre espoir de vaincre !

Exergue

 

Pour faire œuvre, il faut ne pas se soucier du bruit, de l’éphémère des modes ni des aléas des jugements publics ; il faut, doté d’une ferme douceur et d’une intime force, rester exigeant envers soi-même, jaloux de son temps et de sa marginalité ; si on échoue, ne pas s’aigrir, si on a du succès, ne pas s’y attacher ; il suffit d’avoir quelques amis et un espace où maintenant se retirer.

Sophie DIVRY, Rouvrir le roman

Préface

Il n’y a pas d’amour heureux, chantait Aragon. Nous pourrions ajouter qu’il n’y aurait pas de vie heureuse si les épreuves de la maladie, du déchirement, du deuil, de la séparation, ne venaient rappeler l’éphémérité des choses, leur caractère factice et illusoire. Le bonheur ne se savoure que dans cette furtivité. A peine le perçoit-on qu’il se dévide sous nos doigts. A peine le savoure-t-on qu’il est déjà parti.

Sophie Ducasse nous livre là un témoignage bouleversant sur l’exquise saveur de ce présent fugace. Elle aimait profondément sa vie, ses enfants, son mari, son métier… jusqu’à ce jour sidérant où le cancer a fait son entrée dans son magasin de porcelaine. Les choses se révèlent alors dans une fragilité désarmante, stupéfiante. Elles risquent de se casser à tout moment et de la laisser, les bras ballants, contempler ce désastre. Pour éviter la casse, il faut se battre, se battre, jusqu’à l’épuisement.

Ne jamais baisser les bras devant cet éléphant sans mot, contre lequel les médecins déploient une artillerie toujours plus lourde. Sophie était psychologue, elle n’est plus qu’un corps, presque inerte, une machine à combattre un ennemi intime, ravageur, qui fait voler en éclat les nuances, les éclats de rire, les élans de gaieté. Tout au long de ce voyage, les choses sont mises en suspens. Le monstre empêche de penser. Il est une injonction à la bataille, aussi rude qu’elle soit. Le cancer délivre une ordonnance de courage. Celui qui n’en a pas succombe. Celui qui en a met son désir dans le balancier, qui vacille tantôt du côté du lumineux, tantôt du côté de l’obscur. L’amour de la vie est le seul témoignage qui vaille dans cette plaidoirie parfois courue d’avance.

L’amour de la vie, des siens, de ses passions, de sa maison, c’est ce que Sophie hisse tout au long de ce livre, comme un étendard, un drapeau levé contre les pilleurs de bonheur, les privateurs de lendemains. Et dans ce combat acharné, on y lit les confidences d’une femme forte, tenace, qui jamais n’abandonnera son bout de vie à ceux qui tentent de le lui ravir.

Joseph Agostini, auteur et psychanalyste.

Histoire de la maladie

« […] Un malheur nous identifie. Si nous restons seuls après l’effraction traumatique, nous ne pouvons que répéter les mêmes mots et revoir les mêmes images.

Cette rumination mentale nous met sur le tapis roulant de la dépression.

Mais quand nous pouvons partager un récit, nous devons choisir les mots pour fabriquer les phrases que nous allons adresser à une personne de confiance, un proche qui saura nous comprendre.

Ce travail nous aide à remanier la mémoire du malheur.

Nous sommes déjà moins soumis au réel douloureux puisque nous parvenons à modifier la représentation de ce réel. […] »1

« L’enfoiré ! » déclare mon neurologue lorsque je lui apprends que mon père m’avait caché son cancer du côlon. Cette expression m’étonne de la part de cet homme de science au langage érudit, toujours élégant, et me fait éclater de rire ! Son terme n’en est pas moins choisi et pertinent. Ce médecin me soigne pour des migraines depuis une quinzaine d’années. Il a raison, si j’avais eu connaissance de cette pathologie chez mon père, j’aurai pu me faire surveiller beaucoup plus tôt. J’étais donc – sans en être consciente – plus vulnérable face à cette maladie. J’ai cinquante-cinq ans lorsque ce cancer colo rectal, se déclare en octobre 2015. Je n’aurai jamais cru que cette maladie qui semble guetter la moindre faille, m’aurait assaillie. Au risque d’être banale, la pensée que je n’aurai jamais de cancer faisait partie de mes convictions. Je pensais avoir vécu tant d’épreuves, je n’imaginais pas que d’être atteinte d’une grave maladie entrainerait une telle charge émotionnelle.

Lors de la révélation, c’est une question de vie et de mort qui vous percute. Même si mon état de santé s’améliore, il me faudra encore six longues années pour parler de guérison.


1. Boris Cyrulnik, Ivres paradis, bonheurs héroïques, Odile Jacob, avril 2016, p.22-23

Le portrait de ce père biologique

Enfant dit « turbulent », René a été placé dans un orphelinat – dont j’ignore le nom – à l’âge de quatre ans avec sa jeune sœur B. suite au départ précipité de Mathilde, sa mère, qui aurait suivi des résistants au début de la seconde guerre mondiale. Ma grand-mère maternelle sera internée dans un asile psychiatrique durant quinze ans. D’après les rares explications de ma mère et en l’absence d’éléments de mon père – liée probablement aux rancœurs et au sentiment de honte –, j’apprendrai que Mathilde souffrait de neurasthénie. Mon grand-père paternel, cultivateur, ne pouvait assumer l’éducation de ses quatre enfants, dont un mort en bas-âge. J’aurai peu connu Mathilde, venue vivre quelques semaines chez mes parents lorsque j’avais deux mois. Mes parents l’auraient « sortie » – selon les termes de ma mère-, de l’asile où elle était internée. Mathilde, – me disait ma mère –, conservait, collectionnait des petites coupelles, comme seuls biens précieux. Je suis pour ma part très attirée, sensible face à l’univers des petites choses, des miniatures. Serait-ce une sorte d’héritage inconscient de cette grand-mère inconnue ?

Durant son séjour dans l’appartement de mes parents, – aux dires de ma mère –, ma grand-mère paternelle aura cette attitude pour le moins étrange et se lèvera plusieurs fois certaines nuits pour aller regarder son fils dormir. Elle se penchait ainsi au dessus de René, comme s’il était resté un tout petit enfant. Mathilde quitte le domicile de mes parents un matin, sans paroles sur ce départ pour le moins pulsionnel. De nombreuses années plus tard, René croisera, par hasard, sa mère alors qu’il livre à l’aube, du vin sur un boulevard parisien. Cette femme hagarde, s’adresse néanmoins à son fils : « Je n’ai pas élevé mes enfants, il est inutile de recréer des liens affectifs ». René se dira en état de choc, autant par le fait d’avoir reconnu cette femme comme étant bien sa mère que par son rejet. Mathilde, cette grand-mère énigmatique mourra seule, sa tombe sera cassée, quelque part, dans un cimetière parisien, donc introuvable. C’est à l’âge de seize ans que le jeune René s’engage dans la marine où il restera durant quatre années, suite à une altercation avec son père qui le gifle. La physionomie du visage du jeune René, et son regard évoque assez bien les traits « à la Johny Halliday ». Séducteur, il se livre à différentes expériences qui seront autant de mésaventures. Au cours d’une de nos très rares correspondances, Il évoque son entrée dans la vie. Son niveau intellectuel et son expression écrite sont pauvres : « Je me croyais un homme, que d’amères expériences m’ont souvent prouvées le contraire mais qu’importe, je le faisais […] ». Il fut un danseur exceptionnel – c’est l’unique « bon gêne » qu’il m’aura transmis – danses de salon, rock acrobatique, il gagne des concours qui lui assure un petit pécule durant ses permissions militaires. Il sera aussi une sorte de « gigolo » proposant des sorties de bal à des vieilles dames ; Ma mère y fera allusion sans donner plus de détails. Profondément instable, il aura connu toutes sortes d’emplois sans qualifications claires. C’est le métier de routier international qui sera le plus prégnant durant sa période d’activité professionnelle, et qui l’éloignera d’une tâche impossible à assumer, être père.

Le portrait de cette mère
qui m’a mise au monde

Augustine avait un visage rond, et un regard perçant, qui pouvait être très dur. Ses cheveux étaient abondants et souples comme ceux de sa propre mère. Augustine ne témoigne rien de son enfance, encore moins de son adolescence. Elle idéalise son père mort lorsqu’elle avait 20 ans : « C’était un homme plus intelligent que ma mère », me dira-t-elle.

Elle choisira un homme – mon père –, dont le prénom est identique à celui de mon grand-père maternel.

Elle parlera plus volontiers de ses études à la Sorbonne dont elle sera fière. « C’est grâce à mon père si j’ai réussi, c’est lui qui m’a encouragé à faire des études », ajoutera-t-elle. Dans l’ensemble, elle est plutôt taciturne, elle n’aime pas parler, encore moins partager. Elle retrouve une certaine gaîté lors de ses achats compulsifs. Elle aime ce qui est beau et cher. Devenue enseignante d’anglais, cette mère a une intelligence du savoir, mais une grande étroitesse d’esprit. Ses opinions hâtives et trop arrêtées sur les personnes qu’elle connait à peine en sont la preuve. Elle est l’opposée de mon père quant à son niveau de connaissances intellectuelles. Les nombreux ouvrages qui jalonnent une immense bibliothèque en témoigne. Les biographies de personnes célèbres la passionnent autant que « France dimanche ». L’histoire « des autres » semble combler un vide immense. Sa vie conjugale tumultueuse et traumatisante autant que ses grandes années de solitude la poussait, – telle une pulsion de survie – à quitter le domicile, emportant ses quatre enfants comme elle emportait ses valises. Ces fuites – ou départs précipités –, pouvaient surgir à tout moment du jour ou de la nuit. Mes sœurs et moi étions ses « boulets », nous assenait-elle. Elle nous traînait ainsi de ville en ville, de région en région au gré des mutations possibles provenant du Rectorat. Curieusement, je la verrai le plus souvent « accrochée » à son écran de télévision, objet omniprésent et assommant. A peine installées dans un nouveau lieu, notre mère dénigrait son mari : « ce salaud, cette pourriture cette ordure, ce lâche ! », hurlait-elle, envers celui qui l’avait trompée pour la centième fois, battue de surcroit et qui n’apportait que le malheur dans notre foyer.

Je laisserai mes parents à leur triste sort, bien décidée à me protéger et à protéger les miens, et à façonner un nouveau canevas…

Le temps est un peu suspendu lorsqu’Éric – mon amour, mon compagnon –, en ce dimanche après-midi, me conduit dans la chambre d’hôpital. Je me plais à rêver – au milieu de cette tempête – au parc à deux pas de l’appartement. Une puis deux venelles atypiques y conduisent. Le premier temps de promenade se fait avec la petite chienne et le second temps : rien que pour moi. Cet immense jardin m’appartiendrait ainsi peut-être un peu. J’enviais les propriétaires de l’un des appartements situé face à l’une des nombreuses statues du parc. L’architecture et le décor du balcon en faisait un joli cocon. Des bambous bien fournis s’y déversent comme s’il coulait une légère pluie de feuilles. Je variais mes déplacements dans les différentes allées aménagées de cet espace vert pour avoir le plaisir de découvrir autrement tel arbre ou telle nouvelle floraison au printemps. Les magnolias retenaient – à l’approche du printemps – toute mon admiration. Courir avant que les familles envahissent les espaces me procure un profond bien-être. La musique collée à mes oreilles donne le rythme à mes foulées. Compter les tours à chaque passage sous cet arbre majestueux, un hêtre pleureur, et s’assoir sur un banc, puis appeler Éric de garde à l’hôpital, tel est mon petit bonheur.

Le matin du vingt-six octobre, je suis emmenée au bloc. L’opération chirurgicale se nomme : Colectomie. Cette intervention a consisté à retirer dix-sept centimètres de mon colon, ainsi que six ganglions métastasés. C’est ce drame qui m’a redonné l’envie d’écrire pour me reconstruire et donner une consistance à ce qui me traverse. Mes parents ne seront pas au courant. J’aurai l’occasion de recontacter ma sœur Bérangère après plusieurs années de silence. Agée de cinquante-deux ans, elle sera authentiquement bouleversée et attentionnée depuis l’annonce de ma maladie. La plus jeune, cinquante ans est injoignable. Je décide de laisser un message sur son répondeur, afin de la prévenir de la nécessité d’une surveillance médicale. Je n’attendrai aucun retour. Mes pensées s’affolent, je lutte pour ne pas me perdre dans les souffrances du passé. Guy Corneau, auteur de « Revivre », s’intéresse à la psychosomatique, c’est-à-dire aux liens entre les conflits internes et les mots-maux du corps. Tenter de comprendre l’énigme de cette maladie s’impose à moi comme une évidence. Dois-je comprendre comme le suggère ce psychanalyste jungien que ce polype renfermerait toutes les souffrances, les humiliations de mon enfance ? Ce mal étrange serait-il le reflet d’une profonde révolte au regard de mon histoire familiale ? La maladie vient de percuter mon ventre comme aux premiers temps de ma vie. Deux mois et demi après ma naissance, en effet, une infection intestinale grave m’atteignait. C’est comme si à ce stade de mon développement, je souffrais en écho avec « les tripes » de ma mère alors enceinte. Son corps supportait les coups, malmené par les...