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L'Alphabet

De
120 pages
Que sait-on de sa mère ? Que nous reste-t-il d'elle ? Comment fixer les instants partagés ? Apparition, hirondelles, linge, moulin, noisettes, pietà... Au fil des mots choisis par sa fille pour parler d'elle et renouer le dialogue interrompu par la mort, la vie d'une femme s'égrène. L'auteur fait découvrir un monde rempli d'odeurs, de gestes simples, de matinées brumeuses dans la campagne mayennaise au fur et à mesure de l'enfance retrouvée.
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Rue des Ecoles
Cette collection accueille des essais, certain mais ne pouvant supporter de diffusion large. La collection Rue des Ecoles a pour tous travaux personnels, venus de tous philosophique, politique, etc. d'un intérêt éditorial gros tirages et une principe l'édition de horizons: historique,

Déjà parus

Leào da SILVA, Jésus révolutionnaire! une condamnation politiquement correcte, 2007. Ma-Thé, Portraits croisés de femmes, 2007. Jean SANITAS, Je devais le dire. Poèmes, 2007. Madeleine TICHETTE, La vie d'une mulâtresse de Cayenne. 1901 -1997, Les cahiers de Madeleine., 2007. Bernard REMACK, Petite... Prends ma main, 2007. Julien CABOCEL, Remix Paul Pi, 2007. Isabelle LUCAZEAU, La vie du capitaine Rolland (17621841),2007.

Albert SALON, Colas colo - Colas colère, 2007.
François SAUTERON, Quelques vies oubliées, 2007. Patrick LETERRIER, Et là vivent des hommes. Témoignage d'un enseignant en Maison d'arrêt, 2006. Annette GONDELLE, Des rêves raisonnables, 2006 Émile M. TUBIANA, Les trésors cachés, 2006 Jean-Claude LaPEZ, Trente-deux ans derrière les barreaux, 2006 Maryse VUILLERMET, Et toi, ton pays, il est où ?, 2006. Ahmed KHIREDDINE, Rocher de sel. Vie de l'écrivain Mohamed Bencherif, 2006. Pierre ESPERBÉ, La presse: à croire ou à laisser, 2006. Roger TINDILIERE, Les années glorieuses, 2006. Jacqueline et Philippe NUCHO-TROPLENT, Le moulin d'espérance,2006. Sylviane VAYABOURY, Rue Lallouette prolongée, 2006.

Monique Leroux Serres

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L'Harmattan

<9 L'HARMATTAN, 2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04278-0 EAN : 9782296042780

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Pour annoncer qu'une femme allait mettre un enfant au monde, elle disait, mais seplement dans les derniers mois de la grossesse, cela pouvant porter malheur, « elle pouponne ».

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Jours de pluie. Partois, les coups sourds de pieds qu'on frappe sur le seuil, puis dans la porte ouverte à toute volée, accompagnée d'un souffle humide, d'un bruissement de ciré froissé: elle apparaissait. La maison vide, triste, grise, perdue dans un monde de bourrasques pluvieuses, aussitôt s'arrimait, devenait port. Sa large silhouette, coiffée d'un fichu, informe sous le ciré, occupait un instant l'embrasure de la porte aussitôt repoussée. Sa présence: comme l'apparition de l'ange dans une Annonciation de Fra Angelico; un monde subitement habité, où l'être enfin trouve sa place. Plus nulle envie d'être ailleurs. Soudain: c'était ici et maintenant. Plénitude de VIvre. Elle accrochait le ciré à un clou près de la porte, abandonnait les bottes près du tire-botte, enfilait ses chaussons, s'essuyait si nécessaire le visage, les mains avec le torchon près de l'évier. Et puis, la maison se colorait de sa joie du labeur fini sous les intempéries. Partois une odeur d'étable, ou de foin, quand elle avait traversé plusieurs fois la cour, les bras chargés de luzerne sous le capuchon entre la grange et les clapiers. Il

Parfois aussi les mains rougies et engourdies de froid quand elle ramenait du jardin hivernal quelques poireaux ou choux de Bruxelles glacés et terreux. Le bois vigoureusement secoué et renouvelé dans la cuisinière: une grande flambée illuminait ces scènes de famille où, toutes corvées extérieures terminées, à l'abri d'une maison on ne peut plus simple, on s'occupait à des activités particulières réservées aux jours de pluie, comme éplucher les haricots secs suspendus au plafond du grenier depuis septembre dans un gros sac de toile de jute. On installait les chaises en rond autour de la cuisinière. On s'y mettait tous, les cosses jaune crème jetées dans un grand panier d'osier au centre, les haricots ivoire s'égrenant dans des boîtes carrées de métal blanc. Plus tard, dans la saison, on ressortait par temps pluvieux ces mêmes boîtes pour trier les haricots sains de charançons. C'étaient des jours à trier les boutons, à détricoter les vieux pulls. C'étaient aussi dans ces jours-là que nous ressortions la vieille et précieuse boîte de jeux: petits chevaux, dames, et surtout le loto où quelques numéros manquants étaient remplacés par des rondelles de liège, depuis la nuit des temps, nous semblait-il. Et puis... Et puis panois le père lui-même restait à la maison à des heures où les hommes de campagne sont habituellement invisibles (invisibles seulement, car souvent repérables aux sons; aux coups de hache quand ils travaillaient à tailler les haies, au sifflement lors du jardinage, aux cris quand ils labouraient avec les chevaux...), le père, rentré d'un appentis, le velours humide de la veste exhalant une chaude odeur de sciure, arrivant les bras chargés d'une brassée d'osier séché. Alors, installé non loin du feu de la cuisinière, il 12

confectionnait un panier en racontant les frasques de jeunesse de certains des oncles, le poulinage difficile de certaines juments dans son ancienne vie de roulier (la plus noble des places dans une ferme). Il fabriquait des paniers et des resses de différentes dimensions, qui serviraient des années durant, voire des décennies, à ramener le bois en rondins, les légumes, à rentrer les pommes du verger, à remonter les bouteilles de la cave... Les paniers ainsi fabriqués, orange vif, trop raides semblaient sans rapport avec les vieux paniers qui gisaient déjà dans les subites, grisés, troués, couleur terre, fabriqués eux aussi par les mains d'un homme forcé au repos par une trop longue pluie, d'une autre génération peut-être. Ces jours-là sentaient souvent le pot-au-feu, la soupe au potiron, les marrons grillés ou le vin chaud à la cannelle. Et puis c'était dans les lendemains les prairies du fond inondées, les peupliers les pieds dans l'eau; ou un grand froid avec les flaques gelées dans les ornières du chemin creux; ou bien encore une grande envolée de ciel bleu, de chants d'oiseaux, les portes et les fenêtres ouvertes sur un début de printemps encore trop vert.

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Nos parents, souvent, pour parler de notre naissance, nous ont raconté une histoire originale: une légende dorée. On dit « voir le jour» : je suis issue effectivement d'une aube native.

13

La mère racontait qu'un matin, au lever du soleil, en allant chercher les vaches pour la première traite, elle nous avait « trouvés» dans le verger. Autour de cette image, j'ai dû broder: sur 1'herbe, déposée dans la rosée, nue cela va sans dire, ou ceinte d'une légère étoffe de lin autour du ventre, peut-être, comme dans les scènes de Nativité. Je suis indigène, aborigène des vergers. Je suis née de l'eau et du jour, de la lumière or sur une goutte, dans un jardin paradis, sous l'arbre interdit. Fruit du pommier? Pomme? J'en garde un goût immodéré pour les jardins: les potagers, les fruitiers, les botaniques, les exotiques. J'en aime les allées, les contre-allées, les tonnelles, les pergolas, les parterres, les corbeilles.. . Dans une corbeille? avec un peu de paille, quelques fleurs, quelques fruits? dans une corne d'abondance? pas dans un chou, ni dans une rose, c'est certain. Posée! Déposée! Non pas germée, non pas sortie de terre. Venue de la lumière, de la rosée, ou les deux? Comme un pétale, un pollen, une plume. Rosée: rose, rosier, roseau, eau baptismale, ondoyante. Eaux mères. Eaux vives. Ondine. Naïade. L'ange attendait-il près de la corbeille qu'un humain la recueille? L'ange de lumière? L'angelot se gardaitil lui-même, éveillé, potelée dans la rosée? Elle a dû discerner de loin quelque chose sur l'herbe, s ' approcher, se pencher, recueillir, embrasser, emporter. .. Elle a dû s'étonner, s'émerveiller, s'empresser,

exulter, « être aux anges ». Elle a dû chanter, rayonner,
comme un matin de fête-dieu, aux tapis émaillés de fleurs. L'enfant ramassé, rapporté à la maison, grandissant, il a poussé, à l'endroit du dépôt chaque printemps, 14