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L'âme écorchée

De
207 pages
Comment vivre lorsqu'on est pris dans une guerre civile et des conflits fratricides ? Comment vivre quand on a vu son père se faire tuer sous ses yeux, sa soeur se faire emmener par les soldats ? L'histoire de Chouman Kinkonzi est édifiante ; elle nous montre ce que fut l'horreur dans le Congo des années 1990. Au milieu des tueries, un jeune Africain essaie de s'en sortir. Il finit par quitter le pays pour la France ; c'est alors l'émerveillement mais aussi le racisme. Heureusement il ya la danse...
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L'Âme écorchée

Ecrire l'Afrique
Collection dirigée par Denis Pryen

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Chouman

I<INZONZI

1\

L'Arne écorchée
Mémoires d'un Congolais réfugié en France

L'Harmattan

<9 L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

75005 Paris

http://www.librairicharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo. fr harmattan 1@wanadoo. fr
ISBN: 978-2-296-04620-7

1':AN : 9782296046207

Sommaire

Avant-propos I - Quand des concitoyens s ' entretuent

II - Le départ d'un père III - Travailler à l'école, chanter au foyer IV
-

Courir pour Bacongo

V - Le coup du Destin VI - Danser pour ne pas mourir VII - Le rêve brisé, les milices VIII - La famille face à la maladie IX - Deuxième guerre civile
X
-

Un voyage de trop à Pointe-Noire
XI - Échapper à la tuerie

XII - Survivre au milieu de la mort

XIII - Une seule solution: quitter le Congo XIV - Les surprises de la France

xv

- Danser, travailler, s'intégrer

Conclusion

Avant-propos

Je n'avais jamais raconté mon histoire à personne. Je suis quelqu'un de pudique et ni ma nature ni mon éducation ne m'incitent à parler de ce que j'ai vécu. Avec le temps, j'ai appris à mettre des mots sur mes souffrances, et à tenter ainsi de me libérer de mes démons. Aujourd'hui, mon souhait est de mettre par écrit une partie de ma vie, c'est-à-dire une partie de moi. Je n'ai qu'une trentaine d'années, mais j'ai déjà une expérience relativement conséquente, et il me paraît important de témoigner. Mes souvenirs sont nombreux et précis. Mon histoire est douloureuse en bien des points. Mais j'ai également de merveilleuses images en tête. Ma vie est une succession d'émotions extrêmes: souffrance, bonheur, violence, bêtise. amour, haine, joie,

Né au milieu des années 1970 à Brazzaville, capitale du Congo, issu d'une famille très modeste, je suis l'aîné d'une fratrie de six enfants. Après moi est né Destin, mon seul frère, puis suivent mes deux premières sœurs, et enfm les petites jumelles. Nous avons tous grandi au Congo, ancienne colonie française devenue indépendante en 1960. Notre pays est majoritairement chrétien, mais les croyances en tous genres sont omniprésentes dans notre culture.

Malgré les richesses naturelles du pays, la population est pauvre. Le travail est rare et, à 1'heure actuelle, vivre au Congo dans une famille ordinaire est assez difficile; cela nécessite du courage, de l'organisation, une bonne gestion des ressources et surtout une grande capacité à utiliser le système D. Le Congo a connu plusieurs guerres atroces qui ont détruit le pays et causé de terribles dégâts dans les familles. De nombreux citoyens furent tués. Enfants et vieillards n'étaient pas épargnés, les femmes non plus, même quand elles étaient enceintes ou qu'elles allaitaient. Ces tueries ont souvent eu lieu sous les yeux des proches qui n'avaient le temps ni de fuir ni de détourner leur regard. J'en ai vu beaucoup. Le Congo ne se résume pas à ces horreurs. Il est aussi porteur d'espoir, de joie, de messages de paix et de tolérance. Il représente l'Afrique, avec les images, les sons et les couleurs que l'on imagine. Du Congo, viennent beaucoup d'artistes, qui apportent jusqu'en Europe le soleil, la chaleur et la joie de vivre. Moi-même, je pratique la danse; je tente ainsi de partager une partie de ma culture avec les étrangers qui le désirent. L'échange et le mélange sont deux aspects fondamentaux de ma culture et de mon éducation, que je souhaite préserver. Ils font partie intégrante de la philosophie de vie qui est la mienne. Si j'utilise ici l'écriture, c'est dans ce même but d'échange et de partage. En racontant ce que j'ai vécu, je 6

veux transmettre: une histoire, une expérience, un témoignage. Ceux qui le souhaiteront pourront réagir. Et tout simplement savoir: savoir ce que c'était que de vivre au Congo à la fin du XXe siècle.

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I - Quand des concitoyens s'entretuent

Le 3 novembre 1993, l'opposition politique organisait une manifestation afin de signifier au gouvernement son désaccord avec une de ses décisions. Très rapidement, la manifestation prit une mauvaise tournure: les militaires commencèrent à tirer sur les citoyens, et les coups de feu ne tardèrent pas à se généraliser. Ce conflit politique prit immédiatement une dimension ethnique dans la mesure où le Président de la République était Bémbé alors que le responsable de l'opposition, à l'origine du défilé, était Lari. C'est ce jour-là qu'éclata une guerre ethnique à Brazzaville. Cela provoqua des déchirements dans toute la ville. Auparavant, nous nous considérions tous Congolais, sans distinguer en fonction des origines ethniques. Des Laris étaient mariés à des Bémbés, nous étions voisins et amis. Subitement, on devait se séparer. Les pressions furent telles que les quartiers ont très vite été fermés, certains réservés aux Laris et interdits aux Bémbés, d'autres réunissant des Bémbés et n'acceptant pas de Laris, sous peine de mort. Très rapidement, de nombreux civils, aussi bien Bémbés que Laris, ont pris part au conflit, qui impliqua de plus en plus de personnes. Des familles obligeaient des femmes à quitter mari et enfants parce qu'ils appartenaient à l'autre ethnie, afin de rejoindre le quartier où elles devaient se

trouver. Mes copains Bémbés ont dû fuir le quartier. Leur départ s'imposait s'ils ne voulaient pas se faire tuer. Un Bémbé vu dans le quartier lari risquait la mort, et inversement. Dans les deux camps, tous les magasins et les maisons appartenant à des personnes de l'autre ethnie étaient pillés et détruits. Ainsi, dans le quartier bémbé par exemple, tout ce qui était la propriété d'un Lari était volé. Des Bémbés allaient là où vivaient des Laris afin de s'approprier les biens et de détruire les maisons. Si un Lari n'avait pas encore pris la fuite, il était tué. Il en était de même pour les Bémbés habitant le quartier lari. La haine et le racisme venaient de s'installer alors que, jusqu'à la veille, Laris et Bémbés vivaient ensemble, en toute simplicité. Une partie de Brazzaville est devenue morte en quelques jours. Dans mon quartier, les habitants s'enfermaient chez eux. Plus personne ne pouvait partir travailler, plus aucun enfant n'allait à l'école, le marché n'avait plus lieu... Les rues étaient désertes. De l'intérieur de nos maisons, nous n'entendions- que des bruits de balles, des bombardements, des cris et des pleurs. Nous ne pouvions rien faire, si ce n'est rester cloîtrés chez nous en priant pour qu'aucune bombe ne tombe sur notre maison. Tous les citoyens étaient terrorisés, craignant même de dormir dans leur habitation. Ainsi, certains choisissaient de passer les

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nuits à côté de leur maIson, afin de pouvoir SUIvre l'orientation des obus qui tombaient perpétuellement. La situation était si difficile que nous ne pouvions même plus sortir acheter à manger. Notre stock de nourriture diminuait très vite, alors que la guerre perdurait. Notre seul recours consistait à sortir pour tenter de trouver quelques fruits et légumes dans un jardin alentour, tout en évitant les balles qui sifflaient. Au départ, nous pensions que cette guerre durerait quelques jours puis s'arrêterait. Nous nous trompions. Un mois passa sans que rien ne s'arrange. Au contraire, la situation ne faisait qu'empirer; tout le monde manquait de nourriture. Le pays entier se retrouva scindé en deux. L'armée elle-même était composée de Bémbés et de Laris qui, au moment où la guerre a éclaté, se sont retranchés dans des milices privées constituées par des personnes appartenant à la même ethnie qu'eux. Des atrocités furent commises. Des miliciens bémbés profitaient des rassemblements de Laris pour venir, en véhicules blindés, massacrer ces innocents. Le matin, les habitants tentaient une sortie à l'extérieur lorsqu'ils apercevaient des voisins. C'était le seut moyen de se tenir informé de la situation. On se renseignait sur l'évolution de la situation et sur les décisions prises par le gouvernement. Mais c'était aussi l'occasion pour les Bémbés de venir tuer des Laris quels qu'ils fussent. Ils profitaient également des enterrements pour abattre sauvagement un maximum de personnes présentes aux obsèques, aussi bien Il

des hommes que des femmes, des vieillards et des enfants. Et si le prêtre avait le malheur de passer dans leur ligne de mire, il risquait lui aussi la mort. Ils n'avaient aucun état d'âme; leur objectif était d'éliminer le plus de Laris possible, à n'importe quel prix. Ils tiraient froidement sur tout ce qui bougeait, sans pitié. Ils allaient jusqu'à éventrer les femmes enceintes afin de récupérer le bébé qu'ils pilaient ensuite. Plus aucune humanité ne subsistait. Dans les deux camps, des femmes étaient violées, des enfants assassinés; des milliers de personnes innocentes se retrouvaient blessées ou tuées. Comme la majorité des Congolais, je ne comprenais pas les raisons de cette guerre atroce. Ce déchaînement de haine et de violence, cette incompréhension, le sentiment d'injustice supporter. face à ces horreurs, furent très difficiles à

Ni mes parents ni mes sœurs ne furent touchés, mais beaucoup de mes copains furent assassinés. Des cousines ont été violées. Un cousin reçut une balle dans le bras et des éclats d'obus à la tête, altérant gravement son audition. C'en était trop, je ne pouvais plus supporter cette situation. Si nous restions chez nous à attendre que les bombardements cessent, nous risquions à tout moment d'être tués et nous serions totalement impuissants. Tout ceci m'a décidé à réagir, comme je le pouvais. C'est ainsi que je devins «rebelle ». Un rebelle recevait de l'argent, de la nourriture et pouvait se rassurer quant au 12

devenir de sa famille. Et avec son arme, il imposait la peur et la crainte à toutes les personnes qui le croisaient. Il paraissait presque simple, dans ce contexte, de se faire un peu d'argent, car aucun citoyen ne risquait sa vie pour empêcher un rebelle de voler. Un rebelle pouvait donc piller la maison abandonnée d'un citoyen appartenant à l'autre ethnie sans être inquiété par personne, ce qui était une pratique courante. De plus, avec le statut de rebelle, il était possible d'acheter, outre la nourriture, du pétrole, de l'alcool, de la drogue et des denrées recherchées, proposés par des commerçants venus de la République Démocratique du Congo (ex-Zaïre), qui ne traitaient qu'avec des rebelles. Ceux-ci revendaient ensuite leurs acquisitions à des prix plus élevés et gagnaient ainsi des sommes importantes. Un rebelle recevait également un peu d'argent provenant des dirigeants des partis. Ainsi, j'estimais à ce moment-là que devenir rebelle était la seule façon de protéger les membres de ma famille. J'ai pris les armes.

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II - Le départ d'un père

Ma

mère

était

commerçante

et

se

rendait

régulièrement chez des grossistes pour acheter du poisson salé importé. Elle allait ensuite au marché, à deux kilomètres de la maison, afin de vendre sa marchandise au détail. Lorsque nous étions enfants, mon frère, mes sœurs et moi l'accompagnions à tour de rôle. Nous l'aidions à transporter son stock dans une brouette qui devenait très lourde, puis, après la naissance des jumelles, à garder les bébés qu'elle emmenait au marché chaque jour. Ce trajet était très éprouvant, mais il était impératif d'aider notre mère pour gagner l'argent qui servirait à manger et à payer l'école. Nous habitions avec toute la famille de mon père (ses frères et sœurs et leurs enfants respectifs, son oncle, sa mère et sa grand-mère). Chaque famille avait sa case, ce qui représentait six petites maisons sur un même terrain. Ces cases étaient fabriquées avec des briques d'argile. Notre mère rêvait de posséder sa propre parcelle où elle pourrait avoir sa maison avec ses enfants, et les élever dans de meilleures conditions. En Afrique, cela représente beaucoup d'argent pour une petite commerçante comme ma mère. C'est pourquoi mes sœurs, mon frère et moi faisions notre maximum, malgré notre jeune âge, pour l'aider à réaliser son rêve.

Ma mère passait la journée entière au marché. Lorsque je partais avec elle, parfois je rentrais vite à midi avec un peu de nourriture pour mes petites sœurs. D'autres fois, ceux d'entre nous qui étaient restés à la maison ou partis à l'école le matin se rendaient jusqu'au marché rejoindre notre mère qui nous avait préparé un petit repas, qu'on avalait rapidement pour avoir la force d'aller à l'école. J'étais honteux de cette situation car si nous mangions sur place, c'est parce que ma mère ne voulait pas perdre du temps en rentrant à la maison, puisque cela lui aurait fait perdre de l'argent. Nous apparaissions ainsi comme des pauvres aux yeux de tous et je me cachais pour manger, par peur des critiques émanant de mes camarades de classe. Les moqueries étaient omniprésentes chez les enfants et les adolescents. Tout était prétexte au sarcasme, particulièrement le fait de tous manger sur le marché, au milieu de la poussière et de toutes les personnes venues vendre ou acheter. Si j'apercevais un élève de mon école, je savais que j'allais être au cœur des moqueries l'après-midi même. Face à mes craintes, ma mère me réconfortait en justifiant ses choix; elle me rassurait en essayant de me faire comprendre que le regard et la critique des autres ne devaient pas m'atteindre. Elle m'expliquait également que si nous mangions au marché, c'était parce qu'elle souhaitait le meilleur pour nous, ses enfants, et qu'elle n'avait que cette solution pour gagner plus d'argent et ainsi nous offrir une vie plus belle par la suite. Malgré mes craintes de représailles à 16

l'école, je comprenais ce que ma mère m'expliquait. Je savais qu'elle souffrait aussi de cette situation, puisqu'elle pleurait souvent au cours de ces discussions; c'est pourquoi je me faisais une raison. Comme on dit chez moi, «À défaut de fourmis, la perdrix mange du sable ». J'aimais tellement ma mère que je voulais lui montrer que j'étais un enfant obéissant, pour qu'elle soit fière et heureuse de l'éducation qu'elle nous donnait. Mon père était magasinier-comptable à la C.F.A.O., une grande chaîne automobile installée à travers toute l'Afrique. Il travaillait beaucoup et ne rentrait que le soir. Son objectif était aussi de gagner un maximum d'argent dans le but de nous envoyer en Europe mon frère et moi (ses deux enfants les plus âgés). Il espérait ainsi nous offrir la possibilité de suivre de bonnes études et d'accéder à une bonne situation; par la suite, nous aurions pu aider la famille restée en Afrique. Pour nous, c'était devenu un rêve de partir en Europe et d'imaginer que nous allions pouvoir rendre toute la famille heureuse. Nous comptions beaucoup sur ce projet et espérions fortement qu'il se concrétise un jour. .. Ce sujet se retrouvait souvent au cœur des discussions familiales. Notre père nous faisait comprendre qu'il souhaitait vraiment notre réussite. Or, pour un Africain, la réussite est associée à l'Europe. Le changement de continent implique une vie meilleure sur tous les plans et pour tous. Dès notre enfance, notre père nous avait responsabilisés et 17

fait comprendre qu'il nous reviendrait, à mon frère et à moi, de prendre sa relève le jour où il ne travaillerait plus. C'était une fierté de savoir que notre père plaçait en nous ses espoirs. Nous avions ainsi conscience que notre devoir était non seulement de rendre nos parents fiers, mais aussi de les aider à notre tour dès que nous en aurions les moyens. C'était également une manière pour mon père de nous communiquer son amour: en nous impliquant dans ce projet, il nous signifiait que nous avions un rôle important dans la famille et une place privilégiée à ses yeux. Malheureusement, tous nos espoirs se sont effondrés le jour où une deuxième femme est entrée dans sa vie. Cela a bouleversé toute notre vie de famille. Chez nous, la polygamie n'est ni culturelle ni officielle, mais il arrive, comme dans beaucoup d'autres pays du monde, que les hommes aient des maîtresses. Rapidement, toute la famille eut connaissance de cette relation extraconjugale et tenta d'en appeler à la morale de mon père, de lui faire prendre conscience de la douleur qu'il infligeait à sa femme et à ses enfants. Mais cela ne servit à rien; l'autre femme avait pris le dessus. Mon père semblait avoir perdu la raison, seule sa maîtresse le. préoccupait, il ne .s'occupait plus de nous, ni affectivement ni fmancièrement. On ne le voyait presque plus, seulement lorsqu'il revenait de chez elle le matin pour se brosser les dents et repartir presque aussitôt à son travail. Il alla même jusqu'à partir en vacances avec elle alors qu'il ne

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