L'Amérique que j'aime

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J'ai eu l'intuition de ce livre après le 11 septembre 2001.J'ai voulu parler de cette autre Amérique que l'on ne voyait plus. Celle des images de Woody Allen, Stanley Kubrick ou de Quentin Tarantino. Cette partie contestatrice et immergée de l'iceberg, où elle trouvait son âme. Une liberté d'expression et de dénonciation que l'on paye souvent cher mais qu'on ne trouve nulle part.
Publié le : mercredi 1 décembre 2004
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EAN13 : 9782296382268
Nombre de pages : 235
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L'Amérique que j'aime

(Ç)L'Harmattan,

2004

ISBN: 2-7475-7561-6 EAN : 9782747575614

Nicolas Houguet

L~ÉRIQUE

QUE J~E

L'Harmattan 5-7 7rue de 17ÉcolePolytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti7 15 10124 Torino ITALIE

HONGRIE

«Il Y a encore un genre de travail qui a été plus rarement accompli, et qui, selon moi, a une utilité toute aussi grande, c'est celui qui consiste à raconter la vie intérieure, la vie de l'âme, c'est-à-dire l'histoire de son propre esprit et de son propre cœur en vue d'un enseignement fraternel. Ces impressions personnelles, ces voyages ou ces essais de voyage dans le monde abstrait de l'intelligence ou du sentiment, racontés par un esprit sincère et sérieux, peuvent être un stimulant, un encouragement, et même un conseil et un guide pour les autres esprits engagés dans le labyrinthe de la vie. C'est comme un échange de confiance et de sympathie qui élève la pensée de celui qui raconte et de celui qui écoute. »

Georges Sand, Histoire de ma vie

-7-

Table des matières

PREAMBULE INTRODUCTION SYMBOLES D' AMERIQUE
PROLOGUE

- 15 19 Il

LESPEUPLES UTOCHTONES A D'AMERIQUE

-25 ... - 37 - 47 - 59 -

- 21 -

LESAFRO-AMERICAINS. ... LESKENNEDY GUERRES

MOTSD'AMERIQUE
PROLOGUE.

69-

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. - 71

JACK LONDON HENRY JAMES ERNEST HEMINGWAY JOHN STEINBECK JIM MORRISON JIM HAP~ISON

...

...

-87 -95 - 103- 109 ..
- Il 7 -

- 73 - 81 -

-

BRETEASTON ELLIS

NICKTOSCHES
PHILIPROTH

- 125- 141 -

JAMES ELLROY IMAGES D' AMERIQUE PROLOGE V WOODY ALLEN STANLEYUBRICK K MARTIN SCORSESE
LE PARRAIN DE FRANCISFORD COPPOLA MARLON BRANl)o
CLINT EASTWOOD QUENTIN TARANTINO

- 147163 - 165- 167- 173- 185-

- 193 -

- 201 - 231-

-211 -223 -

EPILOG UE

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PRÉAMBULE
Il y a de cela quelques années, j'entamais une longue errance dans la littérature américaine. «Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau» disait Baudelaire. Il y avait quelque chose comme ça, je suppose. J'en avais soupé du drame bourgeois à la française avec toutes ses femmes adultères désespérées et ses amants éplorés, ou de la « grande littérature» comme ils disent. Disons que c'était une lecture d'adolescent. Une pause de grand romantique que j'ai adoptée pendant longtemps avant de m'apercevoir qu'elle ne m'excitait pas beaucoup et ne m'attirait que des malentendus. On me connaissait pour ce que je n'étais pas. Alors j'ai doucement rectifié le tir. Au début, un peu naïvement, j'ai pris ça pour un à-côté. Un Hemingway entre deux Nietzsche, un London entre deux Proust. Mais mon approche de l' œuvre littéraire est alchimique. Ça prend ou ça prend pas. Mais une fois que ça prend, le feu devient incontrôlable et dévaste tout sur son passage. Ça faisait longtemps que je n'avais d'yeux que pour les immortels, les grands classiques, les sommités, les « cendres de conséquence» dont parle Brassens et qui me gangrenaient de plus en plus. Je crois qu'à vingt-deux ans, j'étais au moins cinquante ans plus âgé que maintenant à vingt-cinq ans. L'université a eu un effet destructeur sur mOl. Je m'étais mis à me sentir bien dans le moule, à aimer ce qu'on me disait d'aimer, ce qui était «reconnu» comme grande littérature par les grands gourous. Ça a causé un grand dommage à mon sens critique, à mon naturel, à mon instinct que j'essaie de recouvrer depuis.

- Il -

Alors, j'ai fait du passé table rase. Il ne fallait plus demander comme l'homme souterrain de Dostoïevski: « Où est ma base?». Il s'agissait de dire: «Voilà ma base. » En fait, tout ça a commencé par une longue introspection et le retour aux vraies valeurs du seul homme véritablement bien que j'aie jamais rencontré: mon père. C'est lui qui m'a acheté mon premier bouquin: Croc-Blanc de London que j'ai eu un mal de chien à lire mais qui m'a fait un grand choc. Ainsi donc, mon pressentiment sur le monde, la nature humaine et tout ce qui va avec était juste. L'existence était rude, cruelle, impitoyable, avec peu de récompenses pour beaucoup de peines, et probablement même pas de paradis pour les justes. Là, je veux que les choses soient claires. C'était réellement ce que je ressentais à 8 ans. Je veux pas la jouer modeste. Les mots que j'utilise sont ceux d'un adulte, peut-être que rétrospectivement, j'embellis un peu ma précocité. Mais y a pas de mal à se faire du bien. Et je serais totalement hypocrite si je disais que je ne me sentais rien de particulier. J'étais un gosse à part, par la force des choses et ma condition d'infirme m'a amené à affronter la réalité d'une manière beaucoup plus frontale et beaucoup plus immédiate que bien d'autres. Il y avait quelque chose de concret et de grave dans les questions que je me posais. La vie, je le découvrais alors, serait une longue succession de problèmes absurdes à régler. Je me suis dirigé vers la culture. D'accord, ça m'intéressait. J'avais été frappé à six ans par le film de Zeffirelli Jésus de Nazareth. La scène de la crucifixion m'avait empli de stupeur. Je ne dirais pas que j'avais peur. C'était de la fascination. Pour moi, c'était réel. Comme ça en direct de Bethléem. Il y avait ce visage ensanglanté, cette couronne d'épines, ces clous qu'on voyait s'enfoncer - 12 -

dans des mains tordues de douleur et dans les pieds. Et ces corps suppliciés sur leurs croix, offerts aux regards de tous. Je pense que j'étais horrifié. Mais au point où l'horreur devient sublime et pique l'intérêt. Ce que je ne pouvais concevoir, on l'avait fait. J'ai ressenti le même genre de chose quand on nous a montré Nuits et brouillards au collège. Une répulsion et une horreur si grandes qu'elles se transformaient en attraction trouble. Il Y a aussi autre chose. Les journalistes ainsi que les professeurs incitent leurs ouailles à se maintenir à distance respectable, à garder un œil critique sur tout ce que l'on présente. Garder son self-contraI, son jugement, sa raideur, sa mesure... Pour éviter les débordements, je suppose. J'en ai toujours été positivement incapable. Je suis un enthousiaste incurable. Si j'aime quelque chose, je l'aime à fond. Si je le déteste, pareil. Je ne suis pas vraiment amateur du bémol et de l'objectivité. Je suis ce que Nietzsche aurait appelé un Dionysiaque. Un instinctif. Qui se laisse guider par son cœur et pas par sa raison. Ainsi, les règles de grammaire, les théorèmes de maths, les analyses de tous poils, les déclinaisons latines ont toujours refusé d'investir ma mémoire. Je crois que tout ça ne rentre simplement pas dans mon rapport à l'existence. Ça n'a tout simplement aucun sens pour moi. Mon approche de la culture est purement égocentrique. Je ne lirais pas de livres auxquels je ne puisse pas m'identifier. Et j'ai beaucoup de mal à aimer des gens qui n'ont rien de commun avec moi. J'ai besoin d'incarner un livre, un peu comme un acteur incarne son rôle. J'ai besoin de me dire que l'auteur est mon double, «Mon semblable, mon frère» comme dit encore Baudelaire. Sans ça, nada. Je n'ai jamais pu lire avec la tête froide. En - 13 -

fait, si la tête en question ne se réchauffe pas, c'est que je ne finirai jamais le livre susdit. J'ai besoin de fusionner. De me dire que l'auteur et moi, on est liés, on est potes, les dellX doigts de la main. Et que si je veux, je peux parler en son nom sans que ça le dérange. Y a un lien spécial entre nous. On habite le même univers. Y a pas à en faire un plat. J'ai donc quitté les sentiers balisés et je me suis mis à mon compte. Tout reprendre au début. Retrouver le plaisir de lire. Se dire: «Ah oui, c'était ça ! » et reprendre son bon vieux pied, et sentir cette légère crispation des tripes liée à cette émotion que nos yeux mettent à jour. Découvrir que c'est mieux de le faire pour l'ivresse, pour le frisson, pour une image qui vous emporte. Que tout ça n'est pas seulement matière à dissection. Et retrouver un petit bout du bonheur que j'avais eu tout gamin, sous la tente pendant les vacances à Notre-Dame-de-Monts, lorsqu'un matin réveillé avant tout le monde, j'avais terminé Croc-Blanc et que tout un univers s'ouvrait à moi. Une terre vierge. Lorsque j'ai rêvé d'Amérique pour la première fois. Le premier voyage en terre littéraire. Cette terre, que j'ai arpentée depuis dans tous les sens, en y laissant pas mal d'illusions, je l'ai découverte un jour de juillet aussi vaste et vierge qu'au premier jour quand j'ai ouvert Martin Eden de London et L'adieu aux armes d'Hemingway. Il me restait encore des choses à voir outre-atlantique.. J'avais oublié à ce point de l'histoire que les œuvres de Fante et le Sur la route de Kerouac avaient été mes livres de chevet pendant tout mon âge d'or lycéen. Je commençais à fi' en rappeler alors. Je me redécouvrais humain, vivant et vibrant.

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INTRODUCTION
Ma fascination pour les Etats-Unis m'a toujours paru inexplicable. J'ai subi, comme tous ceux de ma génération, le flot incessant des images venues d'outre-atlantique. Peut-être cela a-t-il produit une sorte de confusion identitaire. Je suis le pur produit de l'amitié franco-américaine. Je chéris également ce qui vient d'Amérique et de France. Je prends à cœur autant la vie politique d'ici que celle de là-bas. Je connais aussi bien l'histoire d'un pays que de l'autre. J'ai mûri dans cette sorte de double identité, entre Jack London et Baudelaire, entre Hemingway et Maupassant, entre Brassens et Jim Momson, entre la Comédie-Française et l'Actors Studio. Ainsi pourrais-je dire: « Ich bin ein Amerikaner. » Quand je rêve d'Amérique, c'est aux premiers temps que je pense. Ces colons encore hésitant à s'aventurer loin du rivage. Ces grandes forêts où poussaient des fruits inconnus, où rien n'était construit. Ce moment où nous fûmes à la croisée des chemins. Ce moment où il fallait choisir entre la défense jalouse de cette pureté et la société artificielle que l'on pourrait construire sur ses cendres. J'envie aussi quelque peu les illusions des premiers colons. Cette façon de se dire, je m'en vais, quelque chose de meilleur est ailleurs qui attend. Quelque chose que nul ne pourra jamais plus imaginer. Un monde où il serait possible de dire «Je repars à zéro », comme dans la chanson. Larguer les amarres, rompre les attaches, n'avoir d'autres racines que celles que nous allons semer, d'autres familles que celles que nous allons fonder, d'autres idéaux que ceux que nous allons créer. Alors, ils partirent sans retour. Des familles entières. Certains venaient pour fuir, d'autres pour prospérer. Mais - 15 -

peut-être qu'il y avait quelques désespérés dans mon genre dans le lot, des déçus de naissance, venant pour voir fleurir un nouvel espoir, une nouvelle façon d'être eux-mêmes et de concevoir les choses. J'imagine facilement ce monde-là. Parce que c'est celui que nous portons ell nous, celui dont l'absence nous consume et aura notre peau. S'étendaient là-bas de longs fleuves et de grandes forêts. Les colons ne s'étaient pas aventurés loin. Comme le danger d'avancer un peu plus devait être enivrant et se murmurer à chaque pas: « Cette terre est mienne. » Cela devait être comme se découvrir pour la première fois, mieux qu'une renaissance, une raison d'exister. Tout n'était pas alors souillé sur la terre. Des paysages, des humains, des pensées, des divinités, des animaux étaient encore à découvrir! Il fallait descendre le cours des fleuves. Scruter l'horizon pour voir où la vue se perdait. J'aurais tant aimé voir tout cela! Car l'attrait de cette solitude-là est intact. Se retrouver seul dans sa fragilité d'homme, au milieu de ce vrai monde dont il fallait se faire complice. Peut-être que ce qui nous a été volé c'est cela. Les cadavres sanglants de Wounded Knee 1 ont emporté avec eux le secret. Comment être des hommes? Nous n'avons jamais pu que détruire la menace, pour pouvoir vivre avec. On ne comprend plus ce que les arbres ont à dire, on les abat avant. On ignore les tempêtes que nos dérèglements ont engendrées, on reconstruit pour que cela soit détruit à nouveau. Je songe, à présent qu'il est trop tard, que la première Amérique était bien le paradis terrestre. Les humains qui la peuplaient étaient certes imparfaits mais ils avaient le respect de tous les éléments
1 Voir mon chapitre sur« Les peuples autochtones d'Amérique )}

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qui leur assuraient une subsistance. Nous leur avons apporté notre enfer, celui qui sommeille en nous, où qu'on aille. On les a massacrés. On a violé leurs femmes, leurs enfants et la terre de leurs ancêtres. Et comme les damnés que nous sommes, nous pleurons à présent sur ce continent préservé. Ce murmure étouffé sous les cendres dont nous l'avons recouvert. Comme toute l'humanité, je porte ce deuil. Comme toute I'humanité, j'ai les mains souillées par ce crime. Mais j'ai encore ma voix. Je peux chanter l'élégie de ces contrées dont le souvenir nous hante et de ces hommes rouges et fiers dont la complainte s'élève jusque dans nos cauchemars. Je tenterai de retrouver ce monde, de le comprendre. A travers ses mythes, ses déchirures et ses balafres, à travers les symboles, à travers les mots, à travers les images où se reflète son histoire. Parler de cette Amérique que j'ai découverte et que j'ai faite mienne à travers les livres que j'ai aimés, les héros que j'admire, les films qui structurent ma vie. Ce rêve

américain qui s'est lentement constitué au rythme de mes
passIons. Faire vivre l'art de toute la flamme dont je suis capable. Pour rendre hommage à cette part de moi-même qui fut endeuillée le Il septembre 2001. Eclairer le rêve américain de ma propre lumière et lui donner un visage différent et beau. Approcher les choses et les rendre vibrantes des émotions qu'elles m'inspirent. Montrer ce qu'est pour moi ce Nouveau Monde, tout ce qu'il représente. Vous raconter l'Amérique telle qu'elle est dans mon cœur. Et peut-être la rendre plus proche et plus noble. - 17 -

Parce qu'il est une autre Amérique que celle de George W. Bush, John Wayne ou Arnold Schwarzenegger. Celle qui est sincère, généreuse, audacieuse, rebelle et humaniste. Celle qui est éternelle.

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SYNlBOLES

D~RIQUE

Prologue
Il Y a quelques années, j'ai lu La Guerre et la Paix de TolstoÏ. Dans ce livre, une idée m'a profondément marqué. L'histoire n'est pas faite par les grands hommes mais par tous les hommes, d'une manière ou d'une autre. Elle nous affecte tous. On s'invente des héros pour se repérer, on déroule un grand film qu'on enseigne dans les écoles mais au fond, ça n'a pas vraiment de sens. Pour raconter « l'aventure humaine », il faudrait raconter la vie de tous ceux qui sont nés, là ça ne serait pas biaisé. La somme de tous ces destins serait l'Histoire, la vraie. Cette pensée-là est fascinante. Toutes les représentations sont fausses et la vérité est tout simplement impossible, parce qu'elle est infmie. Et c'est vrai qu'on nous a appris à penser l'histoire par grandes dates et par grands hommes. Par tableaux officiels. On connaît leur destin sur le bout des doigts. On se dit qu'ils ont donné l'impulsion, que sans eux, il ne se serait rien passé. Alors qu'eux aussi étaient pris dans le courant. Alors forcément, quand on se met à parler du passé, on choisit le mythe qui nous convient le mieux, celui qui remue des émotions en nous. Des évènements suffisamment frappants pour être racontés encore et encore, pour remettre les choses en place. Pour se rappeler qui nous sommes, ce qui nous révolte, ce qui nous transporte, ce qui nous fascine.

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Il m'a semblé nécessaire de raconter ici ce qui est arrivé aux « Indiens »2 d'Amérique. De commencer par-là. Parce que la façon dont je perçois cette histoire conditionne toute la suite, l'origine du mythe américain. C'est comme un péché originel. La naissance de cette grande nation sur des fondements sanglants et criminels. A l'origine, un Idéal: celui des immigrants qui étaient «destinés »3 à coloniser cette terre. Mais qui pour cela ont commis un génocide: L'éradication lente, inexorable et méthodique de sa population légitime. Pour accomplir leur «destinée », les colons ont également capturé des hommes en Afrique pour qu'ils travaillent dans leurs plantations ou dans leurs usines. J'ai voulu évoquer ces autres méprisés, retrouver leur voix, parler de leur long calvaire vers la reconnaissance. Pour se faire une place dans un pays où ils ont été torturés. Raconter la grandeur de leur art. Et les terribles obstacles qu'ils ont eus à surmonter, les démons du passé qu'il leur faut exorciser. Les Kennedy se sont imposés d'eux-mêmes ensuite. Parce qu'ils furent les premiers à reconnaître officiellement l'existence des Afro-américains, à œuvrer pour l'égalité des hommes dans un pays profondément ségrégationniste. John, le président assassiné et Robert, son frère, incarnaient sans doute l'espoir. Pour la première fois on parlait de ceux qui n'étaient pas considérés. Pour la première fois les hommes au sommet se souciaient de la paix et de quelques problèmes un peu plus humanistes que ceux du billet vert.

2

J'ai choisi de mettre ce terme entre guillemets car il est impropre.

Christophe Colomb croyant débarquer en Inde a dénommé la population en conséquence. Son erreur a perduré malheureusement jusqu'à nous. 3 Les colons se croyaient investis d'une « destinée manifeste ». - 22-

J'ai choisi de raconter cela à travers le déroulement de l'assassinat de JFK. Parce qu'il est symbolique des promesses que le XXème siècle n'a pas pu tenir. Je ne sais pas ce qu'il aurait fait s'il avait vécu ou si Robert avait repris le flambeau. Mais ils incarnaient tous deux un autre possible. Et s'ils font partie intégrante de mon rêve américain, c'est peut-être parce qu'ils n'ont pas eu le temps de décevoir. Parce que les guerres ont continué ensuite. J'ai choisi d'en parler longuement. Après tout, ce sont elles qui marquent le plus notre histoire récente. Les Kennedy avaient essayé d'enrayer la machine et ils furent exécutés. Alors pourquoi ces guerres? Si elles clôturent ce chapitre, c'est parce qu'on se rend compte que tous les symboles américains y sont liés. Un pays façonné par sa propre violence mais qui la regarde bien en face. IlIa montre et la dénonce sans concessions, sans ménagements. C'est là que l'Amérique est noble. Elle reconnaît ses fautes. Parallèlement à ce que les « Indiens» ont subi, il y a leur reconnaissance. La marche pour l'égalité du peuple noir sublime ses humiliations. L'assassinat des Kennedy a cristallisé leurs idéaux. Et on n'a jamais montré les horreurs de la guerre comme aux Etats-Unis. C'est ça le symbole de ce pays pour moi. Cette manière de ne pas laisser les démons dans l'ombre, de les exorciser et de les combattre. Il y a là quelque chose de rare et de précieux. Parce que je suis profondément marqué par le sort des « Indiens », par l'émancipation des Noirs, leur musique, leur marche vers la reconnaissance, par l'assassinat d'un président filmé par une caméra amateur, par l'horreur des
guerres que le cinéma a osé mettre à jour, par des avions

qui s'écrasent sur des tours.

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