L'amour au fond du puits

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Autofiction, rédigée pendant dix mois mais portée pendant quarante ans.

C’est un abandon d’enfant qui va entraîner la ruine mentale de toute une famille. Le désert affectif de l’origine peut-il un jour être comblé sans que s’installe une impossibilité d’aimer quasi maladive. Il semble plutôt qu’il se répète, qu’il se multiplie au fil des générations et des histoires comme une véritable malédiction, malgré la psychanalyse qui aide mais ne sauve pas. Le sexe non plus ne donne pas de réponse. Les tentatives d’Umberto, de Pierrot ou de Saraï se succèdent, ainsi que les respirations poétiques et cathartiques, pour remonter à la lumière et sortir du puits. En vain.

Jeanne Guizard est professeur d’arts plastiques après avoir été comédienne, professeur de philosophie et institutrice. Elle a participé à plusieurs expositions de ses travaux plastiques dans un cadre privé. Elle vit à Paris et en Bourgogne du Sud.


Publié le : jeudi 1 janvier 2009
Lecture(s) : 22
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9789999995870
Nombre de pages : non-communiqué
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IN UTERO
Je suis arrivé, je suis bien chez toi. Tu ne sais pas encore que je suis là. Il y a deux mois maintenant. Tu as appris la nou-velle. Il me semble que tu le prends avec calme et que tu m’accueilles. Quatre mois : je ne vois rien. Je n’entends rien mais je perçois quelques vibrations du monde d’en haut et cela trouble mon sommeil. Six mois : je commence à voir et j’entends nettement certains sons. Je ne comprends rien mais je suis inquiet. Sept mois : je vais bientôt sortir maintenant et les bruits de voix se sont faits plus violents. J’ai peur de savoir. J’ai peur de voir ce que je ne connais pas. Huit mois : il est presque l’heure. Il y a comme un trouble qui s’installe dans la chaleur qui me porte. Au sein de ta douceur, comme une détresse qui monte.
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Ton cœur sursaute et s’affole. Tes chairs se sont contractées tandis que je buvais à plein cordon. Dis-moi le mal qui t’occupe, ne me cache rien. Qu’y a-t-il là-haut, dehors, qu’as-tu vu, qu’as-tu entendu ? Ton ventre est chaud mais un froid étrange vient le par-courir, tu souris doucement mais je sens une larme, tu chantes mais j’entends un sanglot. Que vas-tu me dire ? Que vas-tu m’apprendre qui perturbe à ce point l’in-térieur de tes entrailles ? Il me semble que l’on crie autour de toi. Il me semble qu’on t’insulte, qu’on t’humilie. Il me semble que tout se resserre et se rentre. Je t’aime. Neuf mois : Ça y est, je dois sortir, je dois affronter le dehors inquiétant, le lieu où l’on se bouscule, où l’on se bat. Je ne veux pas entendre, je ne veux pas voir. Que ma vision se voile, que mes oreilles restent fermées à tout ce qui n’est pas ton chant, maman. Pour nous, je sais qu’un drame sans pareil se prépare. Je viens de pousser un cri. Tout va bien pour les médecins qui nous entourent. Tout va bien. Et pourtant, l’air qui emplit mes poumons se raréfie, je suis en état d’as-phyxie mentale, je perds pied, plus rien ne me porte et j’ai la sensation de perdre aussi à tout jamais ce qui me soutenait, ce qui me reliait au monde. Je flotte, je le sens. Un immense vide m’entoure, mère, où es-tu ? Tu es là. Combien de temps encore ? Je te respire de toutes mes forces, quelque chose me dit que ta présence sera
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désormais éphémère et que tu vas disparaître de ma vue. Je ne veux pas voir cette absence, ton absence, que la cécité m’enveloppe. Je ne veux pas voir ta disparition, je veux mourir.
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