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L'autre moi

De
237 pages
Aujourd'hui une nouvelle ère spirituelle d'ordre universel s'annonce. L'Eglise a trop souvent trahi l'esprit de l'Evangile et une foi imposée de l'extérieur n'est plus acceptée. L'auteur propose sous la forme d'un journal écrit durant une soixantaine d'années sa quête personnelle, une expérience spirituelle, la découverte de l'autre moi, d'une force, d'une présence en soi au divin qui l'emportent sur la soumission à des formules dogmatiques, des sacrements, des règles morales et à une hiérarchie cléricale.
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L'AUTRE MOI

@ L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

75005

Paris

http://www.!ibrairieharmattan.com di tfusi on. harmattan@wanadoo.fr harmattan 1({ywanadoo. fr

ISBN: 978-2-296-07526-9 EAN : 9782296075269

Isa BRANCAS

L'AUTRE MOI
Le divin dans l'homme

L'Harmattan

A ceux qui cherchent

«La découverte de l't'nconscient constitue une immense tâche spirituelle quJil nous faut absolument accomplir si nous voulons
sauvegarder notre civilisation. »

JUNG

Chapitre l

29 décembre 1949 . fut enterré ce matin. L'heure venue, je quittais la maison et arrivais vite sur la route de Saint Brice, avec d'un côté les arbres fruitiers, qui lançaient, en suppliant, leurs branches dénudées vers le ciel, et, de l'autre côté, la plaine noyée dans la brume. Pendant un instant très bref, les rayons du soleil ont traversé les nuages lourds, menaçants, et j'ai su que par sa mort, j'ai reçu plus qu'il n'aurait pu m'apporter de son vivant. Je n'ai pas eu mal quand j'ai su que l'avion s'était écrasé. C'était si naturel qu'après la longue lutte, il avait le droit de mourir. Je vois l'avion basculer, piquer et les milliers de litres de kérosène font tout flamber. Et qu'importe qu'il ne reste que des cadavres calcinés -l'âme s'est envolée et la sienne était pure. La pluie, une pluie impitoyable de décembre, était tombée toute la journée, et le soir, dans une petite salle d'attente lugubre, au Bourget, dix personnes attendaient le départ retardé à cause d'un «incident technique ». Une heure de sursis ... la dernière. TIavait fait une réservation pour le matin, mais le Destin a voulu qu'il change l'heure de son départ. 4 janvier 1950 Réveillon l'autre soir. Ambiance Paris XVIe. Souper aux petites tables éclairées aux bougies. Au petit matin, la plupart s'ennuyaient avec une certaine tenue, d'autres dansaient, flirtaient, insouciants. Comment ai-je pu tenir jusqu'à 5h ?

N

9 janvier Le serpent dit à Eve: « Vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal ». Et toute la malédiction du monde est contenue dans cette phrase. Dès que nous savons ce qui est bien et ce qui est mal, il y a conflit, et c'est une lutte éternelle contre le mal. 12 janvier Pendant la guerre, les Allemands sont venus l'arrêter un matin. Sa femme mettait vite quelques effets dans une petite valise, qu'il donna aussitôt l'ordre à un Allemand de porter. Courage et dignité. Mais surtout, il était ffaÎ. 16 janvier Hier, chez le coiffeur, en feuilletant un illustré, j'ai vu une photo de la catastrophe. L'avion aurait piqué tout droit et il y avait description des cadavres carbonisés, les uns au-dessus des autres. Cela ne m'a rien fait; d'abord, est-ce que c'était moi qui étais là, qui lisais? Par moment, je suis envahie de désespoir, de l'inutilité de mon existence, et l'autre soir, en marchant dans les rues de Paris, j'avais l'impression curieuse, étrange d'être morte. Tout m'était à ce moment même indifférent, je voyais mais je n'y étais pas, le temps n'existait pas et tout ce mouvement autour de moi ne me concernait pas. 18 janvier Un coup de foudre: personne n'y croit avant que cela n'arrive. Un regard - et tout bascule parce que l'on s'est reconnu dans l'autre. Les mots perdent leur sens, les gestes, les silences, les regards disent tout, la communication se fait sur un autre niveau, tout est vibrations, ondes, rayons invisibles. Quelques mois d'illusions, puis l'évidence d'un amour impossible quand on n'est pas libre. 25 janvier Tous les soirs, quand la nuit tombe, je quitte la maison et je marche dans les rues désertes. Mains dans les poches, je m'enfonce dans la nuit. Depuis quelques jours, je vais vers l'église, et en entrant par la petite porte, j'accède à un autre monde. 8

Dehors, c'est le calme de banlieue; ici, c'est un autre silence, qui enveloppe et protège. Je n'ai jamais cru en Dieu, et pourtant je suis sûre de ne pas me tromper quand je dis que je suis profondément religieuse. (Le mot n'est pas juste, mais je n'en trouve pas d'autre). Alors, je l'ai prié: mon Dieu, si vous existez, faites de moi ce que vous voulez. J'ai en moi une force toute neuve, rien ne me serait impossible, vous pouvez tout me demander, mais faites que cette force ne se perde pas, prenez-la, rien de ce que vous me demanderez ne sera trop dur. TIn'est pas possible que vous n'ayez pas une petite place pour moi, que je sois absolument inutile. D'où vient la certitude que j'ai en moi depuis la mort de N. ? Et comment expliquer ce que je sentais si fort, au moment où on l'enterrait, à savoir que je contenais désormais une nouvelle force? Je sais que maintenant je vis autrement et que c'est maintenant que je suis dans la vérité. C'est maintenant que commence ma vraie vie. Où irai-je? Jusqu'où irai-je?
TI

y a une façon intellectuelle de s'approprier le monde; on avance

alors d'un pas assuré, d'accord avec son entourage, et puis par un bouleversement émotif, plus violent qu'un tremblement de terre, tout est transformé. J'ai toujours les deux pieds sur terre, mais je suis tout autre, je vis comme dans une autre sphère: les sons, les couleurs, les êtres - rien n'est comme avant. La distance qui me séparait des autres est devenue un abîme. Entendu à la radio: une jeune femme qui en désespoir avait étouffé son nouveau-né est condamnée à trois ans de prison. En 1950 ! Mars 1950 A 18 ans, Marc Aurèle était ma bible. Aujourd'hui je regarde du côté de Sénèque: «Le destin conduit celui qui accepte, celui qui refuse, il le traîne ». Mais aussi: «Demande quelle est la meilleure consolation dans la sauf/rance et dans le malheur?» et répond: «Que l'on accepte tout de façon telle que c'est comme si on l'avait désiré et sollicité ». Là il va quand même un peu fort. Euripide: « Par la sauf/rance à la connaissance» L'amour impossible - puis la mort, n'est-ce pas dans l'ordre des choses? L'autre jour, à Paris. Une belle journée d'automne, jamais la Place de la Concorde n'est plus admirable. Moi j'étais lasse, je faisais des courses

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assommantes, et à un moment j'étais absorbée par la foule, j'étouffais, impossible d'en sortir, j'ai failli pousser un cri. Et à ce moment j'ai vu devant moi un enfant, un petit garçon de 5 ans, très beau. TIavait des joues rouges comme des pommes, les yeux bleus pleins d'innocence, il riait et moi-même je souriais, tellement j'étais contente de savoir qu'il m'attendait à la maison. TIfaut le voir le matin sauter sur le lit en pyjama, les cheveux ébouriffés, sa gaieté est si grande qu'il ne peut le garder pour lui tout seul. Viens je veux te faire rire, il appelle sa petite sœur et leurs éclats résonnent dans la maison. Avril 1950 M. qui depuis longtemps flirtait ouvertement, joyeusement avec sa secrétaire me dit avoir mis fin à cette histoire - longue discussion sur un nouveau départ. 1er juin 1950 J'ai tant de choses dans la tête, qui se pressent, se bousculent pour arriver à être fixées sur le papier. Je ne vivrais jamais sans les autres, mais je ne suis par orgueilleuse de la façon que me dit M. Je me retranche par crainte de me délivrer à des personnes qui ne comprennent pas. Et en face de la plupart des gens - de presque tous -, je sens qu'ils ne peuvent rien pour moi, et moi rien pour eux. Donc, je baisse un rideau et je me cache. Août 1950 Je n'ai rien écrit depuis des mois. Les vacances au Danemark se sont passées rapidement et ici, sans aide, avec les enfants turbulents, c'est difficile de se concentrer. Mais j'avance toujours. Les mois qui suivaient la mort de N. étaient si riches, j'ai pris conscience de moi, j'ai compris que j'avais en moi une force jusque-là ignorée et je croyais être arrivée à une sorte de conclusion. Mais il n'y a pas un jour sans réflexion, je remue un tas de pensées, la nuit je me réveille et continue. Si j'avais le temps d'écrire, cela m'aiderait à mettre un peu de clarté dans tout cela. Quel est le sens de la vie ? De ma vie? Octobre 1950 L'autre soir, sur une petite route de campagne, je roulais de plus en plus vite, et il y a eu ce rayon de soleil dans un sous-bois. Mais que 10

m'importe la beauté du monde. «To die: ta sleep ». Du fond de l'abîme, le cri jaillit: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonnée?» Mais .qui a abandonné qui? Qui suis-je et qui est ce dieu dont ils parlent tous? Il faut que je le sache avant de quitter ce monde. Un grand sommeil noir Tombe sur ma vie; Dormez, tout espoir, Dormez, toute envie! Je ne vois plus rien, Je perds la mémoire, Du mal et du bien... 6 la triste histoire ! Dans « le Banquet» Aristophane décrit nos ancêtres comme des êtres dotés de quatre mains et quatre jambes, pourvus d'une force et d'un orgueil immenses, si bien que Zeus se voyait obligé de les couper en deux, sans prévoir qu'en même temps, l'unité de l'être humain était rompue. Et c'est à partir de ce moment-là, dit Aristophane «que l'amour réciproque est inné dans l'homme. C'est lui qui cherche à réunir, à retrouver notre nature ancienne, s'efforce de faire de deux êtres un seul et de guérir la nature humaine. Etre réunz~être fondu avec l'être aimé, de deux devenir un» et c'est cette recherche de l'unité perdue qui porte le nom d'amour. Octobre 1950 «Connais-toi toi-même et tu connaîtras l'Univers et les Dieux ». Oui, qui suis-je? Il y a maintenant une autre en moi, qui m'a ouvert la porte vers l'invisible, un monde irréel et pourtant plus vrai que le nôtre. Je me découvre au-dedans, un au-dedans jusqu'alors inconnu, ignoré, mystérieux, secret, sacré. Sur la route de St Brice, un voile s'est déchiré, mais c'est seulement maintenant que je comprends que ce que la mort m'a apporté, c'est l'existence d'un autre Moi, qui est sans doute l'essence de mon être, plus vrai que la face offerte au monde. Et c'est Platon disant qu'il existe pour chaque être une « âme soeur », qu'il peut ne pas rencontrer, mais qui, s'il a le privilège inouï de la trouver, lui révèle le sens de la vie. 11

Qui est cette autre en moi, un autre Moi, une présence que je n'ai pas cherchée, qui m'a été donnée, imposée et c'est peut-être le sens des mots "par sa mort, il m'a donné plus que je n'aurais pu recevoir de son vivant ». Mots qui me furent dictés? L'initiation par la mort. La mort qui n'est pas une fin de tout mais l'entrée dans le vivant devenir. Désormais il y a un petit Moi, visible, palpitant qui mène son petit train-train quotidien, que le monde extérieur perçoit, juge et puis il y a l'autre Moi, qui a poussé la porte vers l'invisible, le mystère de l'Invisible plus réel, plus vrai que ce que je connaissais, d'une force insoupçonnable, .. . . avec qUl Je ValSvivre. L'infini, qu'on ne peut approcher qu'avec crainte et tremblement... Novembre 1950 Une porte s'est ouverte sur un paysage merveilleux, féerique. J'étais détachée de la vie et envahie par un besoin immense de pureté. Mais doucement, la porte s'est fermée de nouveau, sans que je sois capable de bouger pour l'empêcher, et me voilà de nouveau plongée dans les ténèbres, aspirée par la vie quotidienne et matérielle. Je n'ai pas le droit de m'exclure du monde, d'aller vivre seule, dans l'attente, loin des villes et des autres. Je tâcherai d'être quelque chose pour M. et les enfants, mais dans le cœur je garderai l'espoir de voir un jour (le jour de ma mort ?) la porte s'ouvrir de nouveau. TI a fallu 33 ans pour que je découvre l'autre moi, cette part de moi-même, cachée mais toujours présente. Désormais, nous sommes deux pour approcher la vie, le mystère de la vie. Décembre 1950 Pourquoi est-ce que le monde aujourd'hui est tellement angoissé? L'Église perd son influence. Mais combien de croyants sont prêts à payer de leur vie leur foi? Combien de vrais chrétiens? Kierkegaard s'est insurgé contre l'hypocrisie de ceux qui étaient censés transmettre la foi, mais qui ne vivaient pas une vraie vie chrétienne. Ce qui est impossible, ajoutait-il, mais qu'ils cessent de le prétendre. TIparlait de l'Église luthérienne, mais du côté de l'Église romaine, qui demande une soumission totale, «extra ecclesiam nulla salus» (hors de l'Église, pas de salut), l'autorité n'est plus acceptée et on assiste depuis la fin de la guerre à l'effondrement de la pratique religieuse.

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Décembre 1950 Le temps de l'Église touche peut-être à sa fin. Chaque époque a sa religion. De tout temps, l'homme a regardé vers le ciel. Ne pourrait-on pas dire que les religions sont toutes des reflets divers d'une même réalité divine? Et que sans expérience du divin, je parle des mystiques, il ne reste que des fois animées par des influences extérieures. L'Église voyait son autorité menacée par les mystiques. L'Église et les dogmes n'attirent plus les foules et pourtant le christianisme n'est pas mort, ne pourra pas mourir. Depuis la mort de N., je suis devenue plus vraie, et il me semble que j'ai tant de choses en moi qui doivent être transmises avant de se perdre. Maintenant je n'ai qu'un désir, que ce qui est essentiel soit sauvegardé. Peu de monde, sans doute, est conscient d'avoir quelque chose à donner, mais en prenant conscience de sa responsabilité, il n 'y aurait plus cette peur devant la vie. La guerre - partout la guerre - et cette peur de voir le monde s'écrouler. Mais non, il ne s'écroulera pas. Mais nous allons tous mourir. C'est la seule chose dont nous sommes sûrs, sans vraiment y croire... Ne jamais abdiquer. Chercher sa vérité, en sachant que la vérité recule toujours. Toujours? Tant de pensées que je remuais vers les 20 ans émergent maintenant, plus claires, plus fortes. Marc Aurèle avait raison. Nous ne sommes qu'une part infiniment petite de l'univers. Le temps que nous vivons n'est qu'une seconde dans l'histoire. L'impermanence des choses et des êtres... Décembre 1950 Grippée - Au lit. Cela donne le temps de lire. Jean Barois de Martin du Gard. Un grand livre, un livre essentiel. Si seulement je pouvais partir quatorze jours en montagne. Faire du ski, habiter une petite auberge - avec très peu de monde autour de moi, des gens simples, qui, en contact avec la nature, ont gardé une certaine grandeur. Qui parlent peu. Et ma chambre serait sobre, les repas sains et simples. Et il y aurait du soleil toute la journée et la nuit les tempêtes se déchaîneraient. Et je me baladerais à ski pendant des heures, aurais un appétit colossal, et dormirais profondément.

13

L'après-midi, je prendrais une tasse de thé devant le feu de la cheminée et je resterais seule devant le feu, j'écrirais des pages et des pages avec la certitude que je chemine vers des vérités qui un jour, trouveront écho chez d'autres et les aideront sur leur chemin. Mais si je n'étais pas assez éloignée pour que la neige empêche le courrier d'arriver, l'enchantement serait rompu, car avec les lettres j'aurais des nouvelles du monde extérieur - et alors, je ferais peut-être mieux de ren trer. Une fois, il m'est arrivé de me réfugier en montagne. En mai 1940, nous avions passé notre nuit de noces dans un train bondé de soldats. Les lumières éteintes, je me suis endormie en sanglotant, le Danemark était occupé, j'étais sans nouvelles des miens et savais seulement que mon père était recherché par la Gestapo - une fausse nouvelle qui ne fut démentie que quelques mois plus tard. Mais les jours suivants, nous avons marché, sac au dos, dans les Alpes enchanteresses et il est arrivé un jour, sur un sentier bordé de cerisiers en fleurs, que toute idée de la guerre disparaissait: plus de sirènes, plus de manchettes gigantesques dans les journaux: la radio s'était tue et il n'y avait plus que le soleil éblouissant sur les fleurs blanches des cerisiers que secouait une légère brise, et une main chaude dans la mienne. Huit jours après, le 10 mai, nous avons été réveillés par la radio qui hurlait dans toutes les maisons: les Allemands avaient attaqué. Retour précipité, la gare d'Annecy, lugubre, sans lumières, pleine de soldats et le lendemain, dans la gare du Nord, j'ai comme des milliers d'autres femmes, essayé de sourire au moment où le train, avec une lenteur désespérante, quittait le quai, emmenant tous ces jeunes au front. Six semaines plus tard, le bilan était lourd: quatre-vingt-cinq mille morts, deux cent mille blessés, un million neuf cent mille prisonniers de guerre dans les camps allemands, et l'armistice signé alors que la France avait perdu une bataille, mais pas la guerre.
Jean Barois (p. 201): «J'estime qu'il faut rester le même, avec acharnement - mais grandir (tendre à devenir l'exemple le plus parfait du

type spécial d'humanité que l'on représente) ».
Aussi: «j'ai aimé la vérité par-dessus tout, et avec elle la justice, qui en est la réalisation pratique. J'ai toujours eu cette conviction, cent fois contrôlée par les faits, que le devoir indiscutable est le seul bonheur qui ne déçoive pas, c'est de tendre vers la vérité de toutes ses forces, et d'y conformer

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aveuglément

sa conduite:

tôt ou tard, malgré les apparences, on s'aperçoit

que c'était la bonne voie ». Combien il est difficile d'être lucide! Quand je me croyais si près de la vérité, c'était parce que la mort et la vie m'étaient apparues sous un éclairage nouveau. D'abord la mort. Du moment où l'avion est tombé, et jusqu'à l'enterrement. Quand j'y pense, j'ai l'impression d'avoir été vraiment morte pendant ces quelques jours. Pour renaître au moment où ils l'ont mis en terre. Je me vois encore, marcher sur la route, sachant que tous sont autour de la tombe, et tout d'un coup, les pensées jaillissent de nouveau, la vie s'ouvre devant moi, enveloppée de brume, mais c'est tout de même la vie que maintenant, seule, je dois affronter. J'aimerais pouvoir partir huit jours tous les ans, partir seule, sans laisser d'adresse. 10 janvier 1951 Le siècle de l'angoisse - voilà comme on le nomme déjà. Et l'année s'est achevée par une avalanche de voix lugubres, qui ne savent parler que de «la défaite» de Corée, de la politique désastreuse des États-Unis en Asie, rien qu'une peur paralysante devant l'avenir. Et pourtant. TIy a eu un événement qui, pendant trois ou quatre jours, occupait la première page de tous les journaux - pour ensuite être oublié aussi vite. Un événement qui aurait pu donner de l'espoir à tous ces pleurnichards. En novembre, un avion, qui avait à son bord une trentaine de passagers, disparut près du Mont Blanc. TI a fallu quarante-huit heures avant que les avions de reconnaissance le trouvent, à quatre mille mètres d'altitude. TI était à peu près certain que personne n'aurait pu survivre à cause du froid - et quand même, quinze guides de la Vallée de Chamonix décidèrent de monter pour descendre les morts. Au risque de leur vie, par respect pour les morts. En route, leur chef fut précipité dans un ravin par une avalanche. Alors, la caravane s'en retourna, se dirigeant lentement vers la petite maison où habitaient la femme et les enfants du disparu. L'ordre fut donné d'arrêter les recherches, mais une nouvelle équipe décida de se rendre compte avec certitude du caractère de la tragédie. Elle monta à l'assaut et revint avec le courrier et les papiers de l'avion écrasé. TI n'était pas question d'aventuriers. La plupart avaient femme et enfants, mais le respect pour les morts, pour la dignité de l'homme, les décida à partir. 15

Quelle leçon! Le monde a besoin de cette trempe d'hommes, qui font leur devoir en face de la vie et de la mort. Quelle mort plus merveilleuse peut-on espérer que celle qu'on a méritée? 11 janvier 1951 Mon premier cahier se termine, et que ce soit sur le symbole chinois, deux fois millénaire, Yin et Yang, symbole des forces de la nature opposées mais complémentaires. Le ciel et la terre, le masculin et le féminin. Unir ce qui est divisé, réconcilier les contraires à un niveau supérieur de la conscience pour atteindre à une existence équilibrée, harmonieuse, dans l'unité enfin retrouvée.

19 février 1951

André Gide t
«Le monde ne sera sauvé, s'il peut l'être, que par des insoumÙ. Sans eux, c'en serait fait de notre civilisation, de notre culture, de ce que nous aimions
et qui donnait à notre présence sur terre une justzjication secrète
».1

Saint-Tropez - 21 mars 1951 Enfin seule. Toute la journée, un certain malaise m'a poursuivie, alors le soir j'ai pris la voiture et je suis allée sur la petite plage de Salins. Et là, face à face avec la mer, le vent, le bruit étourdissant des vagues et dans la solitude, je me suis approchée de N. Loin des autres, je me retrouve. Et les vagues m'apportaient aussi un peu de St Exupéry. C'est curieux cette ressemblance que je trouve entre N. et St Exupéry. Physiquement d'abord, M. le disait l'autre jour, sans que je ne lui en ai jamais parlé. Tous deux sont morts presque au même âge dans un accident d'avion. Mais

1 Journa124

Février 1946 16

surtout, ils se ressemblent en ceci qu'ils ont donné chacun leur mesure d'homme. L'un était un génie. Mais au moment même où son avion disparaissait dans la mer (là, devant moi), il cessait d'être l'ami d'un petit cercle d'hommes, et il était donné un peu à tous ceux qui pouvaient le saisir. Et N. TI a accompli la victoire sur lui-même, et c'était cela qui occupait St Exupéry plus que rien d'autre, la lutte intérieure. 9 avril 1951 J'avais connu le désespoir, bien sûr, mais pas cet affreux découragement que je viens de traverser. Depuis que la mort m'a frôlée, j'ai vécu dans une étape supérieure, loin des vivants, dans un monde qui n'emploie pas les mêmes mots, dégagée des remous terrestres. Mais voilà que les vivants ont montré leur droit sur moi. Je dois suivre le même rythme qu'eux, ils m'aspirent vers eux, vers leurs querelles, leur bruit. La lutte m'épuise et même si je sais que je ne céderai jamais, j'ai été découragée. TIa suffi que je lise quelques pages de St. Ex pour me rappeler que la beauté existe ainsi que la vérité. Et la vérité est celle-ci: J'ai aimé un homme et quand il est mort, j'ai absorbé un peu de sa force et de sa pureté. La seule chose qui compte maintenant, c'est qu'à mon tour je rende ce que j'ai reçu, avant de mourir. Qu'est-ce que cela peut me faire alors que, quand je parle aux autres, ils me répondent sur un tOn différent? L'essentiel c'est que quelqu'un s'est trouvé là pour me répondre. J'avance seule maintenant, je dois jouer le même jeu que les autres, parler leur langage et cacher pour l'instant ce qu'ils ne comprennent pas. 16 avril 1951 L'autre jour, j'achetais le Figaro Littéraire pour lire aux enfants un article sur la chasse aux éléphants. TIy avait dix lignes sur l'exposition «la Vierge dans l'art français» qui en disaient plus que tous les longs articles édités là-dessus. Et puis, et surtout, il y avait des extraits du journal de Julien Green. Je feuillette souvent la Bible, mais le Christ reste pour moi lointain sauf peut-être dans le moment de solitude, quand les disciples se sont endormis. Alors que Socrate m'a toujours fascinée.

17

20 avril 1951 Ces jours-ci, je suis envahie par le doute; je suis sur une île ; les vagues furieuses envahissent et enlèvent tout - ai-je le droit de fermer les yeux et comme dans un rêve, m'imaginer qu'existent la vérité et la justice, tout ce qui est pur? Sont-ils vraiment si peu nombreux - ceux qui essayent d'avancer au lieu de tourner en rond? Et qu'est-ce que cela peut faire si la guerre éclate? Pourquoi craindre la perte d'une civilisation qui s'enfonce dans le matérialisme? Qu'on regarde cela avec les yeux de ceux qui vivront dans deux cents ans. Car qu'est-ce que deux cents ans dans l'histoire de l'évolution de l'homme (comme c'est loin, 1750 !). fi y aura bien quelques survivants qui sauront construire là où d'autres ont détruit. 25 avril 1951 Paris perd son charme. Avant, j'étais heureuse d'habiter si près, mais de plus en plus, c'est le silence de la nature qui me manque. J'aimerais passer le reste de ma vie, cachée quelque part, lire et écrire, écrire et lire, laisser le temps s'écouler, sachant que chaque minute m'approche de la mort. 9 mai 1951 Le jour où Julien Green retrouve Dieu, la peur de la mort disparaît: mais pourquoi les chrétiens croient-ils toujours avoir le monopole de la paix de l'âme? Je pense que le jour de notre naissance détermine en même temps le jour de notre mort. À nous de remplir le temps qui nous est mesuré. fi ne s'agit pas d'imiter des personnes, dont le caractère et la psychologie nous sont étrangers, mais de chercher ce que nous contenons d'essentiel: creuser, creuser. Et quand quelqu'un qui nous est cher meurt, il faut comprendre que ce jour était fixé depuis longtemps. «Ce que l'homme sera a été connu d'avance» (Ecclésiade 6. 10). et «qu'après la souffrance suit l'approfondissement et après l'approfondissement on récolte les fruits» (Kim). Et si cela nous paraît insurmontable, c'est que, écrasés par les souvenirs, nous laissons le mort vivre à côté de nous alors que sa place est dedans. C'est peut-être le sort de l'homme de n'accepter le bonheur qu'avec le sentiment qu'un jour viendra où l'on devra payer. 18

Le Christianisme de Julien Green m'est incompréhensible, arrive qu'il exprime admirablement ce que je ressens:

mais il

«L'être humain est séparé du reste de l'humanité par une barrière qui presque jamais ne s'abat. C'est le drame de chacun de nous. Les mots nous trahissent honteusement. Nous voudrions parler, et personne n'est là pour nous entendre, quand même nous parlerions à vingt personnes tous les jours. Ce que nous pensons profondément est à peu près incommunicable. Parfois, l'amour devine, mais c'est le privilège de l'amour et du seul amour... Parler à un homme, c'est jeter un pont par-dessus un abîme, maÙ de l'autre côté de

l'abîme, y a-t-il une route qui prolonge la ligne du pont? Bien rare ». Ou encore:

2

«C'est en descendant au fond de nous-mêmes que nous rejoignons l'universel, plus qu'en nous mêlant aux hommes ».3 ..." Les plus belles choses du monde: celles qu'on ne voit pas. 4 10 mai 1951 De ce gala à l'Opéra de Lille un seul souvenir: Jean Louis Barrault récitant« L'Invitation au Voyage ». M. pensait que le ton était trop triste. Peut-être... Cela n'empêche que le désespoir l'élevait dans un plan supérieur. N'y a-t-il de la grandeur que dans le tragique? 2 juin 1951 L'autre soir, j'ai eu une telle hâte de couper le 4e volume du journal de J. Green, de lire un peu par ici, par là. C'est la fin de la guerre, il y a moins d'angoisse que dans le volume précédent, parfois un peu de plénitude. 4 juin 1951 Pensé encore à Jean-Louis Barrault, l'autre soir, à Lille. TI y avait quelque chose de bouleversant dans la façon dont, debout, seul sur l'immense scène, il serrait les doigts dans ses mains fermées. Sur son visage, plein de passion, on voyait l'effort qu'il faisait pour se dégager de son public, pour vivre le texte. À Delft, un après-midi il y a deux ans, N. remarqua que c'était là que Baudelaire avait écrit le poème.
2 Julien Green - Journal 1940 -1943 3 Julien Green - Journal 1940 -1943 4 Julien Green - Journal 1940 -1943

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11 juin 1951 Ce que j'écris ici sont toutes les choses dont je ne peux parler à personne. Qui pourrait comprendre? Hier, je posais un test à M. : je lui montrais une phrase du journal de Julien Green. TIa répondu sur un ton hostile, avec une banalité. Si, un jour, il recevait un choc, il comprendrait peut-être. Pour l'instant, il sent, et cela est vrai, que les livres m'éloignent de lui, donc il est sur ses gardes. Malgré cela, il cherche quels livres peuvent me faire plaisir et c'est lui qui proposait d'aller voir «Le vrai mystère de la passion» qu'on va jouer devant Notre-Dame. 13 juin 1951 Ah, si je savais manipuler les mots, les ranger, les choisir avec aisance, avec grâce, j'écrirais une pièce de théâtre. Les Grecs me prêteraient un sujet, cela a moins d'importance, mais je sais bien tout ce que je mettrais dedans, je voudrais réveiller les gens, leur montrer l'importance de l'époque, tout ce que l'homme est destiné à accomplir, s'il est capable de s'effacer et de vivre - et mourir - pour quelque chose, qui est plus grand que lui, qui le dépasse. 20 juin 1951 Comment rendre ce que j'ai reçu? Voilà la question que je me pose sans cesse. 22 juin 1951 En juillet, la nature est comme repue de soleil, mais les soirées de juin sont merveilleusement belles; souvent, nous faisons un petit tour en voiture avec les enfants après dîner. Au moment où ils devraient se coucher, nous leur disons «en route» et c'est en pyjama ou robe de chambre qu'ils partent joyeusement. En dix, quinze minutes, nous sommes dans la forêt de l'Isle Adam. Le dimanche, des bruits, des voitures, mais en semaine, c'est comme une île perdue. La lumière, le calme, les oiseaux, tout est sérénité. Les enfants courent, fous de joie, cueillent des fleurs, guettent les oiseaux. Leur contact avec la nature est immédiat. 26 juin 1951 Vivre pour les autres. C'est ce que j'avais décidé il y a dix-huit mois, quand j'avais réalisé combien ma vie avait toujours été égoïste. Je ne 20

prévoyais pas ce rebond, cette soif d'une vie intérieure, si difficile d'accorder avec l'éducation de trois enfants. TIn'y a pas un jour où je ne me rends compte que je pourrais faire encore plus pour eux. Mais voilà que je réclame trois heures par jour pour réfléchir dans la solitude, trois heures où, apparemment, je perds mon temps. Mais si je ne peux plus lire, plus écrire, que deviendrais-je? Aller se faire tuer en Corée pour suivre un idéal, voilà ce qui paraît beau et héroïque et qui n'est pas difficile quand on ne craint pas la mort. Mais lutter tous les jours pour faire son devoir, pour avancer, pour se rendre compte de son insuffisance, cela demande de la persévérance, et n'admet pas le découragement. 29 juin 1951 Ce soir, nous allons voir la nouvelle pièce de Sartre « Le Diable et le Bon Dieu ». Les critiques ont été très prudents, on a nettement l'impression que le sens de la pièce leur échappe. TI n'y a que Thierry Maulnier qui prend parti. TI considère la pièce comme une tentative de prouver que Dieu n'existe pas, et attire l'attention sur la faiblesse qui fait échouer cette preuve. Mais est-ce bien là l'intention de Sartre? D'ailleurs, quel intérêt a-t-on à prouver que Dieu n'existe pas? C'est l'aspect positif qu'il faut éclairer, à savoir que ce soit possible sans Dieu d'arriver à la paix, à l'acceptation de son destin, à regarder en face la mort, avec la même sérénité qu'un chrétien qui vit, non pas selon l'esprit de l'Eglise, mais selon l'Esprit de l'Évangile. Lu ces jours-ci le livre de Johs. Jorgensen sur Saint-François-d'Assise. L'absolu n'est jamais mentionné dans ce gros volume, mais est présent dans chaque page. TIy a pourtant un aspect de son caractère qui me répugne - son plaisir de s'humilier. TIlui arrive pendant une maladie de manger du poulet. Pour se punir, il se laisse traîner demi-nu par un frère sur la place publique, et charge le frère de crier à haute voix son "crime" et même de l'insulter. A ce moment, j'ai fermé le livre. Être humble et s'humilier, il faut savoir distinguer. TIy a beaucoup de questions que je me pose ces jours-ci. Je voudrais pouvoir en discuter avec un croyant. Mais qui? D'où sortira-t-il ou elle? TI

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y a si peu de personnes avec qui je me sens en confiance pour discuter du sens de la vie. Personne. Et je pense à une lettre écrite à A. dans laquelle je disais: « Ce serait naïf de croire qu'une main invisible se mettrait à débrouiller les fils pour que tout rentre dans l'ordre ». Quelques jours après, à la fin d'une journée d'hiver pendant laquelle la pluie n'avait cessé de tomber dans la nuit noire, épouvantable, désespérante, un avion a plongé droit vers le sol et un immense feu s'est allumé. ,0 juin 1951 Très déçue par la pièce de Sartre. Le monde crie pour trouver une nouvelle foi, ce n'est pas le moment de montrer le côté négatif. Goëtz a beau crier «A nous, les hommes» cela ne trouve pas de résonance, les mots sortent dans le vide et y restent. Ce n'est pas une preuve que le Bien n'existe pas que de faire le Bien par caprice. Est-ce cela qu'il a voulu montrer, que sans la foi on n'arrive à rien? Si Goëtz avait eu la foi, il serait resté sur place, il aurait été tué par les paysans qu'il voulait sauver. Et 50 ans après, on en aurait fait un saint. Se laisser décourager par un premier essai que l'on fait sans conviction est perdu d'avance. TI y a peut-être besoin de le rappeler à ceux qui doivent maintenant construire le monde. D'accord, mais que vienne ensuite une pièce qui brûle d'amour, de chaleur, de foi. Au fond, Sartre pose comme principe que si Dieu est, la liberté de l'homme n'est pas et que si la liberté existe, c'est Dieu qui ne peut être. Juillet 1951 Devant moi, des pois de senteur dans un vase d'étain. Quoi de mieux pour faire oublier des pensées sombres. Et cela me ramène à Pâques, dans le musée Picasso à Antibes. Une très belle tapisserie, qui datait, je crois de 1910. Puis la lumière qui traversait les hautes fenêtres, tamisée par des rideaux en toile blanche, et sur le fond des murs blancs, des petites chaises Louis XIII. Je me suis attardée longtemps devant un tableau et les études qui l'avaient préparé, un homme et une femme dans différentes attitudes, traversé par une ligne horizontale, et tout n'existait que par rapport à cette ligne.

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Une heure après, nouvelle émotion à Vallauris devant l'homme et son mouton, au milieu d'une petite place entourée de platanes et de vieilles maisons. Tout le malheur du monde. 4 juillet 1951 Gide à Julien Green: Je pense à la mort avec une indifférence parfaite, si c'est là ce qu'on entend par sérénité. 19 juillet 1951 C'est au bord d'un petit torrent, dans l'ombre d'un peuplier, et sous des nuages merveilleusement blancs, que j'ai fait connaissance avec Schweitzer. Ce qui m'a surtout frappé dans cette vie extraordinaire, c'est qu'à 21 ans, à un moment où le succès et la gloire lui sourient, en plein bonheur, il décide de poursuivre son chemin pendant encore 9 ans et ensuite servir. Après avoir profité, il faut rendre. TIyen a qui ne s'en aperçoivent jamais. Et si tant de misère règne dans le monde, n'est-ce pas parce que des forces au lieu d'être guidées, sont gaspillées. Aujourd'hui, le but de l'éducation des enfants semble se confondre avec la possibilité de gagner le plus d'argent possible. Pauvres enfants... A plat ventre, au bord de la rivière, je me demandais de nouveau si je devais limiter mon action aux enfants. TIs ont des droits sur moi, c'est évident, mais si je pouvais faire plus? Même bien organisée je ne vois pas comment récupérer assez de temps. Peut-être que mon tour viendra. En 1919, Schweitzer avait terminé une prédication à Strasbourg par cet appel: comparé à la grandeur de la tâche, le peu que tu peux faire n'est qu'une goutte d'eau et non un torrent; mais c'est ce qui donne à ta vie son seul sens valable et son prix. 21 juillet 1951 Quel orgueil! Je n'ai plus le temps d'attendre «mon tour ». La vie devient trop facile. Le week-end, nous partons au bord de la mer et bientôt nous partirons pour 3 semaines en Italie. M. est plein d'attentions, je sens le besoin qu'il a de me rendre heureuse. Mais c'est là où ça ne va plus. Comment lui expliquer que ce que je veux, c'est de faire quelque chose, de servir, de rendre au lieu de consommer. Le bonheur n'entre pas dans mes plans. 23