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L'Écrivain

De
192 pages

Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'August Strindberg. Dans le vaste ensemble des textes autobiographiques de Strindberg, "L'Écrivain" est une oeuvre à part. Il ne s'agit plus, écrit l'auteur du "Plaidoyer d'un fou", de se confesser ou de mémorialiser, mais de dresser un bilan intellectuel et de puiser dans cette mise au net une orientation pour l'avenir. Il y dose minutieusement quelle part de lui-même il a prêtée à chacun de ses héros passés et le lecteur se retrouve au plus près de l'auteur lui-même, Strindberg, avec son caractère polémique, sa critique sociale et politique décapante, ses partis pris, ses révoltes et ses attaques contre Dieu, l'art, le féminisme, les classes bourgeoises ou encore les progrès de la civilisation. C'est l'époque où il ne croit plus aux créations artistiques et se prépare à "rompre avec la poésie, cette vieille pécheresse, pour prendre rang parmi les journalistes", même si sa vie intérieure demeure toujours aussi riche de contenu, aussi tourmentée et aussi violente qu'avant. "Je me sens mieux parce que j'ai lu Strindberg. Je ne le lis pas pour le lire, mais pour me blottir contre sa poitrine. Cette rage, ces pages gagnées à la force du poing..." (-Kafka). "J'ai été surpris par la découverte de cette œuvre qui exprime de façon grandiose ma propre conception de l'amour: dans ses moyens, la guerre, dans son essence, la haine mortelle des sexes." (- Nietzsche).


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AUGUST STRINDBERG
L’Écrivain
Traduit du suédois par Alfred Jolivet
La République des Lettres
PRÉFACE
Ce livre a été écrit en 1886 ; depuis cette époque il est demeuré manuscrit et est
aujourd’hui imprimé pour la première fois. Il se ra pporte par conséquent à un très
lointain passé, il représente uniquement une phase de la vie de l’auteur, une phase
depuis longtemps close, et c’est comme tel qu’il co nvient de le considérer et de le
juger. Ce n’est pas un livre de mémoires ni de confessions ; il a été écrit par un
homme qui, à un moment donné, voulait s’expliquer a vec lui-même et établir son
bilan. Le titre toutefois pourrait tromper ; aussi, pour mieux marquer la carrière de
l’Écrivainet son développement, j’ai dû faire imprimer la no tice suivante, où l’on
trouvera le nom de ses œuvres les plus importantes et l’indication des époques où
elles ont vu le jour.
1870-1880
et non 1880-1890, époque où l’on a coutume de place r abusivement surtout la
Chambre Rouge.
A Rome
Le Banni
Hermione
Maître Olof. Les deux versions.
Fjärdingen et Svartbäcken(1).
Études
La Chambre rouge80.. Coup d’œil d’ensemble sur la période de 1870 à 18
1880-1890
Le Secret de la Guilde.. N.-B. Introduction à cette période de 1880 à 1890
La Femme de Sire Bengt
Le Vogage de Pierre Bonheur
Continuation de l’œuvre précédente, l’auteur ayant retrouvé la foi, l’espérance et l’amour à l’égard d e la vie et des hommes.
Destinées suédoises. Dans le style romantique, mais avec un contenu et un
point de vue modernes.
Le Nouveau Royaume. Critique de l’état de choses présent en voie de
disparaître.
Nuits d’un somnambulegine des. Réaction contre l’athéisme et la théorie de l’ori
espèces. On s’efforce de libérer le vers du compte des syllabes, selon la formule
académique.
Mariés. Question du mariage posée comme il convient, exac tement. Dans la
première partie, une défense et une exaltation du m ariage avec un foyer, une mère,
des enfants. Dans la seconde partie, une critique.
Utopiesien ; où cependant la. Projets positifs faits dans un esprit saint-simon
nouvelleRemords de conscience(la « nouvelle pacifiste") a été considérée comme
ayant une véritable valeur artistique ; mais pas le s autres.
Les Habitants d’Hemsö
La Vie dans l’archipel de Stockholm (y compris Le Sacristain de Ranö)
Le Père
Mademoiselle Julie
Créanciers
Libération de l’œuvre à thèse ; pure description de la nature et de la vie populaire ; l’art pour l’art dès 1889, donc avant l’attentat dirigé contre moi par l es auteurs dePepitaet le retour de l’école des snobs à la Byron.
Tentative pour réformer le drame en accord avec l’époque. (Le premier essai avait étéLe Banni, « réalisation de la pièce en un acte » en 1872 au Théâtre dramatique.)
Ces trois pièces ont été admises au répertoire du T héâtre libre de l’Œuvre
(Paris) et de la Freie Bühne (Berlin).
Au bord de la mer’individu. Influence de la philosophie de Nietzsche ; mais l
succombe dans son effort vers l’individualisme abso lu. Introduction à la période de
1890 à 1900 : Surhomme.
1890-1900
Les Clefs du Royaume céleste(1892). Couleurs sombres, de deuil, de
désespoir, scepticisme absolu.
Pièces en un acte. Tirées du cynisme de la vie.
Arrêt jusqu’en 1898atriculé. Séjours à l’étranger, chimie, Anti-barbarus ; imm
comme étudiant à la Sorbonne afin de pouvoir utilis er le Laboratoire pour l’analyse
du soufre.
Inferno, 1898
Légendes, 1899
L’Avent
Le Chemin de Damas, I, II
Crime et crime
Gustave Vasa
Les Folkung
Eric XIV
Grande crise vers la cinquantième année ; révolutions dans le domaine de l’âme, marches dans le désert, anéantissement, le Ciel et l’Enfer de Swedenborg. Aucune influence d’En routede Huysmans, encore moins de Péladan, que l’auteur ne connaissait pas alors, de même qu’En route; œuvres uniquement bâties sur des expériences personnelles.
La lumière après l’obscurité ; renouveau de production avec retour de la foi, de l’espérance et de l’amour — et certitude absolue, inébranlable.
Gustave Adolphe: Nathan le Sage.
Le siècle nouveau
Pâques. L’école de la souffrance.
Le Chemin de Damas, III. Marche à travers l’enfer.
La Danse de mort.
Svanevit.
La Mariée.
Le Jeu du Rêve. Drame fait de Bouddhisme et de Christianisme prim itif.
Christine.
Gustave III.
Le Rossignol de Wittenberg. Réconciliation avec le protestantisme conçu
comme libération de la Rome païenne, avec une Renai ssance ayant la couleur
locale de la Germanie du Nord.
Seul.
Les Chambres gothiques. Coup d’œil en arrière sur la fin du siècle et
introduction au siècle nouveau.
Nouvelles Aventures suédoises. Introduction de personnages souverains.
Fagervik et Skamsund. Tiré de sa propre vie et de celle des autres.
Jeux de mots et miniatures. Hexamètre à la manière de Stjernhjelm, est repris
dans les descriptions de la nature suédoise.
Drapeaux noirs. Règlement de comptes avec les darwiniens et les d écadents.
Adieu définitif.
Livres bleus. Commentaires sur ce qui précède, etc …
Le Dernier Chevalier.
L’Administrateur du Royaume.
Le Jarl de Bjälbo.
Abu Casem. Jouet pour enfants.
Le Gant noir. Noël ; fantaisie lyrique.
***
Sur la grand-routee.(1909). Adieu cà la vie et déclaration sur lui-mêm
***
L’auteur était donc loin d’avoir terminé en 1886 ; peut-être ne faisait-il que
commencer. Le livre qu’on va lire n’a donc qu’un in térêt secondaire, il ne représente
qu’un fragment ; et le lecteur devra se rappeler qu ’il a été écrit il y a plus de vingt
ans. La personnalité de l’auteur m’est donc aussi é trangère qu’au lecteur — et aussi
peu sympathique. Comme il n’existe plus, je ne me s ens plus rien de commun avec
lui, et comme j’ai contribué à le tuer (1898), j’es time avoir le droit de considérer le
passé comme expié et rayé du Grand Livre.
Octobre 1909.
(deGustave Vasa, duJeu du Rêve, duDernier Chevalieretc …).
L’auteur.
I — APRÈS L’ORAGE (1877)
L’orage s’était dissipé, mais durant les deux année s 75 et 76 il avait fait rage
comme jamais encore auparavant dans le pêle-mêle de sa vie. Il avait joué un rôle
actif dans un drame de famille, édité à nouveau un journal qui n’avait pas réussi, et
depuis peu il était de retour de son premier voyage à l’étranger. Un ami plus âgé
que lui, ayant fait un héritage et désirant le dépe nser en bonne compagnie, l’avait
invité à l’accompagner à Paris.
Au premier abord, il fut ravi par le pays étranger, pour la raison qu’il était
étranger et plus au sud que le sien, mais le séjour dans le centre du monde, à Paris,
lui enleva bien des illusions. Lorsqu’il eut vu le Louvre et les théâtres, il se demanda
ce qu’il avait à faire dans cette ville, mais il se sentit plus calme après s’être rendu
compte que ce qu’il y a de plus élevé dans l’art et la littérature n’était pas aussi
élevé qu’il le croyait. Le jour où il revint du Lou vre après avoir vu Raphaël, il était
très inquiet. Oserait-il dire ce qu’il pensait de c es peintures, lisses comme de la
porcelaine, et qui perdaient beaucoup de leur valeu r lorsqu’on voyait dans la même
salle les modèles naïfs de son maître le Pérugin ? Bien souvent, sans avoir vu
Raphaël, il s’était demandé comment il était possib le qu’un peintre peignant à l’huile
ait pu devenir inégalable cinquante ans à peine après l’introduction des couleurs à
l’huile dans la technique. C’était en contradiction avec la nature de toute évolution ;
lorsque toutes les autres choses progressaient dans tous les autres domaines, il
n’arrivait pas à comprendre que la peinture à l’hui le demeurât stationnaire. Et un
soir à Paris, devenu plus audacieux, il interrogea avec précaution des artistes qui se
trouvaient avec lui au café, et finit par connaître l’opinion qu’ils professaient tous
ouvertement : la technique avait fait de tels progrès depuis Raphaël que tous les
élèves de l’École des Beaux-Arts étaient plus forts que lui pour ce qui est de la
couleur. Naturellement, puisque trente principes co lorants nouveaux au moins
avaient été introduits sur leur palette, enrichissa nt d’autant la gamme des couleurs.
Quelques-uns indiquèrent aussi que le sens de la vu e s’était aiguisé par des siècles
d’études ; un seul opposa une faible défense en dis ant qu’il fallait voir Raphaël en
Italie et non à Paris, ce en quoi il avait d’ailleu rs raison, bien que les vrais croyants
continuent à aller au Louvre faire leur dévotion àLa Belle Jardinière. L’art des
acteurs français ne lui plaisait point, peut-être p arce que cet art est le plus national
de tous, étant donné que les gestes et les jeux de physionomie n’expriment pas la
même chose dans tous les pays.
La ville du reste était grande, trop grande, et, en ce mois d’octobre, sombre,
humide et sale. Il y avait tant de choses qui le re butaient, de nouvelles habitudes,
une langue nouvelle, une nourriture nouvelle, et il ressentait vivement sa situation à
l’étranger comme celle d’un banni, d’un intrus qui n’a rien à réclamer dans le pays
d’autrui, à peine les droits ordinaires de tout hom me.
Il revint donc en Suède avec autant de plaisir qu’i l en était parti et se trouva très
satisfait de son pays. Le meilleur de ce que l’étra nger pouvait lui donner, il l’avait
déjà pris et mêlé à ce qui lui venait de chez lui, mais ce que l’étranger ne pouvait lui
donner, au moins tout de suite, c’était un milieu q ui convînt à son existence
organique et psychique.
D’autres liens plus forts l’attachaient aussi au pa ys natal. Il était fiancé, bien qu’il
n’entrevît pas de longtemps la possibilité de se ma rier.
Rentré chez lui, il remarqua combien la foule d’imp ressions nouvelles reçues
pendant le voyage avaient partiellement effacé cell es des dernières années, et les
souvenirs de stades plus anciens de son développeme nt se mirent à réapparaître.
Sa conscience, semblait-il, avait été bouleversée a u point que ce qui se trouvait au
fond était remonté à la surface. L’absence de trava il régulier, qu’apporte le voyage
durant les longues heures solitaires en chemin de fer, lui avait laissé le temps du
repos, et ses idées commençaient à s’ordonner, à se grouper dans le même temps
que son cerveau reposé aspirait à un travail produc tif. Tout espoir de voir jouer son
grand drame était évanoui maintenant que le Théâtre Royal le lui avait renvoyé pour
la dernière fois ; il considérait même que son temp s était passé maintenant que le
Nouveau Théâtre avait ouvert la voie au drame réali ste nordique avecUne Failliteet
Le Rédacteurde Björnson (1875). C’est ce qu’il avait rêvé de faire avec son drame :
un autre l’avait fait maintenant, et il se trouvait superflu. Mais après la première
amertume, il sentit une calme résignation, qui approcha bientôt du fatalisme lorsque
le Nouveau Théâtre lui renvoya son drame sans le jo uer. De la fenêtre de sa
mansarde, à Ladugård, il avait vu bâtir ce théâtre et chaque voûte nouvelle avait fait
croître ses espérances. Maintenant la construction était finie, le théâtre inauguré, le
fondateur avait exprimé en grandes phrases comment, avec ce nouvel édifice, une
nouvelle époque du drame suédois devait surgir. Ils avaient surgi effectivement,
tous ces nouveaux drames, et ils étaient norvégiens . Le plus fort avait vaincu,
comme il est juste. Le Suédois semblait parvenu au terme de sa grande période
éclatante et rapide, aujourd’hui une nation plus vi goureuse, réveillée depuis peu, se
présentait et voulait vivre la sienne.
Un essai malheureux l’année précédente pour écrire une comédie suédoise qu’il
avait placée en 1848 et à peu près dépouillée de to ute polémique, s’ajouta à tous
les conseils qu’on lui avait donnés en ce sens, pou r le décourager d’écrire pour le
théâtre, et lorsque la veine productive se remit à jaillir, il eut l’idée de s’essayer
dans la nouvelle. Il avait déjà cultivé ce genre da ns des journaux, mais il n’aimait
pas tirer de la richesse de son fonds un simple épi sode pour le resserrer en une
petite esquisse, il considérait que c’était du gasp illage que de se détailler ainsi, car
il pouvait avoir besoin de toutes ces scènes au moi ns une fois dans un avenir
inconnu. C’est pourquoi il résolut, dans une série de petits tableaux, de ne traiter
qu’un seul thème. Le thème se présenta justement de lui-même, il ne pouvait dire
comment, peut-être parce que ce thème l’arrachait a ux impressions pénibles des
dernières années pour le transporter dans un passé qui n’avait aucun rapport avec
le présent. Un auteur ne choisit pas ses thèmes, ma is il peut, malgré cela, choisir
parmi les thèmes qui se sont eux-mêmes saisis de lu i. Il se mît donc à puiser dans
ses souvenirs d’étudiant, c’est de cette façon que naquit le recueil intitulé :De
Fjärdingen et Svartbäcken(2).
Il n’avait nulle intention de dévoiler des abus ni non plus de critiquer ou de se
venger, car à l’heure actuelle il regardait tout ce qui l’entourait comme étant un seul
et même abus, et toutes choses, grandes ou petites, élevées ou basses,
supérieures ou inférieures, méritaient également la critique. Un pessimisme calme
et tranquille planait sur ces esquisses légères. Il n’y soutenait aucun intérêt de parti,
il ne cherchait pas à prendre le vent pour suivre l es courants favorables, il n’y flattait
pas l’opinion de la majorité et, ce qui n’était pas moins remarquable, sa vieille
Un pour Un
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