L'enfant du secret

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Plus de trente ans après son adoption par une famille française, l'auteur nous livre ici le récit de son parcours et sa quête des origines : depuis l'orphelinat des premières années, l'auteur évoque l'oubli, la fuite en avant vers d'autres terres d'adoption, puis le retour au Liban natal après les années de guerre. A travers ce récit autobiographique c'est la question de l'accès aux origines qui est posée et s'inscrit ainsi dans un contexte où l'accouchement sous X et l'adoption d'enfants étrangers agitent l'opinion, suscitant débats et réformes.
Publié le : vendredi 1 octobre 2004
Lecture(s) : 286
EAN13 : 9782296372849
Nombre de pages : 190
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L'ENFANT DU SECRET

Alexandrine Siham

L'ENFANT DU SECRET

L'Harmattan

@

L'Harmarran

2004

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, Italia s.r.l. Via Degli Artisti 15 10124 Torino L'Harmattan Hongrie Konyvesbolt 1053 Budapest, L. u. 14-16 ISBN: 2-7475-7077-0

EAN : 9782747570770

PREFACE
J'ai sous les yeux cette photo que tu m'as offerte un jour et qui, depuis, trône chez moi. Nous sommes là tous les trois, ma sœur Agathe, toi et moi, allongés côte à côte, sur le ventre, dans l'herbe, les bras soutenant nos visages; trois petits enfants, saisis dans l'insouciance d'une journée d'été à Saint-Jean. Pour nous, alors, tu étais Sandrine, née au Liban, mais nous ne le savions pas encore, la fille d'Annie et de Bernard, les amis de mes parents. Nous courions sur la plage après les cerfs-volants et ton chien Iota - quand tu ne l'avais pas perdu dans la mêlée - et nous rigolions, au cours de tablées endiablées, sans penser ni au passé ni à l'avenir. Voilà, c'était tout. Sandrine, avec Laurent et Muriel, nous quatre, quarteron de polissons. Aujourd'hui, Muriel vit à Reims, Laurent à Shanghai, toi à Beyrouth, moi à Paris. Demain, les cartes seront peut-être redistribuées. Et alors? Les distances ont espacé nos rencontres mais pas tué nos intimités. De n'importe quel point de la planète, quelques coups de fil, et nous nous remettons à danser, ensemble, comme avant, les "vieux de la vieille" comme tu dis. Tu as eu le courage d'empoigner ta vie, surtout ne lâche pas la bride! Nous trois, derrière, nous pousserons... voilà un beau "pack" s'enthousiasmerait un passionné de rugby! D'ailleurs, tu m'as glissé l'autre jour au milieu d'une conversation téléphonique que tu avais affiché une photo de nous quatre, tes amis d'enfance, dans ton appartement libanais. Tu m'as parlé - avec tant de sensibilité - de ton pays natal, ses meurtrissures et ses renaissances, les peuples de la mer et de la montagne, ces hommes et ces femmes qui sans te connaître t'avaient aidée dans ta quête, les soeurs qui t'ont recueillie - que tu décris de manière si touchante -, et tous

ceux auxquels tu voudrais maintenant, à ton tour tendre la maIn. Je me souviens de ce soir d'hiver chez tes parents, à Paris, quand nous avons regardé la cassette de ton passage à la télévision libanaise, Annie et Bernard assis droits dans leurs fauteuils, entre sourires et larmes, buvant tes paroles, les accompagnant, d'un mot, d'un geste, prêts à bondir sur tes contradicteurs. Et leurs yeux posés sur toi, Sandrine! Il fallait être là pour voir ce regard, le même pour tous les deux. J'ai écouté la voix fracassée, si pleine d'humanité de Fayrouz, j'ai lu les livres d'Amin Maalouf, ce magnifique poète et prophète qui a su, bien avant que tout le monde se mette à en discourir, révéler ces «Identités meurtrières» qui éloignent les êtres, excitent les haines. En ces temps où les fractures se multiplient, dans ton coin, tu es en train de construire un pont, ton petit pont entre deux mondes. Et tous, toutes celles et tous ceux qui te sont chers, nous suivons Annie et Bernard, tes parents. Pour cela, Sandrine, Alexandrine, Nelly, reçois mon admiration! J'aurais dû m'en douter lorsque, enfants, nous étions allongés dans l'herbe, pour cette photo d'été. On y lit tout dans ton regard. Tout! Ta gourmandise pour l'humanité, tes instants de détresse, ta profonde détermination.

Jérôme, l'ami. Paris, 11 mai 2003

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« A toute rivière une source. Ma rivière n'en a jamais eue. Je m'appelle Nelly-Siham Chamla. Je suis née à Beyrouth, au Liban, pays de lumières, de rejets et d'espoirs. J'écris pour apprivoiser, assagir les démons de la souffrance qui ont lacéré mes entrailles d'enfant séparée de sa mère, de femme déviée de ses gènes, de sa terre. Là-bas, dit-on, je suis un 'l' Azarieh', un enfant de la honte, un illégitime, le fruit du pêché. Il est vrai, je fus orpheline. Comme les autres, je suis l'enfant du secret. Bonne fortune ou trahison, je me suis détournée. J'ai quitté mon pays. Il fut ravagé par la guerre. Pire, j'ai regardé à la dérobée ma terre laminée. Et moi, qu'ai-je fait? Fermer les yeux, esquiver les remarques, les interrogations, les intrusions. Oublier ce par quoi et pourquoi j'existe. Juste continuer à vivre parce que moi, l'enfant de la honte, j'ai été

une nantie. De Nelly-Siham, je suis devenue Alexandrine pourquoi a t-on changé jusqu'à mon prénom? Dis, mère inconnue, 'Mama-Emmé', où es-tu? J'ai l'intime conviction que tu es encore de ce monde et te souviens de celle que tu as enfantée. Je te sens dans ma chair, comme un enfant d'Azarieh ».

Décembre 2001

S'asseoir tout à l'avant, dans l'avion en partance pour Beyrouth et scruter ceux qui comme moi reviennent «au pays ». Les examiner avec bienveillance, bien sûr, comme lorsque l'on revient en France d'un pays étranger: on croise le regard complice d'un compatriote. On sait la chance et la fierté d'être Français et là, seule la douce fraternité nous ramène à l'autre. Trente-deux ans se sont écoulés depuis mon trajet BeyrouthParis, Orphelinat d'Azarieh. Je le refais en sens inverse. Je remonte à ma source, à mon talon d'Achille avec, précisément en cet endroit symbolique, une blessure de squash pas encore cicatrisée. Probablement un peu hagarde, de façon presque naïve, j'observe tous les passagers. Je veux garder en mémoire ces visages. S'ils lisaient dans mes pensées, peut-être me traiteraient-ils de folle? A me voir en tout cas, ils pourraient déjà deviner sur mes traits ces semaines d'insomnie accumulée dans l'angoisse des prochains jours. Sublime retournement de la vie, moi, l'enfant de nulle part, je

suis conviée à la soirée - combien de fois ne l'ai-je maudite? - du réveillon de Noël! Et il revêt cette année
2001 un caractère exceptionnel, inespéré: je suis invitée à une émission télévisée dans mon pays natal. Je dois tout à un présentateur vedette de la chaîne de télé libanaise 'Future', Zaven. Le seul à avoir répondu à ma bouteille à la mer, un e.mail sollicitant, en ultime recours à toutes mes recherches, ma participation à une émission pour faire un appel à témoins. Après les événements du Il septembre et les tensions régionales, la conférence de presse au Liban suggérée par mes amies libanaises n'était plus d'actualité. Je suis parvenue autrement à l'objectif fixé lors de mon précédent voyage! Zaven m'a réservé «quinze minutes» d'antenne pour la soirée du 24 décembre dans son Il

émission «Sira wen fatahit» (en arabe),un talk show dans l'esprit de «Ça se discute» autour des problèmes les plus épineux de la société libanaise et qui dispose d'une audience dans tous les pays alentours. Cette action publique à grande échelle, je l'ai repoussée puis finalement envisagée, sollicitée même, quand j'ai compris qu'elle était mon ultime moyen. Mes fidèles amis m'ont aidée, certains, libanais pour la répétition de mon speech en

arabe

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dont je ne veux pas démordre malgré mes sans parler des incrédules et

maladresses -, et les autres, transformés pour la préparation du direct en «coaches» exigeants. De toute manière, la

perspective des retombées réussite te donnes-tu? »
-

-

leurs maudites questions du style «quel pourcentage de

me pétrifie. Comment le public

percevra-t-il mon appel dans cette terre où l'orphelin porte les traces indélébiles de la honte? Puis-je médiatiser ma quête de paternité sans mettre en danger celle que je recherche pardessus tout? Enfin, ne puis-je risquer de la rencontrer, « en direct », par les soins d'une équipe de télévision qui m'aurait réservée la « surprise », nous livrant en pâture pour gonfler l'audimat ? Voir ma mère est mon but. Depuis toujours, je ne me suis focalisée que sur elle, la mettant plus bas que terre, la haïssant et la chérissant tout à la fois. Mon père, quant à lui, c'est bien simple, je ne l'ai vu nulle part. Enfin, par la force des choses, en géniteur, point à la ligne. Mais je suis bien née et d'un homme et d'une femme. Où est-il? Qui est-il? Et ce père et cette mère, vais-je les aimer pour ce qu'ils sont, réagir à la « voix du sang» ou les détester? Non pas pour ce qu'ils m'ont fait - me laisser le fardeau de leur péché tout en m'abandonnant -, mais pour ce qu'ils sont? Pourtant, en les dénigrant, je me condamne pour ce qu'ils m'ont transmis et contre lequel je ne peux rien. Ce maudit abandon devient un formidable alibi. Il m'apporte une raison, autre que ce qu'ils 12

sont de les rejeter, car j'aurais pu être des leurs... Je suis bien loin de cette rencontre et des sentiments idéalisés qui l'accompagnent. Leur absence a en tout cas fait de moi un fantassin lacéré de colère. Qui es-tu mon père? Qui es-tu ma mère? Puis-je trouver en vous les clés qui m'apprendront à mieux m'aimer, à me respecter au moins? Il existe mille et une manières de définir le vide. Je réalise ne connaître qu'un seul moyen pour le combler, dont je suis à présent le maître. A quel prix? C'est l'enfant d'Azarieh qui doit guider mes pas. Je dois l'écouter, lui faire confiance, le suivre. Telle avait été ma maxime des semaines précédentes dans la perspective de cet «appel de ma vie ». Devant l'assaut des doutes, je me la suis répétée scrupuleusement: «Moi Nelly-Siham Chamla, je suis... : premier non sens! Aux yeux de votre gouvernement, de vos administrations, je n'existe pas. Aux yeux du monde, je ne suis que par le lien d'adoption qui a fait de moi quelqu'un. . . Quelqu'un d'autre ». Au moins vais-je enfin pouvoir dire. Qu'y at-il pour moi au bout du chemin? Que savoir de l'avenir? Juste que je me dirige vers lui inéluctablement, car cette fois, je l'ai décidé. Surgit l'idée de mort: la mort de cette enveloppe, ce déni, qui m'a fait exister aux yeux du monde, pas de moimême - Nelly ne m'a jamais quittée. Mais plus encore celui de mon propre aboutissement. Ne pas avoir peur. Surtout pas. Savoir retraverser avec l'enfant que je fus les moments de gouffre pour réapprendre à exister. N'est-ce pas lui que j'ai vainement cherché à repousser, mais qui finalement m'a appris à entendre, à affronter?

Depuis Paris, Papa et Maman, mes étincelles - savent-ils malgré tout à quel pointje les aime? -, m'ont accompagnée à
l'aéroport de Roissy. Mes bienfaiteurs gantés d'acier pour le secret de tant d'années et de velours pour l'amour. Le fait que je veuille savoir qui sont « les autres» n'ébranle en aucun cas notre réussite à nous, la leur, dans le dévouement témoigné. Pour ces « autres », il y a là quelque chose qui nous dépasse 13

et qui ne regarde que mes géniteurs et moi. Durant des années, j'ai tenté de le formuler maladroitement, de le revendiquer, de le scander violemment, incapable croyais-je de maîtriser à la fois ce besoin vital de les connaître et cette peur d'y parvenir. Y parvenir, au risque si familier pour nous autres de tout perdre à nouveau. En ce jour, je suis fière et heureuse d'être la fille de mes fidèles accompagnateurs. En flash nous reviennent les moments forts de nos vies depuis la candidature à l'adoption de Papa d'octobre 1969. Je me remémore ceux auprès desquels j'ai grandi, dans cette jeunesse « dorée» dont tu fais partie, toi, Jojo, ami d'enfance, pilier inaltérable de ma vie, si attachant, fidèle et aimant que j'avais tant malmené pour n'avoir su me comprendre. Tu prétendais si bien me connaître mais qu'avais tu compris de ma quête? Savais-tu seulement que j'avais une autre vie, éradiquée de ma conscience, avant de te rencontrer? Jusqu'à ce jour, je n'ai pas pu te dire les marques - insoupçonnées de tous - de ma différence. Pire je n'ai pas su. Pas seulement avec toi, l'ami. Je voulais que l'on me regarde et me voit. Mais je le craignais tout autant.

Tout à un sens. Laisse- moi te l'expliquer.

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I ère Dartie : « La Detite fille du soleil »

Chapitre 1. L'enfance dorée

Petite, mon univers se composait de deux mondes. Le premier précédait mon départ de mon pays natal- était-il réel ou imaginaire? - et le second était peuplé de ceux et celles qui faisaient partie de ma nouvelle vie. Chaque monde demeurait bien à part, sauf quand je déjeunais chez Guénaëlle Duvoisnil. Tu t'en souviens, l'ami? Avec son tempérament entier qui la rendait toujours prête à braver, pour moi, tous les dangers, elle était ma meilleure amie depuis ma plus tendre enfance. Depuis mon arrivée en France, devrais-je dire. Me sentir si bien parmi la fratrie Duvoisnil me posait une douce énigme. Sans doute avais-je le sens du groupe, car dans ma première vie j'avais dû en passer des repas attablée avec nombre d'autres enfants, mais à l'époque, j'étais sans famille. Et justement, de tous mes souvenirs d'enfance, la mère de Guénaëlle fut la seule personne de mon nouveau monde à lever le voile sur mes origines. A cause de ma peau mate et de mes yeux en amande, elle me surnommait, comme dans un conte: la « petite fille du soleil ». Cela évoquait pour moi le désert. Où ailleurs, pouvait-il y avoir des enfants du soleil? Je devais avoir, me disais-je, de multiples frères et sœurs « du soleil », quelque part. Oui, bien sûr! Comme Fatemah, que je croyais avoir été le prénom de ma compagne de jeux des toutes premières années. Où était-elle? Y avait-il un désert au Liban? Car c'est bien de là que je venais. Une provenance que je sentais insidieusement autre que celle de ma meilleure amie. Une petite différence en somme, que je percevais mais écartais bien vite, subjuguée par cette famille dont je voulais tant faire partie. J'aimais ces gens et la tendresse qu'ils me prodiguaient, à moi « la petite fille du soleil ». Par contre, j'éprouvais une impression étrange chaque fois que je me rendais chez une autre amie, que sa santé fragile faisait ressembler à un roseau. Sa volière de canaris,
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inconcevable à mes yeux, m'était douloureuse. Aussi dorée que pût paraître la cage, si insensée et néfaste qu'eût été la libération de ses occupants, je tentais systématiquement de convaincre la mère de ma petite amie de les rendre à leur milieu naturel, ...« où ils seraient vite morts» m'avertissaitelle. Toi l'ami, tu étais dans mon autre monde, celui de mon nouveau foyer. Nous formions un quatuor aux surnoms

inévitables

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pourquoi vous en aurais-je privés, moi qui

jonglais entre deux prénoms? Il Y avait Muchon l'Eruptive, pour son fort tempérament, Dudu le Penseur, à l'étourderie maladive et toi, Jojo le Terrible, pétulant et colérique. Nous avons su rester amis, perpétuant le cercle clos de nos parents, si proches les uns des autres. Pour vous, j'avais toujours été des vôtres, comme si rien ne s'était passé. Sauf lors de vacances à Carnac: dans un accès de colère, Muchon l'Eruptive, du haut de ses dix ans, m'avait balancée ma différence. Et une autre fois, Dudu, à nos vingt ans, lors d'une séance mémorable de retour de boîte en auto-stop. C'était en 1984. La dynamique de guerre prévalait dans le

pays d'où je venais. Même la FINUL - Force Intérimaire d'Interposition des Nations Unies au Liban - se détournait de
lui. Par le plus grand des hasards, dans notre lieu de vacances de nantis, nous avions été pris en charge par un ancien Casque bleu qui disait revenir de «cet enfer». J'étais déjà assise près de ce conducteur. Nous avions aperçu, trop tard, un flingue sur ses genoux et, Dudu, tétanisé, était prostré à l'arrière. Malgré les sueurs froides, j'en ris encore ! Je m'étais transformée en moulin à paroles et j'avais trouvé à propos d'évoquer mes origines libanaises! Ce qui m'avait valu, une fois arrivés à bon port sains et saufs, une algarade dont Dudu, poussé à bout, en avait le secret! Ma jeunesse, comme la vôtre, fut dorée pourrait-on dire: plages bretonnes en été - je ne portais pas bien haut le flambeau de mes ancêtres phéniciens, maîtres des mers! -, folles descentes à skis en hiver et chevauchées
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équestres à s'en rompre le dos en week-end. Seul l'itinéraire de ma première enfance avait été différent. C'est de celui-là dont je veux te parler: le chemin de Beyrouth à Paris, enfoui dans ma mémoire comme si l'oubli avait été ma seule voie de salut. Car moi, j'étais le fruit de l'amour autrement, sans l'étreinte. Des parents aimants et bons étaient venus me chercher, ouvrant de tout cœur leur foyer à l'orpheline que j'étais, une « petite fille gaie et souriante» à tout prix. Un « tableau idyllique ». Ce moment avait été immortalisé par des photographies délibérément occultées, sortes de reliques qui figeaient mon histoire. Elle s'arrêtait là. Nous l'avions tous cru. Mais quel que fût le silence entretenu sur mes origines, un indéfinissable vide était ancré dans ma tête et dans mon cœur. Si j'en excepte l'impression d'avoir trahi et abandonné ma compagne de jeux (Fatemah, avais-je cru), dont les courts cheveux bruns et les yeux bleus ne quittèrent jamais ma mémoire, il me fallut près de trente ans pour effacer la parenthèse, ce mystérieux halo sur les quatre première années

de ma vie! Un jour, désireuse de guérir de mes maux - ce malaise confus qui m'habitait depuis toujours - je me résolus
à livrer mes angoisses dans un cadre neutre et feutré, où l'on ne juge pas, chez un «confident professionnel ». Peut-être avais-je trouvé un interlocuteur à la hauteur? Peut-être la résistance soigneusement entretenue n'opérait-elle plus? Je n'avais plus de défenses ou les maintenir était devenu trop épuisant pour moi? Je ne saurais le dire. Grâce à lui, je pus laisser le passé m'envelopper et remonter dans mon corps. Le confident me fit préciser en quoi consistait le « don d'amour par l'adoption ». Je rétorquais « celui de chercher un enfant pour l'éduquer, l'élever, l'aimer, comme s'il était sien ». Mais c'était précisément dans ce «comme si» que s'enracinait mon problème. Sans mes reliques et cette mémoire instinctive qui, à certains moments, résonne en nous comme un glas, j'aurais pu dire comme toi que j'étais née à mes quatre ans. 19

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