L'Exil

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Exilé d'Égypte en raison de ses activités politiques, l'auteur pense trouver refuge en Israël où il poursuit ses tâches militantes. Il subit la répression économique de la droite et du parti social-démocrate, le Mapai. Toutefois, en tant que militant communiste égyptien, il continue à lutter pour la paix entre Juifs et Palestiniens et contre le racisme anti-Arabe. Mais il découvre aussi une autre forme de discrimination raciale, moins connue : celle qui sévit entre Juifs ashkénazes, venant d'Europe occidentale, et Juifs séfarades, originaires du Moyen Orient.
Publié le : samedi 1 janvier 2011
Lecture(s) : 284
EAN13 : 9782296448841
Nombre de pages : 195
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L’EXIL
Victor SEGRÉ
L’EXILMes années en Israël
Nous sommes conscients que quelques scories subsistent dans cet ouvrage. Étant donnée l’utilité du contenu, nous prenons le risque de l’éditer ainsi et comptons sur votre compréhension. © L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13354-9 EAN : 9782296133549
A Hava
Préface Ce livre n’est pas un roman et pourtant il se lit comme un roman. Sans doute parce qu’en définitive c’est bien celui d’une vie ou plutôt d’un moment, d’une séquence, d’un fragment de vie. Pas n’importe laquelle, ni n’importe quand. Celle d’un jeune communiste juif originaire d’Égypte où il s’est engagé, avec tant d’autres, dans un combat politique en faveur des pauvres et du rêve d’un monde meilleur. Arrêté par les autorités égyptiennes, il doit se résoudre à l’exil. Après un court séjour en Italie, il choisit Israël 1 où il arrive en 1949. C’est là que cet ouvrage commence . Il y a quelque chose de touchant, de fort, d’émouvant dans ce récit d’un homme ancré dans ses convictions, ses croyances, ses idéaux ; on serait presque tenté de dire, sa foi. Cette foi laïque, celle que l’idéal communiste pouvait insuffler aux jeunes dans les années 50. Un temps où le communisme tel qu’on l’imaginait pouvait être encore une forme d’humanisme avant qu’on ne comprenne qu’il avait longtemps déjà sombré dans la tragédie classique du pouvoir, de la domination et de la violence d’État. Mais ce récit de vie va encore plus loin car il se déroule à un moment charnière de l’Histoire du Proche-Orient avec la Nakba, les premières années d’Israël, la montée en puissance de l’arabisme et, bien entendu, les débuts de la Guerre froide. C’est donc, au travers d’une trajectoire personnelle, tout un pan de l’Histoire de cette région qui défile ainsi en toute subjectivité ; c’est-à-dire dans l’intimité d’un personnage attachant et courageux qui, au nom de son idéal, essaie de se frayer un chemin dans l’épaisseur sociale d’un monde dur, hostile et bien éloigné de ce à quoi il croit. Rien n’est facile pour ces hommes et ces femmes qui débarquent ainsi en 1949 à Haïfa. Les premiers contacts sont éprouvants. L’accueil est tout sauf cordial. Les premiers contacts sont banalement bureaucratiques ; il faut répondre à des interrogatoires, se soumettre à des formalités douanières, subir l’inévitable mise en quarantaine avant de se retrouver dans un camp de transit froid et impersonnel : « notre contact avec la direction du camp ne se faisait que par l’entremise des haut-
1  Il a raconté la période égyptienne dansUn aller sans retour, l’histoire d’un communiste juif égyptien, L’Harmattan, 2009.
parleurs… » Une interminable étape qui permet d’attendre le moment où l’on pourra faire le saut difficile vers une incertaine insertion sociale. En espérant que le Parti, peut-être, pourra y aider. Et c’est là qu’on voit aussitôt le poids des déterminismes sociaux et culturels. Il est juif dans un État juif ; donc, a priori, tout devrait devenir plus simple. Mais c’est tout le contraire. Juif certes, mais d’Égypte. Donc méprisé par les ashkénazes… Et communiste, donc rejeté par la droite – violemment – mais aussi par la gauche travailliste alors au pouvoir. La grande organisation syndicale qui règne sur le marché de l’emploi, la Histadrouth, n’aime pas les communistes… Alors il sera encore plus difficile de trouver un travail. N’importe lequel et dans un pays en construction, ce sera dans le bâtiment avec toutes ses dimensions, à commencer par la plus rudimentaire : casser des pierres. Mais pour Victor Segré, ce n’est pas déchoir que de casser des cailloux. Bien au contraire. Cela le remplit de fierté et même de joie : enfin il appartient à la classe ouvrière. Et d’ailleurs, même si le tableau est sombre et la vie pénible, la force et l’envie de vivre et de convaincre paraissent bien plus fortes. Surtout quand on peut partager son existence avec les camaradesil y en a quelques-uns. Des solides qui s’imposent, et des paumés qui pataugent et des malins qui composent… Et puis, il y a les femmes qu’il évoque avec pudeur et réserve jusqu’au moment où il « se lâche » dans une belle description d’une nuit d’amour, intense et sensuelle, qui fut peut-être la première depuis bien longtemps. Mais qui sera aussi la seule avec Miriam puisque, au petit matin, elle le quitte à jamais. Alors la vie continue. Avec d’autres rencontres, en attendant Hava avec laquelle il se marie le 14 octobre 1952 et à qui ce livre est dédié. Et en arrière plan du quotidien de ce jeune homme en quête de son destin, c’est toutes les pulsations, les convulsions et les contradictions de cette région à cette époque qui apparaissent au loin comme dans un décor de théâtre. Et d’abord le rapport à l’Autre, celui qui revendique cette terre parce qu’il vient d’en être chassé. Dans cet Israël des années 50, on ne le désigne pas pour ce qu’il est, on ne parle jamais des Palestiniens, mais toujours des Arabes. Car les Arabes ont déjà leurs États et leurs territoires, et donc assez d’espace pour en laisser à ce jeune État juif. Si cet Autre était nommé pour ce qu’il est, un Palestinien dont les racines plongent dans sa terre de Palestine, on donnerait un sens à son combat et à sa résistance. Ce serait le reconnaître et légitimer les
raisons de sa révolte, alors que tout doit être fait au contraire pour nier son existence et l’effacer de l’Histoire. Tout, y compris tuer ceux qui, parmi eux, cherchent à revenir sur leurs terres, comme dans cette scène hallucinante où les membres du kibboutz auquel il appartient sont réquisitionnés par l’armée pour partir toute une journée en camion faire la chasse auxinfiltrés. Jusqu’à ce qu’ils comprennent que, cette fois-là, ce n’était qu’une mise en scène, une façon de les conditionner à la lutte contre les Arabes, car dans le village palestinien détruit il n’y avait plus que des chats… et les militaires le savaient lorsqu’ils leur ont donné l’ordre de tirer sur tout ce qui bougeait. En arrière plan aussi, le panarabisme avec la figure de Nasser que l’expédition de Suez était sensée abattre et qui en ressort plus populaire que jamais au lendemain de sa « victoire » contre les puissances impérialistes. Plus populaire dans le monde arabe et donc aussi chez les Palestiniens qui vont longtemps croire que le leader égyptien est sincère lorsqu’il harangue les foules au nom de la libération de la Palestine… Mais le plus fascinant peut-être de cette Histoire captée par la sensibilité de ce jeune communiste est sa relation à l’Union soviétique et à ce qu’elle représente. Ni le débat suscité par les e révélations duXXdu Parti communiste de l’Union congrès soviétique en février 1956, ni la répression de l’insurrection de Budapest en octobre de la même année ne semblent suffire à ébranler durablement ce à quoi il croit. Même si les faits sont là dans toute leur brutalité, on sent bien qu’il ne peut se résoudre à renier l’essentiel enraciné dans cette conviction profonde qu’un autre monde est possible. Il faut donc continuer à militer, à s’engager et à prendre des risques. On l’aura compris, le lecteur est plongé dans une autre époque, dans un autre monde, un autre univers où on se battait pour ses idées et où, par conséquent, tout faisait sens. Belle leçon de vie qui se termine avec la rencontre de la femme qui le conduira à Budapest où l’auteur vit aujourd’hui. Jean-Paul Chagnollaud
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