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L'illusion tragique du pouvoir au Congo-Zaïre

De
257 pages
Le Congolais de ce nouveau millénaire doit savoir regarder correctement le monde dans lequel il vit, et se regarder lui-même tout en regardant le monde. Ce livre est la lecture d'une gouvernance dictatoriale, l'histoire d'une volonté farouche que peut avoir un homme politique hanté par une puissance spectaculaire de gouverner coûte que coûte, comme le fit Mobutu Sese Seko Gbendu waza Banga. C'est l'histoire d'une mentalité contextuée dans le cadre de l'évolution de ce pays de 1965 à 1997.
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L'ILLUSION TRAGIQUE DU POUVOIR AU CONGO-ZAÏRE

Points de vue Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus Jean-Claude DJÉRÉKÉ, L'Afrique refuse-t-elle vraiment le développement?, 2007. Yris D. FONDJA W ANDJI, Le Cameroun et la question énergétique. Analyse, bilan et perspectives, 2007. Emmanuel M.A. NASHI, Pourquoi ont-ils tué Laurent Désiré Kabila ?, 2006. A-J. MBEM et D. FLAUX, Vers une société eurafricaine, 2006. Charles DEBBASCH, La succession d'Eyadema, le perroquet de Kara, 2006. Azarias Ruberwa MANYW A, Notre vision de la République Démocratique du Congo, 2006. Philémon NGUELE AMOUGOU, Afrique, lève-toi et marche I, 2006. Yitzhak KOULA, Pétrole et violences au Congo-Brazzaville, 2006. Jean-Louis TSHIMBALANGA, L'impératif d'une culture démocratique en République Démocratique du Congo, 2006. Maligui SOUMAH, Guinée: la démocratie sans le peule, 2006. Fodjo Kadjo ABO, Pour un véritable réflexe patriotique en Afrique, 2005. Anicet-Maxime DJEHOURY, Marcoussis: les raisons d'un échec. Recommandations pour une médiation, 2005. FODZO Léon, L'exclusion sociale au Cameroun, 2004. J.C. DJEREKE, Fallait-il prendre les armes en Côte d'Ivoire ?, 2003. ST ALON Jean-Luc, Construire une démocratie consensuelle au Rwanda, 2002. EMONGO Lomomba, Le devoir de libération. Esclave, libèretoi toi-même. ÉBOUA Samuel, D'Ahidjo à Biya - Le changement au Cameroun. KUOH Manga, Cameroun un nouveau départ. KISSANGOU Ignace, Une Afrique, un espoir.

Kambayi

Bwatshia

L'ILLUSION TRAGIQUE DU POUVOIR AU CONGO-ZAÏRE

L 'HARMATTAN

Du même

auteur

- Le citantisme

au cœur de l'évolution de la société Luba du Kasaï = sens et non sens d'une mentalité (Prix du Livre scientifique de 1990),

- L 'histoire et I 'historien. Hommage à Cheik Anta Diop, Ed. Africaine pour la paix, Kinshasa, 1991,

- Blancs

et Noirs face à la décolonisation du Congo Belge, Presse universitaire du Zaïre, 1992

- Demain

le Zaïre: choix idéologique et barrières mentales, Eugemonia, Kinshasa, 1996.
de l'élite à

- Pour entrer dans le x.xTme - La hio-Iogique

l'aube du II/me millénaire, Eugemonia, Kinshasa, 1999. - Aux origines communes des Baluba du Kasal et du Katanga, Eugemonia, 1999. - Dictature et éthique de la responsabilité, Kinshasa, 1999. Eugemonia,

- L'Afrique et son destin, La plume, Kinshasa, 1999. - L 'Évangélisme au cœur de Kinshasa, Eugemonia, Kinshasa, 2004. - Sensations démocratiques et animalité politique, Eugemonia,2006. - L'enfer de l'évangile: nia, 2006. Kinshasa,

« Jésus ligoté », Kinshasa, Eugemo-

@ L'HARMATTAN,

2007

5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffus ion.harmattan@wanadoo. fr harmattan 1@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-02901-9 EAN : 9782296029019

B'WATSH L'aube et le crépuscule c'est moi En solitaire je fais ma vie Passant mon temps à provoquer Soleil, air, eau, terre Poète sans le savoir ni le vouloir Matins et soirs, attentif aux échos Disant au monde réveille toi La nuit a pris fin.

L'auteur

AVANT PROPOS
Le pays que la Belgique va hériter de Léopold II en 1908 et qui fera d'elle une puissante coloniale est un territoire immense des rivières qui se rattachent toutes au bassin du fleuve duquel vient son nom: le Congo. Avec l'achèvement du tracé des frontières, après des accords avec les puissances occupantes des régions voisines, il est devenu un pays qui chevauche l'Equateur tout en écrasant le cœur du continent africain de son imposante masse. Avec ses 2 345 000 km2 'de superficie, tout lui paraît démesuré et contraint les voyageurs hasardeux à l'étonnement. Son fleuve, le Congo, qui déroule ses 4376 km dans le bassin rival de celui de l'Amazone, draine 1/8 de l' Mrique. Il peut offrir au monde le 1/5 de ses besoins en énergie électrique. Par son climat, ses sites, sa végétation et son peuple, le Congo est une terre extraordinaire aux grandioses proportions. C'est un pays aux mille visages. Sa cuvette centrale est le domaine de la forêt luxuriante et impénétrable à la fois. Du nord et au sud du Congo s'étendent de magnifiques et vastes étendues de terres herbeuses prêtes à accueillir des champs de cultures diverses. Ses rebords, étagés en gradins, ~pportent la ,note pittoresque dans le ruissellement des rivières aux impétueuses chutes, aux cascades que le soleil irise sans faille. A l'est, un voyageur peut être ébloui pendant qu'il découvre sur le Zambèze et sur le Nil, tout un chapelet de lacs petits, moyens et grands. C'est une région où s'étale, en toute liberté, une faune sauvage unique par son abondance et sa variété. C'est celle de la forêt d'Ituri et des grottes des Monts de Royo et de l'énorme chaîne de Ruwenzori; les «Monts de la lune» des anciens avec ses glaciers éternels et son pic Marguerite (5119 km) le plus élevé d' Mrique après le Kilimandjaro et le Kenya. C'est une région dont le sous-sol, avec de précieux gisements de cassitérites et d'or, ne cède en rien à cette exubérante végétation. C'est enfin la région de Virunga

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qui couronne le tout avec ses volcans dont le célèbre Nyiragongo. Au sud, tout spécialement, un voyageur peut encore une fois être étonné des plateaux où le café, les palmistes, les bananes et les ananas peuvent prospérer ainsi que de nombreux troupeaux. Les colons y voyaient déjà des entreprises de pêche active sur le lac Moero, le Lualaba et tous ses affluents. Le sous-sol du sud du Congo est une véritable caverne d'Ali Baba, où l'or, l'argent, le platine foisonnent. Le haut Katanga, puissant, recèle cuivre, zinc, cobalt, uranium et radium qui ouvrent les voies aux magnifiques possibilités industrielles. Le Kasaï, en dehors de ses immenses étendues aptes à l'agriculture roule et brille de mille feux le pur diamant. A l'ouest, dans le Bas-Congo, on rencontre une région au climat tropical avec deux saisons sèche et pluvieuse. Là le fleuve Congo assagi, las de sa course, se jette dans l'océan tranquille. Que dire de la région de Mayombe ? Que dire de la nappe pétrolière de toute la côte atlantique? Des bitumes et des réserves énormes d'hydrocarbures? La nappe du Bas Congo est en fait une petite partie d'une autre grande qui s'étend de Kinshasa à Businga dans l'Equateur. Elle s'étale vers Kisangani et Kindu, pour se prolonger jusqu'aux environs de Kasonga et Kabalo. Elle couvre même une bonne partie du Sankuru, du Kasaï et de tout le Bandundu. C'est cela le fabuleux pays dont la Belgique hérita en i 908 ; par cet acte, elle va changer son destin propre, celui de la population qui y habite et celui d'un territoire plus grand qu'elle (80 fois.) C'est cela le pays dont les richesses et la position géostratégique sont faites pour susciter les convoitises étrangères, les jalousies diverses et aussi pour faire naître la haine et les guerres. «Le Congo est un scandale géologique» disent les uns! C'est «un scandale agricole et forestier» ajoutent les autres! C'est aussi «un scandale hydrographique» et en même temps un scandale en biodiversité. Sa population est jeune et sa terre,

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dans l'ensemble, est «promise», auraient affirmé les voyageurs étrangers. C'est ce pays que Joseph Désiré Mobutu va gouverner de mains de fer de 1965 à 1997.

INTRODUCTION Sens et axes du livre Ce livre est notre lecture d'une gouvernance dictatoriale s'inscrivant datis la logique nietzschéenne rappelée à l'histoire. Une histoire d'une volonté farouche que peut avoir un homme politique hanté par une volonté spectaculaire de gouverner coûte que coûte. Nos lecteurs ne trouveront pas ici l'ambition élaborée de produire une somme biographique du personnage aussi gigantesque, à la fois fascinant, énigmatique, insaisissable et controversé qu'était Mobutu Sese Seko Kuku Gbendu ",aza Banga, le président de la deuxième République ,congolaise qu'il a baptisée République du Zaïre. Ils trouveront, ,par contre, l'histoire d'une mentalité contextuée dans le

cadre de l'évolution de ce pays de ~965 à 1997.
C'est en fait une mentalisation de l'histoire du comportement d'un homme et de son régime. Un homme qui, après trente deux ans, a laissé une marque indélébile dans la mémoire de ~es compatri,otes, des Africains et même du monde. Le phénomèp.e dictatorial d~crit et relaté dans ce livre, nous l'avons vécu d'une manière ou d'une autre, de près ou de loin. Nous en avons une expérience existentielle. Dans ce sens, notre subjectivité est en même temps le souci d'être objectif. Le lien entre nous et le phénomène observé est intime. Notre lecture de la situation globale jaillit ainsi de l'unité organique de notre expérience totale et à la fois partielle de l'histoire congolaise. C'est ici qu'il faut dire que cette lecture reste à jamais inachevée. Quoique jeune, 18 ans en 1960, à Léopoldville aujourd'hui Kinshasa, nous avons vécu d'une manière intéressée le phénomène colonial et tout le processus de décolonisation du Congo belge. C'était pour nous une histoire vécue qui, par la suite, a été conçue, à l'occasion de longues années de spécialisation en histoire, comme discipline académique. En effet, c'est au cours de nos études post-unîversitaires que nous nous sommes rendu compte qu'il était possible et utile Il

d'approfondir l'histoire des mentalités coloniales au Congo belge. Alors, c'était avec joie que nous avons plongé dans les auteurs belges, congolais et autres qui se sont intéressés à la colonisation et à la décolonisation. Après une thèse de doctorat (Ph.D) sur «la Presse belge francophone face à la crise congolaise» défendue à l'Université de Montréal en 1979, nous avons publié en 1992 un livre sur la colonisation que nous avons intitulé «Blancs et Noirs face à la décolonisation du Congo belge». Nous sommes donc à l'aise de parler de l'histoire de la colonisation et de la décolonisation de notre pays. Nous avons vécu le «phéno.mène» Mobutu de 1965 à 1997, c'est à dire de son avènement au pouvoir à sa chute. De 1990 à 1992, nous étions nous-même son ministre aux postes successifs de l'Enseignement Supérieur, Universitaire et de la Recherche Scientifique. Nous étions plusieurs fois à ses côtés, officiellement quand il dirigeait lui-même les Conseils des ministres et aussi amicalement, à ses moments de loisirs et de divertissements. Nous avons lu, pour compléter notre propre expérience, des auteurs tant congolais qu'étrangers que nous avons jugés crédibles. Plusieurs parn1i eux nous sont familiers soit à titre simplement académique, scientifique ou autre. Cependant, de tous les livres de nos amis, on peut citer H. Ngbanda Nzambo Ka Atumba, F. Vunduawe te Pemako, feu

Général Ilunga et E. Dungia. Le premier a écrit <<Ainsi sonne le
glas! Les derniers jours du Maréchal Mobutu» Un livre assez important sur les derniers mois du pouvoir et de la vie du Maréchal Mobutu. En 2004, il a publié «Crin1es organisées en Afrique centrale» avec comme sous-titre évocateur, «révélations sur les réseaux rwandais et occidentaux». Un livre dont les informations enrichissent bien l'ouvrage que nous mettons à la disposition du lecteur. H. Ngbanda a partagé pendant près de deux décennies, à divers titres, l'intimité du pouvoir du Léopard zaïrois. Le deuxième est l'auteur de <<A l'ombre du léopard». De l'ombre de Mobutu, il est passé au grand jour pour occuper plusieurs postes à ses côtés. En septembre 1992, il est le directeur du cabinet du président de 12

la République avec rang de vice-premier ministre, poste qu'il a gardé jusqu'au 17 mai 1997 lorsque le Maréchal Mobutu part en exil. Le troisième, mort aujourd'hui, était un officier supérieur des forces armées zaïroises, général très écouté du «Vieux». Il a écrit <<Lahute de Mobutu et l'effondrement de c son armée». Il y analyse, en tant que militaire, les causes de la chute du «Grand baobab». Le quatrième E. Dungia a écrit <<.Mobutu et l'argent du Zaïre». Un livre fort et percutant, un témoignage de première main sur les causes de la ruine d'un géant du continent africain. Il a connu la «vie mouvementée» et «les agiss'ements secrets» de son président. On y découvre les ressorts cachés qui ont souvent guidé la façon d'être de Mobutu. Le livre est sorti comme «révélations d'un diplomate, ex-agent des services secrets de «l'Aigle de Kawele». Il fallait du culot, mais aussi du courage sans cesse renouvelé, pour tenter d'élaborer une histoire des mentalités d'un phénomène aussi paradoxal que complexe: la gouvernance dictatoriale. Notre souhait est simple: que nos lecteurs, congolais surtout, comprennent, tant soit peu, la nuisance de la dictature sur un peuple destiné à un avenir grandiose et glorieux. Les critiques tant négatives que positives seront nombreuses, très nombreuses même. C'est en cela que résident notre satisfaction et notre espoir. Ce que nous voulons qu'on comprenne c'est que nous écrivons cette histoire par nécessité à partir du point de vue du présent. Les mutations que le monde, en' Ice XXIème siècle, a àtteintes, laissent croire que nous vivons dans une humanité , .. qui semble avoir enfanté une autre pleine de promesses. Le monde nouveau qui a vu le jour, c'est nous-mêmes Congolais qui le portons en nos seins. L'ancien monde, nous l'avons assombri de perspectives lourdes de conséquences. Le Congolais de ce nouveau millénaire doit être celui qui sait regarder correctelnent le monde dans lequel il vit, qui sait se regarder lui-même tout en regardant le monde. De l'information déjà spécifique, étendue, détaillée mais aussi abondante, encombrante, déroutante à la fois, sur 13

notre sujet, nous avons tenté d'aller au-delà du sensationnel et de l'émiettement du connu. L'entreprise n'a pas été si facile, mais comme elle était si passionnante, le goût de la recherche ne nous a pas quitté un seul instant. . Parler du «mental dictatorial mobutien», c'est étudier comment l'histoire coloniale congolaise s'est accélérée pour découvrir un homme courageux et ambitieux hanté par la puissance inébranlable de gouverner. C'est aussi pénétrer cette mentalité pour saisir comment Mobutu, au gré des vagues, voguant et tissant des stratégies, a surmonté les oppositions à son pouvoir. C'est en troisième lieu comprendre les outils qu'il s'est fabriqués pour asseoir son régime. C'est en quatrième lieu, dire à l'homme politique du style égotique qu'on ne résiste pas au vent de l'histoire et que dans l'entêtement, on subit seul, abandonné, les revers les plus durs de la vie politique et on lègue malheureusement hélas à la postérité les tares de la dictature. Telles sont les articulations simplifiées de notre livre. Il renferme toute une vision qui dévoile, au bout, notre lecture de l'histoire immédiate du Congo. Nous restons convaincus qu'une vision sans œuvres. n'est qu'un rêve, qu'une œuvre sans vision n'est qu'une corvée, enfin qu'une vision avec œuvres peut changer le monde. C'est en fait une dia-Iogie qui révèle notre propre tempérament et notre style plein de parallélismes, de rapprochements, d'associations, de répétitions et même de provocations qui peuvent irriter plus d'une personne. Petite histoire politique d'un pays au destin troublé Le Congo belge est né au cœur du continent noir par la seule volonté impériale du roi des Belges, Léopold II. C'est une étendue de l' Mrique équatoriale qui, de 1885 à 1908, constitue l'État Indépendant du Congo (EIC) dont le souverain belge était le monarque absolu. Sous la bannière scientifique et humanitaire, ce deuxième souverain constitutionnel d'un petit royaume, témoin de son temps et de la naissance des impérialismes coloniaux anglais et français, s'est présenté comme très 14

besogneux et brutal vorace. En 1908, et après quelques hésitations de routine, les Belges, prenant la relève coloniale, ont, pendant un demi-siècle, colonisé ce territoire représentant quatre-vingt fois leur pays. En le développant économiquement pour les besoins de leurs propres intérêts, ils ont bouleversé du même coup le vécu quotidien des populations autochtones tout en aliénant complètement leur culture. C'est toute une histoire de «L'odeur du père» dont parle V.Y. Mudimbe, une histoire d'un processus qui pourrait être qualifié de «progrès-oppression-aliénation». Pendant la mise en valeur de «leur territoire», les Belges se sont vus plaquer devant deux volontés contradictoires : celle de prendre en compte et de valoriser la vie et la culture proprement locales, c'est-à-dire autochtones, ce qui aurait vidé le sens de la «mission civilisatrice» d'une part, et de l'autre, celle de remplacet systématiquement les institutions noires «de leurs protégés» par les institutions du style belgoeuropéen, ce qui aurait conduit à la rupture du lien de souveraineté qu'avait la Belgique sur le Congo. L'équilibre dans une telle situation, on le comprend, ne pouvait être que malaisé et embarrassant. Pour ce faire, la Belgique s'appuya sur une coexistence minimale faite d'une double matrice culturelie: l'une «noire africaine» et l'autre «européo-coloniale», étouffant ainsi, pour réussir l'œuvre, l'antagonisme des oppositions déchirantes entre le pouvoir colonial exercé par la Belgique et les «indigènes» constitués désormais en un «peuple» sans personnalité juridique internationale. Il en restera ainsi jusqu'aux années d'après la seconde guerre mondiale, quand en 1956, dans la colonie et en métropole, apparurent les premiers signes avant coureurs des bousculades relatives à l'indépendance. Dès ce moment, le processus est devenu rapide et s'est inscrit dans un jeu cOlnplexe et serré qu'on a, à juste titre, qualifié de «pari congolais à haut risque». L'empirie de la politique coloniale belge frappée d'un immobilisme caractérisé a fait l'objet de maintes critiques de la part des éclaireurs belges tels que Van Bilsen et le gou15

verneur Pétillon. Van Bilsen par exemple, en osant estimer (1956) que dans trente ans le Congo belge pouvait accéder à l'émancipation, était vite qualifié de «révolutionnaire» et de «bradeur de l'empire». En 1957 à Léopoldville, le match catastrophique de football, opposant l'équipe de l'Union Saint Gilloise à une sélection de l'Association Royale Sportive Congolaise (ARSC), est vite devenu une occasion, dans la confusion totale et violente pour l'opinion belge, de dénoncer déjà un «conflit de race entretenu par quelques leaders noirs ». Pendant ce temps, Léopoldville est à l'épreuve de l'affaire des journaux congolais «Quinze» et «Congo». Deux feuilles qui ~vaient l'habitude de se livrer à une critique pertinente, bien que prudente dans la forme, des abus les plus criants du régime colonial. L'année 1958 inaugure l'accélération de l'histoire de la colonie. La Belgique, prise certainement de court, manifeste son intention de «fixer clairement l'avenir politique du Congo». Le voyage du Général De Gaule du 28 août amène son piment et pique au vif les leaders congolais. P. Lumumba, le plus audacieux de tous, dans un meeting, désormais historique, du 25 décembre, dit ses «adieux» aux «colonialistes belges», comme il aimait les appeler. Le 4 janvier 1959, Léopoldville, déjà politiquement et socialement chaude, éclate sous l'émeute sanglante qui, en fait, était la matérialisation des tensions et des frustrations longuement accumulées chez les Congolais. La Belgique coloniale et ses «policy makers», dans la stupeur et le désarroi total, poussèrent fermement le Gouvernement à.faire une déclaration efficielle pour exprimer son intention de conduire «sans atermoiement funeste ni précipitations- inconsidérées, les populations congolaises à l'indépendance». Ce qui a permis aux groupes concernés d'entrer dans la «danse de la décolonisation ». Les colons, les Congolais, les Policy makers belges, l'Administration coloniale, l'Église, le capitalisme mondial représenté par la Société Générale de la Belgique, tous se précipitèrent au «clocher de l'indépendance» pour tirer des dividendes. C'est dans les circonstances d'impréparation néfaste 16

que vint, le 30 juin 1960, l'indépendance du Congo, comme prévu à la table ronde de Bruxelles de février-mars 1959. Au soir de la colonisation, ceux qu'on appelait déjà les leaders congolais laissaient manifestement voir des comportements obnubilés par la «mystique» de l'indépendance. Oubliant que l'héritage était chaud et surtout empoisonné par les déséquilibres de tout genre, ils se sont, avec désinvolture, installés dans une euphorie coupable tout en réclamant un État congolais, non comme un lieu du destin historique de la future société à créer, mais comme un instrument du bien-être personnel et un symbole de libération du joug du colonialisme et de l'esclavage. On peut comprendre dès lors pourquoi les discussions autour de l' indépend anc.e, à la Table Ronde de Bruxelles, loin de cerner l'État comme un instrument d'un groupe unifié par une foi commune dans- l'avenir du peuple congolais, a signifié un simple gadget prêt à amuser les enfants; les Belges avaient bien perçu et compris cela. L'explication de cette façon d'être est aisée, car avant 1960, la veille du jour «J», le journal belge La Cité du 28 juin 1960 avait raison de faire remarquer que les Belges n'ont «pas préparé le Congo à cet avenir qui commence... Il est trop simple assurément d'invoquer l'histoire quand les évènements ne tournent pas comme on le souhaite. Beaucoup plus que notre précipitation inconsidérée, cette histoire jugera avec sévérité nos atern10iements funestes, on peut en être convaincu» . En juin 1960, les Congolais, sans les Belges, leurs «parents» d'hier, vont seuls commencer à lire «le livre» combien complexe de l'indépendance. Cinq jours plus tard, hélas, l'armée coloniale, la Force Publique jusque-là, dure comme roc, se rebelle contre le jeune gouvernement congolais. Elle se mutine dans la garnison de Thysville dans le Bas Congo, non loin de Léopoldville. Les troubles, comme une traînée de poudre, s'étendent dans d'autres régions plongeant ainsi tout le pays dans l'anarchie et la violence militaire jamais connues dans l'histoire du Congo belge. 17

Le Gouvernement belge, dans la panique, vide précipitamment le Congo de la population blanche belge en particulier. Il veut certainement entamer la récupération de «sa colonie» que dirigent désormais J. Kasa Vubu, P. Lumumba et J. Mobutu devenus respectivement président de la République du Congo, Premier ministre et Chef d'État Major de la «nouvelle» armée congolaise. La débâcle atteint son paroxysme en juillet 1960 avec la dissidence des deux provinces: celle du Katanga, riche en cuivre, considérée comme «poumon» du Congo, et celle du sud de la province du Kasaï, riche en diamant. La complicité des Belges, des Occidentaux et de quelques personnalités congolaises est bien manifeste. L'époque est de la guerre froide est-ouest; et P. Lumumba, aux allures jugées un peu trop nationalistes, est vite taxé de «communiste» qu'il faut absolument écarter de cette arène de l'Afrique centrale, qui doit rester dans le camp occidental. L'ONU entre dans la scène et, maladroitement, elle s'enlise dans la «boue» congolaise. P. Lumumba, objet d'un complot ourdi par la célèbre C.I.A et le Gouvernement belge, meurt assassiné au Katanga en sécession, le 17 janvier 1961, soit huit mois après son discours de l'indépendance qualifié de «l'incartade» par les Belges. J. Mobutu, son ancien secrétaire d'État à la présidence du Conseil, le nouveau Chef d'État Major est bien dans l'ombre. Désormais le Congo, devenu un État post colonial, va cesser d'être ce lieu de coexistence, pour devenir celui de rupture entre Blancs et Noirs d'une part, et entre Congolais eux-mêmes d'autre part, et enfin entre jeunes leaders et les masses populaires. L'évolution de ce processus a débouché sur l'impasse qui coiffera l'échec de la tentative de construction de l'État. Qui tirera les ficelles? Suspens!

CHAPITRE PREMIER ASCENSION RAPIDE.DE MOBUTU Un jeune homme audacieux et ambitieux, Joseph Désiré Mobutu, né le 14 octobre 19JO, encore très jeune, après avoir quitté depuis très longtemps l'uniforme avec le grade de sergent comptable de la Force Publique coloniale, et versé dans la vie civile, va exercer le métier de journaliste. En cette qualité, il accomplit en 1959-1960 un stage à Inforcongo à Bruxelles. Lumumba saisit cette occasion pour faire de lui un des représentants du MNC (Mouvement National Congolais) dont il était membre. C'est là, à' en croire J. Chomé, que l'ancien sergent devint un indicateur de la Sûreté belge. «Il renseignera celle-ci sur les actions et les propos des jeunes Congolais qui commencent à affluer entre autres dans les universités belges. Peu de temps après,. Mobutu se mit au service de la Centrale Intelligence Agency (CIA), Ie service secret américain. Il œuvrera systémàtiquement à saper l'action gouvernementale de P. Lumumba. Sa nomination au poste de secrétaire d'État à la présidence du Conseil des ministres lui permettra de sortir de la clandestinité pour réaliser ses ambitions personnelles. Provisoirement il réussit à se faire nommer simultanément au grade de colonel et aux fonctions de chef d'État major de l'ancienne Force Publique devenue, avec l'indépendance, l'ANC. Cette ascension a provoqué un mécontentement au sein de l'armée. La situation conséquente à l'indépendance exigeait que le nouveau chef de l'armée mette rapidement de l'ordre dans les troupes. Il doit s'occuper des revendications des militaires, des promotions, de l'africanisation du commandement, de la pacification des esprits et de la réduction de sécessions katangaise et sud-kasaïenne. Le jeune Mobutu est heureux, l'occasion lui est offerte pour réaliser son ambition. Le 14 septembre 1960, dans la confusion politique totale, il opère un Inini coup d'État et prend le pouvoir. Les politiciens sont 19

«neutralisés» ; à l'armée, il lui appartient de «rétablir l'ordre». Il installe une sorte de gouvernement appelé «collège des commissaires généraux» dont le chef de fil est Justin Bomboko, ancien ministre des affaires étrangères de Lumumba. Par cette première intervention politique, car il y en aura une autre en 1965, Mobutu a jaugé l'étendue de ses capacités et de ses aptitudes. Il a gardé le pouvoir à la tête du «collège» pendant six mois, du 14 septembre 1960 au 7 février 1961. «Tuer un communiste n'est pas un péché» Pendant ce temps, c'est-à-dire six mois durant, le Premier ministre Lumumba est visiblement plongé dans l'épreuve de son élimination physique. Il est accusé d'être le responsable du chaos congolais. Il est taxé de «communiste» allié de Moscou, Pékin, Havane... Le tuer donc «n'est pas un péché». Face à l'adversité, on l'a vu développer des mécanismes de défense, de résistance. Mobutu et les lob.bies occidentaux se frottent les mains pendant que l'ONU se fait de plus en plus complaisante. Les stratèges de hi Maison Blanche et de Hangley (CIA), pensant déjà à l'après Lumumba, estiment que Mobutu, «ce jeune officier, intelligent et courageux» peut faire l'affaire. Ce dernier le sait bien et aime ce genre d'éloges. Autour de lui on peut bâtir une conspiration contre Lumumba. Pendant ce temps, celui qui est devenu «l'ancien Premier ministre» se trouve «réfugié» dans sa villa de l'avenue du 30 juin à Léopoldville sous la protection, pour le moins qu'on puisse dire, non rassurante des casques bleus de l'ONU. Sa présence gène visiblement Mobutu. Lumumba lui-même le sait; son pouvoir, en une semaine, a basculé. C'est dans ces circonstances indescriptibles qu'il s'est résolu ou qu'on l'a convaincu de quitter précipitamment la capitale pour tenter de joindre au plus vite, la ville de Kisangani dans la province du Haut-Congo où étaient basés ses membres' partisans. Tout cela lui paraît lugubre. Et dans la nuit du.27 au 28 novembre 1960, il est sur la route vers le Kwango. Pendant ce temps, F. Youlou, le très catholique abbé, président de la République du 20

Congo-Brazzaville, s'est fait l'honneur de recevoir les «comploteurs». D'une part, s'est bien rangé le groupe de Léopoldville, les Kasa- Vubu, Adoula, Ileo, Nendaka, Mobutu, Bomboko et d'autre part, le groupe de sécessionnistes katangais et kasaïens ; ce sont les Tshombe, Kimba, Kalonji. Lieu de rencontre: l' hôtel du beach de Brazzaville. Mobutu rassure et annonce que le »lapin» n'étant pas bien loin, sera capturé coûte que coûte. V. Nendaka, le redoutable chef de la sécurité congolaise a pour mission de ramener le «fuyard» à Léopoldville. G. Pongo, allias Taureau Pongil et B. 11010, ous deux de t la sécurité ont déjà averti à qui voulait l'entendre que «Lumumba sera liquidé». Comme l'a écrit P. Davister du journal belge Le Pourquoi pas? Du 9 décembre 1960 «la"fuite de Lumunlba est une bonlbe qui [a] fait psscht». Pour tous, lit-on, le colonel Mobutu avait perdu la partie. Le fuyard est à 600 /ml de Léopoldville, soulevant sur son passage des populations et des villages où passait la curieuse caravane de l'ex-Prenlier nlinistre ... P. Lunlunlba est entrain de se tailler une réputation de «supernlan» qlli gagne tous les coups, se joue avec facilité déconcertante de ses ennemis, donline la situation et lui imprinle un rythnle de western. Autour de son nonl, Lumunlba recréait un clinlat, une psychose. .Et pourtant, on est à sa recherche d'une façon effrénée,. ,Kasa-Vubu s'inlpatiente et sernlonne les conlnlissaires généraux. Quelle confiance peuton faire, dit-il, dans une autorité qui l1e sait pas garder un prisonnier. On conlprend donc nlieux pourquoi on joue à Kinshasa, au plus pressé, car une fois arrivé à Stanleyville en trionlphe, Lunlunlba était bien capable de faire sauter la nlarnlite de la province orientale. Il pouvait constituer rapidement «un gouvernenlent légal». Mobutu le conlprend mieux que quiconque,. la Province orientale, le Kivu, Manienla, le nord-Katanga, une portion du Kasaï et le Kwilu peuvent échapper à son pouvoir naissant». C'est vite fait; le 2 décembre 1960, P. Lumumba est arrêté et ramené à Léopoldville mains ligotées derrière le dos, en chemise blanche tachée de 21

sang, fatigué et épuisé. Avec deux autres prisonniers, Bonde et Mondjongo, ils sont conduits à la résidence du colonel Mobutu à Binza. (Voir à ce sujet rapport de la commission des assassinats et des violations des droits de l'homme, CNS, p 32.) On peut imaginer la «conversation», le «dialo-gue» entre l'officier et son prisonnier. Néanmoins, le premier peut remercier Pongo et même le décorer. «Il a fait du bon travail». Le colonel peut enfin s'éponger la figure et pousser un ouf de soulagement. De Léopoldville, P. Lumumba est expédié à Thysville non loin de là, dans une geôle estimée plus rassurante. On a même envisagé de le transférer à Bakwanga chez son rival A. Kalonji le «Mulopwe» de Baluba. Après coup, Kasa-Vubu décida de le faire interner au Katanga sécessionniste où était, jadis, incarcéré S. Kimbangu. Et le 17 j ~nvier 1961, le bref calvaire et le martyre de Lumumba et de ses amis Mpolo et Okito ont commencé. On les sortit a'une petite villa isolée de la brousse, chez un certain Brouez et, froidement, on les assassinat par les mercenaires belges Vershure, Gat, Michels en présence des «gros messieurs» du gouvernement katangais. On a donc pris l'initiative, pour le moins curieuse, d'expédier aux sécessionnistes le Premier ministre d'un gouvernement légal avec lequel ils étaient en état de guerre. Paradoxe! Et puis, c'est le calme, les assassins ont fait bénéficier le monde pro-occidental de leur allégresse. Les gentlemen de Léopoldville se congratulent et se délivrent des mérites civiques. Le «collège» des commissaires généraux» a disparu aussitôt. Les tentatives de réconciliation des uns et des autres peuvent enfin commencer. Dans ce contexte, on organise vite les conférences de Tananarive (8-12 mars 1961) et de Coquilhatville (28 avril-28 mai 1961) ; leur échec a conduit sous l'égide de l'ONU, au conclave de Lovanium (22 juillet-2 août 1961.) Ici, en dépit de la majorité parlementaire retrouvée par les pro-Iumumbistes, c'est C. Adoula, cet autre membre du groupe pro-occidental de Léopoldville, qui est désigné au poste de Premier ministre d'un gouvernement dit «d'union nationale». Apparemment, le pays retrouve son unité mais les 22

politiciens pro-Iumumbistes ne sont pas prêts à lâcher prise. Pour eux, le «pouvoir du peuple a été volé par les réactionnaires». Dans cette logique, ils décident ~lors, d'une façon ou d'une autre,. d'entrer en rébellion. La période de 1963 à 1965 est, en effet, celle des insurrections .qui se soulèvent au sud, à l'Est et au nord du Congo. Vers un deuxième coup de Mobutu La rébellion, ou simplement les rébellions qui ont gagné près de trois quarts du pays l'ont plongé dans un chaos général. Le gouvernement de C. Adoula est dans l'incapacité réelle de faire face à cette situation. Mobutu dans l' entretemps, devenu Général de l'Armée Nationale Congolaise (ANC) relève de nouveau la tête. Il veut se charger de mâter les insurrections. Pour cela, il lui faut une armée forte, bien organisée et entraînée par des encadreurs étrang~rs, les mercenaires par exemple. M. Tshombe est bien indiqué pour cette besogne. Il a l'expérience du mercenariat. Le général et le président Kasa- Vubu le savent. L' occasior~_st belle. Tshombe e M. en villégiature en Espagne depuis la fill de la sécession katangaise, doit revènir aux affaires.. C'est vite fait; Tshombe rentre au Congo pour occuper le poste de Premier ministre d'un gouvernement dit de «salut public». Ce retour répond à une logique de la récupération de la situation. La solution a réussi; nous étions témoin; le miracle s'est produit. Tshombe a du vent dans ses voiles. Il entreprend victorieusement l'œuvre de pacification du Congo. Il mit sur pied une commission constitutionnelle qui siégea à Luluabourg du 10 janvier au Il avril 1964 et qui proposa au pays une nouvelle constitution. Celle-ci reçut l'aval populaire à l'issue d'un référendum organisé du 25 juin au 10 juillet 1964 et fut conjoncture, Tshombe organisa les élections à tous les niveaux à la satisfaction de tous. Dans l'ensemble, la Convention Nationale C9ngolaise (CONACO) remporte le scrutin. En tant que leader de la coalition, il s'attendait logiquement à être 23

promulgué le 1er août de la même année. Fart de cette

désigné pour former le nouveau gouvernement conséquent aux élections. Coup de théâtre, le président Kasa-Vubu n'est pas content et laisse voir les mésententes entre lui et Tshombe. Il réclame la démission de celui-ci. Devant le refus du leader de la CONACO, le président le congédie le 13 octobre 1965. Kimba, ancien collaborateur de Tshombe pendant la sécession est désigné formateur du nouveau gouvernement. Le 14 novembre, il présente son équipe devant le parlement, mais n'en reçoit pas la confiance. Kasa- Vubu désigne Kimba une deuxième fois comme formateur. On perd patience et on compare la situation à celle qui prévalait en septembre 1960. La crise est totale. Le coup d'État de Mobutu. Le 24 novembre 1965, Joseph-Désiré Mobutu fait son deuxième coup. Kasa- Vubu et Kimba sont démis de leurs fonctions. Mobutu devient le Chef de l'État «pour une durée de cinq ans», le général Mulamba devient Premier ministre. Un parent proche, Bobozo est hissé au poste de commandant en chef de l'ANC. Une fois de plus «le troisième homme» a jugé nécessaire de «rétablir l'ordre» avec son armée qu'il a qualifié de «neutre». Une fois encore, il recommande aux «politiciens» de méditer dans le caJme sur leurs dissensions. «Le haut commandement de l'Armée ainsi réuni constate, avec regret, qu'aucun effort n'a été fait du côté des autorités politiques pour venir en aide aux populations éprouvées». La victoire de Mobutu, c'est l'échec de Tshombe. A coup sûr n'eût été l'intervention de l'armée, ce dernier allait remporter la victoire aux élections présidentielles. Tshombe président quel aurait été le sort de Mobutu? Les témoins de l'événement nous ont dit sans ambages, que le général Mobutu n'a jamais toléré les succès de l'ancien chef de la sécession katangaise dans ses aventures politiques. Ce fut tout simplement pour des raisons de stratégies militaire et politique que Tshombe s'est vu confier les charges de Premier ministre, sur l'initiative du général Mobutu, par le président Kas a-Vubu, après le départ 24

de C. Adoula. Il était prouvé qu'une fois le Premier ministre Tshombe élu président de la République, le premier «cadeau» qu'il aurait offert aux électeurs de son parti aurait été l'éviction du général Mobutu, ce bouillant chef de l'armée. Ce qui, politiquement, aurait été logique. Ce dernier donc était contraint d'opérer un coup d'État militaire. L'acte de Mobutu ne surprend personne, il est bien accueilli dans tous les pays occidentaux qui voient en lui un «allié objectif». On se dit qu'il faut soutenir cette «nouvelle expérience qui commence au Congo». On se réjouit de la présence parmi les nouveaux dirigeants de «gens qui ont eu l'occasion de témoigner d'une amitié fidèle à l'égard de la Belgique» notamment. C'est le Premier ministre Pierre Harmel qui l'a déclaré à la Libre Belgique du 17 décembre 1965. Ceci veut dire qu'en cette fiti de 1965, ces milieux ont pris acte du fait qu'un pouvoir fort, voire dictatorial va s'installer au Congo. Mobutu devient le législateur. Les deux chambres reçoivent deux tâches: la préparation d'une nouvelle constitution et la restriction drastique du nombre des provinces. Ces dernières, en effet, avaient été augmentées en quantité sous le gouvernement Adoula. A présent, Mobutu exige qu'on revienne plus ou moins à la situation d'avant 1962. Dans un discours du 7 mars 1966, le président précisa ainsi le rétrécissement des compétences des chambres: <<Je suis un démocrate convaincu, conscient de ce que peut rapporter un régime démocratique bien appliqué. Hélas, en raison de la corruption des fonctionnaires, des intrigues et du mauvais esprit de certains d'entre vous en ce qui concerne les intérêts du peuple, j'ai été contraint, une fois de plus, de prendre mes responsabilités». On le voit, Mobutu rend les politiciens responsables du »désordre national». A ce moment, il va enseigner lui-même que le terme «politique» est synonyme de «mensonge». Désormais pour lui, le «peuple congolais» sous la houlette d'une armée «neutre» et de son chef doit

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