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L'octobre hongrois de 1956

De
204 pages
Marika a 24 ans quand, en octobre 1956, la révolution éclate à Budapest. Elle nous fait revivre jour après jours ces évènements auxquels elle participe avec des dizaines de milliers d'ouvriers, de jeunes, d'étudiants, qui voulaient la démocratie, l'indépendance, la souveraineté de leur nation, le socialisme. Etudiante à l'Institut Lénine, militante communiste, Marika n'a pas pu accepter que son Parti ait trahi et organisé l'écrasement de la révolution...
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LVinJe

dde

ce

lvre

mes

enfants,

et

mes

tous

petts-enfants

mes

camarades.

8AA
LVin8AA
LVinPourquoi cercit ?

à l occasion du50eanniversaire de larvolution desConseils
ouvriersen Hongrie, j’aivouluenretracerlesvnementstra-
versmon exprience de jeune tudiante, membre duConseil
rvolutionnaire destudiants. Exprience la plusforte, la plus
bouleversante etla plusdouloureuse de mon existence, etqui a
dtermin pourbeaucoup ce que jesuisdevenue parlasuite.
J’insistesurle faitque ma participation  cesvnements rvo-
lutionnairesa t celle d’unesimple militante. J’tais une parmi
lesmilliersquivoulaientconstruireune autresocit,unvrai
socialisme. J’avaisdes responsabilitspolitiquesmais rien de
plus.
J’i antlesentimentd’avoir vcul’un desmomentsles
a pourt
plusimportantsdu vingtimesicle europen.
En cesquelquesjours, ouvriers, tudiants, jeunes,tous, nous
avons voulunousdbarrasserducancerdu stalinisme,recon-
qurirlasouverainet nationale,restaurerla dmocratie, pren-
dretoutesleschosesde lasocit entre nosmains. Etnousavons
commenc  le faire.
Lesleçonsque l’on peut tirerde cette exprience ont valeur
pourle combatque nousmenonsaujourd hui contre la destruc-

tion de la civilisation etpour un autre monde.
C’estpourquoi j’aitenu crire ce livre. Mon plusgrand espoir
estque la jeunessesauras’enservir.
Maislarvolution desConseilsa aussises sourcesdansl’histoire
de la Hongrie qu’en France on connaît souvent trsmal, bien
qu’elle aitt parbien desaspectsaucœurde la plupartdes
grandsvnementsqui ontmarqu le continenteuropen de-
puis un millnaire.
J’ai doncvouluenretracerquelquesgrands traits:son origine,
sa luttesculaire pour son mancipation. Je mesuisassocie  ma
camarade etamie Liliane, historienne etc’estensemble que nous
avonscritcetouvrage que nous signonsde nosdeuxnoms.

KK

8AA
LVinJ’avaishuitansaudbutde la Seconde Guerre mondiale que
j’aivcue dansl’insouciance de l’enfance. Maislesdifficults
d’un paysen guerre, la pauvret, l’injustice m’ontconduite  la
rvolte puis l’engagementpolitique, dsle dbutdesnationali-
sationsdesgrandesentreprisesdanslesannes1948-1949.
Cettevolont detransformerlasocits’est traduite parmon
adhsion auxJeunessescommunistespuisauParti. Mon enga-
gementa ttotal, j’tais sûre de lavolont de justice etduca-
ractrervolutionnaire duParti communiste.
J’ai particip  larvolution d’octobre-novembre 56etcomme
je l’ai ditplushaut, cela a constitu le momentle plusextraordi-
naire etle plusbouleversantde mavie. Le plusdouloureuxaussi
parce que j’ai dûmerendre  l’vidence de ce qu’avaitfaitle
Parti communiste, de ce qu’il tait… Etla question « Pourquoi
le Parti nousavait-iltrahis ?» metorturaitlittralement.
J’taisdsoriente, profondmentdçue, pleine de questions
auxquellesje netrouvaispasderponse. C’estdanscettatd’es-
pritque j’taispousse finalement prendre le chemin de l’exil.
Maispourmoi, pour tantd’autres, cetexil ne pouvaitêtre que
provisoire. C’taitpour reprendre desforces, nous rorganiser,
nouslierauxouvriersfrançais,surtout la CGT. Nousallions
revenir.« Aumos de mars, nous recommencerons .»On en tait sûr
L’exil, ça a t desannesdesouffrances. Lasparation d’avec
ma famille, d’avec mon paysme pesait terriblementd’autant
plusque le gouvernementhongroisavaitdcrtune loi mar-
tiale deseptansnousinterdisantderentrer. Incertitudesur
l’aveniret toujourscette quest Poion : «urquoi le Parti nousa
t-iltrahis ?».
Il nousavait trahis Budapest, et Parislescommunistesnous
traitaientde fascistes…
Un jourde 1971,un professeurde l’UniversiteTodulouse a
insist pourque je liseLa Rvolutontrahe. Cette lecture atout
chang pourmoi.
C’taitla premire fois,une tude militante, convaincante,
une analysescientifique quirpondait mesquestions,  la ques-
A

A8A8
LVintion : « Pourquoi le Parti nousa-t-iltrahis ?» C’estLa Rvoluton
trahede Trotskyqui m’a permisderesterce que j’tais 16ans,
une communiste…
Ce livre estcrit surla base de mes souvenirspersonnels, mais
il estaussiune œuvre collective. Jeremercietousceuxquis’y
sontassocis. Etilya eude nombreuxencouragements…
Cetoctobre2006, j’tais Budapest. L’institutd’Histoire po-
litique m’avaitgracieusementouvert sesarchivesconcernantla
Rvolution de 1956. Jevoulaisconsulteren particulierles textes
desConseilsOuvriers… Ilyavaitl desmilliersd’appels, de
rsolutions, de dclarationsdetoutesles usines, detoutesles
villesdupays.
Ilyavaitquelque chose devritablementmouvant lire ces
documents, dontbeaucoup avaientencoresurlescoinslespa-
pierscollantsqui avaient servi  lesafficher.
C’tait unanime :« Nous ne rendrons n nosusnes n nosterres… »
Ouencore cette affichette anonyme, crite d’une mainra-
pide« Vve la rvolutoTlsednseoCsnoutle pouvor auxConsels
ouvrers  »

88

8A8
LVin8A8
LVinCHAPITRE I
LES REPèRES DE L’HISTOIRE HONGROISE

Une identit nationale prcoce.
Ma famille estoriginaire de largion occidentale de la Hongrie
que l’on appelle la Transdanubie.
LesHongroisontoccup  partirduesicle la grande plaine
duDanube etl’arc desCarpatesqui l’entoure. Ilsonthabit ces
rgionspendant1000ans. Ce paysoffrait un ensembletrs vari
de conditionsdevie etpar sasituation gographique etaucours
de l’histoire, elle estdevenue le lieuderencontre etle creusetde
civilisationsde pasteursmontagnardsetd’leveursnomades.
Le dbutduesicle a boulevers cette gographie.
Aujourd’hui, la Hongrie a trduite en effeten majeure par-
tie  la plaine duDanube. Ils’agitdubassin dumoyen Danube
etde collinesenvironnantes. A l’estduDanube, la grande Puszta
(NagyAlföld), aunord, la petite plaine (KisAlföld) et l’ouest,
la Transdanubie (Dunántúl).
Que cesoit surle plan gographique ouhumain, ceterritoire
n’a jamaisconstituuntouthomogne. Aucoursdeson his-
toire, detrsnombreuxpeuples y trouvrent une patrie, d’autres
yfirenthalte avantde poursuivreversl’Ouest. LesHunsau
esicle etlesAvarsauetentrentd’yformer un empire. Seuls
lesHongrois russirentyforger la fin duesicleun état
politique cohrentetdurable.
Pourmoi,troisquestionsessentiellesmarquentl’histoire de
mon pays:
- la constitutiontrsprcoce dun étatet une question natio-

nale permanente,
-une domination fodale etnobiliairesurlasocit jusqu’au
milieudueet une question agrairetrsimportante,
- la prsence de la Hongrie dans touslesmouvements rvo-
lutionnairesqui ont travers l’Europe avec en particulierl’or-


8A8
LVinganisation dupeuple en Conseilsen 1919, 1945 et surtouten
1956.
La Hongrie est l’un des plus anciens états de l’Europe :
Alorsque l’Europe occidentalese dchire dansla dislocation
de l’Empire de Charlemagne,un étatmagyar se constitue en
896. L’origine des tribushongroisesoumagyaresne faitplus
mystre aujourd’hu lei :sMagyars, comme on me l’a appris
l’cole,sont un peuple nomade d’leveurs, cavaliers-guerriersde
l’Ouralseptentrional. Ils sesontdonn le nom eux-mêmesde
« magyar», ce quisignifie « homme » chezlesOugriens, peuple
dontils sontissus.
La langue hongroise estouralo-altaïque de la famille finno-ou-
grienne. Lespeuplesqui parlaientcette langue, ont vcudansla
rgionsitue entre le coude de la Volga etl’Oural. Probablement
aucoursdupremiermillnaire avantnotre re, ils sesontpro-
gressivementdivissen deuxgroupes. Un premiergroupe, ce-
lui desancêtresdesFinnois, asuivi lasteppe dansla direction
dunord-ouestde l’Europe, alorsqu’un autre groupe, celui des
Ougriensqui a donn naissance auxHongrois(etauxOugriens
de l’Ob), a occup leterritoiresitu plus l’est vraisemblable-
ment surles rivesde la Volga. Versle milieudupremiermill-
naire de notre re, comme contrecoup de poussesde peuples
venantde l’Est, la branche hongroises’estdtache desOugriens
de l’Ob etestentre en contactavec lesTurcos-bulgares surle
coursmoyen de la Volga,unergion quasi mythique pourles
Hongrois, que nousappelonsEtelköz.
Aucontactde cespopulations, lesHongroisauparavantnoma-
des, deviennentdespasteurs larecherche de nouveauxptura-
ges. Aucoursduesicle, tablisdansl’Etelköz, ils ycoexistent
avec leurs voisinsagriculteurs. Leurcivilisationtmoigne de leur
mode devie nomade, civilisation de lasteppe oùle cheval joue
unrôle de premierplan. Le cavalierhongroisestenterr avecson
cheval,sesarmeset son harnachement. L’attachementdupaysan
hongroisson cheval taitencore pourainsi direviscral dans
mon enfance. Il existaitentre le paysan et son chevalun lientrs
fortdpassantlargement son caractreutilitaire dansles travaux


8A8
LVinagricoles. LesHongroisdes steppesconnaissent cette poque
unvritable essorconomique qui aura comme consquence
une diffrenciation de leur socit. Lesliensde clanse dnouent
peu peuetles tribus s’organisenten fdration etconstituent
le peuple magyaravec le chamanisme commereligion.
Largion ne connaîtaucunestabilit. En 889,une attaque
desPtchngues, guerriers turcs venusde l’Est, bouscule les
Hongroisetles repousseversles rgionsduBas-Danube qu’ils
connaissaientdj, pour yavoirlanc desincursionsetdespilla-
gesnombreux. En 896,sousla conduite d’Arpad, chef de l’une
des sept tribushongroises, ilsarriventdansla hautevalle de
la Tisza (granderivire affluentduDanube quise jette dansle
Danube au sud de cettergion), oùils seretrouventen concur-
rence avec d’autrespeuples: desBulgares, desValaquesetdes
Moraves… Arpad le conqurant,victorieuxdetouscespeuples,
fonda en 907, la dynastie desArpadiens(Arpádházi királyok)
quirgnasurla Hongrie jusqu’en 1301.
Levritable fondateurde l’étathongroisestleroi étienne
(996-1037). Il impose la conversion auchristianisme, malgr
les rticencesde certainsclans. Plac aucontactdeschrtients
grecque etlatine, etpourchapper latutelle de l’Empire
romain germanique en pleine expansion, il choisitle catholi-
cismeromain et se dclarevassal duSaint-Sige. La Hongrie
apparaîtalorscommeun carrefourd’influencesdontla culture
latine etlareligion catholique constituentleslmentsprpon-
drants. La langue hongroise,seule langue parle parle peu-
ple,s’estmaintenue  côt de la langue officielle latine avantde
s’panouirauesicle comme langue littraire.
Dscette poque, le paysconnaît unevritable centralisation
tatique;leterritoire estdivis en comitats(vármegye) avec
pourchacun,son chteauet sa garnison militaire, dirigspar un
comte (Ispán) nomm parleroi. Ce maillage estencore d’une
certaine façon, la base de l’organisation administrative dupays.
Levármegye estdevenule megye (dpartementdivis en can-
tons). Quant l’ispán il a disparuavec la fodalit.
Le peuple hongroisestlui même composite. Aucoursdu
esicle, lesHongroisontassimil lespopulationsAvarset


8A8
LVinSlavesqui occupaientpralablementlargion. étienne jugeant
le paysinsuffisammentpeupl, fitappel  despopulations voi-
sines, notammentdespopulations saxonnes, etlesmouvements
d’immigration ne cesserontpasjusqu’auesicle. Ainsi aprs
les ravages, lesguerresetlesdestructions, invasiontatare aue,
grande peste due, guerres turquesaueetesicle), les
souverainsont toujoursfaitappel  destrangerspour repeupler
le payset remettre envaleurles terresdvastes. Jusqu’audbut
de l’industrialisation duesicle, desAllemands(Souabes)
’install ore etcontribuerontlargementdansl’Empire
serontenc
austro-hongroisaudveloppementd’une conscience ouvrire et
 la construction d’organisationsde classe.
La Hongrie de la dynastie arpadienne, on l’avuprcdem-
ment, abrite despeuples trsdivers:  côt desHongrois, des
Slaves, desRuthnes, desValaques… Ainsi, pendantl’essen-
tiel deson histoire, elle est unevritable mosaïque de peuples.
Et si aujourd’hui la Hongrie peutêtre considre comme l’un
desétatseuropenslesplushomognesdupointdevue desa
population, cettatde faitest trs rcent, il date de la fin de la
Premire Guerre mondiale,  lasuite des traitsde Trianon.
Une fois sdentarissetchristianisslesHongrois vontdevenir
le bouclierde l’Occidentcontre lesnouvellesmenacesd’invasions
de l’Orient. Pendant toute la priode mdivale, ilsdevaient re-
cevoirencore d’autresapportsde populations,  lasuite desinva-
sionsmongoles, Coumans, Iazyges, oucomme consquence du
dynamisme de certainspeuples, Tsiganes, Juifs…
AuMoyen âge la Hongrie tait une grande puissance cono-
,
mique etpolitique.
L’apoge du royaume de Hongrie
L’étathongroisconnaîtrason apoge auxeetesicles.
Grce  l’exploitation desesminesd’ord’ent, de cuivre,
, arg
desel,richessesdesmontsdesCarpates, maisaussi  l’levage
desbovinsetdeschevaux, le paysdevientl’un desplus riches
d Europe.



8A8
LVinLergne de MátyásCorvin (1440-1480), a t l’ge d’orde
l’étatmdival hongrois. Ceroitrspopulaire taitle filsde
JánosHunyadi qui arrêta lesTurcs Nándorfehrvár(Belgrade).
Aujourd’hui encore, on clbre lesouvenirde cetvnement
lorsque,touslesmidis, lesclochesdetouteslesglisesde la
Hongrie historique,se mettentsonner. Onracontetoutes sor-
tesde lgendespopulaires proposde Mathias. On ditqu’un
jeune bûcheron parcouraitfrquemmentle paysetque ce bû-
cheron taitleroi Mathiasqui, incognito, observaitl’tatdeson
royaume, ducomportementdesnobles, etqu’il lui arrivaitde
punir svrementltesrbaenfuorséececdtxu-ci. Aprs sa mort,sesseffcrorats-
pourcentralisere erl’atont survcudansle
tionsde l’Humanisme etde la Renaissance. L’Humanisme et
la Rforme eurent un grand cho dansla plaine danubienne, et
la Chancellerieroyales’taitfaite lerelaisde cesidesnouvel-
les. Malgr les succsde la contre-rforme catholique,raction-
naire etfroce dirige parPterPázmany,une bonne partie de la
population (30%) est reste calviniste ouluthrienne.
Leroi Mathiasavaitbien comprisl’intrêtpour sa propre
propagande, de l’inventiontoutercente de l’imprimerie. Et
Buda, capitaleroyale, avu sa premire imprimerie fonde en
1472,unevingtaine d’annes seulementaprscette invention de
Gutenberg. La Hongrie estalorsle plusimportantcentretran-
salpin de l’Humanisme etde la Renaissance quiylaisserontdes
tracesprofondes. Lareligionrforme estpuissante. Lescalvi-
nistes sontprsentsdansles villesde Transylvanie etde l’estde
la Grande Plaine (Debrecen). Etcomme danslesautrespays
europens, leurprsence estassocie audveloppementcono-
mique, aux techniquesfinanciresmodernes, audveloppement
d’un capitalisme commercial.
Danslaseconde moiti duesicle la Hongrie connaîtla
fin desastabilit etde la paix. Sonterritoire estde plusen plus
menac parla progression desTurcsottomansquiveulent sur-
toutconqurirl’Autriche et sa capitale Vienne etqui pourcela
doivent traverserla Hongrie,savoisine directe.
Face  la menaceturque, le clerg etle parti de la Cour, avec
l’appui dupape, jugentncessaire d’armerla paysannerie hon-


8A8
LVingroise pourorganiser unevritable croisade. Maisla noblesse
estplusproccupe de protger sesintrêtsde classe menacs
pardes serfsarmset s’yoppose. Elle cherchera en permanence
 dsarmerles soldatspaysansquisesontenrôlsmassivement
pourdfendre leur terre contre lesTurcs.
Le capitaine desConfins, Dózsa György, charg de dirigerla
croisade, pouse la cause despaysans rvolts. Ilse met leur tête
etcette arme destine  la croisadeseretourne contre les sei-
gneurs. Unevritable guerresocialese dveloppe, attise desur-
croîtparlesprêchesdesmoinesfranciscains. Lespaysansfurent
finalementcrasset trs sauvagement rprimsen 1514. La no-
blessesort renforce de cetaffrontement, eten profite pourdon-
ner une nouvelle dfinition dudroithongroisnobiliaire, fond
surdeuxprincipescomplmentairesetintangibles: le pouvoir
absoludesnobles surles serfsetl’asservissement sanslimite de
la paysannerie. Toutefois, largion où s’taitdveloppe lar-
volte paysanne,restera dansla conscience hongroise comme « le
triangle de larvolte » (vihar sarok). Etc’estde l que partiront
la plupartdesmouvementsagrairesjusqu’auesicle.
Dózsa György reste encore de nosjours,un deshrosfonda-
teurdupeuple hongrois.
Maiscette guerresociale aune autre consquence, elle a dsor-
ganis la dfense hongroise face auxTurcs. En 1526, lesTurcs,
sousla direction de Soliman le Magnifique, imposent l’arme
royale hongroise la bataille de Mohácsqui a t l’une descatas-
tropheslesplus tragiquesdetoute l’histoire de la Hongrie, non
seulementenraison de la dfaite militaire parelle-même, mais
 cause desconsquencesqu’elle devaitentraîner: d’une part,
l’occupation dupaysparlesTurcspendantcentcinquante ans
etde l’autre, lasoumission de plusen plusforte  l’empire autri-
chien de Charles-Quint.
Danslesannes1950, en Hongrie comme danslesautres
« dmocratiespopulaires» circulaientdesblagues souvent trs
caustiques. Elles serpandaientde bouche  oreille. Je merap-
pelle l’une d’elles: le Kremlin avait– paraît-il – envoyun com-
missaire politique chezlesTurcspourleurdemanderce quil

fallaitfaire pour rester150ansen Hongrie 


8A8
LVinAlorsque lesnobleshongroisgaspillentleurnergie dansdes
guerresderivalitsetdesquerellesdesuccession, lesarmes tur-
quesetlesmercenairesdesHabsbourg ne cessentde parcourir
sonterritoire, cesderniers surtout saccageant villesetcampa-
gnes, pillantetperscutantla population. à lasuite de la bataille
de Mohács, la Hongrie estdivise entroisparties:  l’ouest, la
Hongrieroyale gouverne parlesHabsbourg, la Hongrieturque
couvre le centre dupaysetla Transylvanie  l’estgardeseuleson
indpendance.
La Transylvanie a jouunrôle minentdansle combatpour
l’unification etl’indpendance de la Hongrie face auxmenes
desdeuxempires turc ethabsbourgeois. Plusieurschefsde ce
territoire, dontRakóczi II ontprislatête desmouvements
dersistance etderunification de la Hongrie. Ceshommes
firentappel  la population en mobilisantdes soldatslibres, les
Haïdouks. Puisle mouvementkuruc (nom donn auxpaysans
rvoltscontre les seigneurs) qui estdirig par un jeune chef,
Imre ököly, exprime bien la position desHongrois tiraills
entre lesdeuxEmpires. Comme Rakóczi II, ökölyestaussi
trsprsentdansla conscience nationale hongroise. Lesnoms
deruesde Budapestmanifestentl’attachementpopulaire pour
ceshros.
La Hongrie sous les Habsbourg
Lavictoire dfinitive contre lesTurcsen 1687 se fera avec l’aide
– non dsintresse – de l’Autriche. Cettevictoire estdurement
acquise  l’issue d’une guerre de 150ans, d’oùla Hongriesort
compltementdvaste, exsangue. La « libration » parl’Autri-
che entraîne la pertetotale deson indpendance politique.
Commence alors une coexistence avec lesHabsbourg qui durera
jusqu’ la fin de la premire guerre mondiale.
Lasituation de la Hongrie dansl’Empire desHabsbourg est
assezcomplexe : la noblesse dirigeante hongroise conclut un
accord avec la Maison d’Autriche. La Hongrie conservait ses
domaines, disposaitlibrementdesa main-d’oeuvre paysanne et
servile, l’autonomie descomitatstait reconnue etle pouvoir
de la Dite (assemble où sigeaientles reprsentantsdesquatre
K

K8A8
LVinordres: prlats, magnats, nobleset villes) taitaccept. Dans
cette assemble la noblessergnait sanspartage. Leroyaume de
Hongrie disposaitdonc, d’unstatutparticulierdansl’Empire
autrichien. Il avait toujours unroi… mêmesi celui-ci taitl’em-
pereurd’Autriche.
LesnoblesHongroisavec la bndiction de Vienne consoli-
dentlergime du servage perptuel etlesdernireslibertspay-
sannes sontconfisques. Lasocit hongroise estalors unesoci-
t bloque, caractrise par un fodalismetardif, consquence de
l’crasementde la guerre despaysans. Malgr cesentravesfo-
dales, l’agriculture connutpourtant un dveloppementconsid-
rable encourag parla courde Vienne quis’yapprovisionnait.
Des vellitsderformes, avaientt amorcesparles souverains
autrichiens« clairs»telsque Marie rse etJoseph , mais
sansgrands rsultats.
à cette priode, la population hongroise avectoutesa diver-
sit, estaussi nombreuse que celle de l’Angleterre, ellereprsente
45 % despeuplesde l’Empire desHabsbourg, ce qui explique le
poidsimportantde la politique hongroise dansl’empire autri-
chien. Dscette poque etjusqu’aumilieuduesicle, lastruc-
turesociale de la population hongroisereste essentiellement rura-
le et serpartitainsi :
- La noblesseterrienne :200familleslesplus riches vivant
dansleschteaux, intgrantdesfamillestrangres(allemandes
ou roumaines)  l’aristocratie hongroise. Cette noblesse possde
detrsgrandsdomaines.
- 400 000noblespauvres.
-7 8 millionsde paysans sans terre etdes serfs.
La Hongrie tait reste dansl’tat colonie » ode «ùl’avait
place le gouvernementde Vienne : elle fournissaitchevauxet
bovins. Les ressourcesen bl etla faiblesse deson industrialisa-
tion offraient un march idal pourlesindustrielsde Bohême et
lesngociants viennois.
Le pouvoirde la noblesse hongroise estassezparadoxal : d-
fendant sesprivilgesconomiqueset sociaux, elle estparticuli-
A

A8A
LVinrement rtrograde, maiselle estaussi porteuse de l’identit etdes
traditionsnationaleshongroises. C’estce qu’explique l’historien
MiklósMolnár:«Les classes domnantes etleurs nsttutons part-
culères garderontjusqu’auxxesècle cette constant elles prsere :ventla
Naton eten mêmetemps elles entraventle progrès.»
Un faitparticulierillustre bien cetapparentparadoxe : les
nobleshongrois venaient la courde Vienne en costume natio-
nal, lesdamesarboraient untablieretmanifestant, parcette pi-
ce du vêtementpopulaire, non pasleurintrêtpourles tches
mnagres(d’autantque cetablierfaisaitpartie ducostume de
fête), maisl attachement leuridentit nationale.

Onracontaitencore dansmon enfance l’anecdotesuivante :
Quand l’impratrice Marie-rseserendit la Dite pour
demander une contribution auxdputshongrois, ceux-ci lui
auraient rponduavec enthousiasme :«Notreve etnotre sang pour
Mare rèse» etense dtournant«mas pas notre bl ».
Le Clerg etla Noblesse,tantque leursprivilgestaientgaran-
tisparl’empereur, continurentdesuivre fidlementVienne.
L’influence de la Rvolution française
Maislasocit hongroises’veille peu peu,sousl’influence
desidesdesLumires, en cho galementauxbouleversements
rvolutionnairesde la fin duesicle.
Lorsde larvolution de 1789, les yeuxdesintellectuelshon-
grois sesontfixs surParis. JánosBatsányi, maître classique de la
littrature hongroise, critdans un desespomesen 1789 :
« Auxchangements survenus en France 
Natons, paysvous qu gmssezencore
Dans les chaînes d’un esclavage njureux.
Etqu, dans letombeau, n’avezpulbrer
Vos fronts dujoug abjectqu pèse encore sur eux.
Et vous  qu la nature demande leur sang,
Bourreauxdevos sujets, ôtêtes consacres 
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88A
LVinSvousvoulezsavor le sortquvous attend
Tous, jetez vos regards attentfsvers Pars… »
La constitution,vote en 1791 qui avaittabliune monarchie
constitutionnelle en France, passaitpour un modle nonseu-
lementparmi lesintellectuels radicauxmaisaussi chezlesno-
blespatriotes. Le mouvement rvolutionnaire jacobin apparaît
dansla capitale hongroise. C’est un professeurd’Universit,
Ignace Martinovics, ayant sjourn  Parisp’endanétte.LlaRsvJacoluotoinnbis
quiramne etdiffuse lesidesde Libert etd gali
de Hongrie formrent unesocitsecrte pourl’indpendance
nationale etles transformations sociales.
Le20fvrier1789 dj,  la Dite, SándorCsanádi aunom
de248 citoyensde Hajduböszörmny, interpelle le premiermi-
nistre hongroisafin que le gouvernement s’engage « empêcher le
dmembrementde la France par la Prusse ».
Puiscinq autresdputsdposent une ptition avec plusde
1000 signaturesallantdansle mêmesens. Le30mars, c’est un
autre dput Ignác Hajdúqui dposesurlatable duParlement
167ptitionsavec 18000 signaturespour soutenirla France
rvolutionnaire.
Maislarpression taitdj  l’œuvre, lespatriotesfurentar-
rêts, condamns mort. Le20mai 1795, lescondamns trans-
portsdans une charrette, furentdcapits. L’un deuxchanta la
« Marseillaise » et tous s’crirent« lesarbresde la Libertrefleu-
rirontencore ».
La question de la langue cristallisera bien lesaspirationsna-
tionalesmontantes. Aucoursduel’appartenance linguisti-
que,symbole de la conscience nationale prend de plusen plus
d’importance avec l’panouissementdesaspirationsanti-foda-
les. Le courantdesidesnouvellesdveloppaitl’aspiration  la
culture dansla langue mater le hongnelle :rois, qui atoujours
t la langue dupeuple devientlangue d’enseignementen 1792,
langue de 1’administration locale en 1830, langue d’tatcivil en
1840etlangue officielle de l’administration centrale en 1844.
Ceci entraînera le dveloppementd’une littratureromantique
brillante etl’essordesidesnationales.
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