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L'otage du général rebelle centrafricain François Bozizé

De
181 pages
Lors d'une des nombreuses tentatives de putsch du général François Bozizé, ancien Chef d'état major de l'armée centrafricaine, l'auteur fut enlevé en pleine ville de Bangui le 25 octobre 2002 et séquestré 38 jours par les mercenaires du général (aujourd'hui chef de l'État). L'auteur raconte ici le saisissant récit de sa captivité, des épreuves qu'il a vécues, ce qu'il a enduré entre les mains des hommes du général Bozizé à travers le territoire centrafricain depuis Bangui jusqu'aux confins du Tchad voisin.
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L'OTAGE DU GENERAL REBELLE CENTRAFRlCAIN FRANÇOIS BOZIZE

www.librairieharmattan.com Harmattanl@wanadoo.fr diffusion. harmattan @wanadoo.fr
(Ç;) L'Harmattan, 2005

ISBN: 2-7475-9673-7 EAN : 9782747596732

Prosper N'DOUBA

L'OTAGE DU GENERAL REBELLE CENTRAFRICAIN FRANÇOIS BOZIZE
Journal d'un captif des « libérateurs»

Préface d'Antoine BANGUI écrivain, ancien fonctionnaire de l'UNESCO

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie Espace L'Harmattan Sc. Sociales, Kinshasa Pol. et KIN XI - RDC

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Fac..des

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L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

Adm. ; BP243, Université

1053 Budapest

de Kinshasa

DEDICACE

A mon père qui n'est plus; à ma mère; à mes enfants et leur maman; à mes frères et sœurs; à tous mes proches et amis; à tous ceux qui se sont souciés de mon sort et ont contribué à ma libération;
je dédie cet ouvrage.

Préface

C'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai lu ce témoignage de Prosper N'douba, celui d'un citoyen centrafricain à l'existence jusque-là sans problème, qui voit sa vie basculer un après-midi du 25 octobre 2002 alors qu'il revient chez lui en toute innocence. Arrêté, menacé de mort avec un pistolet braqué sur la tempe, battu même une fois, témoin de plusieurs scènes de torture, de pillage, objet de sordides marchandages avec le chef de la rébellion exilé hors du territoire centrafricain sans qu'il sache le sort qu'on allait lui réserver, une telle épreuve marque profondément un homme! Prosper N' douba a le mérite de présenter ce témoignage sans animosité envers ses ravisseurs. Il fait l'éloge de quelques-uns qui par leur attitude révèlent leur humanité, avec une émotion particulière pour le lieutenant Sangbaté, disparu depuis dans des circonstances non élucidées et qui lui a certainement sauvé la vie. L'auteur donne une brève description du chemin, de l'itinéraire sur lequel on l'a traîné de Bangui jusqu'à Sido, aux confins tchado-centrafricains. C'est pour nous l'occasion de revenir à la fin du XIXème siècle en retrouvant I'histoire de cette région. Cette route qu'a prise contre son gré Prosper N' douba, en partie empierrée et conservée en bon état, est celle qu'avaient tracée et empruntée Emile Gentil, Crampel malheureusement tué par Sénoussi, le sultan de Ndélé, Destenave, Largeau, Gouraud et tant d'autres partis à la conquête du Tchad et la mise au pas du sultan du Dar-

el-Kouti. Dékoa! Enjuin 1905, le commandant Gouraud y avait accueilli la mission conduite par Savorgnan de Brazza, chargée par le gouvernement français, pour des questions d'économie budgétaire, d'abandonner les territoires militaires du Tchad. Mais le commandant Gouraud, fort du rapport du colonel Largeau, son prédécesseur, réussit à retourner l'opinion des membres de la mission, ce qui permit la conquête du Tchad menée jusque dans ses limites actuelles. Cet itinéraire fut également celui qu'avaient pris les populations requises de force pour le portage de matériel! Il faut enseigner l'histoire, elle nous apprend le passé et encore plus notre présent! Le témoignage de Prosper N' douba relève également de l'histoire. Il constitue en effet un précieux document. Les quelques jours terribles qu'il a vécus, où sa vie a été menacée, sont évoqués heure par heure dans un langage simple où l'on voit comment a été commis le coup d'Etat qui a renversé le président de la République centrafricaine, Ange Félix Patassé. Une poignée de jeunes gens recrutés pour la plupart contre leur gré, militairement soutenus par des éléments tchadiens, ont donc pu en toute impunité et sans rencontrer la moindre résistance, se saisir d'un pouvoir issu d'élections démocratiques! Embrigadés dans une tornade de violences, grands consommateurs de drogues et d'alcool, ces agresseurs ne savent guère pourquoi ils se battent! Beaucoup d'entre eux se blessent avec leurs armes et meurent sans soin, loin des centres hospitaliers généralement mis à sac, désertés par leurs personnels au moment du déclenchement de ces événements. Comment alors ne pas être profondément choqué par l'indifférence générale qui a permis le renversement d'un président élu démocratiquement avec en corollaire l'asservissement d'un peuple par des envahisseurs, le 10

pillage de ses biens, des violences qui se répéteront en toute impunité? Comment se fait-il qu'aucune organisation internationale, aucun pays dit «démocratique» et en particulier ceux de la sous-région de l'Afrique centrale, n'aient réagi avec force et détermination, n'aient au moins stigmatisé de façon évidente un tel coup de force? A chacun des hommes de bonne volonté de chercher des réponses, et de se poser des questions sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, le droit international, le droit à la liberté, les coups d'état etc. . . Il me paraît donc important d'approcher à travers les témoignages des uns et des autres ce qui se vit dans nos pays dont les événements dramatiques ne sont répercutés par les médias internationaux que lorsqu'ils dépassent des limites, j'allais dire, prédéfmies par l'usage. Il faut que les peuples soient exterminés, qu'il y ait génocide pour enfin alerter les consciences! N'attendons pas d'en venir là pour s'inquiéter et endiguer toute dérive! Antoine Bangui Ecrivain, ancien fonctionnaire de l'UNESCO

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TCHAD SOUDAN

REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE

DU CONGO (ROC)

Carte de la République centrafricaine dessinée par l'auteur L'itinéraire par lequel j'ai été traîné depuis la capitale Bangui jusqu'à la localité de Sido aux confins du Tchad

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Introduction

Le 25 octobre 2002 dans l'après-midi, une troupe rebelle hostile au régime du président Ange Félix Patassé investit la ville de Bangui. L'attaque se déroule sans coup férir. Et pourtant, depuis le lever du jour, aucun signe, aucune parole chuchotée ne laissent prévoir le déclenchement d'un tel événement. La cérémonie de présentation des lettres de créance de l'ambassadeur d'Ukraine prévue ce jour-là au début de l'après-midi se déroule normalement. J'y assiste comme porte-parole du président de la République. Quand tout est fini, je m'engouffre dans ma voiture pour regagner mon domicile. En chemin, je tombe entre les mains d'un groupe d'assaillants. Me voici happé dans un tourbillon d'événements inattendus. Fait prisonnier et traîné de cachette en cachette pendant plusieurs semaines jusqu'aux frontières du Tchad sans savoir le sort qui me serait réservé, je ne suis libéré que cinq semaines plus tard, le 2 décembre 2002. C'est I'histoire de cette captivité que je tente de relater dans cet ouvrage. D'emblée, s'impose une mise au point. A tous ceux qui, par parti pris ou simplement par souci de clarté, seraient tentés de formuler de bonne foi, des réserves sur mon récit, je tiens à dire que tout témoignage comporte toujours quelques risques de mensonges, d'omissions plus ou moins volontaires dans la présentation des faits. Il appartient alors à l'auteur d'affirmer en toute conscience et sans ambiguïté sa sincérité intellectuelle et morale.

C'est la raison pour laquelle dès le départ je me suis posé quelques questions de fond. Comment échapper à la tentation de romancer mon récit, de faire taire mon cœur pour laisser la place à la raison? Comment me soustraire aux effets frappants d'un événement que j'ai douloureusement subi en victime pour faire une analyse objective qui mette en lumière les causes profondes qui conduisent à l'émergence de cette situation dramatique? Enfin, puis-je faire totalement confiance à ma mémoire? Ces interrogations me paraissent indispensables si je compte léguer une trace crédible aux générations futures, à l'Histoire du pays, en l'occurrence la République centrafricaine. Je demande donc l'indulgence du lecteur pour les imperfections et erreurs sans doute involontaires qui peuvent apparaître dans ce témoignage. Mais alors que la rédaction de ce témoignage commencée aussitôt après ma libération n'est pas encore terminée, voilà que survient le 15 mars 2003 à Bangui un autre putsch militaire identique à celui qui a échoué le 25 octobre 2002. Malheureusement cette fois-ci, le coup d'état réussit et aboutit et entraîne la chute du régime du président Ange Félix Patassé. De retour de la conférence de chefs d'Etat des pays membres de la Communauté des Etats SahéloSahariens (COMESSA ou CEN-SAD en arabe) tenue à Niamey au Niger, son avion est empêché d'atterrir à Bangui. Pour lui, c'est désormais l'exil. Membre de sa délégation, je me trouve également à bord de l'appareil qui doit le ramener à Bangui. Sur place, devenus maîtres de la situation, les auteurs du coup d'Etat, tout en savourant leur victoire, se livrent pendant plusieurs jours au pillage en règle de la ville. Les magasins et garages concessionnaires, les domiciles privés aussi bien que les bâtiments publics, la Primature et certains ministères sont saccagés voire incendiés comme le building administratif.

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Dans plusieurs maisons de commerce et propriétés privées de la capitale, mobilier, appareils électroménagers, véhicules neufs et usagers, marchandises de toutes sortes, sont méthodiquement enlevés. Difficile d'en évaluer la quantité. Mon domicile n'est pas épargné. Tout est emporté. Seule la baignoire qui n'a pu être descellée a été délaissée. Même la pierre tombale destinée à la sépulture de mon père décédé en 2001 que je viens de me procurer chez un marbrier parisien a aussi disparu. J'ignore ce que comptent en faire les pillards. J'en suis très peiné. Faut-il aussi rappeler que dans le petit cimetière familial de mon village où repose mon défunt père, sa tombe a déjà fait l'objet en 2002 d'une profanation en règle par les chiens de guerre qui ont tenu à vendre là, le butin provenant des vols et divers pillages commis dans les villes de Bossangoa, Bozoum et Paoua. En effet, situé à seulement sept kilomètres de la frontière centrafricano-tchadienne sur la route nationale n° 1 qui mène vers Goré et Moundou au Tchad, mon village a dû malgré lui, abriter durant plusieurs semaines, une exposition vente des objets volés par les mercenaires tchadiens. Dès les premières heures de ma disparition en 2002, mes proches ne sont pas restés inactifs. Mes frères et sœurs, à leurs risques et périls, n'ont pas ménagé leur peine pour rechercher mes traces. En France mon épouse, aussitôt informée, a introduit une plainte auprès du parquet de Paris pour enlèvement et séquestration arbitraire de son mari. Sa plainte est transmise ultérieurement au parquet du tribunal de notre lieu de résidence. De retour en France après ma libération, j'ai engagé à mon tour la même action judiciaire contre les auteurs de mon rapt.

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Je voudrais ici remercier surtout les agents de la Croix Rouge Internationale qui, en dépit du climat ambiant d'insécurité, ont parcouru de longues distances sur des pistes mal entretenues pour venir m'arracher des mains de mes geôliers et me ramener sain et sauf à Bangui. Homme politique attaché à la démocratie, j'ai fait et continue de faire des choix en conscience. Les événements qui se sont déroulés en mars 2003 à Bangui me poussent à me ranger résolument du côté de la légalité et de la légitimité incarnées à mes yeux par le président élu de la République centrafricaine, Ange Félix Patassé. C'est aussi cela, me semble-t-il, respecter les règles de la démocratie. Mais cette prise de position, loin d'être comprise, m'a attiré les foudres du générai Bozizé, I'homme fort du 15 mars 2003 en République centrafricaine et de tous ceux qui l'ont aidé et accompagné jusqu'au pouvoir à Bangui. Certains de mes anciens geôliers regrettent même de n'avoir pas mis fin à mes jours pendant que j'étais entre leurs mains. Un tel tollé, venant de personnes qui se disent responsables ou aspirant à l'être, me surprend. Pour l'avenir de la société centrafricaine déchirée, désorganisée, appauvrie, haine et hostilité me paraissent hors de propos. Devrais-je aller faire amende honorable ou courbette aux nouveaux dirigeants? Non! L'évolution de la situation du pays depuis le coup d'état ne m'y encourage pas. De même, ce que j'ai vécu en captivité m'en dissuade car j'ai en effet eu un avant-goût suffisamment édifiant des exactions de toutes sortes, des destructions et des pillages par les hordes de mercenaires tchadiens, véritables «chiens de guerre» mêlés à de jeunes centrafricains souvent intellectuellement limités, recrutés et armés par Bozizé pour les besoins de sa volonté de prendre le pOUVOIr.

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Bref, de misérables gens qui ont semé la terreur, la mort et la désolation dans la plupart des villes de province et dans la capitale. Dans presque tous les villages et villes où ils sont passés, la plupart des habitants, hommes, femmes et enfants ont déserté leurs domiciles pour vivre longtemps en brousse malgré les intempéries et l'hostilité de la nature. Combien d'innocents sans armes ne sont-ils pas tombés pour rien sinon par pure haine ou simplement pour être dépossédés de leurs biens, sous les rafales de kalachnikov des prétendus « libérateurs »? Jusqu'à présent, les familles des victimes n'osent même pas demander justice et réparations. Combien de centres hospitaliers, de projets de développement, d'usines, de maisons de commerce, d'organismes d'aide humanitaire et d'institutions administratives, militaires, religieuses ainsi que des domiciles privés, n'ont-ils pas été mis à sac? Tout cela, personne ne me l'a raconté, je l'ai vécu et vu moi-même. Conquérir le pouvoir dans ces conditions, en marchant sur les malheurs des siens est indigne, intolérable et condamnable. Pourtant le général Bozizé dont la soif de prendre le pouvoir par coup d'état était un secret de polichinelle, paraissait être aux yeux de certains des parrains de son putsch, l'homme de la situation, celui qui pouvait remettre de l'ordre dans la maison Centrafrique, étant officier général. Depuis, le voilà aux affaires! Comme le dit un adage, c'est au pied du mur que l'on reconnaît le maçon. Ce qui importe le plus, c'est de réussir à soulager la misère du peuple centrafricain qui est grande. La pauvreté dans laquelle vit ce peuple n'est pas le seul fait de ses dirigeants.

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Elle trouve aussi ses causes profondes ailleurs, en particulier dans l'injustice et le déséquilibre des échanges internationaux de plus en plus injustes et surtout, dans la dévaluation du franc CFA, l'avènement de l'euro et du néocolonialisme subtil et rampant, la volonté d'asservissement des dirigeants du pays à la volonté de certains responsables du Nord. Dans l'euphorie de sa prise de pouvoir, le général Bozizé et le gouvernement qu'il a formé font plusieurs promesses dont celle de restaurer la sécurité et de verser les salaires des fonctionnaires de l'état à terme échu. Très rapidement, ils sont dépassés par les événements. Ils ne peuvent tenir ni l'un ni l'autre de ces engagements malgré leurs déclarations tapageuses et les nombreuses aides financières que la Communauté économique et monétaire des états de l'Afrique centrale (CEMAC), (qui s'est dépêchée et pour cause de reconnaître ce régime pourtant issu d'un coup d'état) la République Populaire de Chine et la France leur ont accordées. Ils renouent avec le cycle infernal des arriérés de salaires des fonctionnaires ce qui fait inévitablement apparaître le général Bozizé comme un marchand d'illusions et un incapable. Ses propres turpitudes et les stigmates des nombreuses destructions et dégâts occasionnés par sa longue et calamiteuse rébellion dans les provinces le discréditent totalement aux yeux de ses compatriotes. Mais en dépit de cette impopularité, le général Bozizé compte sur la fortune personnelle qu'il s'est hâtivement constituée - moins de deux seulement ans à la tête du pays - pour être néanmoins candidat à l'élection présidentielle et briguer le suffrage de ses concitoyens afin de légitimer son pouvoir lors des prochaines consultations électorales dont la transparence, c'est le moins qu'on puisse dire, est sujette à caution comme c'est souvent le cas dans les républiques bananières. 18