La Bâtarde : autopsie d’une enfance bafouée

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Mademoiselle B. retrace sa douloureuse enfance, passée dans une misère sociale et affective à la périphérie d'une grande ville de l'Ouest. L'écriture est un moyen d'expression salvateur, réparateur, pour comprendre la femme qu'elle est devenue. L'auteure est « née d'un amour adultérin », mais le mari trompé reste avec sa femme qu'il met sur un piédestal. Elle se décrit comme une « bâtarde » qui, pour ne rien arranger, naît avec une grave pathologie cardiaque. Elle raconte les corvées ménagères, les coups reçus par ses parents alcooliques, la négligence dont ils font preuve à l'égard de leur progéniture livrée à elle-même, le terrible spectacle de leurs violentes disputes. La petite fille subit plusieurs agressions sexuelles, dont elle se sentira longtemps coupable. Paradoxalement, ses séjours en maisons de repos lui apportent réconfort et stabilité. Elle y trouve un équilibre hors de ce foyer malsain et découvre peu à peu ce qui la différencie du « clan » qui s'est formé contre elle. Elle n'oublie cependant pas les quelques moments d'accalmie durant lesquels elle goûta un bonheur éphémère avec eux. Rebelle et aimant s'amuser, cette bonne élève donnera du fil à retordre à ses professeurs. À quatorze ans, elle décide de se libérer définitivement du joug parental.


Publié le : mercredi 2 mars 2016
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EAN13 : 9782334076425
Nombre de pages : 148
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ISBN numérique : 978-2-334-07640-1

 

© Edilivre, 2016

Remerciements

Ce livre n’aurait pas vu le jour sans l’amour de mon mari qui fut un tuteur de résilience essentiel à ma (re)construction depuis les années 1980. Merci à lui pour ses mille et une petites attentions du quotidien et pour son amour inconditionnel, pour sa patience et le soutien à tous les projets qui me sont chers.

Merci à mes enfants sans lesquels je n’aurais peut-être pas pu « grandir » comme je l’ai fait depuis plus de vingt ans. Merci à eux pour la patience qu’ils ont eue en cet été 2015 que j’ai passé à expurger le passé pour mieux voir l’avenir. En toute empathie, ils ont compris et accepté que ces vacances se déroulent à mon propre rythme d’écriture et au rythme de mon cerveau en ébullition.

Je remercie mes amis de toujours ou d’hier. Ils sont présents par leur amitié toute simple. Et, parmi eux, je remercie particulièrement Dominique LL et Sandrine BV pour leur contribution à la relecture de mon manuscrit. Je remercie également Joséphine D. qui a conçu le dessin de couverture.

Je remercie bien sûr mon amie Sophie Marinopoulos, psychologue clinicienne, qui a réalisé la préface de ce livre avec tout le professionnalisme que je lui connais. Si je l’ai choisie pour cette préface, c’est qu’elle lutte, comme je le fais, pour une éducation des enfants dans la dignité et le respect dus à leurs personnes et que ses mots ne sont pas vains. Elle défend La cause des enfants, comme l’a fait en son temps Françoise Dolto.

Merci à Edilivre d’avoir accepté de publier mon histoire. Une maison d’édition alternative correspond à l’esprit dans lequel je vis chaque jour qui m’est offert !

Merci à vous, enfin, mes lecteurs, que vous soyez nombreux ou non, l’important est que vous tiriez de ce livre le meilleur pour mieux combattre la violence faite aux enfants. Car c’est aussi de cette violence que découle celle faite aux femmes. Car c’est aussi cette violence qui empêche à notre société d’être celle de la Paix.

Un jour, je remercierai peut-être nos gouvernants quand ils auront enfin pris les dispositions législatives qui interdiront tous les châtiments corporels ou psychologiques qui brisent tant d’enfants.

Préface

Mademoiselle B. n’y va pas par quatre chemins en nous confiant à la première personne le récit impensable et dérangeant de son enfance. Une enfance faite de coups, de violences, d’humiliations, d’injures, d’abus, avec à son apogée l’abus sexuel à l’âge de sept ans. Une description crue, terrible, qui entraîne le lecteur dans une scène de voyeurisme à la limite du supportable, l’obligeant à voir le corps de l’enfant subissant la pulsionnalité d’un homme que rien n’arrête. En rassemblant ses souvenirs toujours à vif, inscrits en sa chair meurtrie, mademoiselle B. nous convoque à saisir l’instant de l’impuissance enfantine. Elle nous conduit dans un récit impudique où des adultes, sous couvert de leur autorité parentale, tuent l’enfance de leur enfant. Et l’auteur de dire : « Les parents maltraitants pensent pourtant aimer leurs enfants qui représentent la “prunelle de leurs yeux”, les éduquer et leur faire prendre le “droit chemin”, ils croient tout donner pour eux et pensent que les traitements qu’ils leur infligent sont justifiés. Ils ne font pas la différence entre une fessée et une gifle, ils s’arrogent le droit de cogner jusqu’à ce qu’ils se calment, de hurler, d’insulter, parce qu’au fond, ce sont les gosses qui l’ont bien cherché et que s’ils se tenaient un peu plus à carreau, cela n’arriverait pas. »

Fallait-il en passer par là pour dénoncer l’inacceptable ? Fallait-il nous imposer l’insoutenable pour nous ramener à la réalité de ces enfants qui aujourd’hui encore, dans notre société dite moderne, subissent par milliers des actes identiques ? Car ce texte n’est pas celui du passé, ce n’est pas l’histoire d’une enfance des années soixante mais bien celui du présent. Et, à ce titre, ces mots sont nécessaires. En nous les confiant, l’auteur nous confie l’état de l’enfance, et en appelle à notre responsabilité collective. Elle nous implore de ne pas, plus, fermer les yeux. Elle nous démontre que la maltraitance est silencieuse, qu’un enfant battu se tait, isolé mais à quelques pas de nous. Pire ! Qu’il peut dire que tout va bien et garder au fond de lui des sentiments de honte, de peur, qui resteront masqués derrière un sourire de convenance. Car l’enfant battu ne trahira pas ses parents, même s’ils sont ses bourreaux.

Aujourd’hui, la maltraitance est un fléau qui conduit plus de sept cents enfants par an à la mort du fait des coups de leurs parents, et des milliers à la privation des besoins fondamentaux de l’enfance. À ce titre, ce livre courageux défend « La Cause des enfants » et nous oblige à engager une réflexion de fond pour qu’enfin l’enfant soit reconnu dans ses besoins et ne soit pas privé de ses droits.

L’enfance ne peut pas rimer avec violence. Le bébé arrive au monde sans aucune défense et même à terme il est prématuré, incapable de se débrouiller seul, dépendant des soins indispensables à sa survie. Quand le célèbre pédiatre, psychanalyste, D. Winnicott déclare dans les années quarante « qu’un bébé tout seul cela n’existe pas », il définit précisément ce que naître à la vie exige. L’engagement d’adultes responsables au côté de l’enfant ne se réduit pas à nourrir l’enfant en temps et en heure. Bien au-delà du lait nécessaire à sa survie, c’est une exigence de présence, d’attention, de soin, de regard, de mots, de bienveillance, de pensées, de fantasmes, de désirs, qu’appelle l’état de dépendance du bébé tout juste né. L’amour réduit à un sentiment brut n’est qu’un concept vide. Seule la relation d’aimance et sa contenance, par sa portée affective, peut conduire le bébé, l’enfant, plus tard l’adolescent, sur les chemins de la croissance pour arriver à l’âge adulte.

Paradoxalement, la maladie grave de mademoiselle B. lui a sauvé la vie, l’obligeant dans l’enfance à de longues hospitalisations où elle a bénéficié de présence humaine et chaleureuse. Elle s’en est nourri jusqu’à plus soif, emmagasinant du « bon », fortifiant ses ressources psychiques, pour supporter le pire quand elle était rendue à ses parents. Ses nombreux frères et sœurs, unis face à cet univers chaotique où l’alcool et la violence régnaient en maître, permettent de voler des bulles d’enfance réconfortantes et réparatrices. Le lecteur s’y accroche comme ces enfants se sont attachés à ces moments furtifs de bonheur.

J’ai rencontré mademoiselle B. à de nombreuses occasions, et lorsqu’elle organise des débats, des discussions sur les sujets de l’enfance et de la famille, elle donne toute son énergie pour mener un combat précieux pour la dignité des enfants.

Ce récit fluide et rythmé, à la vérité dérangeante, prend la suite de son engagement de terrain. Il est indispensable à l’éveil de nos consciences.

Prendre soin de l’enfant, c’est prendre soin de l’adulte qu’il va devenir. C’est prendre conscience que son équilibre affectif dans l’enfance lui permettra de créer des relations apaisées et de qualité dans son « être au monde ». Il en va de notre santé individuelle et collective. Il en va de notre « devenir » ensemble.

Sophie Marinopoulos

Psychologue, psychanalyste, spécialiste des questions d’enfance et de la famille.

Auteure de nombreux ouvrages sur la famille et l’enfance.

Fondatrice de l’association PPSP et son lieu d’accueil à Nantes « Les Pâtes au Beurre » ; lieu gratuit anonyme et sans rendez-vous qui accueille toutes les familles quel que soit l’âge de l’enfant.

Présidente de la Fondation pour la prévention et promotion de la santé psychique (FNPPSP), qui regroupe les institutions et associations hébergeant un lieu d’accueil solidaire « Les Pâtes au Beurre ».

Préambule

« Ma mère ne portait jamais de tablier pour cuisiner. »

Voilà la réplique qui vous vient quand votre mari vous demande si vous n’avez pas peur de vous salir en faisant la cuisine sans tablier alors que votre esprit s’agite depuis des semaines sur vos souvenirs d’enfance, sur vos blessures, vos meurtrissures et vos chagrins enfouis depuis de bien nombreuses années.

Vision de votre mère, jeune, encore très belle, cheveux mi-longs, bruns et légèrement bouclés, yeux marron foncé, silhouette fine, élancée, malgré les six enfants qu’elle a déjà, auxquels s’ajouteront trois petits, trois fausses couches et un bébé mort-né suite à un accident.

Vous habitez au cinquième étage d’un immeuble situé à Nantes, dans une ZUP nommée Pin Sec, que vous auriez tout aussi bien pu orthographier « Pain Sec », à une époque de votre enfance qui sentait la misère, la pauvreté et où vous mangiez des plats à base de pâtes, de riz, de lentilles, des pot-au-feu, des ragoûts, des pommes de terre à toutes les sauces et autres plats que vous appellerez, plus tard, « les frichtis » quand vous en parlerez avec vos enfants. Vous mangiez des viandes que l’on ne trouve plus aujourd’hui qu’à des prix exorbitants, tandis qu’elles faisaient partie du quotidien des pauvres : fraise de veau, cervelle d’agneau, cœur de bœuf, foie de veau, tripes.

Le Pin Sec, appelé également « Le petit Chicago nantais » par la presse locale à l’occasion de rixes entre bandes, de voitures brûlées sur les parkings, de larcins et autres joyeusetés qui émaillent une vie de quartier à la fois grise, morne, était malgré tout une cité grouillante de jeunesse, de vitalité et de solidarité.

On se parlait d’un bâtiment à l’autre, penché à la fenêtre, criant parfois pour se faire entendre. Les mères veillaient sur les enfants qui jouaient « en bas », suivant l’expression consacrée quand vous viviez en haut, au premier ou dernier étage d’un immeuble. Les mères formaient un vrai village de surveillantes auprès des enfants des voisines, souvent copines qui se rendent visite pour un petit café, une discussion pour faire passer le temps après avoir fini ménage, repassage et cuisine. Si l’un faisait une sottise pendant que sa mère était occupée ailleurs, alors, c’est une autre mère qui le reprenait sévèrement et lui rappelait les règles éducatives. Si un autre se blessait alors qu’il n’y avait personne chez lui, c’en est encore une autre qui l’invitait à se faire soigner par elle. Il n’y avait pas de « chasse gardée » de l’éducation, les enfants étaient élevés aussi par les adultes hors de chez eux, ils le vivaient bien et tout le monde s’en trouvait content.

Naissance d’une bâtarde

Votre mère s’est mariée très jeune, parce qu’enceinte et qu’en ce temps-là, on ne badinait pas avec le mariage… Son mari, jeune homme au teint mat, un brin crâneur, aux yeux très sombres, mesurant moins d’un mètre soixante-dix, à l’allure fière d’un jeune coq, cheveux coiffés en arrière, tenus par de la brillantine, vêtu perpétuellement de pantalons de ville et de chemises à large col, était fou amoureux d’elle, dévoré de passion ; une passion qui le tiendra auprès d’elle jusqu’à ce que la mort les sépare, et ce, quoi qu’il arrive.

Sa première grande désillusion arrivera alors qu’il rentre prématurément de la guerre d’Algérie où il conduisait les automobiles de gradés : sa femme, celle dont il est éperdument amoureux, est enceinte de quatre mois ! Ses sentiments sont partagés, sa déception est grande, mais son amour est trop puissant pour renoncer à elle. C’est le père de l’épouse qui lui met un pacte entre les mains : soit il quitte la jeune femme et peut même prendre son fils avec lui, soit il reste avec elle mais accepte le bébé à venir. Dilemme qu’il doit rapidement résoudre. Il choisit l’amour, car il ne se voit pas une fois de plus éloigné de celle que son cœur aime à se faire mal. Cependant, cet acte de trahison restera imprimé en lui tout au long de sa vie et aura une incidence sur le couple, les enfants à venir et, en particulier, sur ce bébé non désiré.

Ce nourrisson, une petite fille, née d’un amour adultérin et coupable à l’époque, c’est vous. Vous, qui n’avez rien demandé, vous qui ne saurez jamais lequel des deux hommes dont on vous a parlé comme pères potentiels est réellement votre géniteur, vous qui ne saurez donc jamais totalement à qui vous ressemblez, même si une grande part des traits de votre mère se lisent sur votre visage… vous, bâtarde pour l’éternité.

On est au cœur de l’hiver, en 1959, vous arrivez au milieu de la nuit, fragilisée par un cœur qui bat anormalement, la peau bleutée, toute petite et toute maigre… les médecins sont inquiets et parlent déjà de votre mort prochaine à ceux qui sont désormais vos parents, les invitant à ne pas s’attacher. Dont acte. À la bâtardise s’ajoute donc la maladie, mortelle et c’est une faute dont vous paierez un lourd tribut…

Quand une histoire d’amour se transforme en cauchemar, pour un homme, c’est toute sa vie qui s’écroule, c’est aussi toute l’estime qu’il avait pour la femme qu’il aime qui s’enfuit et surtout, c’est la confiance aveugle qui a ouvert les yeux et qui se referme sur l’autel du mariage. L’histoire dit que cet homme trahi a annoncé à sa femme traîtresse que puisqu’elle aimait tant les enfants, elle en aurait plus qu’elle n’en voudrait… Rumeur ? Réalité ? Toute leur vie sera parsemée de ces conversations dont vous n’aurez jamais la version d’origine.

Se sentir père d’une petite fille que l’on n’a ni désirée, ni attendue, doit être complexe… se sentir mère de cette même petite fille, qui vous rappelle votre faute en permanence et qui, de plus, a l’outrecuidance de naître avec une grave pathologie cardiaque, relève de l’acrobatie cérébrale la plus anxiogène pour une jeune femme qui se sent peut-être honteuse. En tout état de cause, vous sentez sans doute déjà dès le début de votre vie que rien ne sera rose, pas même votre peau et qu’il faudra vous battre sur plusieurs fronts. Vous vous battez pour vivre, survivre, et c’est déjà une dépense d’énergie qui vous prend du temps. Vous vous battez pour vous faire aimer de ces parents que la vie a choisis pour vous et lancez sans doute des appels vers eux, pour qu’ils remarquent combien malgré votre fragilité, votre bâtardise et la trahison de votre mère, vous êtes une petite fille pleine de vie, prête à les aimer et à se faire aimer.

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