La cicatrice

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Danièle Romatet, passionnée par la montagne, a choisi de vivre dans la vallée de Chamonix depuis 1961. Cependant, sa grande curiosité l'a entraînée dans de nombreux voyages et notamment dans un périple de sept années autour du monde, à bord d'un voilier.
Elle a écrit quatre ouvrages : Éclats d'Océans (MDV), Retour d'Océan (Glénat), tous deux primés, Une bouteille à la mère (Plon), Dix Jours (Atelier Esope).

Le chirurgien ajouta : « Ce sera comme un voyage et je vous accompagnerai... ». Danièle Romatet nous livre ici une réflexion suscitée par une tout autre aventure, celle de la maladie, un témoignage très personnel et original sur les souffrances physiques et morales qu'elle inflige. Écrit dans l'isolement, au sein de la beauté d'une petite île bretonne, ce texte nous entraîne dans un ressac d'interrogations et d'émotions, et vers la découverte d'un certain « bonheur d'être instruit par la douleur ».

Publié le : jeudi 1 janvier 2009
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782950492814
Nombre de pages : non-communiqué
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Vous est-il déjà arrivé qu’à un moment précis de votre vie, une ville, un village, un paysage, se révèle et s’impose à vous ? C’est ici et pas ailleurs qu’il vous faut quelque temps demeurer. Aucune véritable raison, aucun argument bien pesé ne vous l’a fait choisir. C’est l’endroit qui s’empare de vous, comme étant le seul où pourraient peut-être se dire tant de jours sombres, tourmentés, que l’on a gardés en silence et dont on voudrait se déposséder. Dans ce désir-là, on part pour ces lieux pro-visoires, aléatoires, exigeants parfois, où s’isoler, mener une vie au plus simple, à l’abri du bruit et de l’agitation. Pour moi, ce furent toujours des îles et la mer d’automne et d’hiver.
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Des îles avaient accueilli mes détresses et la mer les avait soulagées. Un grand temps de recul m’était toujours nécessaire et des années s’écoulaient entre « mes » îles. C’est ainsi que j’avais écrit le récit d’une longue itinérance sur les mers, et ensuite revécu, auprès de l’océan, les difficultés d’un « impossible » retour ; isolée dans un haut refuge corse, une réflexion sur ma mère. J’avais pleuré mon fils auprès de la mer hivernale d’une île grecque. Depuis la dernière échappée, des années avaient passé. Souvent, en y repensant, je me demandais comment j’avais pu me livrer à la violence de la mémoire et résister à la dureté des retraites que je m’imposais. Ce n’était pas vrai, non, je n’avais pu vivre cela. Mais c’était bien moi et il me semblait irréel d’avoir osé être celle-là. J’avais vieilli, sans nul doute, et je ne pensais plus avoir l’élan, ni l’énergie, pour tenter ces aventures-là. L’île de Batz, le havre de Damien. J’y étais allée à la fin août. Il n’était plus là, l’océan l’a emporté. Mais il y a ici sa maison, sa mémoire, ses livres. Et le vent qui le tirait, enfant, entre les roches et plus
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tard, bien plus loin, au-delà du monde. J’avais senti, en cette fin d’été, qu’il m’incitait à aller à l’encontre des mêmes vents, à égarer mon regard dans les lointains de l’océan, à sillonner les grèves et les criques qu’il préférait et à m’y asseoir lon-guement. Pour y décanter, lentement, le trauma-tisme que je venais de traverser. Cette fois, ce n’était pas une idée saugrenue, un choix du hasard, mais une réponse. * * * Une inconnue a embarqué à bord de notre île, notre terre de granit, ourlée de grands sables gris et blonds. Que cherche-t-elle ici ? Notre île est toute simple, sans prétention. Il n’y a rien de spectaculaire. Il y a depuis les hauteurs du bourg les champs inclinés vers les rivages, il y a nos maisons tassées pareilles, maisons de pêcheurs ou de capitaines, des chau-mières et des fermes regroupées çà et là comme un troupeau qui se resserre contre le vent, certaines sont plus isolées. Il y a la lande. Il y a la mer ou l’océan, comme vous voudrez, et de beaux rochers
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qui nous défendent, tels des monstres marins gisant éternellement. Et le vent. Depuis sa maison, un peu écartée, on perçoit la frise des lumières de la ville d’en face tremblotante dans le chenal. Encore dans la pénombre, j’aper-çois une lumière qui filtre à travers les rideaux. Indiscrètement, du haut de mon tracteur, je re-garde par-dessus la haie. Elle est penchée à sa table. Que fait-elle ? Qu’arrache-t-elle à la nuit qui traîne encore ? Qu’attend-elle du jour qui tarde ? Oui, je suis éveillée dans la nuit qui s’attarde encore et j’attends le jour qui traîne à venir. Je ne saurais être ailleurs qu’ici. La petite maison que j’occupe est lumineuse, pratique, sans esprit, je n’en aurai pas le souci. Je ne vois la mer qu’auprès de la large baie vitrée ou dehors sur la terrasse. Mais il m’importe peu, mon regard ne s’y perdra pas rêveusement, seulement dans le ciel et les remuants nuages. * * *
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