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La correspondance entre Domingo Del Monte et Alexandre Hill Everett

160 pages
Bien qu'elle n'ait duré que quelques années - du 16 mai 1840 au 20 avril 1845 très exactement - la correspondance du Cubain Domingo del Monte et du Nord-Américain Alexander Hill Everett constitue une série de documents fort précieuse pour comprendre deux phénomènes qui marquèrent profondément la période : les relations politiques entre les Etats-Unis et Cuba, et la Conspiration de la Escalera découverte en 1844. Cet échange épistolaire révèle en effet l'existence de tendances et de mouvements plus ou moins occultes qui agitaient la société coloniale cubaine du milieu du XIXème siècle et auxquels nos deux correspondants participèrent activement : abolition de l'esclavage, modernisation de la plantation sucrière, élaboration d'une sensibilité nationale en matière littéraire et philosophique, droits de la colonie et projets d'identité nationale, à mi-chemin entre Haïti et les Etats-Unis…
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LA CORRESPONDANCE ENTRE DOMINGO DEL MONTE ET ALEXANDER HILL EVERETT

L'équipe de recherche HISTOIRE DESANTILLES HISPANIQUES rattachée au Centre de Recherche en Littératures et Civilisations Romanes de l'Université de Paris VIII (2, rue de la Liberté, 93526 St Denis Cedex 02), est une équipe inter-universitaire et pluridisciplinaire placée sous la responsabilité de Paul Estrade, professeur à l'Université de Paris VIII. Elle s'est fixée pour but l'étude de l'Histoire, au sens le plus large du terme - de l'histoire socio-économique à l'histoire culturelle - des trois Antilles sœurs de langue espagnole (Cuba, Porto Rico, République Dominicaine), de la fin du XVIIIe siècle à nos jours. Qu'est-ce qui les singularise dans l'ensemble latina-américain et dans l'ensemble antillais? Qu'est-ce qui les a unies et qu'est-ce qui les a différenciées? Comment ont-elles évolué depuis l'époque coloniale, au point d'être aujourd'hui si dissemblables sur tant de plans et pourtant encore si proches? Ces questions sont présentes en pennanence derrière toutes les recherches de l'équipe. Autour d'un thème annuel de recherche, elle tient des séminaires mensuels, volontiers ouverts, notamment aux étudiants en cours de formation doctorale. Elle souhaite publier, à raison de deux volumes par an, quelques-uns des travaux de ses membres, ainsi que des documents rares ou inédits, grâce auxquels elle entend constituer progressivement une collection de Cahiers d'Histoire des Antilles Hispaniques.
L'emblème et les signes reproduits au recto appartinrent aux conspirateurs malheureux de la Gran Legion del Aguila Negra à Cuba en 1829. Mais toute l'histoire des peuples et des nations des Caraibes hispanophones, au XIXe et au xxe siècles, n'illustre-t-elle pas la devise que pone le blason central: Libertad 0 Muerte ?

Publications de l'Équipe de Recherche de l'Université de Paris- VIII

HISTOIRE DES ANTILLES HISPANIQUES

Sophie ANDIOC TORRES

LA CORRESPONDANCE
ENTRE DOMINGO DEL MONTE ET ALEXANDER HILL EVERETT

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

@L'HARMATTAN, 1994 ISBN: 2-7384-2776-6

LA CORRESPONDANCE ENTRE DOMINGO DEL MONTE ET ALEXANDER illLL EVERETT

Bien qu'elle n'ait duré que quelques années -du 16 mai 1840 au 20 avril 1845 très exactement-, la correspondance du Cubain Domingo del Monte et du Nord-Americain Alexander Hill Everett constitue une série de documents fort précieuse pour comprendre deux phénomènes qui marquèrent profondément la période: les relations politiques entre les Etats-Unis et Cuba. et la Conspiration de la Escalera découverte en 1844-.Cet échange épistolaire révèle en effet l'existence de tendances et de mouvements plus ou moins occultes qui agitaient la. société coloniale cubaine du milieu du XlXe siècle et auxquels nos deux correspondants participèrent activement. Afin de saisir toute la portée des trente-sept lettres reproduites dans cet ouvrage, il nous faut tout d'abord présenter les deux personnages. Domingo deI Monte y Aponte~ dont nous avons dit plus haut qu'il était Cubain, naquit à Maracaibo (au Vénézuéla) le 4 août 1803. Cependant la famille -originaire de Saint-Domingue- s'installa dès 1810 à Cuba où le père de DeI Monte vint occuper le poste d'Oid()r de la Real Audiencia . Le jeune Domingo avait à peine sept ans et il eut tôt fait d'adopter sans réserve sa nouvelle patria chica , la seule désormais qu'il servirait et q-u'il considérerait comme sa patrie, ainsi que les lettres qui suivent en témoignent. L'essentiel de la scolarité de Domingo deI Monte se déroula 7

donc à Cuba et dès 1818~Il entreprit des études de Droit au prestigieux Sétninaire de San Carlos de La Havane qui lui donna l'occasion d'entrer en contact avec certaines des figures intellectuelles les plus importantes du moment ou des années à venir -Félix Varela et José Antonio Saco, par exemple-, et avec les idées libérales alimentées par les deux périodes constitutionnelles espagnoles (1812-1814 et 1820-1823) et par les mouvements d'indépendance latina-américains. C'est dans ce contexte de grande etTervescence politique et intellectuelle que DeI Monte publia ses premiers articles de moeurs et de critique littéraire. A la fin de ses études, don Domingo travailla comme avocat de 1823 à 1827 avant d'entreprendre un voyage capital qui le mena d'abord aux Etats-Unis puis en Espagne où il découvrit l'animation et le bouillonnement d'idées des tertulias madrilènes. Riche de cette expérience, il rentra à Cuba en 1829 où s'ouvrit pour lui la période la plus active et la plus productive de sa vie. II édita de 1829 à lK30 la revue lLllvloda qui marqua ce début de décennie par la qualité de son contenu et son caractère nettement criollo . Rappelons à cet égard qu'il y publia ses "Romances cubanos" dont le titre à lui seld révèle la volonté de l'auteur d'inventer une littérature cubaine originale sans pour autant rompre avec la culture métropolitaine. C'est poussé par ce même souci que DeI Monte entra à la "Sociedad Economica de Amigos deI Pais" pour y travailler au développement de la littérature sur l'île et pour tenter de trouver des solutions aux problèmes de l'enseignement primaire. To~jours pendant les années trente, don Domingo créa sa célèbre tertulia qui rassembla les plus grandes personnalités intellectuelles de la capitale et qui lui permit de jouer un rôle essentiel de mentor pour toute une génération d'écrivains à qui il fit découvrir la production littéraire européenne du moment et l'impor-

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tance cruciale du problème de l'esclavage. Cette période est celle où Dei Monte se retrouva au coeur de la vie politique~ économique et intellectuelle de Ille. Il épousa en 1834 Rosa Aldama qui appartenait à l'une des familles les plus riches de la colonie. Il participa au contlit d'intérêts economiques qui opposa le Capitaine Général Miguel Tacon à la bougeoisie esclavagiste cubaine et qui s'acheva avec la destitution du fonctionnaire. Enfin, il fut l'un des principaux acteurs de la polémique philosophique de 1838 qui le mit aux prises avec José de la Luz y Caballero pour la défense des idées de Victor Cousin et au cours de laquella il publia le fameux article "Moral religiosa" qui mit le feu aux poudres. L'étape cubaine de DeI Monte prit fin en 1843~ peu avant la découverte de la Conspiration de 1844~ avec son départ pour les Etats-Unis puis pour l'Europe. Nous reviendrons en détail sur c.es quelques années qui correspondent au moment où la correspondance entre DeI Monte et Everett devient plus suivie. Mis en cause dans la Conspiration alors qu'il se trouvait à Paris, don Domingo fut innocenté en 1845 et décida de rester en Europe pour mieux plaider la cause de Cuba à Madrid, où il s'installa. Il passa les dernières années de sa vie à combattre avec Saco la tendance annexionniste qui s'imposait de plus en plus sur l'île. Il continua à se consacrer à ses activités intellectuelles comme il l'avait toujours fait, en organisant une tertulia dans sa résidence madrilène, en publiant des travaux de critique littéraire et en recueillant des documents historiques. C'est à Madrid que la mort le surprit le 4 novembre 1853, à l'âge de cinquante ans. Alexander Hill Everett naquit à Boston en 1792 et se fit connaître tant par ses activités diplomatiques que par ses écrits politi9

ques et littéraires. Sa carrière commença très tôt puisqu'il fut nommé Secrétaire de Légation en 1809 à Saint Petersbourg, puis à La Haye. Il occupa ensuite les fonctions de Ministre Plénipotentiaire en 1825 en Espagne où il fut chargé de négocier la reconnaissance de l'indépendance des Etats-Unis par le gouvernement espagnol. En 1829 il était de retour dans sa patrie où il dirigea~ conjointement avec son frère., la iVortl1 ~4merican Review. L'année suivante., il fut élu sénateur. C'est en 1840 qu'il eut vraisemblablement l'occasion de faire la connaissance de Domingo deI Monte au cours d'une mission secrète qu'il dut accomplir à Cuba pour le compte du gouvernement des Etats-Unis. Everett fut ensuite nommé président du collège Jefferson en Louisiane jusqu'en 1842. Le président Polk l'envoya enfin en Chine en 1845 pour y occuper le poste de Ministre des Etats-Unis -ambassadeur-, ce qui mit un tenne aux relations épistolaires entre le Nord-Américain et le Cubain, d'autant plus définitivement qu'Everett mourut à Canton en 1847.

Après la rencontre de nos deux personnages à La Havane, leurs premiers échanges furent essentiellement'd'ordre intellectuel. Ils se communiquèrent leurs points de vue sur les dernières publications littéraires ou sur la situation politique de chacun des deux pays, et c'est en particulier à travers ces commentaires que l'on peut voir l'évolution des relations qui unirent les deux hommes. Dans les premières lettres, c'est avant tout leur estime réciproque sur le plan intellectuel qui motive la correspondance de DeI Monte et d'Everett. Le Nord-Américain démontre dans la lettre VII toute l'importance qu'il accorde à l'opinion du Cubain sur tout ce qui concerne la vie politique et philosophique sur l'île, et il aura souvent recours à lui pour faire connaître aux Etats-Unis 10

la situation de la colonie espagnole. De son côté. don Domingo accorde beaucoup de prix à son échange épistolaire avec Everett en qui il voit le meilleur représentant d'une nation modèle pour la petite île de Cuba en quête de son identité culturelle" politique et économique. Il faut en effet se rappeler que Cuba traverse en ce début des années quarante une période assez troublée en raison de divers facteurs qui se conjuguent. Elle est marquée tout d'abord par une accélération de l'importation de main d'oeuvre esclave liée au développement des plantations, en dépit de l'interdiction de la traite imposée par le traité anglo-espagnol de 1817. La situation exceptionnelle qui se crée -la population de couleur devient plus nombreuse que la population blanche- va mettre au centre de tous les débats la question de l'esclavage: les lettres de DeI I\1onte et d'Everett en sont d'ailleurs l'illustration. Le deuxième élément qui contribue à modifier les conditions sur l'île sont les changements d'ordre économique qui interviennent à la suite de l'essor de la culture de la betterave en Europe: le sucre cubain doit trouver d'autres marchés, et celui des Etats-Unis s'impose de plus en plus. Dans le domaine politique enfin, Cuba n'a plus de représentants aux Cortes et doit supporter le régime des Facultades 01nnimodas des Capitaines Généraux qui réduisent la marge de manoeuvre politique et commerciale de la bourgeoisie cubaine. Ce sont précisément tous ces problèmes qui préoccupent DeI Monte et qui suscitent en lui, par comparaison, une admiration sans bornes pour le grand voisin américain. Peu de temps avant de faire la connaissance d'Everett, DeI Monte avait déjà exposé son opinion sur les difficultés politiques, économiques et sociales que traversait l'île de Cuba. Ainsi, dans une lettre à Salustiano Ol6zaga du 16 avril 1836, il fait un commentaire qui résume parfaite-

Il

ment son point de vue sur les libertés politiques auxquelles Cuba a droit: "Achaean con maligna y torpe deduccién a las Cortes Constituyentes de Cadiz la pérdida de las Américas, parque concedieron derechos politicos a las provincias ultramarinas~ sin acordarse de la retrecherîa con que anduvieron las susodichas Cortes en la concesi6n a pijotadas de los tales derechos, 10 cual fué origen deI disgusto, al principio, y de la În-

surrecci6n al cabo de las Indias espanolas. ft

(])

Bien qu'étant légèrement postérieur, le bilan que Dei Monte dresse de la situation économique de Cuba en 1846 est déjà valable pour la période qui nous intéresse et explique qu'il réclame depuis plusieurs années les fameuses Le~vesEspeciales promises par la métropole: "La libertad de comercio que gozaba la isla desde fines del siglo pasado y sancionada par ultimo coma ley colonial par el gobierno espanol en 1818, va desapareciendo poco a poco desde la muerte de Fernando VII: con ella va desapareciendo tambien la riqueza y la prosperidad deI pais. Esto le sucede en las criticas circunstancias en qlle mas necesita de las franquicias comerciales, pues tiene que luchar en los mercados de Europa con cien concurrentes en el azucar que la amena zan de muerte. Se han recargado por el contrario, en general, en las aduanas de la isla, casi todos los articulas de importaci6n ; unos con objeto de favorecer a los productos peninsulares, 0 otros par aumentar momentaneamente con recargo brutal las rentas publicas, con riesgo 12

inminente de esterilizarlas con tal sistema para 10 (2) adelante." En ce qui concerne la question de l'esclavage~ c'est une institution qui soulève des problèmes variés dont les plus importants aux yeux de DeI Monte sont résumés dans les deux commentaires suivants: "Ellos flos traficantes de negros] son los que la rCubal incendian" metiendo con estlipida e infernal codicia mas y mas negros bozales, cargando asi la mi(3) na que nos ha de volar a todos." "acabar con la trata primero, y luego I...] ir suprimien do insensiblemente la esclavitud., sin sacudimientos ni violencias ; y por ûltimo, ...J limpiar a

Cuba de la raza africana."

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Pour toutes ces raisons, Domingo deI Monte voit dans les Etats-Unis la solution aux maux de Ille. Ce pays phare pour toute l'Amérique a su développer un monde intellectuel riche et productif que notre Cubain a observé de près. Mais surtout, ses institutions sont un modèle du genre dont DeI Monte recommande l'étude car elles garantissent à tous la liberté et la sécurité personnelle (5). D'ailleurs, dans la lettre XII présentée plus loin, il affirme qu'il profite de son séjour aux Etats-Unis pour compléter ses connaissances en anglais "para poder emprender, despues, el [estudio] de las costumbres y las instituciones de vuestro maravilloso paîs"-. Bien sûr, ce sont les états du nord que DeI Monte prend pour modèle. La seule critique qu'il fonnule contre les Etats-Unis en ce début des années quarante, c'est que: "Por otra parte, es una calamidad, para la suerte fu tura dellinaje humano en el nuevo hemisferio, que el pueblo que ha tornado la delantera a los demas y

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que par la fuerza absorvente de su civilizacion6 debe ir asimilândoselos a todos't lleve en el escudo de sus armas" la afrentosa mancha de la esclavitud. " comme il l'écrit à Everett dans la lettre XXVIII. Or l'admiration de DeI Monte pour le puissant voisin nord-américain augmente à mesure que la menace britannique contre Cuba se précise. L'ingérence de l'Angleterre dans les affaires politiques et économiques de la colonie est devenue plus visible, en particulier en raison de la présence sur {'île d'agents abolitionnistes anglais aux activités suspectes, comme nous aurons l'occasion de le constater un peu plus loin. Devant ce danger qui met en péril le précaire équilibre social cubain -le souvenir d'Haïti est toujours très présent- et les quelques libertés commerciales que la bourgeoisie esclavagiste conserve, la solution consiste à demander la protection des EtatsUnis, comme plusieurs des lettres de DeI Monte à Everett le stlggèrent. C'est alors que ce qui n'était qu'une menace se transforme en conspiration, ce qui donnera une autre teneur aux lettres qu'échangent DeI Monte et Everett en favorisant leur rapprochement par la confiance que le premier décide de placer dans le second le 20 novembre 1842. Il lui adresse une célèbre lettre par laquelle il dénonce la préparation d'une conspiration d'esclaves orchestrée par le gouvernement britannique à travers ses agents sur l'île, et surtout David Turnbull. Ce personnage arriva à Cuba en 1838 après avoir participé au processus d'abolition de l'esclavage en Jamaïque. Il était l'agent du Ministre des affaires étrangères anglais, lord Palmerston, et de la Société Abolitionniste britannique. Pour son voyage à Cuba, Turnbull possédait des lettres de recommandation de Pal14

merston destinées à favoriser une prise de contact avec des autorités et des personnalités de l~le" et à établir des liens étroits avec celui qui était encore Consul britannique à La Havane, Tolmé, et le Superintendente de libertos , l'Anglais Richard Madden. Pendant son séjour, Turnbull effectua plusieurs voyages à travers le pays" dont un à GüÎnes et un autre à Matanzas (6). Il n'y a aucune trace d'une quelconque relation entre le futur Consul et DeI Monte à cette époque" ce qui est fort étrange. En effet don Domingo s'était lié d'amitié avec Madden qui lui avait demandé de répondre à son fameux interrogatoire, qui avait participé à la résolution du cas Manzano et avait le même point de vue que lui sur l'esclavage" et pour qui il avait rassemblé des documents variés: et TurnbulL de son côté, réalisait un travail assez semblable puisqu'il recueillait lui aussi des données sur la situation politique et sociale de Cuba. Ce dernier publia le résultat de ses recherches dans un livre qui parut à Londres en 1840 : Travels in.the West Cuba, with notices o.f Porto Rico, and the slave trade (7). L'oeuvre, dont certains disent qu'elle lui valut sa nomination comme Consul à La Havane et qui exprimait les mêmes idées que celles défendues par Palmerston contre l'esclavage à Cuba -ce qui ne pouvait que lui attirer les faveurs du Ministre-, provoqua l'indignation panni les esclavagistes cubains et, par voie de conséquence, au sein de certains secteurs intellectuels dont DeI Monte faisait partie. Francisco Calcagno, contemporain des événements, évoque l'impact produit par le livre de Turnbull à La Havane en ces termes: "Quien penetre el estado social y polItico de Cuba en ese ana, comprendera la sorpresa que causo esta obra, y la indignaci6n de los partidarios de la trata cuando en Nov. 1840 Ileg6 Turnbull a la Habana para reemplazar â Tolmé y Dr. Madden en calidad

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de Consul y superintendente de at"ricanos libertoso
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fi

DeI Monte n'eut pas une réaction aussi tranchée. Les exagérations de Turnbull ne provoquèrent pas son indignation~ pas plus que ses interprétations tendancieuses et ses transformations de la réalité parce que., déclara-t-il, il n'y avait là rien de nouveau à ses yeux. Il était habitué à voir publier sur Cuba des propos de ce genre: "Quand je reçus M. Turnbull, il n'avait rien à m'apprendre, ni par lui, ni par son livre, car j'avais déjà lu tout ce que la presse européenne et américaine avait publié sur l'esclavage et sur la traite des noirs. Je connaissais surtout le fameux live dans lequel M. Masse avait fait de la Havane un enfer décrit par Dante et peint par Zurbaran. Voilà ce qui explique comment je ne fus pas saisi, à la lecture de l'ouvrage de M. Turnbull, de l'indignation qu'il excita chez mes compatriotes qui, pour la première fois, voyaient imprimées de pareilles énormités. Pour ma part, je ne vis dans l'oeuvre de M. Turnbull qu'une opinion particulière exprimée sur l'esclavage et sur la traite des noirs. Je vis même qu'il avait sur ce dernier point la même manière de voir que le gouvernement d'Espagne." (9) Bien qu'on ait souvent présenté les activités et les oeuvres de Madden et de Turnbull comme étant similaires, le second publiait des commentaires très inexacts et présentait l'esclavage à Cuba précisément comme Palmerston voulait que les Anglais le considèrent, pour justifier d'une part sa politique agressive contre cette institution et, d'autre part, pour tenter d'obtenir des appuis; Mad16