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La médecine verticale

De
109 pages
La médecine verticale, c'est la médecine rapide, expéditive, ne s'intéressant qu'au symptôme, le médecin ne prenant pas le temps de s'asseoir pour expliquer et réconforter. Voici un plaidoyer pour une médecine plus humaine qui ne se laisse pas dévorer par la technique et renoue avec sa vocation première : soigner et alléger la souffrance. Réflexion d'un médecin octogénaire qui, hospitalisé pour la première fois, découvre l'hôpital public de l'intérieur. Avec humour et émotion, il dresse un tableau mitigé de l'institution.
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Pratique et Ethique médicales Collection dirigée par Richard Moreau et Roger Teyssou La collection Les Acteurs de la Science, prévue pour recevoir des études sur l’épopée scientifique moderne, se dédouble pour accueillir des ouvrages consacrés spécifiquement aux questions fondamentales que la santé pose actuellement. Cette nouvelle série cherche à faire le point objectivement et en dehors des modes sur des connaissances, des hypothèses et des enjeux souvent essentiels pour la vie de l’homme. Elle reprend certains titres publiés auparavant dans Acteurs de la science. Déjà parus
Gilbert et Anne-Christine PIERRE, Parole d’une autiste muette, Enigme et évidence, 2010. Gérard MEGRET, Êtes-vous un bon malade ?, 2010. Bernard JOUANJEAN, Physiologie du risque face à l’Histoire, 2009. Eric SOLYOM, Les cahiers d’un chirurgien. Témoin de la faillite du système de santé, 2009. Lionel CHARBIT, L’information médicale. Informer le patient et le grand public : de l’obligation légale à la pratique, 2009. Docteur Jean CHABRIER, Seules les femmes savent marcher avec des talons aiguilles. Souvenirs d’un gynécologue accoucheur, 2008. Philippe RAULT-DOUMAX, L’assurance-maladie au risque de la mondialisation, 2008. Philippe PIRNAY, L’aléa thérapeutique en chirurgie, 2008. Angélique SENTILHES-MONKAM, L’hospitalisation à domicile, une autre manière de soigner, 2007. Vincent DELAHAYE et Lucie GUYOT-DELAHAYE, Le désir médical, 2007. Georges DUBOUCHER, Adieu ma belle Médecine. Logique d’une métamorphose, 2007. Aziz Charles MESBAH, Mémoires d’un pédiatre, 2007.

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Préface

La médecine verticale…, c’est celle qu’a dû affronter l’auteur, lui-même ancien professeur de psychiatrie, quand le destin a transformé le médecin qu’il est en hospitalisé. Cette médecine verticale, c’est celle de nombre de médecins hospitaliers qui restent (souvent anonymes et déterminés à le rester), debout à côté du lit : debout, l’entretien se réduit à quelques mots ; assis, pourrait s’instaurer un véritable colloque singulier, garant d’un échange en profondeur et d’une véritable relation soignant-soigné. Cette expérience hospitalière s’est prolongée pendant des semaines au cours desquelles le nouveau malade est devenu une sorte d’objet. Cette mutation a été l’occasion pour lui d’une réflexion de fond sur tous les problèmes de la médecine actuelle, et d’abord sur ceux de la médecine hospitalière. A partir de cette expérience déstabilisante, renforcée sans doute par l’immensité de la structure hospitalière qui l’a pris en charge, l’auteur analyse avec sobriété et clairvoyance la profonde transformation imposée à l’exercice médical par la technicité : alors que la médecine clinique traditionnelle s’adressait au malade, à son corps, mais aussi à son vécu et à sa souffrance morale, la médecine actuelle transforme ceux des médecins qui n’y prennent pas garde en ingénieurs de la médecine ; ces ingénieurs sont les acteurs de prouesses médicales extraordinaires, mais beaucoup d’entre eux ne connaissent plus l’homme, seulement ses organes, que le raisonnement diagnostique et la thérapeutique abordent isolés.
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Le Dr Cloutier est amené dans ce petit essai passionnant à passer en revue toute l’exercice médical : il n’oublie ni le sport de la procréation compétitive, dans lequel s’illustre de façon douteuse un ingénieur obstétrical italien, ni la psychiatrie, ni la psychothérapie et ses nombreuses chapelles. Son analyse lui permet de faire des propositions pour l’avenir. Il conclut par une constatation qui est la nôtre depuis longtemps : aucun médecin hospitalier ne devrait exercer sans une expérience directe et personnelle de la médecine de ville ou de campagne, la seule qui aborde le malade sans le filtre déformant de la technique ; aucun médecin, aucun chirurgien ne devrait intervenir sans avoir été lui-même malade. La lecture de ce petit essai est très fructueuse. Il se termine par un rappel du serment d’Hippocrate. Tous les futurs assermentés profiteraient de ce livre : leurs capacités de jugement s’en trouveraient enrichies, tandis qu’une composante humaniste tempérerait leur enthousiasme technique. Docteur Francis Weill, professeur émérite à la Faculté de Médecine de Besançon

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1

Un sentiment d’étrangeté. C’est ce que je ressens. J’ai l'impression de faire partie du paysage. Subitement, je prends conscience de la situation. Je suis couché dans une ambulance qui roule à toute vitesse. Un homme vêtu de blanc se tient à mes côtés. Distraitement, il regarde par la fenêtre. Après un arrêt en douceur, j’aperçois une grande bâtisse entourée d’un immense parking. Il y a des centaines et des centaines de voitures. Une usine ? Non, un hôpital. C’est là qu’on m’amène. Les événements se précipitent. Quelqu’un m’installe sur une chaise roulante, une couverture sur les genoux. Puis, c’est la traversée d’un grand hall qui me fait penser à un hall de gare. Il y des gens partout. Les uns font la queue devant des guichets, les autres, assis ou debout, attendent ici et là. Mon guide pousse le fauteuil dans un ascenseur bondé. Personne ne fait attention à moi. Personne ne parle. Apparemment, c’est ainsi que, de nos jours, on est accueilli à l’hôpital public à moins d’être comateux, ce qui donne droit à une arrivée plus discrète. Huitième étage. Pour la première fois, mon accompagnateur parle : – Nous y sommes. J’opine d’un signe de tête. Il reprend : – Je vous laisse ici et je préviens l’infirmière de service.
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Je me retrouve dans un couloir qui mène aux chambres. J’y resterai plus d’une heure avant que l’on puisse s’occuper de moi. Je me sens mal mais que faire ? Je ne suis plus rien. J’ai changé de statut. Le médecin que j’étais est devenu un patient. Patient ? L’appellation correspond à une réalité, plus exactement à l'attitude qu’il faut avoir lorsqu’on se retrouve à l’hôpital. En effet, le séjour n’est fait que d’attentes. On attend le médecin, on attend le traitement, on attend l’examen, on attend les soins, on attend le repas, on attend la sortie et, le cas échéant, on attend la mort. Du temps de mes études, il y a plus d’une soixantaine d’années, on ne parlait pas de patients mais de malades. Il semblait logique de qualifier ainsi quelqu’un qui présentait une maladie. Est-ce une influence anglo-saxonne qui est à l’origine de ce changement de vocabulaire ? Quoi qu’il en soit, le malade est devenu un patient. Celui-ci se transforme, depuis quelque temps, en client. Les fonctionnaires de la santé, réalistes par définition, précis par vocation, parlent d’usagers. Cette évolution sémantique n’est pas innocente. Elle correspond à l’évolution de la société et au bouleversement des valeurs qui s’ensuit. On consomme de la médecine comme on consomme n’importe quel produit. L’hôpital est le symbole de cette tendance, comme le supermarché est celui du pouvoir d’achat. Enfin, une infirmière vient à mon aide. Avec un joli sourire, elle me dit : – Je vais vous montrer votre chambre. Ma réaction naturelle aurait été de m’exclamer “il est temps” ou quelque chose d’analogue, mais je me retiens. Je me dois d’assumer la place que la maladie m’assigne. C’est le début d’un apprentissage qui se poursuivra pendant quelques semaines.
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