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La passagère

De
189 pages
La passagère est le titre d'une chanson très à la mode dans les années 1920. Il la fredonnait souvent. Son enfance n'a été pas dorée, mais son humour et sa joie de vivre ne lui ont jamais fait défaut. Il a traversé le siècle, connu l'ivresse d'un premier trajet en train, les balbutiements de l'aviation, la naissance et l'essor de la sidérurgie lorraine. Cet homme-là, c'est mon Père dont j'ai évoqué le parcours le plus fidèlement possible, grâce à ses confidences et à mes souvenirs.
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La passagère

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo .IT harmattan 1@wanadoo.fr
<Ç) 'Harmattan, 2005 L ISBN: 2-7475-9446-7 EAN : 9782747594462

Huguette Max-Nicard

La passagère

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie

Espace L'Harmattan

Kinshasa

L'Harmattan

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L'Harmattan

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Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino IT ALlE

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

1053 Budapest

Rue des Ecoles
Cette collection accueille des essais, d'un intérêt éditorial certain mais ne pouvant supporter de gros tirages et une diffusion large, celle-ci se faisant principalement par le biais des réseaux de l'auteur. La collection Rue des Ecoles a pour principe l'édition de tous travaux personnels, venus de tous horizons: historique, philosophique, politique, etc.

Déjà parus

Alexandre TIKHOMIROFF, La tasse de thé, 2005. Jean-Placide TSOUNGUI, Cette France qui refuse notre intégration, 2005. Alban mTTEAU , Evasion tropicale, 2005. Janine ANDRIEU, La Joconde dans le maquis, 2005. Anne PASSOT, La vie ordinaire ou quand le destin s'emmêle,2005. Oumar ABA TRAORÉ, Mon combat pour le Mali, 2005. NKANSA'S Nenthor, Lettre à un ami au Congo, 2005. Michel RUBIN, L'effet madeleine. Petits croquis d'époque autour de mots yiddish, 2005. Paul DELCAMPE, Jacob, Mohamed et moi Romain, 2005. Georges AMAR, L'Inde danse, 2005. Marcel FAKHOURY, Les derniers anges d'Alexandrie. Roman,2005. Christiane DELLAC , Marie-Anne Collot, 2005. SOLVEIG, Linad et les loups, 2005. Philippe MOLLE, Mémoires d'outre mers, 2005. Hugues LETHIERRY (dir.), La mort n'est pas au programme, 2005. Micheline CANONNE BEDRINE, Mimi dans la tourmente,2005. SOLVEIG, Mots pour maux, 2005. Lucie CHARTREUX, Derrière le soleil, 2005.

Pour Chantal, Pour Denis,

qui ont eu un merveilleux Grand-père

A mes parents,

Son village

Son village se cache parmi les bois et les collines. C'est un village comme tant d'autres, pas tout à fait puisqu'il a cette attrayante particularité d'être un pays d'eaux. L'eau coule partout. Elle jaillit et chante le long des maisons. Pas moins de vingt-cinq sources, des fontaines à chaque coin de rue, c'est tout le charme de son pays. Bien abrité au nord par le promontoire du plateau de Langres, à une dizaine de kilomètres au sud de cette ville, son village s'est construit à deux pas des sources de la Marne. Novembre 1899 ! La deuxième partie de l'automne a été douce, l'été de la Saint-Martin s'est prolongé sensiblement. Le 19 de ce mois court et maussade par tradition, un petit garçon est né, non pas dans l'une de ces jolies demeures qui florissaient dans le pays mais dans une modeste maison de maraîchers. Rude handicap en vérité! Pour y pallier, la nature a doté le nouveau venu d'un optimisme et d'une joie de vivre intenses. Il a reçu les prénoms de Marcel Lucien. En grandissant, le petit garçon scrutait vainement sa mémoire, afin d'essayer de retrouver le visage du père qu'il avait si peu de temps connu. Hélas, seuls subsistaient le souvenir d'allées et venues dans la maison, des « enveloppements» que l'on faisait au malade, thérapeutique dérisoire employée pour vaincre la pleurésie. Marcel croyait encore entendre la voiture à cheval du docteur: clic-clac, le bruit des sabots résonnait longtemps après le départ de I'homme de science qui ne pouvait rien.. . La mère est restée seule avec cinq petits. Il fallait se mettre à l'ouvrage. Ni la volonté, ni le courage ne lui manquaient. Elle a cultivé ses terres. Au bord du champ, elle « campait» les enfants sous un grand parapluie noir, tandis qu'elle binait ou piochait. Terre nourricière, gorgée d'alluvions, ô pleine de promesses, mais qui demandait à être travaillée! Comme ses sœurs, Marcel était habillé d'une grande et ample robe. La mère faisait vivre la nichée de son petit élevage et des

légumes du potager. Les plus beaux étaient réservés pour le marché de la ville qui avait lieu tous les samedis. La veille, elle tuait et plumait des coquelets qu'elle vendait par deux. Selon la saison, elle préparait des bottes d'asperges, de radis, arrangeait les haricots délicatement, les choux de toutes sortes. Les laitues abondaient ainsi que les autres salades qui défilaient au rythme des saisons. Mais que d'ingéniosité fallait-il déployer pour entasser des marchandises fraîches, si fragiles, dans la hotte de vigneron qu'elle portait sur le dos et qui la faisait plier en deux. La mère prenait un soin tout particulier des asperges, triées, ficelées en bottillons. Dans toute la région, les asperges du pays étaient renommées pour leur saveur inégalable, le terroir, darne! Justement appréciées par les gens de la ville, elles étaient le fleuron des cultures maraîchères du village. On apercevait les turions qui dépassaient un peu de la hotte, devisant gaiement avec les radis roses à collerette blanche. La mère ainsi chargée, en sabots, faisait douze kilomètres pour se rendre au marché. Elle s'acquittait des douze sous exigés à l'octroi afin de pouvoir rentrer dans la ville de Langres. Ensuite, elle donnait encore quelques sous pour sa balance qu'une commerçante aimable et avisée lui gardait dans son échoppe. Pauvre femme, ses jambes étaient lourdes de fatigue sur le chemin du retour, mais la hotte était vide! Elle faisait sonner dans la poche de son grand tablier les pièces qu'elle rapportait. Lorsqu'elle franchissait la porte de sa maison, elle mettait sur son visage son plus beau sourire. Vite, elle allait vers la cheminée, ranimait le feu somnolent, agitait pincettes et pelle, et sur les tisons rassemblés, posait en croix de menus sarments, puis de petits rondins. Alors soudain dans l'âtre, les flammes crépitaient et donnaient âme et vie à la grande cuisine sombre. Sur les chenets, la mère disposait les bûches. Le feu prenait possession de l'âtre, éclairant la pièce où seuls les coins restaient dans l'ombre. Dans le gros chaudron, la soupe au lard était juste bonne à être servie: ni tiède, ni brûlante. La mère avait disposé les 12

assiettes creuses sur la grande table de chêne, puis serrant sur sa poitrine la miche ronde, elle taillait des tranches de ce bon pain qui allait garnir le fond des assiettes. Deux louches de soupe fumante étaient versées dessus. Puis les légumes du potager, fondants à cœur étaient servis dans un plat, le lard coupé en morceaux tout autour. - A table! disait-elle. Son ton était impératif mais sa voix résonnait gaiement. Chacun prenait place rapidement. La lampe à pétrole faisait de grands trous d'ombre tandis que dans la cheminée, mille étincelles scintillaient comme autant d'étoiles. La mère surveillait son petit monde. Elle les redécouvrait, l'un après l'autre, avec une tendresse infinie. Marcel était le plus petit, le plus chétif: un visage maigre, des bras et des jambes pas plus gros que des rondins, un corps étriqué, mais des yeux vifs et pétillants! - Mange! Tu ne pousses pas ! Demain je ferai cuire les petites asperges, celles que je ne peux pas vendre, mais qui sont si tendres. Et je tuerai une poule: un bon bouillon et de la viande pour te forcir. La mère ne faisait jamais de longs discours. Ses yeux disaient tout ce qu'elle ne savait exprimer, ses gestes étaient apaisants et nobles. C'était l'heure bénie. Envolée la fatigue! Evanouis le mal au dos, la sensation de jambes raides. La mère se sentait bien dans ces instants d'intimité familiale où le corps se repose tandis que l'esprit ne retient plus que ce qui est agréable, rassurant. Le feu et la lampe contribuaient à cette ambiance. Ils en étaient les deux éléments essentiels, véritables symboles de la vie. Et pourtant, près de la cheminée, on « cuisait », alors qu'un peu plus loin l'air frais qui s'infiltrait sous la porte et sous la fenêtre glaçait les épaules. La lampe dispensait une lumière parcimonieuse, mais elle éclairait le visage des enfants et son halo diffusait de l'or dans leurs cheveux. Pour eux, c'était aussi le meilleur moment de la journée : la porte close, la chaleur de l'âtre près duquel ils venaient 13

s'asseoir sitôt la soupe avalée, les histoires des plus grands, la présence surtout de la mère! Celle qui tendrement leur souriait, tandis que dans sa tête s'échafaudait le travail du lendemain. Pour l'heure, elle allait « les)} coucher. Tant de besogne l'attendait encore! Ne pas oublier, pensait-elle, de ravauder les vêtements déposés en évidence sur le coffre à linge. Son regard soudain s'attardait sur la pipe du père pieusement placée près du crucifix sur le manteau de la cheminée. A côté, un pot à tabac en faïence voisinait avec un cruchon qui servait de vase quand la mère songeait à y mettre quelques uns des somptueux dahlias ou des marguerites qui s'épanouissaient tout autour de la maison. La mère aimait les fleurs, tout particulièrement les vivaces, humbles fleurs des champs qui croissent au gré de la nature. Le printemps venu, sa demeure semblait jaillir d'un immense massif de fleurs et de verdure. La mère puisait dans ce spectacle beaucoup de réconfort. Le village a pour nom Cohons, il se prononce Cons. Il fait partie du bassin hydrographique méditerranéen. Le plateau de Langres sert de limite au partage des eaux. Celles du village s'écoulent vers la Saône. Les ruisseaux et les sources vagabondent, dévalent les talus. La musique de leur clapotis est sonore, gaie; elle escorte allègrement les occupations de chacun. Qu'il est merveilleux à entendre ce bruit d'eau! La mère lavait son linge dans ces sources d'eau vive qui sortaient impétueusement de partout. Une belle eau courante prodigalement offerte! Dans un mur, elle jaillissait par un énorme trou qu'elle avait peu à peu agrandi: son débit était impressionnant. Les villageois appelaient cet endroit « le cul de la vache)}. L'été venu, le village prenait tout à coup un air de fête. Quelle effervescence! Les châtelains arrivaient, ouvraient les fenêtres de leurs propriétés. Beaucoup de femmes du pays trouvaient un emploi saisonnier qu'elles ne dédaignaient pas. 14

La mère allait ainsi travailler occasionnellement en qualité de cuisinière. C'était une tâche de plus, mais elle en tirait une certaine fierté et les sous gagnés étaient judicieusement employés aux achats de première nécessité. Camille, le fils aîné de la maison eut ainsi sa première paire de chaussures montantes à l'occasion de sa Communion Solennelle. Les belles demeures étaient entourées de parcs immenses. Celui du château, particulièrement, prolongeant 1'habitation proprement dite, n'avait pas d'égal dans toute la région. On y accédait par un petit bois dans lequel un hêtre pleureur faisait tout naturellement une arche superbe. Il fallait écarter un peu les branches pour pénétrer dans cette tonnelle fraîche et verdoyante. Un ruisseau où courait l'eau vive longeait la grande allée qui continuait le bois. Plus loin, une succession de chutes d'eau, formait une cascade ruisselant sur des marches semi-circulaires. On arrivait aux jardins à la française qu'inspira Le Nôtre comme en témoignaient le schéma géométrique, les jets d'eau et les statues mythologiques. Lorsque la mère allait travailler au château, Marcel avait le droit de jouer et de courir à son aise dans le parc. C'est peutêtre là, dans ce décor harmonieux d'arbres, de fleurs et d'eau, que lui est venu cet amour inconditionnel de la nature. Il courait à perdre haleine dans la grande allée, puis venait s'asseoir près de la cascade où il restait de longs moments silencieux et rêveur. Les statues l'intriguaient. Il ne manquait pas d'aller les saluer et de leur faire une révérence, à sa façon, pour le moins comique. - Bonjour Neptune, te plais-tu ici? L'eau ne manque pas. Au cours d'une promenade, le maître d'école avait appris à ses élèves le nom de ces divinités et ce qu'elles représentaient. Ah! Ce maître, bourru, sévère, mais bon et juste, que de savoir avait-il! Il était de la région et sa première affectation au sortir de l'Ecole Normale avait été pour Cohons où il 15

allait faire toute sa carrière. Lorsque les gamins arrivaient à l'école, se bousculant, martelant le sol de leurs sabots, toc, toc, le maître avait déjà allumé le poêle. Les rondins léchés par les flammes ronflaient, il ne restait plus qu'à poser par dessus les bûches de bouleau ou de charme qui tiennent le feu. Vite, on tapait les sabots contre le mur mais quand ils s'étaient enfoncés dans la boue ou la neige, l'hiver, on les troquait contre des chaussons grossièrement fabriqués et qui étaient remisés dans le couloir. Les pèlerines étaient accrochées aux clous. Le maître apparaissait alors sur le seuil de la classe, le brouhaha cessait comme par enchantement. Tapant dans ses mains, il obtenait sans mot dire que les élèves s'alignent sur deux rangs. D'un côté les petits et les moyens, de l'autre les grands, ceux qui s'acheminent vers le certificat d'études. Puis sa voix grave résonnait: entrez! Chacun prenait place sur son banc et la revue commençait: les mains, les ongles trop souvent noirs à son goût, les cheveux pas toujours démêlés, les frimousses barbouillées. Un coup d'œil rapide sur les sarraux, un hochement de tête réprobateur, parfois quelques coups de règle sur les doigts et la classe pouvait commencer. Elle débutait par une courte leçon de morale. Une phrase la résumait, écrite sur le tableau, en dessous de la date, qui serait effacée le lendemain seulement: l'oisiveté est la mère de tous les vices. Mains derrière le dos, le maître arpentait la classe, commentant avec des mots simples la maxime du jour qui serait apprise par cœur. Il avait bien conscience que l'école primaire était surtout destinée à de petits paysans. Les meilleurs d'entre eux pourraient envisager une autre destinée si du moins tel était le désir des parents, ce qui n'était pas souvent le cas. Les travaux des champs demandaient de la main d'œuvre: dès l'âge de dix ans, les enfants quittaient l'école pour aider leurs parents dans toutes ces activités longues et laborieuses. Le maître n'avait que peu de temps pour inculquer à ces jeunes cerveaux le plus de connaissances possibles. 16

- Rabâchons, rabâchons, se disait-il, il en restera quelque chose. Il prenait soin de bien articuler la dictée des grands. Pas un jour d'école ne se passait sans l'inévitable leçon d'écriture, suivie de la dictée. Le maître mettait tant d'application à aligner les lettres et les mots d'une belle cursive sur le tableau noir que les enfants suivaient sa main avec intérêt et admiration. Quelle exigence sur l'écriture qu'il aimait régulière et lisible! Les lettres devaient être bien formées avec soin sur l'ardoise ou sur le cahier. Marcel était un élève attentif qui rêvait en secret d'écrire un jour aussi bien que le maître d'école. Il s'appliquait de tout son cœur afin de présenter un cahier bien tenu où courait une écriture malhabile mais extrêmement régulière. Inlassablement étaient répétées les règles de grammaire, les conjugaisons! La lecture avait une place tout aussi importante dans l'emploi du temps. Les grands devaient s'occuper des petits. Certains savaient déjà lire quand d'autres ânonnaient encore le baba. Marcel attendait avec impatience la leçon de calcul qu'il trouvait trop courte: opérations, problèmes, calcul mental le passionnaient. Le maître avait cet art de retenir l'attention de son auditoire, de le captiver en truffant les leçons d'anecdotes, si bien que les jeunes cervelles enregistraient non seulement les faits curieux mais aussi l'essentiel. C'est ainsi que furent appris et retenus à vie les départements, et leurs chefs-lieux. Marcel était incollable à ce sujet et le nom des sous-préfectures ne lui échappait pas souvent. Cependant comme ses camarades, il recevait de temps en temps, sur le bout des doigts quelques coups de baguette de coudrier, ce qu'il n'appréciait pas beaucoup mais il ne bronchait pas. Le maître étant originaire d'un village voisin, les contacts avec les gens du pays s'en trouvaient facilités. Il les connaissait tous ou presque. S'il avait quelques relations de sympathie avec certains, sa solitude néanmoins était grande. Les paysans éprouvaient pour lui des sentiments mitigés de 17

respect et d'envie pour son savoir. Sans la présence du maire et du curé, son isolement intellectuel aurait été profond. Leurs convictions étaient singulièrement à l'opposé mais leur instruction les rapprochait. En fait, ils étaient trois intellectuels à prêcher dans une commune rurale où le travail des champs était la seule culture. . . Au point de vue social, l'école communale tenait un rôle prépondérant. N'offrait-elle pas pour les meilleurs et les plus assidus le couronnement suprême du Certificat d'Etudes? Parfois le maître était invité à partager le repas dominical chez les parents de l'un de ses élèves. C'était une grande marque d'estime qui lui allait droit au cœur. On parlait peu, du temps, des récoltes... Si le maître s'avançait à dire que son élève lisait sans difficultés, qu'il était bon en calcul mais qu'il lui fallait apprendre sur le bout des doigts les tables de multiplication, le père l'interrompait: quelles tables? C'est pas ça qui lui apprendra à tailler la vigne où à faire pousser le blé! Ici, on a plus besoin de paysans que de maîtres d'école. Allez, encore un verre de piquette, vous n'êtes pas venu ici pour parler d'école? Le maître trinquait, prenait congé, remerciait pour le repas amical. De retour chez lui, il laissait exploser les pensées qui bouillonnaient dans sa tête en feu: - Mon devoir de maître d'école est là, bien tracé. Je dois coûte que coûte ouvrir l'esprit de mes élèves, forcer leur mémoire à travailler afin que s'y grave de manière indélébile tout ce que l'école primaire leur aura apporté d'enseignements et de connaissances. Voilà une base solide pour la vie! Tout ce que je sais, je leur apprendrai. Qu'il est beau et noble mon métier! Puis se prenant la tête dans ses mains: - Combien décrocheront le Certificat cette année? J'ai de bons éléments et l'espoir qu'ils se verront remettre le précieux parchemin leur permettant de sortir d'une misérable condition. Mais que de chemin semé d'embûches à parcourir encore! 18