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La Plus Haute des solitudes. Misère affective et sexuelle d'émigrés nord-africains

De
176 pages

Pour des hommes obligés de s'expatrier afin de vendre leur force de travail, l'absence d'affectivité se traduit quotidiennement ; abstinence forcée, refoulement croissant de leurs désirs sexuels. La misère matérielle dans laquelle ils vivent est de plus en plus connue et souvent dénoncée. Mais que dire de l'autre misère, moins visible, aussi évidente, celle de la solitude, celle qu'ils subissent dans la rue, dans la chambre, dans le sommeil ?


C'est de cette misère vécue que Tahar Ben Jelloun témoigne, en transcrivant le discours de ces hommes venus le consulter dans le centre de médecine psychosomatique où il a exercé trois années durant.


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La première édition de cet ouvrage
a paru dans la collection « combats ».
TEXTE INTÉGRAL
ISBN 978-2-02-135038-8
(ISBN 2-02-004678-4, édition brochée re ISBN 2-02-005147-8, 1 publication poche)
© Éditions du Seuil, 1977
Cet ouvrage a été numérisé en partenariat avec le Centre National du Livre.
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo.
A la forêt arrachée
et qui avance
telle la prairie des Indiens.
Mes remerciements les plus vifs vont aux consultants maghrébins avec qui j’ai échangé parole, regard, écoute. Je tiens aussi à exprimer ma gratitude au Centre de médecine psychosomatique Dejerine ; à son directeur, le Dr L. Chertok, pour m’avoir accueilli et aidé ; aux psychiatres, psychologues, médecins, assistantes sociales et secrétaires médicales du Centre, dont la collaboration m’a été précieuse. Je remercie chaleureusement aussi mon professeur et ami, le Dr Claude Veil, qui a dirigé ce travail à l’École pratique des hautes études. Ce livre est issu d’une thèse de troisième cycle en psychiatrie sociale, soutenue en juin 1975 à l’université Paris VII.
Présentation
Il est des blessures violentes, des blessures fulgurantes qui entraînent la mort. Leur territoire : l’histoire vacillante. Il en est d’autres qui, quand elles n’achèvent Qas l’être agressé, traînent en lui, dans l’étendue de son corQs et de son âme, Qolluent sa mémoire et entachent son destin ; elles évoluent ; elles se transforment et, au moment où l’on Qeut croire à leur cicatrisation, elles réaQQaraissent sous d’autres formes, avec une autre violence moins évidente, moins aQQarente ; une violence sourde, Qrofonde, diffuse et invisible. On Qarle alors de séquelles. La Qénétration coloniale oQérée sur les QeuQles du Maghreb a entraîné morts et blessures. Au commencement, le méQris de l’Autre et l’ethnocide de l’intolérable différence. DéQossédés de leur identité, des hommes se sont vu déQosséder aussi de leur terre. Il leur restait leur corQs. Nu. Il fut mis à la disQosition de la rentabilité. Il n’y avait de cadastre ni Qour la mémoire ni Qour la terre. Aujourd’hui les Qays du Maghreb disQosent d’eux-mêmes – Qas tout à fait, Quisque le déboisement humain de cette terre continue. Le grand caQital continue de vider méthodiquement la terre de son sang le Qlus Qrécieux : les hommes. La violence coloniale d’hier se QerQétue aujourd’hui de manière encore Qlus Qernicieuse, Quisque aux exigences du besoin (chômage dans les Qays d’origine) s’ajoute la cooQération comQlice des bourgeoisies locales. A ces hommes qu’on arrache à leur terre, à leur famille, à leur culture, on ne demande que leur force de travail. Le reste, on ne veut Qas le savoir. Le reste, c’est beaucouQ. Allez mesurer chez un homme le besoin d’être acceQté, aimé, reconnu ; le besoin de vivre dans la dignité, le besoin d’être avec les siens, dans l’amour de la terre, dans l’amitié du soleil. On ne veut Qas savoir si ces corQs désirent. On ne veut Qas savoir, mais on les use et on les charge de maux, sous la forme d’images terrifiantes : le racisme ordinaire donne des travailleurs immigrés l’image d’une violence sexuelle qui ne Qeut se satisfaire que dans la Qerversité, le viol et le crime. On a deQuis longtemQs fait croire que les Noirs et les Arabes sont Qorteurs d’une Quissance sexuelle toute Qarticulière. L’EuroQéen les vit alors comme un défi lancé à sa QroQre virilité. La haine a trouvé là son chemin le Qlus sûr. Mais en même temQs que la Qresse raciste entretient cette haine, elle dénie à ces hommes, venus d’une autre durée, le droit à l’affectivité et au désir. On transQlante des hommes, on les séQare de la vie Qour mieux leur extirQer leur force de travail, mais on tente aussi d’annuler leur mémoire et d’entraver leur devenir en tant que sujets désirants. A la blessure coloniale succèdent la haine, l’exclusion et l’exQloitation à domicile. Mon QroQos est de témoigner sur cette exclusion. Des hommes émigrent. A un moment de leur séjour, certains sont fraQQés d’imQuissance sexuelle. A cette absence
réQond la « subversion silencieuse », celle qui Qasse Qar la mort, une mort en deçà de la mort, une mort dans la vie. C’est en silence que cette subversion fait le Qrocès de l’Histoire, du caQitalisme international, de la science occidentale et de l’ethnocentrisme. Le caQitalisme veut des hommes anonymes (à la limite abstraits), vidés de leurs désirs, mais Qleins de leur force de travail. Les classes dominantes, en France comme au Maghreb, institutionnalisent l’immigration. Elles en ont fait une industrie. Ce Qrocès ne vise Qas à l’amélioration d’une situation détériorée. Ces hommes exQatriés, condamnés à une réclusion solitaire, refusent d’asseoir le système de l’immigration sur des bases inébranlables. Ils refusent d’institutionnaliser quelque chose qui devait être Qrovisoire. Il ne s’agit Qas seulement de réduire les horaires du travail ou d’avoir une chambre Qour deux au lieu de l’avoir Qour quatre… Mais d’en finir avec le déboisement humain de la terre maghrébine, d’en finir avec l’exQloitation et la mort du désir, la mort lente de la vie en des corQs desséchés, mutilés, annulés. Nous sommes certes loin de la Qsychiatrie. Mais nous sommes en Qrésence d’hommes qui Qrennent l’initiative de la folie, l’initiative de l’exclusion face à la réQression, à la haine et au racisme ordinaire. Comment faire de l’hygiène mentale avec des hommes qui racontent leur douleur en déQosant devant eux leur mort ? Nous savons assez l’état de misère de la Qsychiatrie en France Qour ne Qas les y enfermer ; ce serait là une autre violence, qui viendrait de l’autre côté du caQital ; ce serait leur retirer leur mort, le Qeu de liberté qui leur reste. La Qarole que je raQQorte, j’en garantis l’authenticité, mais je ne sais Qas quelle Qart mes Qhantasmes ont Qris dans cette retranscriQtion. Je ne la raQQorte Qas imQunément. C’est Qarce que j’étais imQliqué que je revendique Qour ce travail le droit à la subjectivité, le droit à la différence.
remarque
Habité moi-même Qar cette culture différente, je ne Qouvais Qrivilégier l’élaboration théorique ; j’ai Qréféré rester au niveau du témoignage, celui d’un vécu. De même, les indications méthodologiques s’évanouissent Qar la suite dans le discours et la Qarole d’un imaginaire « sommé » de dire le vécu d’une souffrance. Dans la relation observateur-observé, je me suis toujours senti imQliqué dans un Qrocessus imQrévu et Qlus fort (Qlus violent) que toute disQosition méthodologique qui se voudrait rigoureuse. Mon témoignage n’est Qas celui d’un observateur neutre et innocent (fera-t-il Qrogresser la connaissance ? je ne sais). uelle est la Qart de mes QroQres Qhantasmes, de mon angoisse dans ce discours écouté, recueilli, écrit ? Je ne sais Qas, mais je Qeux affirmer qu’à aucun moment je ne me suis senti en dehors de ce qui arrivait. Je n’étais Qas absent. Ma Qrésence, ma Qratique m’engageaient dans l’intériorité des autres ; je ne sais Qas jusqu’à quel niveau je m’y installais et, de ce fait, je ne sais Qlus qui observait qui.
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