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La Princesse Charlotte de Rohan et le Duc d'Enghien

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BnF collection ebooks - "L'imagination du plus fécond des romanciers ne saurait inventer de péripéties aussi émouvantes, de personnages plus intéressants que ceux qui surgissent à travers l'Histoire... Par-delà les grands faits qui se fixent dans toutes les mémoires, apparaissent des ombres d'hommes, de femmes... Elles ont eu, ces pâles ombres, toutes les séductions de la jeunesse, de la beauté, de la grâce, de la vaillance..."

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La Princesse Charlotte et le Duc d’Enghien
I

Les Rohan au XVIIIe siècle. – Mariage du prince et de la princesse de Rohan-Rochefort. – Baptême de la princesse Charlotte. – Le château de Rochefort-en-Yvelines. – Mariage du prince Charles-Gaspard. – L’abbaye de Panthemont. – Baptême du duc d’Enghien.

L’imagination du plus fécond des romanciers ne saurait inventer de péripéties aussi émouvantes, de personnages plus intéressants que ceux qui surgissent à travers l’Histoire… Par-delà les grands faits qui se fixent dans toutes les mémoires, apparaissent des ombres d’hommes, de femmes… Elles ont eu, ces pâles ombres, toutes les séductions de la jeunesse, de la beauté, de la grâce, de la vaillance… elles ont aimé et elles ont souffert… Victimes, pour la plupart, de grands évènements, où elles n’ont joué que des rôles de comparses.

Le vulgaire les ignore.

Songe-t-il à la fleur que brise le vent d’orage ?… au nid qu’emporte l’ouragan ?… à la petite barque qui sombre dans la brume, coupée en deux par le vaisseau de haut bord ?

C’est l’une de ces ombres que nous allons évoquer… Elle vécut presque deux moitiés de siècle. « On ne meurt pas de douleur », écrira-t-elle, bien des années après le terrible drame dont elle restera meurtrie à jamais.

Cette héroïne d’un roman tragiquement vécu s’appelait la princesse Charlotte de Rohan-Rochefort.

Peu de berceaux furent entourés de plus radieux présages que celui dans lequel s’éveillait à la vie la fille de « très haut et très puissant seigneur Mgr Charles-Jules-Armand de Rohan, prince de Rochefort, maréchal des camps et armées du Roi, gouverneur des villes et citadelles de Nismes et de Sainte-Hippolyte, et de très haute et très puissante dame Marie-Henriette-Charlotte-Dorothée d’Orléans de Rothelin, son épouse1… ».

Descendants de Conan, qui régnait en Bretagne en 304, les Rohan, avec leur fière devise : « Roy ne puis, Duc ne daigne. Rohan suis », prétendaient au XVIIIe siècle avoir le pas sur toute la noblesse de France, et marcher immédiatement après les princes du sang.

Lorsqu’à la mort du roi Stanislas, le duché de Lorraine et le Barrois furent réunis à la Couronne, les princes lorrains eurent rang à la Cour ; les Rohan, ne voulant pas leur céder la prééminence, firent établir par des généalogistes, entre autres : un Jésuite, le P. Griffet, et le secrétaire du cardinal Louis de Rohan, l’abbé Georgel, que « les princes de Rohan sont issus en ligne droite et masculine de la maison royale de Bretagne » et que toujours, « ils ont été traités et regardés comme princes de naissance2 ».

Dans cette Cour de Louis XV, où les questions de préséance et d’étiquette avaient l’importance de questions d’État, les prétentions des Rohan soulevaient d’ardentes et interminables polémiques, dont nous retrouvons la trace dans Bachaumont et nombre de Mémoires du temps.

Tout concourait alors à donner aux descendants des vieux rois bretons cette situation prépondérante qu’ils réclamaient comme un droit de naissance :

Mme de Marsan est gouvernante des Enfants de France3 ; Louis XV témoigne à Mme de Guéménée une respectueuse sympathie ; tandis que le maréchal de Soubise est le favori de la marquise de Pompadour.

Les Rohan, qui appartiennent à l’Église, ont les plus belles abbayes, les plus importants diocèses de France. Ils sont revêtus de la pourpre romaine, grands aumôniers de la Cour. C’est un cardinal de Rohan qui baptise les filles de Louis XV, Mesdames Élisabeth. Henriette et Adélaïde, ainsi que le Dauphin.

À sept ans, la petite princesse de Rohan est présentée à la Reine par Mesdames de France, qui ont à peu près son âge, et prend possession de son tabouret.

Captivé par la beauté et l’irrésistible charme de Charlotte-Godefriede de Rohan-Soubise, le petit-fils du Grand Condé sollicite sa main, alliant la Maison de Bourbon à la Maison de Rohan4.

Ce charme vainqueur, toutes les femmes de cette famille privilégiée semblent l’avoir en partage. Il les enveloppe dès leur berceau, elles le trouvent dans leur corbeille de noces.

La princesse de Rohan-Rochefort, dont Charlotte sera le troisième enfant, avait la réputation d’être une des femmes les plus séduisantes de Paris et de la Cour, où elles étaient cependant en si grand nombre à cette époque, dont Talleyrand disait : « Celui qui n’y a pas vécu ne connaît pas la joie de vivre ! »

Elle s’était mariée à l’église de Saint-Sulpice, au printemps de 1762, ayant à peine dix-huit ans5. Son contrat avait été, suivant un traditionnel usage, signé au château de Versailles, dans le cabinet du Roi. Parmi les signataires se trouvent comme donateurs : le cardinal de Rohan, évêque de Strasbourg6, et Mgr Ferdinand de Rohan, archevêque de Reims ; puis comme parents du fiancé : sa tante maternelle Éléonore de Béthisy, princesse de Ligne7, la comtesse de Brionne, le prince de Lorraine-Lambesc8, la comtesse de Marsan, la princesse de Carignan, le prince Louis de Rohan, alors coadjuteur de l’évêque de Strasbourg, le futur héros de la tragique affaire du Collier ; son frère le prince Ferdinand, qui sera évêque de Cambrai, et dans quarante-deux ans grand aumônier de l’impératrice Joséphine ! D’autres noms illustres figurent aussi au bas de ce contrat de mariage, entre autres : ceux de Molé, le premier président du Parlement de Paris, du président de Maupeou, de l’abbé de Breteuil, du comte de Tillière.

Les deux premiers enfants de la séduisante princesse de Rohan-Rochefort furent des fils : Charles-Mériadec, qui mourut au berceau, et Charles-Gaspard, né en 17659. La princesse Charlotte vint au monde deux ans plus tard. Elle devait avoir en partage tous les dons qui captivent les cœurs et les enchaînent à jamais. Comme sa grand-tante Charlotte de Rohan-Soubise, elle aussi sera ardemment aimée d’un Condé, et pourtant la vie lui sera cruelle et les beaux yeux couleur de pervenche qui s’ouvrent inconscients à la vie, en ce matin d’automne, seront noyés dans l’amer flot des larmes.

L’avenir, heureusement, reste le secret inviolable de Dieu et nul sinistre augure n’assombrit les fêtes du baptême, qui furent célébrées le 28 octobre 1767, à l’église de Saint-Sulpice.

Les cloches sonnant à grand branle, envoient dans le ciel de turquoise leurs plus gais carillons ; aux abords de l’église, toutes les commères, tous les enfants du quartier se pressent, se poussent, se bousculent pour voir de plus près le beau cortège qui, lentement, descend les degrés.

Voici, sur les bras de sa nourrice, la toute petite princesse Charlotte, enfouie dans le satin et les dentelles précieuses de sa parure baptismale.

Toute fière de son rôle de marraine, délicieusement parée, marche près d’elle, avec la grâce d’une jeune déesse, la sœur de Mme de Rochefort, « très haute et très puissante demoiselle Françoise-Dorothée d’Orléans de Rothelin, fille mineure de très haut et très puissant seigneur Alexandre d’Orléans, marquis de Rothelin, lieutenant général des armées du Roi, gouverneur du Port-Louis10 ».

Le parrain attire plus encore les regards de la foule ; c’est le plus beau des princes de l’Église : Son Éminence le cardinal Louis de Rohan, prince-évêque de Strasbourg, abbé commendataire des abbayes de Saint-Waast et de la Chaise-Dieu, supérieur général de l’hôpital des Quinze-Vingts, membre de l’Académie française.

La populace à laquelle on jette à pleine mains dragées, sols et pièces blanches, salue d’enthousiastes acclamations, de joyeux noëls, « la belle Éminence » et sa filleule, tandis que les laquais, à la livrée de Rohan, relèvent les marchepieds des carrosses de gala.

Les majestueux cochers poudrés, galonnés sur toutes les coutures, rendent la main aux attelages superbes, qui, énervés de l’attente, prennent à toute allure la direction de la rue de Varennes, où le prince et la princesse de Rochefort ont leur résidence.

Depuis la fin du règne de Louis XIV, beaucoup de grands seigneurs ont abandonné le voisinage de la place Royale11 pour aller s’installer sur la rive gauche de la Seine, dans le faubourg Saint-Germain, où Mansart leur a bâti de somptueux palais, encadrés dans d’immenses parcs dessinés par Le Nôtre.

Quelques-uns de ces hôtels existent encore, irrécusables témoins d’un passé d’élégante splendeur, dont les milliardaires américains n’égaleront jamais les délicats raffinements, mais la plupart ont disparu sous la pioche des démolisseurs. Celui des Rohan-Rochefort n’a été détruit qu’en 1878. Les terrains qu’il occupait étaient si vastes qu’on a construit sur leur emplacement toute la cité Vaneau12.

Tout en étant moins follement prodigues que les Guéménée, qui devaient arriver à une retentissante faillite de 33 millions, les Rohan-Rochefort menaient grand train à Paris et dans leur résidence de Rochefort-en-Yvelines située sur la route de Limours à Chartres, à quatre lieues de Rambouillet.

Le vieux château, dont une partie remontait au temps de Louis le Gros, ne répondait pas aux goûts et à la façon de vivre des grandes dames du XVIIIe siècle, et, aussitôt après son mariage, la très mondaine princesse de Rochefort songea à se faire construire une habitation d’apparence moins austère que l’antique demeure ancestrale ; mais elle n’avait pas, comme la marquise de Pompadour, la cassette royale à sa disposition ; il lui fallut donc attendre plusieurs années la réalisation de son rêve, et c’est seulement en 1781 que le nouveau château sortit de terre.

Les Rochefort avaient quatre enfants vivants : trois fils, les princes Charles-Gaspard, Jules et Henry, et la princesse Charlotte.

Charles-Louis-Gaspard avait seize ans et était, depuis l’année précédente, marié à sa cousine, Marie-Louise-Josèphe de Rohan-Guéménée, de six mois plus âgée que lui.

Ces mariages précoces, où le mari était plus jeune que la femme, étaient assez fréquents à cette époque.

L’exemple partait de haut. Louis XV avait quinze ans lorsqu’il épousa Marie Leczinska, de sept ans plus âgée que lui. Le duc de Bourbon, dont la séparation eut un si retentissant éclat, avait lui aussi quinze ans au moment de son mariage avec la princesse Bathilde d’Orléans, qui en avait vingt et un et qu’il aimait follement depuis six mois.

Plus heureuse et peut-être plus habile que la séduisante duchesse de Bourbon, la princesse Gaspard de Rohan-Rochefort saura retenir l’amour à son foyer.

Suivant l’usage du temps, elle fut sans doute ramenée, après la cérémonie nuptiale, dans l’une des abbayes à la mode où les jeunes filles de l’aristocratie faisaient leur éducation13 ; car c’est seulement en 1785 qu’elle fit pour la première fois une aïeule de sa jeune belle-mère14.

Ce n’était pas au mariage, mais à l’Église, qu’était destiné le prince Louis-Camille-Jules, le second fils du prince et de la princesse de Rohan-Rochefort, afin de continuer la tradition du cardinalat dans la Maison de Rohan. Il était né en 1770, l’année du mariage de Marie-Antoinette, que le cousin de son père, le beau cardinal Louis de Rohan, avait complimenté au seuil de la cathédrale de Strasbourg, sans prévoir quel fatal enchaînement de circonstances lui ferait jouer un rôle si néfaste dans la vie de cette jolie Dauphine, dont il voudrait tant conquérir les bonnes grâces.

Quant au prince Henry, nul ne se préoccupait de son avenir en 1781. Il avait alors à peine deux ans.

Le prince et la princesse de Rochefort ne s’occupaient pas davantage de leur fille, qui venait d’entrer dans sa quatorzième année. Au XVIIIe siècle, la jeune fille ne compte pas, n’existe pas, pour ainsi dire. Elle ne vit pas dans sa famille, et c’est à l’ombre des cloîtres, dans les abbayes, dans les chapitres de chanoinesses ou à Saint-Cyr qu’il faut aller chercher les échos de son rire insouciant, de ses vagues mélancolies, de ses rêves imprécis, éternellement les mêmes.

Les salons de Paris, comme ceux de Versailles, auraient été de tristes écoles pour ces âmes en fleur ; aussi, presque toujours, les jeunes filles ne sortaient du couvent que fiancées.

Pour les princesses du sang ayant perdu leur mère, l’usage était qu’elles restassent dans une abbaye jusqu’au moment de leur mariage, ou, si elles ne se mariaient pas, jusqu’à vingt-cinq ans. C’est ainsi que Louise de Condé et Bathilde d’Orléans se trouvèrent ensemble à Panthemont15.

De ce couvent célèbre, « où tout ce qu’on connaît a été élevé16 », il ne reste d’autre vestige que la chapelle, devenue le temple protestant de la rue de Grenelle.

La plus grande partie des bâtiments a été démolie ; le peu qui subsiste de l’ancienne abbaye a été transformé en caserne17.

Les révolutions et le temps font de ces étranges transformations. Les futurs sous-lieutenants ont pris la place des demoiselles de Saint-Cyr, et des pas lourds de soldats résonnent sous les arceaux des cloîtres, à travers lesquels erraient, avec la grâce de leur jeunesse, les princesses du sang et les filles de la plus haute aristocratie.

Du parc splendide, dont les merveilleuses frondaisons se confondaient avec celles du couvent voisin, Bellechasse, il ne reste que quelques arbres disséminés dans des fonds de cour, où, les uns après les autres, ils achèvent de mourir, et bientôt rien ne rappellera ce passé charmeur, dont l’évocation nous fait oublier un instant l’insipide banalité de notre XXe siècle.

L’abbaye de Panthemont devait son nom à son lieu d’origine. Elle avait été établie dans le diocèse de Beauvais, sur la pente d’une montagne.

En 1701, les religieuses, qui appartenaient toutes à la plus haute noblesse, se transférèrent à Paris, et le Dauphin leur fit l’honneur de poser la première pierre de cette nouvelle résidence.

La construction fut rapidement menée. En 1756, le duc de Luynes, le minutieux historiographe de ce qui se passait à la Cour, relate la présence de Mesdames de France à la bénédiction des cloches de la chapelle.

À Panthemont, pas plus qu’à l’Abbaye-aux-Bois, les pensionnaires n’étaient astreintes à un règlement bien sévère ; elles y vivaient à peu près à leur guise, ayant leur appartement particulier, leur femme de chambre, leurs maîtres de musique et de danse. On les élevait pour ce qu’elles étaient destinées à être, de grandes dames, héritières de toutes les fières traditions de leurs ancêtres, avec cet affinement d’élégance et d’esprit qui rendirent inimitable la société française du XVIIIe siècle.

Le prix de la pension était de 700 ou 1 000 livres, suivant le train de la jeune fille.

Le prince de Condé avait donné à sa fille une Cour en miniature, composée d’une dame d’honneur et de plusieurs femmes de service.

L’altière duchesse d’Orléans avait agi de même pour sa petite-fille. Les deux princesses dînaient à la table de l’Abbesse.

Dans ce couvent infiniment plus mondain que religieux, les jeunes recluses recevaient beaucoup de visites, non pas dans un austère parloir, mais dans les salons de Mme l’Abbesse, où parents et amis venaient apporter toutes les nouvelles, tous les caquetages de Paris et de la Cour.

La réclusion, d’ailleurs, n’était pas complète, et si les pensionnaires n’avaient pas chaque année un nombre fixe de semaines de vacances comme à l’époque actuelle, il leur arrivait souvent de sortir de leur cloître pour assister à des cérémonies de mariage ou de baptême.

Ce sera au mariage du duc de Chartres, le futur Philippe-Égalité avec la fille et unique héritière du duc de Penthièvre18, que le jeune duc de Bourbon (il avait alors quatorze ans et demi) verra pour la première fois la princesse Bathilde d’Orléans, si séduisante qu’il en perdra la tête. On sait combien cette ardente flamme fut éphémère. Le duc d’Enghien était encore au berceau lorsque ses parents se séparèrent.

L’étroite intimité qui unissait les Condé aux Rohan amènera la princesse Charlotte à Versailles, au mois de mai 1785, pour assister au baptême de son jeune cousin le duc d’Enghien, qui venait d’entrer dans sa treizième année.

La coutume pour les princes du sang était de les ondoyer immédiatement après leur naissance, et d’attendre plusieurs années avant de leur suppléer les cérémonies du baptême, qui se faisaient en grand apparat.

La princesse Bathilde d’Orléans avait été baptisée à dix-sept ans. Elle avait eu pour parrain et marraine Louis XV et Marie Leczinska. Louis XVI et Marie-Antoinette voulurent être le parrain et la marraine de son fils19.

Hélas ! Ce roi si bon, cette reine si séduisante, portaient malheur à tous ceux qu’ils aimaient. Une mort tragique guette le bel adolescent, qui se tient entre eux, tout pâle d’émotion, semblable, dans son vêtement de moire d’argent constellé de diamants, à ces chevaliers des mystiques poèmes du Saint-Grâal, dont on retrouve l’image à demi effacée dans les vieux missels ou les anciens vitraux des gothiques cathédrales.

Il ne connaîtra pas les passionnantes joies du triomphe, ce petit-fils du vainqueur de Rocroy, ce fier descendant de saint Louis ; plus sûrement que les malfaisants génies des vieilles légendes, les hommes de la Révolution briseront entre ses mains vaillantes la victorieuse épée des Condé !…

1Acte de baptême de la princesse Charlotte. (Archives de l’église de Saint-Sulpice). – Voir aux Pièces justificatives.
2L’abbé Georgel (décembre 1771). Réponse à un ouvrage anonyme publié l’année précédente, et affirmant qu’il n’y avait point « en France de rang intermédiaire entre la famille royale et la noblesse, et que Messieurs de Rohan n’ont jamais eu d’autre titre et d’autre rang en Bretagne au temps de ses ducs, ni en France depuis sa réunion à la Couronne, que ceux qui sont communs à la noblesse ».
3Marie-Louise de Rohan-Soubise, née en 1720, veuve à vingt-trois ans, de Charles de Lorraine, comte de Marsan. Elle avait été nommée, en 1754, gouvernante des Enfants de France, après la mort de la duchesse de Tallard, sa tante. Mme de Tallard était également une Rohan ; ses sœurs étaient la duchesse de Mazarin et la princesse de Guéménée. Elle avait succédé dans la charge de gouvernante des Enfants et Petits-Enfants de France à la mère de la comtesse de Marsan, Adélaïde de Melun, fille du prince d’Épinay, qui avait prêté serment le 12 avril 1723, « en survivance de la duchesse de Ventadour, aïeule maternelle de son mari », suivant un acte de partage entre les Rohan-Soubise et les Rohan-Rochefort.
4Voir aux pièces justificatives.
5Elle était née à Paris, en décembre 1744. Au moment du mariage de leur fille, les d’Orléans-Rothelin habitaient un hôtel rue du Cherche-Midi. Ce n’était pas la première alliance entre les Rohan et les d’Orléans-Rothelin. En 1586, Jacqueline de Rohan avait épousé François d’Orléans, marquis de Rothelin.
6Le fils de la belle princesse de Soubise, qui fut un moment la rivale de Mme de Montespan.
7La mère du prince de Rohan-Rochefort, née Éléonore de Béthisy, était morte au moment de son mariage. Elle avait été dame du Palais de la Reine.
8Fils de la comtesse de Brionne, née Rohan.
9C’est l’auteur actuel des Rohan d’Autriche et l’arrière-grand-père du marquis et des comtes de Bernis (branche aînée de la baronne de Verna, de la marquise de Montgrand, de la baronne de Boutray, et de la comtesse Édouard de Dreux-Brézé).
10Les Rothelin portaient également les titres de marquis de Pont-Saint-Pierre, premier baron de Normandie.
11Actuellement la place des Vosges.
12La seconde fille du prince et de la princesse de Rohan-Rochefort, devenue la marquise de Querrieu, hérita de l’hôtel de ses parents. Elle eut deux fils, qui moururent sans postérité. Le dernier survivant légua à son cousin le prince Louis de Rohan, l’ancienne résidence familiale. Celui-ci étant fixé en Autriche, la vendit peu après. L’hôtel fut démoli et le terrain morcelé. En 1762 au moment du mariage du prince et de la princesse de Rohan-Rochefort, l’hôtel était estimé 300 000 livres.
13Au moment du mariage du duc de Bourbon et de la princesse d’Orléans, leurs deux familles avaient décidé qu’après la célébration de la cérémonie nuptiale, la princesse serait ramenée à l’abbaye de Panthemont ; mais son très jeune mari trouva moyen de l’enlever le soir. L’épisode a inspiré l’opérette du Petit Duc.
14Ses deux premiers enfants furent des filles : Herminie, née en 1785, mariée au baron de Castille ; Armande, née en 1787, mariée au marquis de Bernis. Les deux fils, Camille et Benjamin, ne vinrent au monde qu’après la Révolution.
15La princesse Louise, née en 1758, était encore au berceau lorsqu’elle perdit sa mère. À cinq ans, elle avait été confiée à sa tante de Bourbon-Condé, connue sous le nom de Mme de Vermandois, qui était abbesse de Beaumont-les-Tours, et avait figuré avec le numéro 16 sur la curieuse liste des princesses proposées au choix de Louis XV par le duc de Bourbon. (Voir La Dernière des Condé, par le marquis Pierre de Ségur.)La princesse Bathilde avait eu pour mère la très belle et fort peu édifiante petite-fille de Louis XIV et de Mme de Montespan, née Bourbon-Conti.
16Mémoires de Las Cases.
17Rue de Bellechasse. Au temps de la Restauration, c’était le quartier des Gardes du Corps.
18Le duc de Penthièvre était le fils du comte de Toulouse. Il avait eu un autre enfant, le prince de Lamballe, le déplorable mari de l’infortunée amie de Marie-Antoinette. Il était mort des suites de sa vie de débauches peu avant le mariage de sa sœur avec le duc de Chartres.
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