La saga nucléaire

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Qui sont ces médecins, chercheurs, ingénieurs, qui utilisent dans leur domaine des radioéléments ? Dix-huit d'entre eux ont narré leurs études, leurs engagements, ainsi que leurs peurs et déceptions. Ce livre retrace leur vécu dans cette aventure au cœur du monde nucléaire, loin des caricatures. Parmi eux, il faut distinguer Léonid Urutskoïev, parti volontairement à Tchernobyl deux mois après l'accident pour participer aux travaux de liquidation.
Publié le : samedi 15 août 2015
Lecture(s) : 60
EAN13 : 9782336387987
Nombre de pages : 256
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Nicole Colas-Linhart
Anne PetietLA SAGA NUCLÉAIRE
Qui sont-ils, ces médecins, chercheurs, ingénieurs qui utilisent
dans leur domaine des radioéléments ? Ils ont hérité des illustres
découvreurs de la radioactivité et de ses applications, les Curie,
Einstein et autres. Leurs noms sont inconnus du grand public, ils
sont souvent perçus comme des scientifi ques élitistes, vivant dans un
monde étrange.
Dix-huit d’entre eux nous ont narré leurs études, leurs engagements La sagaainsi que leurs peurs et déceptions. Le livre retrace leur vécu dans
cette aventure au cœur du monde nucléaire, loin des caricatures
souvent faites dans les médias. Parmi eux, il faut distinguer Léonid
Urutskoïev, parti volontairement à Tchernobyl deux mois après
l’accident pour participer aux travaux de liquidation et Pierre Pellerin, NUCLÉAIRE
personnage emblématique dont les propos nous font découvrir un
personnage bien éloigné de son image psychorigide. Témoignages d’acteurs
Nicole Colas-Linhart est Maitre de conférences des
Universités et Patricien Hospitalier Présidente du
Groupe de Recherche en Radiotoxicologie section Ile
de France.
Anne Petiet est biophysicienne, responsable de
la radioprotection des laboratoires de la Faculté
Médecine Xavier Bichat à Paris. Elle est membre du
Groupe de Recherche en Radiotoxicologie.
27 €
ISBN : 978-2-343-06538-0
Nicole Colas-Linhart
LA SAGA NUCLÉAIRE
Anne Petiet












La saga nucléaire

Témoignages d’acteurs



Nicolee Colas-LLinhart
Anne Petiet








La saga nucléaire

TTémoignnages dd’acteurrs























































© L'HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06538-0
EAN : 9782343065380








À Marie, Pierre et Virginie.

À Jacques-Olivier, Clément et Florent.


AVANT-PROPOS

Le projet
Le mot nucléaire fait peur. Dans l’imaginaire, l’horreur se réfère aux
bombes atomiques larguées sur Hiroshima-Nagasaki en 1945, puis en
1986 à la catastrophe de Tchernobyl et à celle de Fukushima en 2011.
Il est actuellement au cœur de débats énergétiques : « Faut-il sortir, un
peu, beaucoup ou pas du tout du nucléaire ? ».
Le public méconnait l’importance de la production d’électricité
d’origine nucléaire en France (79%) permettant un prix minime du
kilowattheure. Curieusement, le public reconnait les bienfaits du
nucléaire dans les domaines médicaux : le radiodiagnostic
(radiographie, scanographie, scintigraphie) et la radiothérapie qui pour
la première fois, permettait le traitement des cancers. Pourtant, les
radioéléments utilisés en médecine comme l’iode 131 et le césium
137, sont majoritairement les mêmes que ceux émis lors des accidents
de Tchernobyl et Fukushima. Tout comme la radioactivité
« naturelle » du corps humain et celle rejetée lors des éruptions
volcaniques.
Au cours de nos années professionnelles, nous avons rencontré,
discuté, travaillé, avec « des inconnus » du nucléaire. Ils ne font pas
partie des pionniers, les découvreurs de la radioactivité et de ses
applications, mais sont ce que nous appelons les « pionniers de la
deuxième génération » dont la carrière a débuté dans les années
19501960, dans l’après Hiroshima-Nagasaki, où le nucléaire a été associé à
une puissance destructive. Leurs discours, leurs souvenirs, leur vécu
étaient passionnants, exceptionnels et parfois surprenants. Mais ils
n’en parlaient pas ou plus, leurs propos ayant été déformés. Engagés
dans le développement du nucléaire militaire ou civil, la
radioprotection, la Radioécologie, la Radiotoxicologie, la médecine
nucléaire et la radiothérapie, ils pensent que leurs histoires
personnelles et professionnelles n’ont pas d’importance.
Nous nous sommes donc lancées dans un travail de recueil de leurs
témoignages dans l’objectif de pas perdre cette mémoire. Dix-huit
d’entre eux, qui étaient des amis proches ou le sont devenus, ont
accepté d’être interviewés et ont « joué le jeu » pour retrouver les
anecdotes liées à leurs pratiques professionnelles.
Inutile de préciser que ces « inconnus » sont fort nombreux !
Le public assimile ces « acteurs du nucléaire », qu’ils soient
médecins, chercheurs, ingénieurs ou physiciens à des gens étranges,
9 vivant dans leur bulle, peu communicatifs, bref bien différents de
« Monsieur tout le monde » ! Leur témoignage dessine des portraits
humains bien loin de la caricature qui est souvent faite dans les médias
d’un « lobby nucléaire » peuplés de personnages psychorigides et
élitistes.
Ce livre est le fruit de leurs récits, nous les en remercions.

Quelques mots sur mon histoire
Moi aussi, comme chacun, j’ai eu peur de cet univers quand j’ai été
embauchée dans le service de Médecine Nucléaire de Cochin. En
1970, j’avais suivi des cours lors de mon internat sur la radioactivité,
cours qui m’ont rassurée et surtout passionnée.
Depuis 1975, je travaillais à l’hôpital Beaujon, un nouveau service
de Médecine Nucléaire, où j’étais responsable du laboratoire de
Radioimmunologie. Grâce à mon patron, le Professeur Bernard Bok,
j’avais gravi les échelons de la carrière hospitalière, ayant des
certificats de spécialisation et une thèse de Doctorat. J’étais devenue
Maître de Conférences et Praticien Hospitalier. J’étais aussi
responsable du laboratoire de recherche de Biophysique à la Faculté
de Médecine Xavier Bichat.
En ce jour du 26 avril 1986 à minuit, je dormais. J’ignorais que la
centrale de Tchernobyl avait explosé et, qu’il y aurait des
conséquences importantes en Ukraine et moindres sur l’ensemble des
territoires européens. J’avais mal dormi, car mon patron, médecin
nucléaire à Beaujon, avait programmé une réunion de service à 8h30.
Or, j’habite à l’autre bout de Paris. Le sujet était sans intérêt majeur et
il m’a invitée ensuite à prendre un café et nous avons discuté de
choses et d’autres. Je l’ai quitté sans information concernant
Tchernobyl, je suis passée au marché couvert de Clichy pour acheter
des fruits et légumes puis j’ai rejoint mon laboratoire de recherche à la
Faculté où j’ai retrouvé Anne.
Ce n’est que le 28 avril que nous avons reçu des informations par les
autorités suédoises : une contamination radioactive venant de
l’Ukraine, était décelable en Europe. Enfin, l’agence Tass a confirmé
l’accident de Tchernobyl et Mikhaïl Gorbatchev est sorti de son
silence…
Le 29, faisant des mesures de bruit de fond dans le laboratoire, nous
avons noté une augmentation des taux de la radioactivité ambiante,
qui ne nous ont pas inquiétées. Les appareils de mesure de la
radioactivité sont très sensibles et sans la présence de sources de
10 radioéléments, ils détectent seulement un bruit de fond dû à la
radioactivité naturelle.
Le lendemain, à Beaujon, nous avons vérifié chez nos malades qu’il
n’y avait pas un problème de contamination externe avant de procéder
à un examen thyroïdien et l’injection d’un produit radioactif
diagnostic. L’accident de Tchernobyl ayant rejeté des iodes
radioactifs, il était facile de mesurer la fixation thyroïdienne. De
nombreux services nucléaires en France ont pris les mêmes
précautions. Toutes ces mesures furent négatives.
Ensuite, tout s’est emballé dans la communication ! Le Monde a
parlé de deux mille décès dans son édition du 30 avril.
Le panache radioactif est arrivé sur le sud de la France. Le 29, un
anticyclone protégeait la France et en conséquence, la présentatrice de
la météo sur Antenne 2, Brigitte Simonetta avait placé un « Stop » sur
la frontière de la France. Mais, le 30 avril, l’anticyclone a changé
d’orientation. Le « Stop » de l’époque sera à l’origine de la fameuse
phrase imputée à Pierre Pellerin : « le nuage s’est arrêté à nos
frontières » !
L’augmentation de la radioactivité fut décelable d’abord à Monaco,
puis à Nice puis dans l’est de la France. Dès le 29 avril, la mesure des
filtres d’avion venant des pays de l’est, enregistrait une augmentation
de la radioactivité. Ces mesures faisaient partie d’une surveillance
instituée depuis de nombreuses années par le SCPRI dirigé par le Pr.
Pellerin. Celui-ci avait rapidement communiqué le 30 avril sur
l’absence de risques potentiels en France due au panache radioactif
qui avait survolé principalement l’est de la France. Je n’étais dons pas
inquiète. Mais depuis les événements, il a été attaqué par de nombreux
médias et les organisations antinucléaires. Ces propos l’avaient
profondément atteint et il vivait reclus chez lui à Paris, avec sa femme.
Il ne voulait voir personne sauf ses fils.
J’ai eu de longs échanges téléphoniques avec lui, il aimait parler ! Et
au fil de nos conversations, j’ai découvert des facettes de sa
personnalité, de sa vie et de ses envies que j’ignorais ! Je les narre
dans ce livre. Curieusement c’est lui, le Pr. Pellerin, qui m’a donné
l’idée de cet ouvrage.
Il nous a aussi incitées à entreprendre des travaux scientifiques dans
notre laboratoire pour comprendre l’augmentation de l’incidence des
cancers thyroïdiens chez les jeunes enfants de Tchernobyl. Puis nous
nous sommes engagées avec les colloques « Nucléaire et
11 Communication » que nous organisons chaque année afin d’expliciter
au grand public l’intérêt du nucléaire médical et civil.
Revenons au projet de notre manuscrit. Nous avons voulu donner la
parole à des personnes fort différentes dans leur discipline, tous
impliqués dans des projets qui les passionnaient. Nous n’avons relaté
que les « histoires » qu’ils nous racontées faisant des choix subjectifs.
Nous connaissions leurs compétences scientifiques mais l’intelligence
de leurs discours sur leur passé nous ont impressionnées. Ainsi, que
leur humour !
Nous avons eu du mal à recueillir des souvenirs de femmes dans ce
monde nucléaire ! Bien sûr, dans le passé, il y avait Marie Curie et
Irène Joliot-Curie ! Des icônes ! Pourtant, d’autres femmes étaient
présentes et engagées dans les projets concernant l’avenir du
nucléaire. Nous en avons retrouvé certaines.
Nous débuterons par une histoire brève et subjective sur la
radioactivité.

Témoignages de la saga nucléaire
« Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé »
Albert Einstein

Après un demi-siècle d’immense engouement, le nucléaire porte le
poids considérable du péché mortel avec les bombes atomiques
lâchées sur Hiroshima-Nagasaki en août 1945. Le nucléaire civil porte
aussi ce péché avec la catastrophe de Tchernobyl en 1986 et,
vingtcinq ans plus tard l’accident de Fukushima.
Les pionniers du nucléaire, découvreurs de la radioactivité et de ses
applications sont connus, Henri Becquerel, Pierre et Marie Curie,
Irène et Frédéric Joliot Curie, Albert Einstein.
Mais nombreux sont ceux qui ont hérité de ce savoir et dont les
noms sont inconnus du grand public. Nous avons voulu donner la
parole, à ceux que nous appelons les pionniers de la deuxième
génération. Nous avons retrouvé et interrogé ces « inconnus », acteurs
du nucléaire qui ont travaillé en France à partir des années 1950, dans
le monde qui leur avait été légué. Ils sont ingénieurs, médecins,
chercheurs et ils vont narrer dans cet ouvrage leur entrée dans le
nucléaire, leurs engagements, parfois leurs doutes, leurs recherches, le
tout ponctué d’anecdotes et de photographies inédites.
12 Nous leur avons demandé de relater leur vécu car le grand public
perçoit ces gens comme hermétiques, loin de « Monsieur Tout le
Monde ». Ils ont « joué le jeu » et nous les en remercions.
Voici les personnalités que nous avons interrogées. Ils faisaient
partie d’amis proches et de liens que nous avions noués lors de nos
colloques scientifiques.
L’histoire des essais nucléaires français au Sahara et en Polynésie et
ses « conséquences » sera relatée par un de ses acteurs directs,
Gérard Martin.
Le choix et le développement des centrales nucléaires françaises
seront traités par Marcel Boiteux, Président d’honneur d’EDF.
L’aventure de Superphénix et les raisons de son arrêt, seront
expliquées par Pierre Schmitt, qui fut Directeur de la centrale de
Creys-Malville.
Les femmes sont rares dans cette époque : Christiane Chéron,
collaboratrice de Georges Besse assassiné en 1986, témoignera sur
EURODIF, société spécialisée dans l'enrichissement de l'uranium. Son
témoignage est complété par Jean-Luc Salanave, ingénieur spécialisé
ayant participé à l’épopée d’EURODIF.
Henri Lehn, « gadzarts », physicien brillant a contribué à la
qualification du missile Pluton. Sa vie est un véritable roman entre la
Russie, l’Ukraine et la France. Peu avant sa mort en avril 2013, il
m’avait présenté un de ces amis russes, Léonid Urutskoïev.
Léonid Urutskoïev, de l’Institut d’Energie Atomique Kourtchatov
est parti volontairement à Tchernobyl deux mois après l’accident, pour
participer aux travaux de liquidation. Il témoigne pour la première
fois, de cette « aventure » en mémoire d’Henri Lehn. C’est un
document exceptionnel, jamais publié.
Maurice Tubiana après nous avoir parlé de sa lutte contre le cancer
à l’aide de la Radiothérapie, nous fera partager ses réflexions sur les
peurs induites par le progrès
D’autres médecins et chercheurs racontent leurs expériences, Pierre
Galle, Odile Fajon, Colette Chassard-Bouchaud, et Simone Burg,
radiothérapeute, qui narrera l’histoire de son mari, Constant Burg
décédé en 1998, résistant héroïque, médecin et physicien et directeur
de l’INSERM en 1969.
Des ingénieurs qualifiés se sont impliqués dans l’étude des risques
possibles ou avérés liés aux radioéléments : Jacques Pradel a
travaillé dans les mines d’uranium pour mettre en place puis améliorer
la radioprotection des mineurs. Il rend aussi hommage à son ami
13 décédé André Barbreau, en présentant ses recherches sur
l’enfouissement des déchets radioactifs dans les fonds sous-marins.
Aussi Claude Payen, nous raconte son aventure en tant que médecin
dans un sous-marin nucléaire et ses études actuelles sur la santé des
vétérans.
Parmi les « inconnus » du nucléaire, il faut citer Luc Foulquier,
premier Docteur en Ecologie terrestre et limnique (1966), qui fut
responsable d’un laboratoire du CEA, à Pierrelatte, encore plus
inconnu du grand public : celui de la Radioécologie ! Il nous montre
que l’écologie n’est pas seulement une idéologie mais aussi une
science.
Jacques Frot, est un ancien pétrolier qui s’est fait le défenseur du
nucléaire qu’il a découvert tardivement. Il mène un véritable combat
contre les associations anti-nucléaires (CRIIRAD, et la « maison
mère » Greenpeace) ce qu’il raconte avec beaucoup d’humour.
L’image du Professeur Pierre Pellerin est présente dans bien des
souvenirs relatés. Nous avons voulu présenter un visage ignoré de ce
personnage toujours décrit comme rigide et orgueilleux, façade
nécessaire dans son poste mais la vérité est plus complexe.

14 1
LES PIONNIERS DE LA RADIOACTIVITE


Les découvreurs
En novembre 1895 à Würzburg, alors qu’il étudie le courant
électrique dans un tube de Crookes, Wilhelm Röntgen découvre un
rayonnement inconnu capable de traverser des objets denses, qu’il
nomme rayons X en référence à l’inconnue X en mathématique. Plus
tard, Irène Joliot-Curie écrira à son propos sur « la joie d’être
chercheur » : « N’est-ce pas une aventure que celle de Röntgen
étudiant la décharge électrique dans des tubes à pression réduite et
découvrant les rayons X qui nous permettent de voir à travers le corps
humain ? »
En 1896, Henri Becquerel reproduit l’expérience en ajoutant une
plaque photographique contenant des sels d’uranium. Il découvre
quelques jours plus tard, que le minerai émet naturellement des
« rayons uraniques ». C’est la découverte, par hasard de la
radioactivité !
Pierre Curie né en 1859, est un physicien autodidacte : ce sont ses
parents et un ami de la famille qui se chargent de son instruction,
effectivement l’enseignement gratuit, obligatoire public et laïc ne
viendra qu’avec les lois Jules Ferry, en 1881 et 1882. Après un
baccalauréat en Sciences, il obtient brillamment une licence en
sciences Physiques. En 1895, Pierre Curie épouse une jeune polonaise,
Marie Sklodowska venue poursuivre ses études scientifiques à la
faculté des Sciences de Paris en 1892.
En 1897, Marie Curie révèle les propriétés ionisantes de ce
rayonnement puis, avec son époux Pierre qui l’a rejoint dans ses
recherches, découvre les éléments chimiques qui en sont à l'origine.
Elle rebaptise cette propriété radioactivité. En 1898, Marie et Pierre
Curie annonce la découverte du polonium ainsi baptisé en référence
aux origines polonaises de Marie, puis du radium, éléments plus
radioactifs que l’uranium naturel.
En 1903, Marie reçoit avec son mari Pierre et Henri Becquerel le
prix Nobel de Physique. Elle est la première femme à recevoir un prix
Nobel.

15 Les premières applications médicales de la radioactivité et les
débuts de la radioprotection
Dès 1901, Marie et Pierre Curie constatant les propriétés
« brûlantes » du radium, l’ont testé dans le traitement des maladies de
la peau.
La curiethérapie qui en dérive, est encore fréquemment utilisée
aujourd’hui. Le principe est simple : irradier une tumeur en plaçant
une substance radioactive à son contact, comme par exemple des
aiguilles d’iridium 192 introduites dans une tumeur cutanée ou des
grains d’iode 125 placés dans le tissu cancéreux d’une prostate et
certains myélomes peuvent être « attaqués » spécifiquement par
l’émission alpha du bismuth 212.
Aujourd’hui, les recherches se poursuivent et fondent de grands
espoirs sur l’utilisation du plomb 212. La prochaine production de
plomb 212 à l’échelle industrielle et de qualité médicale par AREVA
dans leur nouveau laboratoire Maurice Tubiana, devrait permettre de
traiter les formes les plus agressives de cancer. Il faut noter que plomb
212 se « transforme » en polonium, ce même polonium découvert par
Marie Curie, dont l’émission alpha très énergétique, détruit la cellule
cancéreuse.
Pierre Curie meurt le 19 avril 1906, rue Dauphine à Paris : en
glissant sur les pavés mouillés, il est renversé par une voiture à cheval.
De son union avec Marie, deux filles naîtront : Irène qui poursuivra la
carrière de ses parents et Eve qui écrira une biographie de sa mère et
épousera le Prix Nobel de la Paix, Henri Labouisse.
Marie Curie reçoit en 1911 le prix Nobel de Chimie, mais ne reste
pas confinée dans son laboratoire. Au début des années 1914, l’Institut
du Radium est créé, grâce au financement de l’Institut Pasteur. Il
réunit deux laboratoires aux compétences complémentaires : le
laboratoire de Physique et de Chimie, dirigé par Marie Curie, et le
laboratoire Pasteur, dirigé par Claudius Regaud, un des premiers
radiothérapeutes
Dès 1914 au moment du déclenchement de la guerre, voulant
s’engager, Marie Curie pense à la mise au point d’un service
d’ambulances, équipées d’un système de radioscopie. Ce premier
1service de radiologie mobile appelé les « petites Curie » est constitué
de dix-huit unités et est rapidement fonctionnel. Utilisées sur les
champs de bataille de la Grande Guerre (bataille de la Marne, Verdun

1 Petite anecdote : Marie Curie obtiendra son permis de conduire en 1916.
16 et sur la Somme), un million de radioscopies seront effectuées, dont
mille des mains de Marie. Sa fille aînée Irène, bien qu’elle n’ait que
dix-huit ans, la rejoint sur le front, pour pratiquer des radioscopies. A
son retour, elle va créer cent cinquante postes fixes de radiographie
dans les hôpitaux.
Après la guerre, Marie reste une femme d’action. Elle fait une
tournée « triomphale » aux États-Unis pour trouver le gramme de
radium (Un gramme lui suffisait !) dont elle a besoin pour la poursuite
de ses travaux.
Mais après des années sans précautions particulières, elle souffre
d’une grande exposition aux éléments radioactifs, notamment au
niveau des yeux. Entre 1923 et 1934, atteinte de cataracte prématurée,
elle subit quatre opérations. Après un apprentissage difficile, elle peut
lire de nouveau et utiliser ses appareils. C’est probablement d’une
leucémie radio-induite, dont Marie Curie décédera en 1934 à l’âge de
soixante-sept ans.
Des conséquences d’une forte exposition à la radioactivité
apparaissent aussi dans le domaine médical. Des cataractes
prématurées, des radiodermites et des pathologies cancéreuses
frappaient les radiologistes qui utilisaient les rayons X et les
radiothérapeutes.
La nécessité de normes de radioprotection a été à l’origine de la
création en 1928, lors du deuxième congrès international de radiologie
de Stockholm, du comité international de protection contre les rayons
X et le radium (ICXRP) qui deviendra ensuite la Commission
Internationale de Protection Radiologique (CIPR) en 1950. Elle a
rapidement proposé de nouvelles recommandations, avec des succès
pratiques. Détachée de la Société Internationale de Radiologie, réduite
au silence durant la Seconde Guerre Mondiale, elle est devenue une
organisation non gouvernementale, indépendante, dont le siège est en
Angleterre. Indépendante, cependant, en 1994 Constant Burg écrivit :
« Elle est dominée par des personnalités anglo-saxonnes et nordiques
dont beaucoup ont une orientation pacifiste et franchement
2antinucléaire ».


2 Constant Burg. Rapport à Monsieur le Premier Ministre. Radioprotection. 1994,
annexe 54.
17 La relève et la continuité
Reprenons l’histoire de la famille Curie. Frédéric Joliot est entré à
l’Institut du Radium en 1924, et devient préparateur particulier de
Marie Curie. Il épouse en 1926, Irène fille aîné de Pierre et Marie.
Irène poursuit la carrière de ses parents. Le couple travaille au
laboratoire Curie, sur la radioactivité naturelle et découvre la
radioactivité artificielle en 1934. Ils obtiennent pour cette découverte
le prix Nobel de Chimie en 1935.
Ces éléments radioactifs qui n’existent plus ou pas sur la terre, et qui
sont créés ou recréés artificiellement ont eu de nombreuses
applications en recherche (Biochimie, Biologie moléculaire) mais
principalement dans le domaine médical. En 1949, le Professeur
Maurice Tubiana aidé par Frédéric Joliot, monte en milieu hospitalier
(hôpital Necker) le premier laboratoire destiné à l’utilisation des
isotopes radioactifs en médecine. En Médecine Nucléaire, des études
morphologiques mais surtout fonctionnelles des organes sont
effectuées grâce à la scintigraphie et la tomodensitométrie. Les
utilisations thérapeutiques ont deux applications : la radiothérapie
métabolique et la curiethérapie. Aujourd’hui, les applications au
service de l’industrie et des Sciences de la Terre, sont innombrables et
très différentes.
Francis Perrin est moins connu que son père Jean (Prix Nobel de
Physique 1926), il est cependant un physicien brillant, qui va rejoindre
l’équipe de Frédéric Joliot en 1939 pour étudier la fission de
l’uranium. Lors de la Seconde Guerre Mondiale, il s’exile aux USA
où il occupe une chaire de professeur de Physique à l’université de
Columbia. A la demande du Général de Gaulle, il regagne Alger en
1944. Revenu en France, il est nommé professeur au Collège de
France en 1946 puis haut-commissaire du CEA en 1951, en
remplacement de Joliot destitué entre autres, parce qu'il s'était opposé
à la recherche militaire. Il prendra part à la naissance d’EURATOM
(communauté européenne de l’énergie atomique), à la mise au point
de Zoé, la première pile atomique française, ainsi qu’au lancement de
l’usine de Pierrelatte, usine d'enrichissement de l'uranium à des fins
militaires.
Quant à Pierre Auger, il rejoint son beau-frère, Francis Perrin, à la
Faculté des Sciences de l’Université de Paris après avoir obtenu une
agrégation de Physique en 1922. Il a découvert les électrons qui
portent son nom. En 1935, sa communication sur sa découverte des
électrons Auger devant l’Académie des Sciences, durera cinq
18 minutes ! Pendant la Seconde Guerre Mondiale, il travaille à Chicago
de 1941 à 1943 puis rejoint Montréal en 1944. Et c’est le 11 juillet
1944 au consulat français d’Ottawa, qu’il informe avec Bertrand
Goldschmidt, le Général De Gaulle du programme nucléaire secret des
Américains, le projet Manhattan et les perspectives ouvertes par la
fission nucléaire. Son autre passion était l’écriture de poèmes. (« De
ça De là » et « Lucarnes » publiés à La Pensée Universelle).
En Italie, il existait une équipe de physiciens dite de « Rome » dont
Enrico Fermi le « Christophe Colomb de l’atome » était le membre le
3plus brillant. En 1934, il avait observé que les neutrons pouvaient
« briser » le noyau « lourd » de l’uranium. Ses travaux vont lui
permettre de créer des radio-isotopes par bombardement de neutrons :
des isotopes du carbone (carbone 14), du soufre, (soufre 35), du
phosphore, (phosphore 32). Ces radio-isotopes ont connu un destin
exceptionnel car ils correspondaient aux atomes dont sont constitués
les organismes vivants. Ces découvertes ont aussi permis de produire
le technétium 99m, premier élément chimique produit artificiellement,
qui sera utilisé à partir de 1964 en médecine nucléaire, favorisant
grandement son essor.
Mais la découverte des neutrons et ses travaux ont directement
ouvert la voie à la fission nucléaire et à la bombe atomique.

Les savants nucléaires dans la tourmente de la Seconde Guerre
Mondiale.
Il est nécessaire de commencer ce chapitre par quelques mots sur
Albert Einstein injustement appelé « le père de la bombe atomique »,
surnom qui l’a rongé toute sa vie. Nous n’allons pas résumer sa vie
qui fait l’objet de nombreux ouvrages, mais simplement citer
quelques-unes de ses rencontres avec des personnalités éclectiques de
son époque. Né allemand, puis apatride, suisse et enfin
helvéticoaméricain, il obtient le prix Nobel de Physique en 1921 pour sa
découverte de « la théorie de la relativité ».
Dès 1933, il comprend que sa vie est menacée par l’accession
d’Hitler au pouvoir. Ses livres sont brulés ainsi que ceux de Stefan
Zweig. Ils sont tous deux, juifs et conscients du danger que représente
le dictateur. Bien qu’ils ne soient rencontrés qu’une seule fois, Stefan
Zweig lui dédicace son livre « La guérison par l’esprit » (1931) : «A

3 Les neutrons ont été découverts par le physicien britannique James Chadwick, en
1932.
19 Albert Einstein, respectueusement ». Dans ce livre, visiblement
intéressé par la science nucléaire, il écrit : « Deux découvertes d’une
simultanéité symbolique se produisent dans la dernière décennie du
XIX siècle : à Wurtzbourg, un physicien peu connu, du nom de
Wilhelm Röntgen, prouve par une expérience inattendue la possibilité
de voir à travers le corps humain considéré jusqu’alors comme
impénétrable. A Vienne un médecin aussi peu connu, Sigmund Freud
découvre la même possibilité pour l’âme ».
Sigmund Freud est un pacifiste convaincu tout comme l’est Albert
Einstein. Par l’intermédiaire de Romain Rolland, les deux hommes se
rencontrent en 1926 alors que Freud passait Noël chez son fils Ernst à
Berlin. Freud écrit de ce premier entretien, à propos d’Einstein : « Il
est gai, sûr de lui et agréable » mais ajoute aussitôt « Il s’y connaît
autant en psychologie que moi en physique, aussi eûmes-nous une
conversation très plaisante ». Un début de collaboration peu
engageant…
En septembre 1932, période où les fascismes européens s’avèrent de
plus en plus menaçants pour la paix, la Société Des Nations, s’adresse
à Einstein qui sollicite Freud, pour leur proposer une
«correspondance» qui, provenant de savants internationalement
reconnus, pourrait contribuer à ce que les esprits suivre la voie du
pacifisme. Un échange épistolaire passionnant commence qui sera
publié en 1933 sous le titre. « Pourquoi la guerre ? »
Cet échange est fructueux mais, très inattendu : curieusement, le
4psychologue « des deux n’est pas celui qu’on pense » !
Einstein interroge Freud sur « les psychoses de haine liées à la
pulsion d’anéantissement logée au cœur de chacun » et lui demande
s’il « est possible d’éduquer l’humanité à la paix et de pacifier le
monde ? ». Freud ne répond pas à ces questions mais développe une
histoire sur la relation du droit et du pouvoir. Il écrit par exemple : « le
droit est l’expression de rapport de pouvoir inégalitaire ». Les écrits
sont pessimistes et l’avenir leur donnera raison…
Avant sa mort, il confesse à son ami, Linus Pauling « J’ai fait une
grande erreur dans ma vie quand j’ai signé cette lettre ». Pourquoi ?
En 1933, après l’élection d’Hitler, sentant sa vie menacée, il quitte
l’Allemagne. En 1939, il adresse une lettre (écrite par Leó Szilárd,
physicien hongro-américain) au Président Roosevelt, lui conseillant de

4 Jean-Bernard Paturet, Colloque International. La fabrique de la paix. Montpellier
Oct. 2013
20 concentrer les efforts des chercheurs pour devancer les nazis qui
peuvent réaliser une bombe atomique en utilisant la fission nucléaire.
Avec l’invasion de la Pologne, Roosevelt comprend qu’il y a une
urgence pour les États-Unis de construire la bombe : c’est le projet
Manhattan qui débute en 1942. Einstein ne joua aucun rôle dans le
projet et ne fut pas informé de son avancement…
Une citation de Charlie Chaplin qui écrivit à Einstein : « Moi, on
m’acclame parce que tout le monde me comprend et vous, on vous
acclame parce que personne ne vous comprend »
Einstein avait écrit : « Je ne pense jamais au futur. Il vient bien assez
tôt ». Il meurt en 1955.

Dès février 1939, Frédéric Joliot avec Hans von Halban et Lew
Kowarski réussissent à démontrer expérimentalement que la réaction
en chaîne peut se produire et déposent quelques mois plus tard trois
brevets : deux sur les principes de base des réacteurs nucléaires, le
dernier sur la bombe atomique. Son empressement à faire d'apposer le
sceau « secret défense », était dû à son inquiétude que les nazis,
entourés d’excellents physiciens comme Werner Heisenberg,
progressent vers la fabrication d’une bombe atomique. Heureusement,
Il semble qu’Hitler, lui-même, s’en serait désintéressé.
Le dilemme des scientifiques commence dès cette année 1939, avec
le sentiment que la guerre est inévitable. Cette guerre les emportait au
centre des problèmes politiques, même si la science et la politique
5avaient toujours cohabité, souvent dans le non-dit. Le couple,
Frédéric et Irène Joliot-Curie allait « être au cœur de l’équilibre des
forces entre les nations, déterminant la vie ou la mort de celles-ci » et
Bertrand Goldschmidt écrira « Pour le savant nucléaire, toute l’affaire
ne cesserait jamais d’être à la fois passionnante et déplaisante ».
Les persécutions des juifs par des nazis firent fuir les meilleurs
physiciens de toute l’Europe occupée dont Albert Einstein et Niels
6Bohr , un des pères de la théorie quantique.
Début 1940, Joliot acquière l'ensemble mondial du stock d’eau
7lourde soit un peu moins de deux cents kilogrammes, répartis en
vingt-six bidons. Quand la France fut envahie, Frédéric Joliot préféra

5 Chacun savait que Frédéric Joliot était communiste.
6 Il s'échappera du Danemark occupé, sur un chasseur-bombardier venu le chercher
clandestinement en 1943, pour rejoindre les Etats-Unis.
7 Oxyde de deutérium, utilisée dans le but de ralentir les neutrons issus de la fission
nucléaire.
21 maintenir son laboratoire à Paris. Cependant, en juin 1940 il envoya
ses deux collaborateurs d’origine juive, Halban et Kowarski, à
Londres avec toute la provision d’eau lourde, un gramme de radium et
des documents sur les découvertes de son équipe, pour les mettre hors
de portée des Allemands. Ces projets se concentraient sur la
construction d’une centrale nucléaire expérimentale, loin de la
possibilité de fabrication d’une bombe nucléaire.
Les recherches françaises et anglaises se poursuivaient. En 1940 en
Angleterre, Rudolf Peierls et Otto Frisch conçoivent le premier
mécanisme théorique pour l'explosion d'une bombe atomique et
l’année suivante le rapport « MAUD » concernant «  l’usage de
l'uranium pour une bombe » est publié.
En juin 1941, Les troupes allemandes occupent une grande partie de
l’Europe de l’ouest et commencent l’invasion de l’Union Soviétique.
La Grande-Bretagne est « seule » en guerre et ressent un urgent besoin
de la bombe atomique   et pour ce faire de l’aide des États-Unis, qui ne
sont pas encore en guerre. Le rapport « MAUD » est donc
communiqué aux scientifiques américains en 1941, et en 1942, il est
remplacé par « le projet « Manhattan » qui produisit la première
bombe atomique. James Chadwick réalise que la bombe est non
seulement possible mais inévitable. « Il faut que je commence à
prendre des pilules pour dormir. C’est le seul remède ».
Pendant ce temps, à Paris, Frédéric Joliot avait une obsession :
maintenir l’activité scientifique de son laboratoire. Il s’intéressait
particulièrement à la réalisation d’un accélérateur de particules, le
Cyclotron, afin de produire des radioéléments artificiels. Le Cyclotron
fit l’objet de la suspicion de l’occupant allemand qui interdit l’accès
d’une salle du Collège de France où s’effectuait sa construction. Cette
interdiction fut levée, moyennant la participation de travailleurs
allemands à l’activité du laboratoire. Inutile de dire que ce petit
groupe était isolé des autres chercheurs… André Berthelot, assistant
de Joliot, raconte que « Rien n’était simple à l’époque. Il fallait se
débrouiller avec les moyens du bord, des instruments rudimentaires,
des pièces détachées aléatoires… ». Il faut dire aussi que Frédéric
Joliot était un savant, engagé non seulement philosophiquement mais
aussi politiquement. En 1941, il est à la tête d’un mouvement de la
Résistance intérieure française créé par le Parti Communiste Français :
le Front National. Il cache des militants dans son laboratoire
scientifique qui devint petit à petit une couverture derrière laquelle se
développent d’autres activités, répréhensibles à l’époque, liées à la
22 lutte contre l’occupant ; telles que la construction
d’émetteursrécepteurs pour les maquis ou de fabrication de grenades incendiaires.
Il rentre dans la clandestinité en avril 1944 puis revient participer à la
èmelibération de Paris, en août 1944, avec la 2 DB et les troupes
américaines
Le 6 août 1945, les Etats-Unis larguèrent la bombe atomique Little
Boy (uranium enrichi) sur Hiroshima puis le 9 août 1945 la bombe
atomique Fatman (plutonium) sur Nagasaki. La guerre du Pacifique
était terminée.
Les scientifiques britanniques et français ne furent pas directement
impliqués dans la décision politique concernant la bombe durant la
guerre. Il semble que l’utilisation de la bombe contre le Japon fut
décidée malgré l’opposition des atomistes.
Jamais avant le pouvoir de destruction de l’homme n’avait atteint un
tel niveau. Il y eut deux cent mille morts, mais sur ces deux cent mille
morts très peu sont morts de l’irradiation. En effet, la plupart des
victimes « immédiates » ont été tuées par le souffle, l’onde de choc et
les brûlures.
André Berthelot, rapporta : «Il me revient une phrase prononcée
devant moi par Francis Perrin dans le laboratoire de son père en juin
1939, à propos de la fission de l’uranium découverte quelques mois
plus tôt : il devient possible de transformer Paris en cratère lunaire. »
Comme il avait vu juste !
Joliot, quant à lui, resta plutôt optimiste, il écrivit le 13 août 1945 :
« Certes une première bombe nucléaire a été lancée sur le territoire
japonais, et y a provoqué des destructions considérables.
Personnellement, je suis convaincu que, en dépit des sentiments
provoqués par l’application à des fins destructrices de l’énergie
atomique, celle-ci rendra aux hommes dans la paix des services
inestimables ».

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