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Lafayette

De
192 pages
L’insurrection est le plus sacré des devoirs.
Personnalité de la Révolution française, acteur majeur de la monarchie de Juillet, celui qui avait joué un rôle décisif dans la guerre d’Indépendance des États-Unis, Gilbert du Motier de Lafayette (1757-1834) fut autant controversé de son vivant qu’après sa mort. Du côté français on le qualifia volontiers de cavalier de la chimère, de statue en quête de piédestal, voire de plus jobard des libéraux. Du côté américain, l’image est tout autre : appelé affectueusement notre marquis, élevé en 2002 au rang de citoyen d’honneur des États-Unis d’Amérique, il est considéré comme un véritable héros et un pionnier de la liberté. Bernard Vincent choisit l’histoire plus que la politique : Lafayette eut, mieux qu’une vie, un destin.
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Lafayette par Bernard Vincent
INÉDIT
F OL I O
BI OGRAPHI E S
c o l l e c t i o n d i r i g é e p a r GÉRARD DE CORTANZE
Lafayette
par
Bernard Vincent
Gallimard
© Éditions Gallimard, 2014.
Couverture : Joseph-Désiré Court,Lafayette en 1792, 1834 (détail). Photo © RMN - GP (Château de Versailles) / D.R. Statue de Lafayette devant la Maison-Blanche. Photo © Rudy Sulgan / Corbis.
Bernard Vincent est professeur émérite d’histoire et civilisation américaines à l’université d’Orléans et enseigne à l’université Cá Foscari de Venise. Ancien président de l’Association française d’étu-des américaines, il a consacré de nombreux ouvrages à l’histoire des États-Unis :Thomas Paine ou la religion de la liberté(Aubier-Montaigne, 1987),Amistad : les mutins de la liberté(Archipel, 1998), Le sentier des larmes : le grand exil des Indiens cherokees(Flamma-rion, 2002),Présent au monde : Paul Goodman(Bordeaux, l’Expri-merie, 2003),Histoire des États-Unis(en collaboration, dernière édi-tion, Flammarion, 2012),La « aspects politiques» : destinée manifeste e et idéologiques de l’expansionnisme américain auXIXsiècle(Éditions Messene, 1999),Abraham Lincoln(éditions de l’Archipel, 2009). Il est également l’auteur d’unDictionnaire français-anglais des expressions populaires(Albin Michel, 2013) et, dans la collection Folio Biographies, deLouis XVI(2006).
Introduction
Lafayette a été autant controversé de son vivant qu’après sa mort. J’ai, comme beaucoup, longtemps e subi l’influence de ceux qui, auXIXcomme au e XXsiècle, ont vu en Lafayette un faux républicain, une figure irrésolue et incertaine, « toujours moitié 1 l’un, moitié l’autre * » (Louis Blanc), un « homme 2 vague » et peu intelligent (Michelet), voire un raté. Cette influence a été renforcée par le jugement négatif qu’ont porté sur lui divers contemporains — Talleyrand, par exemple, qui lui reprochait de n’agir jamais que poussé et conseillé par quel-qu’un d’autre, Chateaubriand le décrivant comme « une espèce de monomane, à qui l’aveuglement tenait lieu de génie » et Napoléon ne voyant en lui qu’« un niais sans talents civils ni militaires, un esprit borné, un caractère dissimulé ». Pour tous ceux-là, Lafayette était une sorte de velléitaire, tan-tôt chanceux, tantôt malchanceux, quelqu’un en tout cas dont la réputation « historique » était lar-3 gement surfaite, sinon usurpée .
* Les notes bibliographiques sont regroupées en fin de volume p. 176.
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Un autre aspect de la question m’intriguait : la différence abyssale entre l’importance qu’on accorde à Lafayette en Amérique et le peu de cas qu’on fait de lui en France où, visiblement, il dérange. Aux États-Unis, il est universellement connu et admiré ; chacun s’accorde à voir en celui qu’on appelle affectueusement « notre marquis » l’incarnation quasi exclusive de l’amitié qui unit nos deux peuples. Des rues innombrables, 44 vil-les, 17 comtés portent son nom (sous l’appella-tion de Lafayette ou de Fayette) : certaines cités comme Lexington (Kentucky) continuent, aujour-d’hui encore, de fêter l’anniversaire de son passage en 1825. À quoi s’ajoutent, également sous le nom de Lafayette ou de Fayette, des hôpitaux, des éco-les, des collèges universitaires, des hôtels, des auto-routes, des aérodromes, des places publiques, des squares, des lacs, des montagnes. Mais aussi une escadrille durant la Première Guerre mondiale : The Lafayette Squadron, officiellement baptisée le 6 décembre 1916 sur le terrain d’aviation de Luxeuil. Et c’est, dit-on, au cri de « Lafayette, nous voilà », que le général Pershing débarqua en France en 1917 : la phrase célèbre a en fait été prononcée le 4 juillet de cette année-là, non dans le feu de l’action militaire, mais à Paris, au cimetière Picpus où repose Lafayette, et elle l’a été en réa-lité par le colonel Charles E. Stanton venu lui aussi déposer une gerbe. Depuis lors, chaque année — et toujours le 4 Juillet, jour de la fête natio-nale américaine —, l’ambassadeur des États-Unis vient se recueillir devant la tombe du héros, tombe
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